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L’éducation selon Marcellin Champagnat

 


Lluís Serra - 21/01/1830

Monde Scolaire, études et Documents, n°15


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1. LE TALENT MARISTE

Le caractère propre de l’éducation mariste s’inspire de la spiritualité et de la pédagogie de Marcellin Champagnat, fondateur de l’Institut des Frères Maristes. Pour approfondir ses caractéristiques de base, il ne faut point oublier qu’on doit analyser plus l’action que les mots.
Marcellin Champagnat et Charles de Foucauld présentent deux méthodologies différentes dans leur projet de fondation. Champagnat, poussé par l’Esprit et le besoin, forme et prépare des jeunes pour réaliser un projet d’éducation chrétienne à l’intérieur d’une vie religieuse laïque. Quand la vie a jailli dans ses mains et neuf nouveaux membres demandent à faire partie de son institut, il se rend compte qu’il doit leur donner des Constitutions. L’action précède les écrits. Foucauld au contraire, meurt en laissant un texte impeccable de constitutions, mais sans successeur qui, dans la vie, les mettent en pratique.
De grands personnages sont apparus dans l’histoire de l’humanité dont on a constamment gardé des souvenirs même si l’on ne possède aucun écrit d’eux. Mis à part le Christ, dont les signes d’écriture n’ont pu être conservés longtemps puisqu’il les a dessinés sur le sable, il n’y a que Socrate. Ses lettres, quelques sermons et peu de choses encore forment le fond de la documentation de Marcellin. Peu de renseignements, alors qu’en réalité, une grande partie de leur contenu était orienté vers des finalités concrètes.
La biographie écrite par le frère Jean Baptiste a été réalisée suivant les canons de l’époque, dans le genre littéraire propre aux vies de saints, ce qui oblige à une plus grande analyse critique pour arriver à la figure humaine et réelle de Marcellin Champagnat.

2. APPROCHE de MARCELLIN: HISTOIRE ET STYLE

Je voudrais insister sur sept points qui nous permettront de mieux connaître le projet de fondation de Marcellin et approfondir de façon appropriée sa méthode pédagogique.

2.1. Il naît avec la Révolution de 1789

La Révolution Française a lieu en 1789, la même année où naît Marcellin Champagnat. On ne peut ignore le contexte historique dans lequel il grandit, pour situer sa biographie. Les idéaux de liberté, égalité et fraternité se propagent aux quatre vents. Son père exerce des responsabilités publiques puisqu’il fait partie du parti jacobin. Le biographe passe sous silence ce chapitre. Son appartenance à un parti de gauche violent pourrait peut être troubler cette biographie!

Conséquences
· Marcellin fonde un institut laïc de catégorie unique (composé uniquement de Frères). La fraternité mariste est basée sur l’égalité de ses membres. Il existait même à cette époque, une congrégation qui admettait deux catégories de frères. Chez les maristes, cette égalité a été quelque chose de clair depuis le début.
· Il est très libre face au monde politique. Comme il a été élevé dans le dialogue avec les tendances contemporaines, concrétisées en la personne de son père, il ne voit pas la nécessité de créer des mécanismes de défense. Chez d’autres prêtres de son époque, la peur de l’inconnu les place dans des positions politiques conservatrices sans force de liberté et d’indépendance devant tous.
· Il croit convenable de maintenir une bonne cohabitation avec le pouvoir civil et religieux. Pour commencer des travaux, il demande toujours la permission au maire et au curé.
· Son projet de fondation n’a jamais été partisan: “Se consacrant religieusement à leur spécialité, ils se sont maintenus, avant et après 1830, en dehors de tous partis politiques. Les Petits Frères de Marie ont constitué un nouveau et excellent instrument pour la propagation d’une éducation première complète: morale, religieuse, ni plus ni moins” (Jean–Jacques Baude, député de la Loire, membre du Conseil d’Etat, le 5 novembre 1838.)

2.2. Formation religieuse familiale

Deux personnes ont eu une influence décisive dans sa formation religieuse familiale: sa mère et sa tante religieuse. Marie Thérèse, sa mère, âgée de neuf ans de plus que son père, possède une solide personnalité et un sens spirituel qu’elle transmet à Marcellin: “Dans la base de sa personnalité, son écriture montre un haut niveau d’énergie vitale, héritée de sa mère, laquelle apparaît intensément présente avec autorité sur le sujet, tant enfant qu’adolescent” (Analyse psycho-graphique IGM Urbino). Louise, religieuse de Saint Joseph et sœur de son père, étant reçue chez eux pendant la révolution, marque encore plus la sensibilité religieuse de Marcellin.

