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Marcellin Champagnat, un saint

 


Paul Sester -

Cahiers maristes 18, novembre 1998, pages 89-109


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La canonisation de Marcellin Champagnat me semble être l’occasion de réfléchir sur ce qu’est la sainteté, ce qui permettra de donner un sens plus que superficiel à cet événement. Dans notre langage on donne au mot “ saint ” des connotations tellement multiples qu’on ne sait plus bien ce qu’il signifie réellement quand l’Église l’attribue par un acte officiel à telle ou telle personne. On parle d’un saint homme en des sens très divers, jusqu’au Pape que l’on a l’habitude de nommer “ Le Saint Père ”. Mais quand on veut désigner ce qu’on appelle “ un saint du ciel ”, on a bien conscience de donner à ce terme un sens particulier, d’une personne capable de faire des miracles et qui durant son existence terrestre a pratiqué les vertus d’une manière héroïque, évitant le mal et s’efforçant de faire le bien; quelqu’un qui s’est préoccupé spécialement de tendre à la perfection.

Cela suppose que l’on considère la personne humaine comme imparfaite, placée dans des conditions défavorables qu’elle doit surmonter pour vivre d’une manière épanouissante selon sa nature spirituelle. Cela suppose que, bien au-delà d’une étiquette collée devant son nom, c’est dans les profondeurs de sa personnalité quelque chose s’est passé qui donne une plénitude à son être et la réponse à la question du sens de son existence que tant de gens se posent.

Pourquoi sommes-nous sur terre ? telle était la première question de mon catéchisme qui répondait: pour servir Dieu comme moyen de parvenir au ciel. Réponse suffisamment vague pour satisfaire un esprit docile, dénué de sens critique, mais qui ne résiste pas à la réflexion quelque peu poussée. Sorti du contexte d’un langage à seul but d’édifier, quel sens garde l’expression “ servir Dieu ” qui, tout-puissant, n’a besoin d’aucun service ? “ Dieu n’a pas besoin de vous, ni de moi pour produire dans son Église le fruit qu’il souhaite ” affirme le Père Alphonse Rodriguez1 qui ne cesse pourtant pas de dire que notre seul but ici-bas n’est autre que de plaire à Dieu.

S’il est vrai que dans notre condition d’abandon sur une terre où tout existant laisse pressentir un Etre supérieur dont il émane, nous avons besoin de lui comme d’un interlocuteur, cela ne nous ouvre pas pour autant le chemin d’une réflexion sur notre réalité. La seule solution qui nous reste est donc de partir de nous-mêmes pour explorer les réserves de notre nature. Dans le cas présent, cela signifie le renversement total de la perspective, à savoir d’envisager la sainteté non pas du point de vue de Dieu, mais de celui de la personne humaine, la plus directement en cause. “ C’est à vous de prendre votre salut à cœur; c’est votre affaire; c’est vous seul qui y êtes intéressé ” dit encore Rodriguez en rapportant la pensée de saint Thomas2.

Ce n’est pas pour autant, comme on le voit par ces citations, que je dédaigne les auteurs spirituels. A côté d’affirmations dictées par le sentiment, parfois tout à fait gratuites, le raisonnement logique et le pur bon sens reprennent parfois leur droit malgré la défiance que ces auteurs professent envers la réflexion philosophique réputée païenne. Ils ne cessent pourtant de se servir des données de la psychologie préférant parler de la tendance à la perfection plutôt que de la sainteté proprement dite, du cheminement plutôt que du but auquel il doit mener.
C’est le cas de l’ouvrage déjà cité du Père Rodriguez sur lequel je vais m’appuyer dans ma première partie surtout. Je le fais pour deux raisons: parce qu’il est de ceux dont le Père Champagnat recommandait la lecture à ses Frères et qu’il confirme en plusieurs endroits mutatis mutandis l’idée que je me fais de la sainteté.


Rodriguez aujourd’hui.

Alphonse Rodriguez vit le jour en 1526 à Valladolid, Espagne, et 20 ans plus tard, en 1546, il entra dans la Compagnie de Jésus. Dès 1549 il est professeur de théologie morale, puis maître des novices, à Mantille, en 1561, durant 33 ans, tout en étant chargé de “ faire les exhortations spirituelles que l’on a coutume de faire toutes les semaines dans toutes les maisons de la Compagnie ” (p.III). Après un séjour à Rome, en 1594, pour la Congrégation Générale de son Ordre, il demeura 12 années à Cordoue dans les fonctions de directeur spirituel de sa Province. En 1606 il fut renommé maître des novices à Séville où 10 ans plus tard, après un repos de 2 années, il meurt le 21 février 1616, à l’âge de 90 ans.
C’est vers la fin des 12 années passées à Mantille “ que recueillant tout ce qu’il avait fait sur ce sujet, il en composa l’ouvrage intitulé ”: Pratique de la Perfection chrétienne et religieuse ” (p.IV), mais ne le fit éditer qu’à la veille de sa mort, en 1615. Vu les occupations qui furent les siennes, ce livre est vraiment l’œuvre de sa vie dans le double sens qu’il y met tout son savoir et qu’il n’y propose à suivre rien d’autre que ce dont il a donné lui-même l’exemple. Sur 1634 pages in-12, en 3 volumes, il développe dans les moindres détails le chemin vers la perfection d’une personne désireuse de donner à sa vie toute la plénitude possible. La connaissance qu’il avait de la complexité de la nature humaine fait que l’analyse psychologique d’aujourd’hui peut s’y retrouver si l’on sait en recueillir les éléments dispersés sans ordre à travers le nombre impressionnant d’exemples et de citations. C’est cette tâche que j’ai l’intention d’entreprendre en suivant un plan que me dicte l’anthropologie moderne.

Le devenir

“ La véritable sagesse que nous devons désirer, dit Rodriguez dès la première page de son ouvrage, c’est la perfection chrétienne qui consiste à nous unir à Dieu par amour... c’est la plus grande, ou pour mieux dire, la seule affaire que nous ayons; c’est pour cela que nous avons été créés ”. Et dans le chapitre III du second traité sur l’intention dans nos actes, il cite saint Ambroise s’interrogeant sur “ la cause pour laquelle, dans la création du monde, Dieu, après avoir créé les choses purement corporelles et les animaux, les loue dans le même instant,... mais quand il vient à créer l’homme, il semble qu’il le laisse lui seul sans louange, puisqu’il n’ajoute pas aussitôt que cela était bon, comme il l’avait ajouté à tout le reste des choses ” (op. cit. I, p.99). Rodriguez répond: “ c’est parce que la bonté et la perfection de l’homme ne consistent qu’en ce qui est caché au-dedans ”, “ il faut d’abord qu’il montre son aspect intime ” ajoute saint Ambroise. Erich Fromm, penseur allemand, précise: “ ceci signifie que les animaux et les autres choses étaient achevés dès après la création, ce que l’homme n’était pas. L’homme peut lui-même, conduit par la parole de Dieu... développer sa nature intime selon le processus de l’histoire”3. Autant dire que l’homme est un être en devenir, comme l’affirment les philosophes existentialistes: “ Deviens celui que tu es”.

Ils entendent par là que l’être humain naît porteur de toutes les virtualités qui le caractérisent, mais il ne les possède qu’en puissance, il faut qu’il les actualise lui-même durant son existence terrestre au sein de l’ambiance sociale, historique et géographique dont sa vie sera tributaire. C’est la chance que l’existence confère à tout être humain de pouvoir se faire soi-même, de se construire en quelque sorte sa propre personnalité dont les bases, certes, lui sont données, mais sur lesquelles il peut bâtir librement son édifice spirituel, épanouir son moi propre à nul autre pareil.
S’il faut des preuves pour justifier cette théorie, que l’on regarde d’abord ce qui se passe dans la nature autour de nous. Le devenir se rencontre partout, notamment dans la génération des êtres vivants. La semence, jusqu’à la plus petite, porte inscrite en elle tout le programme du développement futur de l’être pour toute la durée de son existence. Et pourquoi l’homme échapperait-il à cette loi générale de la création ? Le besoin qu’il a d’être éduqué, de développer son intelligence et, s’il est religieux, de tendre à la perfection, suppose bien que sa personnalité, n’est pas achevée, mais se trouve en devoir comme en pouvoir de se développer, de devenir elle-même.

Le désir

Ce dernier verbe ne désigne pas seulement le but que l’on veut atteindre, mais aussi tout le cheminement pour y parvenir. En plus du vouloir vivre de tout être vivant, la conscience humaine l’éprouve comme un désir de se faire sa place dans le monde. Le psychisme humain n’est pas cette eau tranquille d’un lac où se mirent les abords, il est bien plus le courant qui se fraye en écumant son chemin parmi les rochers. Paisible ou survolté, le désir l’habite toujours, si bien que Louis Lavelle a pu définir l’homme comme “ un être de désir ”.