Conséquences:

· Dans son esprit se forge, conformément à ces influences riches, une spiritualité profonde et traditionnelle.
· Une famille nombreuse, avec un grand sens d’identification, éveille en lui une des caractéristiques les plus belles qu’il a léguées comme héritage: son esprit de famille. L’appartenance comme signe d’identité.
· La qualité du personnage de sa mère fait que la contemplation de Marie, la mère de Jésus, se réalise sous le prisme de la Bonne Mère avec un sens de proximité, amour et tendresse.

2.3. Expérience scolaire personnelle

La situation scolaire de son temps est difficile. Il ne faut pas s’étonner que son contact avec l’école et l’enseignement du catéchisme lui procure deux expériences très désagréables. Le maître donne une gifle à un des compagnons de Marcellin car il a voulu aller plus vite en lecture: “Je ne retournerai pas à l’école d’un maître semblable; en maltraitant sans raison cet enfant, il me prouve ce qui m’attend, moi, enfin il ne pourra me traiter ainsi, je ne veux pas recevoir de leçons de lui et encore moins des punitions” (Vie 1,6). Il ne retourne pas en classe. Pendant le catéchisme, un gamin est réprimandé et affublé d’un surnom et d’une comparaison peu heureuse. La moquerie de ses camarades, s’appuyant sur ce fait, rend l’enfant sournois, sauvage et dur. D’autre part, il est prévisible que Marcellin va avoir des difficultés à cause de la langue, vu qu’il parle une variante de l’occitan: le franco-provençal. Son accès aux études présente une autre difficulté: il y entre quand son processus évolutif marque déjà une priorité du raisonnement sur l’apprentissage mécanique.

Conséquences:

· Un projet d’éducateurs capables: “Né dans le canton de Saint-Genest-Malifaux, département de la Loire, je n’ai pu apprendre à lire et écrire qu’avec grande difficulté par manque d’éducateurs compétents. A partir de ce moment, j’ai compris le besoin urgent de créer une société qui puisse donner aux enfants des campagnes la bonne éducation que les Frères des Ecoles Chrétiennes donnent à ceux des villes, mais avec un coût moindre” (Lettre à Sa Majesté Louis Philippe, roi des Français. Hermitage, le 28 janvier 1834).
· Un attitude de respect et d’amour de l’élève qui exclut le recours à des méthodes brutales et à des châtiments corporels.
· Une pédagogie de simplicité et de présence qui encourage en accompagnant, qui suggère par la proximité et qui éduque par la distance intérieure.
· Une préférence pour les moins favorisés, parce que ce sont ceux qui ont le plus besoin d’amour.

2.4. Inculturation et universalisme

Marcellin, par son expérience familiale, est très proche du travail des champs et des animaux. La terre donne un plus grand sens du réel. Son don pour les affaires apparaît dans ces milieux. L’intérêt très tôt pour le travail lui permet de découvrir plus profondément la valeur qu’il renferme. Cependant, cet attachement à sa terre ne l’empêche pas d’avoir un véritable sens missionnaire.

Conséquences:

· Marcellin est un prêtre maçon. La construction de l’Hermitage lui attire, de sérieuses critiques puisqu’il fait du travail manuel et dirige les travaux. Il ne recule pas dans son entreprise. Sa situation économique et sa pédagogie du modèle qui enracinent en lui les valeurs qu’il propose, le poussent à cela.
· Le travail est une caractéristique fondamentale de son projet. Il constitue une valeur qu’il faut vivre dans son institut religieux et une valeur à communiquer dans l’éducation des enfants et des jeunes. De même, le travail manuel. Les écoles, dans les premiers temps, ont un petit jardin.
· Ce projet de simplicité n’est pas fermé dans les limites étroites de l’immédiat. Il est ouvert à l’universalisme. Son audace surprend, encore plus quand on connaît son humilité et sa discrétion: “Tous les diocèses du monde entrent dans notre projet”. L’histoire lui donne raison. La présence actuelle des maristes dans soixante quatorze pays le confirme.

2.5. Le détonateur: Jean Baptiste Montagne, dix sept ans

Le 28 octobre 1816, il s’occupe d’un jeune agonisant, de dix sept ans, au village de Palais. L’ignorance religieuse, touchant aussi beaucoup d’autres domaines, lui sert de détonateur pour lancer son projet. Il ne peut pas s’arrêter. Les attentes et les besoins des enfants et des jeunes allument en lui une ardeur telle qu’il ne peut pas rester les bras croisés. Il faut faire quelque chose et maintenant.