Un passage, à ce sujet, du Père Rodriguez, nécessite une mise au point. “ Nous ne désirons les choses que selon que nous les estimons; d’autant que la volonté est une puissance aveugle qui ne fait que suivre ce que l’entendement lui propose, l’estime qu’il fait d’un objet devient nécessairement la règle de nos désirs; et comme la volonté est ce qui commande en nous toutes les autres facultés intérieures et extérieures de l’âme, nous n’avons accoutumé de rechercher les choses et de travailler pour les acquérir que selon que la volonté se porte à les désirer”4. Dans la spiritualité volontariste dont il fait ici preuve, c’est la volonté qui commande le désir. Mais en fait c’est le contraire, le désir est premier par rapport à la volonté, car on ne saurait vouloir une chose qui n’est pas d’abord désirée. L’estime considérée comme règle de nos désirs n’est autre que le désir lui-même orienté par la valeur. Il s’ensuit que le désir n’est pas quelque chose de superficiel, il est un constituant du psychisme humain dont il est comme l’énergie vive.

L’objet qu’il vise est toujours entrevu par la conscience comme une valeur: le bien, le beau, l’utile ou l’agréable. Cependant nul objet concret n’est jamais capable de l’épuiser. Dès qu’on est en sa possession, voilà que le désir se porte sur un autre différent, voire meilleur. Il est évident par conséquent que la valeur concrète d’un objet ne correspond jamais à celle que l’on entrevoit. Preuve aussi que le désir vise un idéal qui par définition ne peut jamais être atteint.

Se pose alors la question s’il est possible de trouver ce qui pourra satisfaire totalement le désir qui ronge notre cœur. En tous cas, cela supposerait qu’il existe une valeur dont toutes les valeurs particulières ne seraient que des manifestations. Le philosophe Louis Lavelle, dans son ouvrage: “ Les puissances du moi ” conclut son analyse du Désir qu’il considère en même temps que la connaissance comme une caractéristique de notre être, en disant que “ le Désir comme la connaissance ne pourrait trouver d’apaisement que si l’individu et le Tout parvenaient à se réunir... Le Désir nous apparaît alors comme l’essence du moi. Seul il lui donne le mouvement et la vie. Seul il est capable d’établir une transition entre ce que nous sommes et ce que nous cherchons à être”5. On peut donc dire que le désir le plus profond de l’homme est d’être, et d’être en plénitude, tel que l’a voulu son Créateur, participant de son Etre absolu. La Genèse, dans le récit de la chute de nos premiers parents, semble bien confirmer cette thèse. Si le serpent réplique à la femme: “ Vous serez comme des dieux ”, (Gen.3,5) c’est quelle n’était pas étrangère à ce désir, car la tentation n’engage que dans des chemins tracés.

Le Père Rodriguez aurait pu trouver là de quoi justifier sa longue dissertation sur la différence entre le désir des choses matérielles et des spirituelles. Pour ce qui concerne les premières, “ à peine est-on parvenu à ce qu’on souhaitait, dit-il, qu’on commence à le mépriser et à jeter les yeux sur quelque autre chose, dont on s’ennuie également sitôt qu’on en est en possession ” tandis que les secondes “ plus nous les goûtons, plus nous nous portons avec ardeur à les rechercher,... parce que nous ne sommes pas nés pour le monde, et qu’ainsi il n’y a rien dans le monde qui puisse entièrement nous satisfaire”6.

L’action

Ailleurs le même auteur ajoute: “ Quand ce désir est une fois véritablement imprimé dans l’âme, il faut que nous nous appliquions avec soin et avec ardeur à acquérir ce que nous souhaitons, car nous sommes naturellement industrieux pour chercher et pour trouver les choses où notre inclination nous porte”7, laissant entendre que le désir quel qu’il soit ne suffit pas pour réaliser le devenir, il y faut l’action. Cela va tellement de soi qu’il est presque inutile de le démontrer. Qui ne fait rien, n’est rien. S’appuyant sur le mot du psaume 61: “ Tu rends à chacun selon ce qu’il fait ”, le Père Rodriguez affirme: “ Il est constant que l’état bon ou mauvais de notre âme dépend de nos bonnes ou mauvaises actions, parce que nous serons tels que seront nos œuvres et qu’enfin ce sont elles qui découvrent ce que nous sommes”8.

En effet, considérant un sportif, comment peut-il connaître toutes les possibilités qu’il porte en lui s’il n’exerce pas son sport et ne se mesure pas à d’autres qui cultivent la même discipline ? Il en est de même de tout individu désireux d’exploiter ses capacités, de réaliser ses aptitudes latentes. C’est dans ce sens que l’on peut dire en toute vérité que la personne humaine se fait elle-même. “ Faire et en faisant se faire ” a dit très justement le philosophe Jean-Paul Sartre.

Mais il faut encore bien savoir en quoi consiste cet acte créateur. A ce sujet, Rodriguez s’étend longuement sur ce que doivent être nos actions pour qu’elles contribuent à notre avancement spirituel qui n’est autre que la réalisation de soi. “ Ce n’est pas assez pour notre avancement et pour notre perfection de faire les choses, il faut les bien faire”9, fait-il remarquer tout d’abord. Il évoque ainsi deux conditions nécessaires pour que son action réalise effectivement son devenir.

La première est ce que les philosophes appellent la valeur. Il est une valeur subjective qui naît du désir du sujet pour un objet qu’il sent capable de le satisfaire. Plus on désire un objet, plus on est prêt à payer pour l’acquérir sans s’occuper de sa valeur intrinsèque. La valeur est dite objective quand il s’agit de la qualité bonne ou mauvaise de la chose ou de l’action. Pour ce qui nous concerne présentement j’appellerai bien ce qui va dans le sens de ma nature et mauvais ce qui la contrarie. Par conséquent, seul le bien doit être poursuivi par celui qui se donne pour tâche de réaliser son devenir.

La seconde condition je la désigne par le mot engagement, laissant entendre par là l’attention, la conscience et l’application requises par l’action pour que la personne puisse se l’attribuer. Dans la mesure où je m’engage dans mon acte par une décision libre et volontaire, où je prends sur moi seul de l’exécuter, cet acte peut être dit mien, par conséquent créateur de ma personnalité. L’avertissement que Rodriguez ajoute en disant: “ L’affaire de la perfection chrétienne n’est pas une affaire qui doive se faire par la force, il faut que ce soit le cœur qui l’entreprenne”10 va tout à fait dans ce sens.

De plus, quand il prétend que “ notre avancement et notre perfection ne consistent qu’en deux choses: à faire ce que Dieu veut que nous fassions et à le faire comme il veut que nous le fassions ”11 je le traduis par la nécessité d’agir selon notre nature, car ce que Dieu veut de nous, c’est que nous soyons nous-mêmes, tels qu’il nous a créés. “ La gloire de Dieu, c’est l’homme debout ” dit saint Irénée.

Le dépassement

Toutes ces conditions satisfaites, il ne suffit pas, sauf cas exceptionnels, d’un seul acte pour réaliser le devenir, car à lui seul il n’épuisera jamais toutes les possibilités d’un être. L’exercice fait le maître, dit-on, mais à condition que l’acte répété suive le désir de toujours mieux faire. Comme le sportif qui cherche sans cesse à dépasser ses propres performances, notre tendance à nous épanouir pleinement excite notre désir d’aller toujours plus avant. Pour ce faire, il faut nous dépasser nous-mêmes. Vouloir acquérir ce plus-être qui hante le tréfonds de notre cœur exige d’aller le puiser dans ce que nous ne sommes pas encore, au-delà de nous-mêmes, en nous dépassant.

S’arrêter en route par fatigue ou de n’avoir d’autre but que de s’attirer la bonne opinion des autres serait une erreur parce que c’est se fermer sur soi-même. L’auteur du traité de la Perfection menace d’abord par l’adage bien connu: “ S’arrêter, c’est reculer ”, puis consacre 6 chapitres du troisième traité: “de la droiture et de la pureté d’intention ” pour étaler toute la malice possible de la “ vaine gloire ” qui, d’après lui, consiste à détourner sur les créatures l’honneur et la gloire qui ne revient qu’à Dieu seul.

Avec Louis Lavelle on peut voir la situation d’une manière toute différente. Il la présente dans son ouvrage: “L’erreur de Narcisse ” dont je résume le début par ces quelques mots: On connaît la fable d’Ovide racontant l’aventure de Narcisse. “ Il a seize ans... Il a le cœur pur... Le voilà qui se dirige pour apaiser sa soif innocente vers une fontaine vierge où personne encore ne s’est miré. Il y découvre tout à coup sa beauté et n’a plus soif que de lui-même... C’est sa beauté qui fait désormais le désir qui le tourmente, qui le sépare de soi en lui montrant son image et qui l’oblige à se chercher lui-même où il se voit, c’est-à-dire où il n’est plus. Il y plonge ses bras pour saisir cet objet qui ne peut être qu’une image... Et il ne subsiste plus maintenant au bord de la fontaine, comme témoin de sa misérable aventure qu’une fleur dont le cœur, couleur de safran, est entouré de pétales blancs”12. Son erreur est de s’être arrêté pour contempler son image, de n’avoir pas compris l’irréalité d’une image, de n’avoir pas su la dépasser. Son être et son devenir se sont donc figés dans une chose, belle sans doute mais pas plus qu’un nénuphar. “ Narcisse disparaît dans la fontaine, car il veut que son image trop belle occupe toute la place de son être, comme il est arrivé à Lucifer quand il est devenu Satan”13.