Conséquences:

· Il fonde l’institut, quand il a vingt sept ans: “Ordonné prêtre en 1816, j’ai été envoyé comme vicaire dans une paroisse rurale: ce que j’y ai vu m’a fait ressentir encore plus vivement le projet sur lequel je réfléchissais depuis longtemps. J’ai commencé, alors à former quelques instituteurs. Je leur ai donné le nom de Petits Frères de Marie convaincu que j’étais que ce nom en attirerait un grand nombre. La réalité durant peu d’années a justifié mes doutes et a dépassé mes espérances” (Lettre à Sa Majesté Louis Philippe, roi des Français. Hermitage, le 28 Janvier 1834).
· Il ressent le besoin d’éduquer à la foi par la culture: “S’il ne s’agissait que d’enseigner la science profane aux enfants, on n’aurait pas besoin de frères; les instituteurs suffiraient à cela. Si nous ne prétendions que leur faire l’instruction religieuse, nous nous limiterions à n’être que de simples catéchistes, en les réunissant une heure par jour pour leur faire réciter leur catéchisme. Mais notre but est bien supérieur: nous voulons les éduquer c’est à dire, leur montrer leurs devoirs, leur indiquer comment les accomplir, les remplir de l’esprit, de sentiments et habitudes religieuses, et leur faire acquérir les vertus d’un bon chrétien. Nous ne pouvons pas y arriver si nous ne sommes pas de bons pédagogues, si nous ne vivons pas avec les enfants, sans que eux soient longtemps avec nous” (Vie,XXIII,374).
· Sensible au monde qui l’entoure: “Cette expérience (de l’amour de Jésus et de Marie), avec son ouverture aux événements et aux personnes, devient une source de spiritualité et zèle apostolique, et le rend sensible aux besoins de son temps, surtout à l’ignorance religieuse et aux situations de pauvreté de l’enfance et de la jeunesse. La foi et le désir d’accomplir la volonté de Dieu lui révèlent sa mission: Faire connaître Jésus Christ et le faire aimer. Il disait souvent: “Je ne peux voir un enfant sans être pris de l’envie de lui enseigner le catéchisme et de lui dire combien Jésus Christ l’aime” (Constitutions,2).

2.6. Un projet d’avant-garde

Les besoins auxquels il faut répondre sont si impérieux qu’il adopte un projet à risque et pouvant donner lieu affrontement. Quand le frère Louis, frôlant le scrupule, lui dit d’arrêter d’agir par peur du pêché, Marcellin lui demande s’il ne courrait pas le risque de se brûler un peu s’il fallait sauver un enfant qui se trouverait dans un édifice en proie aux flammes. Il persiste dans ce risque quand il envoie parfois des groupes de deux frères: “Monsieur le ministre objecte que les Petits frères de Marie, en allant deux par deux, n’offrent pas autant de garanties relatives aux bonnes meurs que les frères des Ecoles Chrétiennes, qui ne vont jamais à moins de trois. Je reconnais, monseigneur; que cela est un point de discipline sur lequel nous devons porter notre attention. Pour cela, parmi les nombreux établissements qui nous le proposent, nous choisissons toujours ceux qui offrent le plus de garantie à cet égard. Mais devant l’impossibilité où se trouvent tant de municipalités rurales pour subvenir aux besoins de plus de deux frères, doit – on hésiter entre les laisser sans moyens d’éducation ou bien leur donner une éducation par deux frères, même s’ils offrent moins de garantie que s’ils étaient trois? Ce serait une bonne chose pour la religion et pour la société de s’arrêter face à une telle considération?” (Lettre à monseigneur de Pins, 3 février 1838.

Conséquences

· Il faut affronter les risques. La prudence n’est pas incompatible en face de telles situations d’affrontement. Marcellin montre sensibilité et courage. La force personnelle devra être plus grande, mais les appels du monde et de l’Église se font sentir.
· La mission du frère: “Aimer Dieu et s’évertuer à le faire connaître et à le faire aimer, voilà ce que doit être la vie d’un frère”(Vie XX,312). Il dit lui même très souvent: ”Je ne peux voir un enfant sans avoir envie de lui enseigner le catéchisme, sans désirer lui dire combien Jésus Christ l’a aimé et combien, lui à son tour, doit aimer le divin Sauveur” (Vie,XX,314).
· Les Constitutions actuelles reprennent ce sens du risque et de l’affrontement: “Nous allons à la rencontre des jeunes là où ils sont. Nous sommes audacieux pour entrer dans des lieux inexplorés, où l’attente du Christ se manifeste dans la pauvreté matérielle et spirituelle. Par nos contacts avec les jeunes, nous leur donnons les signes d’une attention imprégnée d’humilité, de simplicité et de désintéressement” (Constitutions,83).