L’action ne peut donc épanouir et développer l’être de l’agent que pour autant qu’elle est dominée par une visée plus haute qu’elle, qui la dépasse et le sollicite encore au-delà de sa réalisation. Si c’est le désir d’être qui nous anime, n’est-ce pas une illusion que d’arrêter l’élan sur un objet qui par définition nous restera toujours étranger ? Ce n’est que l’Etre absolu dont nous tenons notre être qui puisse nous conférer ce plus-être qui nous comblera. Le mot de l’Evangile: “ Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ” n’est ni plus ni moins que l’invitation du Seigneur à parfaire notre devenir jusqu’à la pleine possession de l’être dont nous sommes capables comme l’Etre absolu l’est du sien. D’où l’exigence que chacune de nos actions qui dès sa réalisation tombe dans la finitude, soit dépassée, reniée pour ainsi dire, ou néantisée selon Jean-Paul Sartre, pour laisser le champ libre à nos ambitions. Etre en condition de recommencer à neuf en effaçant le passé pour conquérir avec une fraîche ardeur de nouveaux sommets, comme saint Paul: “ Oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l’avant, tendu de tout mon être et je cours vers le but...”14. Rodriguez enchaîne là-dessus, se servant des paroles de saint Basile et de saint Jérôme qui, dit-il, “ nous apprennent que quiconque veut être saint doit oublier le bien qu’il a fait et songer continuellement à ce qui lui reste à faire”15.

La liberté

Est-il encore besoin de revenir, après cela, sur le caractère essentiel sans quoi l’action ne toucherait pas la personne, à savoir la liberté ? Sans elle, en effet, la personnalité n’est pas en cause, ni, par conséquent son devenir qui ne peut se concevoir sans la responsabilité fruit de la liberté. Le devenir n’étant autre que l’épanouissement de la personnalité, rien de ce qui n’est pas elle-même ne peut le réaliser. D’où s’ensuit qu’elle est totalement responsable de son devenir, sans excuse ni recours.

Il faut bien s’entendre sur le mot liberté, car dans la pratique il est interprété de différentes façons. D’après le sens le plus général, être libre, c’est avoir la faculté de faire ce que l’on veut, de pouvoir agir sans contrainte. Dans ce cas, le plus souvent la liberté n’est qu’extérieure. Or il en est une autre, intérieure. S’il m’est loisible dans un pays démocratique de faire et de dire ce que je veux, dans les limites de la morale et de la loi, suis-je aussi sûr de n’être sous aucune influence qui me détermine dans un sens plutôt que dans un autre ? Ne suis-je pas l’esclave de quelque passion, de tendances aux sollicitations desquelles je n’ai pas le courage de résister ?

On a vu que le vouloir est toujours animé par quelque désir dérivant finalement d’une manière ou de l’autre du désir absolu d’être. Mais ce désir est pour ainsi dire monnayé dans la vie concrète par des désirs particuliers qui lui correspondent de plus ou moins loin, selon la manière de les interpréter. Ces désirs dérivés ne sont déterminants que dans la mesure où la volonté les accepte ou les refuse. Car souvent nous cachant leur source profonde, ils nous égarent sur des sentiers qui ne conduisent pas au but vraiment escompté. D’où la nécessité de nous libérer de ces mirages trompeurs et laisser agir le désir que nous sentons au fond de nous-même être l’authentique chemin de notre épanouissement personnel.

Il est vrai que dans les conditions présentes où nous sommes, plongés dans le monde matériel qui nous sollicite de toutes parts, il n’est pas facile de nous libérer des attraits même intérieurs ou des passions qui sont comme des excroissances de notre élan vital. La vraie liberté n’est pas donnée toute pure, à nous de la dégager, de la conquérir et parfois même de haute lutte.

Tel est le prix que nous devons payer pour que nos actions soient totalement responsables, c’est-à-dire pour qu’elles soient vraiment nôtres. A cette condition seulement nos actions seront génératrices de notre propre personnalité, partant de notre devenir. C’est encore ce qu’exprime le Père Rodriguez en d’autres termes qu’il est aisé de remplacer par ceux que nous employons ici. “ Notre avancement et notre perfection consistent dans la perfection de nos actions,... plus elles sont saintes et parfaites, plus aussi nous serons saints et parfaits. Cela supposé comme infaillible, il est encore vrai de dire que nos actions auront plus de mérite et de perfection selon que notre intention sera plus droite et plus pure et que nous nous proposerons une fin plus haute et plus sublime, car l’intention et la fin sont ce qui donne le caractère aux actions”16.

Ce chemin trop idéaliste paraît ardu. C’est bien la route étroite dont parle l’Evangile. C’est le chemin de la sainteté, car le devenir et la sainteté ne font qu’un. Mais il convient de ne pas oublier deux choses. D’une part l’Etre absolu présenté comme but de notre cheminement n’est pas cet Etre insaisissable et lointain, mais le Dieu d’amour, éternellement présent pour soutenir nos efforts. D’autre part, il est indéniable que nos joies les plus profondes sont suscitées par nos victoires sur nous-mêmes et l’accomplissement de nos désirs les plus purs au sens plein du terme. Il est donc possible, malgré la distance qui nous sépare de ce Dieu lointain de nous unir à Lui par amour, vers quoi notre être aspire parce qu’il y trouve sa complétude ou sa perfection.

Marcellin Champagnat

Que le Père Champagnat, présumé non sans raison lecteur du Père Rodriguez, ait pu le comprendre de la manière que l’on vient de voir, n’est certes pas pensable. Il n’en avait pas les moyens. Cependant son intuition, soutenue par un jugement solide et réaliste, a pu lui permettre de s’en faire une interprétation personnelle dont l’apostolat constitue la base de sa spiritualité, telle qu’il la laisse apparaître spontanément, se démarque de celle du Père Rodriguez par une intimité familière et profonde, par des relations de plus en plus libres et confiantes avec Dieu. Qu’on se rappelle le langage humoristique qu’il a gardé jusqu’aux heures graves qui précédèrent sa mort et la forme d’entretiens qu’il donnait à ses prières spontanées. De plus, au vu de son activité débordante et de son souci de ne faire que la volonté de Dieu, comment douter qu’il ne concevait pas l’œuvre confiée par ses compagnons du séminaire, comme une mission venant de Dieu qu’il devait accomplir au prix de son propre salut. De fait, dans la mesure où, malgré ses déficiences, il s’est donné pour elle il a réalisé le devenir inscrit dans sa nature.

Mais qui peut jauger cette mesure, savoir jusqu’où son adhésion, son obéissance aux propositions divines auraient dû le mener ? De sa vie intérieure il n’a jamais parlé, ni ne l’a laissée paraître, si ce n’est peut-être à ceux qui l’ont fréquenté, ceux qu’il a formés par ses exemples et ses paroles. Ce sont eux qu’il faut donc interroger, notamment Frère Jean-Baptiste, son biographe et l’auteur de nombreux écrits rédigés dans l’intention de nous transmettre l’esprit du Fondateur.
Or dans l’un de ses ouvrages, intitulé: “ Sentences, Leçons et Avis du vénéré Père Champagnat ” deux chapitres rapportent la pensée de celui-ci sur “ ce qu’est un saint ”, partant sur la manière dont il envisageait son propre idéal. Ce sont ces deux textes que je vais d’abord analyser pour apprendre comment le Père Champagnat concevait “ un saint qui vit encore sur terre ”, avant d’examiner comment lui-même a vécu la sainteté.

Qu’est-ce qu’un saint

Le chapitre XX de l’ouvrage cité traite les 6 caractères indispensables pour être un saint, savoir: “ Un homme qui craint le péché plus que tous les maux du monde et le fuit plus que la mort; un homme solidement pieux; qui aime Jésus; un homme obéissant, humble et mortifié ”. Je signale d’abord que les termes ci-dessus sont en italiques dans le texte pour montrer que ce sont ceux du Père Champagnat lui-même. D’autre part, il ne faut pas oublier qu’il s’adresse aux Frères, particulièrement aux novices pour stimuler leur ferveur dans la vie religieuse.
Il ne traite le sujet qu’en surface peut-on dire, décrivant le saint dans ses aspects extérieurs et le rapporteur dans son commentaire a bien soin de se tenir à ce niveau. Son souci d’ailleurs se borne à justifier les dires du Père plutôt que de les expliquer, d’approfondir leur sens et les nuances avec lesquelles l’auteur les exprimait.