2.7. Courage historique

Reconnaître légalement l’institut n’a pas été chose aisée. Les entraves bureaucratiques, tant civiles que religieuses, sont nombreuses. D’où la nécessité d’aller plusieurs fois à Paris sans résultats. Une fois, alors que tout est enfin arrangé et qu’il ne manque que la signature, un changement ministériel soudain suppose qu’il faut recommencer. Il ne veut pas non plus la reconnaissance en hypothéquant l’institut. On la lui accorde s’il réduit sa présence à des villes de 1.200 habitants. Il s’y refuse. En ce qui concerne le service militaire, il montre aussi une grande sagacité. Il inscrit ses frères dans un institut similaire qui possède la dispense légale, mais qui manque pratiquement de vocations.

Conséquences:

· Marcellin fait toujours une lecture de l’histoire à partir de sa foi. Son sens de la Providence ne lui enlève pas le moindre dévouement, mais il est confiant, car le résultat final est entre les mains de Dieu.
· Quand il a des difficultés et que beaucoup de congrégations religieuses font profession de façon privée, Marcellin ne se cache pas. Il continue son chemin et continue d’autoriser les professions religieuses de ses frères.
· Souvent, le monde de l’éducation est soumis à des impératifs légaux. Il s’en préoccupe. L’autorisation donnée à l’institut en est la meilleure preuve. Elle arrivera quand il faudra. Voilà sa conviction. Une fois de plus la légalisation suit la vie.
· Marcellin ne sacrifie pas la liberté d’éducation pour recevoir des avantages légaux. Perdre la possibilité d’aller dans des villages de plus de 1.200 habitants signifie une réduction des champs d’apostolat et peut remettre en question une source importante de revenus que permettra la présence éducative dans des zones déficitaires. Il préfère attendre le temps nécessaire qu’hypothéquer sa liberté.

3. LE MODE D’EDUCATION DE MARCELLIN A TRAVERS UNE LETTRE

Le mode d’éducation de Marcellin trouve ses racines dans sa spiritualité. L’amour de Jésus et de Marie sont la source d’inspiration de sa pédagogie. Il s’éloigne par exemple des influences pédagogiques de son époque en ce qui concerne les châtiments corporels, très fréquents alors. Théories pédagogiques, aucune spécialement. Son apport se réduit à la vision religieuse de la vie et des personnes, dans un profond sens commun et capacité pratique pour affronter les différents cas qui se posent. La lettre que Marcellin écrivait le 21 janvier 1830 au Frère Bartolomeo peut être un document très parlant pour apprécier son talent et sa personnalité.

Mon cher frère Bartolomé et bien aimé collaborateur:

J’ai été très heureux d’avoir de vos nouvelles. Je me réjouis que votre santé soit bonne. Je sais aussi que vous vous occupez de nombreux enfants; en conséquence, il y en aura beaucoup qui voudront imiter vos vertus, car c’est en vous regardant que les enfants se forment, et en suivant votre exemple, ils ne cessent de régler leur conduite. Que votre mission est importante! Quelle est sublime! Vous êtes continuellement parmi ceux avec qui Jésus Christ aimait se trouver, puisque Il interdisait formellement à ses disciples de les empêcher de s’approcher de Lui. Et vous, mon cher ami, non seulement vous ne voulez les en empêcher mais vous faites tout pour les conduire près de Lui. Oh comme vous serez bien reçu par ce divin Maître! Ce Maître généreux qui ne cesse de récompenser ou de donner un verre d’eau fraîche!

Dites aux enfants qui vous sont confiés que Jésus et Marie les aiment beaucoup tous: ceux qui sont bons, parce qu’ils ressemblent à Jésus Christ, qui est infiniment bon; ceux qui ne le sont pas encore, parce qu’ils vont le devenir. Que la très Sainte Vierge les aime de plus car elle est la mère de tous les enfants qui sont dans nos écoles. Dites leur aussi que moi aussi je les aime beaucoup; que je ne monte jamais au saint autel sans penser à vous et à vos chers élèves; que je voudrai pouvoir enseigner, et de façon plus directe consacrer mes insomnies à former ces tendres enfants.

Tous les établissement vont à peu près bien.
Priez pour moi et pour toutes nos maisons.
J’ai l’honneur d’être votre père plein d’affection pour vous en Jésus et Marie

CHAMPAGNAT
Sup, de F M

Notre Dame de l’Hermitage, le 21 janvier 1830

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