Ces 6 caractères peuvent se grouper par trois: d’une part trois attitudes vis-à-vis de Dieu: craindre le péché plus que tous les maux du monde, - être un homme de prière, - aimer Jésus; d’autre part trois vertus qu’un saint doit pratiquer: l’obéissance, l’humilité, la mortification. Les trois attitudes ci-dessus sont ordonnées dans le sens allant de l’extérieur vers l’intérieur, du négatif au positif et sont données chacune pour elle-même, sans rapports entre elles. Il n’est pas dit que le saint craint le péché parce qu’il est l’opposé de l’amour; il n’est pas dit non plus que prier, c’est entretenir l’amour par une prise de contact intime avec Dieu; l’amour est présenté comme une “ sympathie pour Jésus ”, comme “ la marque des élus ”, donc en quelque sorte un amour très platonique. Ce passage n’est certainement pas inspiré par Rodriguez qui met fortement, dès le début, l’accent sur l’amour, fondement de la sainteté comme on l’a vu, tandis qu’il ne mentionne pas expressément la crainte du péché, du moins dans les premiers traités. Les trois vertus, par contre, sont bien celles sur lesquelles il base la sainteté, bien que le Père Champagnat laisse entendre que c’est l’exemple de Jésus qui détermine son choix.

Dans la conclusion de ce chapitre, il revient avec insistance sur ces caractères qui constituent “ tellement l’essence et les éléments de la sainteté qu’en l’absence d’un seul il n’y a point de sainteté”17 puis les énumère encore trois fois mais en oubliant chaque fois l’un ou l’autre: ainsi la crainte du péché n’est reprise qu’une fois, la mortification deux fois, tandis que l’amour de Jésus n’apparaît plus. Nous sommes donc loin de Rodriguez pour qui “ la perfection chrétienne consiste à nous unir à Dieu par amour ”. Par conséquent, plus que de la sainteté proprement dite, il est ici question seulement des moyens de l’atteindre.

Le chapitre suivant du même ouvrage reprend le thème d’une manière analogue, sans aller plus en profondeur. Il énumère les effets qu’une vie sainte peut produire sur la personne en faisant d’elle: “ une lumière et un soleil qui éclaire et vivifie;... un modèle pour tout le monde;... l’instrument des bontés de Dieu;... bien qu’elle soit “ un homme comme nous ”; mais qui ne se plaint jamais, ni du temps, ni de l’emploi, pas plus des supérieurs que d’aucun confrère quel que soit son caractère et ses faiblesses, pas même des ennemis et des persécuteurs, moins encore de ses infirmités corporelles ou de ses difficultés spirituelles. La présentation binaire de ces derniers points explicitant d’abord leur côté positif puis le négatif, montre qu’il ne s’agit pas d’une description, mais d’une exhortation. Quant aux motifs de contentement dans les situations décrites, ils se ramènent à la pratique des vertus de mortification, d’humilité, d’obéissance, parce qu’elle donne l’occasion d’amasser des mérites et de gagner le ciel, le tout convergeant à l’amour de Dieu: “ Ils trouvent partout le bon Dieu qui est l’unique objet de leur amour ”(239). Sans être mise en relief, cette dernière phrase est sous-jacente à tout ce texte et révèle presque à coup sûr l’arrière-pensée du Fondateur. Dommage que le rapporteur ne l’ait pas exprimée plus clairement pour résumer le tout, l’unifier dans une seule disposition d’attachement à Jésus, but dont la poursuite fait passer par-dessus tout le reste, on verrait alors la personne se prendre elle-même en mains dans les conditions qui lui sont faites pour réaliser son propre devenir sous l’attirance de l’amour de Dieu, sa valeur suprême.

On aura remarqué l’absence de l’apostolat que l’on peut seulement deviner sous l’énoncé des deux premiers points: “ lumière et soleil qui éclaire et vivifie ” et “ un modèle pour tout le monde ”. Ayant dessein de parler de la sainteté d’une manière générale, il ne l’applique pas au Frère en particulier, ce qui n’infirme pas l’opinion d’après laquelle Frère Jean-Baptiste n’a pas su mettre l’accent sur le lien que le Fondateur laisse entrevoir et que le dernier concile a mis en pleine lumière entre la tâche apostolique et la vie religieuse.

Cependant le premier chapitre de cet ouvrage intitulé: “ Ce que c’est qu’un Frère au sentiment du Père Champagnat ” laisse apparaître plus clairement cet aspect, notamment dans ses deux premiers points. Le Frère, explique le Fondateur, c’est:
1 - “ Une âme prédestinée à une grande piété, à une vie très pure, à une solide vertu; une âme sur laquelle Dieu a des desseins particuliers de miséricorde; une âme appelée à étudier Jésus-Christ, à aimer Dieu, à se dévouer et s’appliquer tout entière et pour toujours au service de Dieu; une âme prédestinée à une grande gloire et que rien ne peut satisfaire sur la terre...
2 - “ Le coopérateur et l’associé de Jésus-Christ dans la sainte mission de sauver les âmes ”.

Ici le Père Champagnat se met en prise directe avec l’idéal entrevu pour ses Frères. Il ne parle pas de sainteté, mais de la vocation qui n’est, somme toute, que le chemin du devenir auquel chacun se sent appelé. Sans entrer dans les considérations philosophiques, il désigne nettement le but où chaque personne humaine trouve son épanouissement. Non moins explicite est la référence à l’action dont deux caractéristiques essentielles apparaissent aussitôt: le terme, à savoir, parvenir à l’état plénier prévu par le Créateur pour sa créature, et le mode, en se dépassant soi-même au seul profit d’autrui, supposé dans l’oubli de soi.
Le 4° point de ce chapitre touche implicitement la liberté quand il est question pour un Frère de remplacer “ les soldats et les gendarmes ”. Outre le présage idéaliste d’une société sans lois, ne peut-on pas évoquer l’idée de saint Paul selon laquelle Jésus-Christ nous affranchit de la loi pour nous rendre vraiment libres, seuls responsables face à Lui selon le mot de saint Augustin: “ Aime et fais ce que tu voudras ” ?

Une réalisation concrète

Loin de vouloir solliciter les textes et faire dire au Père Champagnat ce qu’il n’a pas dit, je n’ai pas d’autre intention que de faire part de ma conviction que la pensée de Marcellin Champagnat dépasse ce qu’il a pu dire, à plus forte raison ce que les Frères en ont rapporté, compte tenu de ce qu’ils en ont compris. Comme le philosophe dont parle H. Bergson ne réussit jamais à communiquer son intuition dans toute sa profondeur18, ainsi M. Champagnat n’a pu faire part en paroles claires de ce qu’il a pu concevoir intuitivement de la vie humaine. Mais tout ce qu’il a pu dire et faire en est la manifestation plus ou moins fidèle. Par conséquent, c’est là, dans ce dire et faire, face aux circonstances du moment que nous avons chance de le découvrir.

L’ambiance corporelle, familiale et sociale a certainement marqué Marcellin Champagnat plus qu’on semble le dire. Il tient de la nature une noblesse intérieure que son milieu paysan de la montagne ne lui permit guère d’extérioriser. Bien qu’issu d’une famille non démunie de valeurs matérielles et spirituelles, son éducation le tenait plutôt dans la réserve dictée par les principes de bon sens et d’honnêteté, les conditions religieuses et sociales d’une famille nombreuse imprégnée de foi chrétienne. Son tempérament, pour autant qu’on puisse le deviner d’après les dires de ses biographes, le range par bien des traits dans le groupe des bilieux que Mounier décrit par la suractivité motrice, une force physique en contraste avec une maigreur apparente, des réactions vives, le teint jaune, le faciès anguleux, des yeux enfoncés, un regard mobile et ardent, des lèvres fermes et serrées, le geste vif, précis, la voix nette et brève, l’élocution facile et rapide19. Actif, il l’était, sans tergiverser ni trop longtemps réfléchir avant d’exécuter ce qu’il avait décidé. Pratique, bien plus que théorique, il entrevoyait le but sans trop spéculer sur les moyens de l’atteindre qu’il laissait à son courage, son habileté, parfois jusqu’à la témérité.

Rebuté par les études scolaires qu’il a quittées sous de futiles prétextes, il était certainement pour son père un élève docile autant que doué pour apprendre toutes sortes de travaux manuels, voire à se débrouiller dans des activités lucratives comme le commerce de moutons. Face au réel, à la matière qui se laisse aisément façonner moyennant le respect des lois élémentaires de sa nature, il a pu développer son goût de l’entreprise. Par contre l’activité politique, le brassage des idées, l’exhibition sur la scène des revendications devait lui paraître trop irréelle pour capter son intérêt. Dans son esprit tourné vers le concret ne se représentait-il pas la révolution comme une bête ?

Pourtant le domaine de l’incompréhensible, du surnaturel ne manquait pas d’avoir une profonde emprise sur lui. Dès la plus jeune enfance, comme dans tout foyer chrétien, sa mère a semé dans son âme les plus grandes valeurs spirituelles et surtout religieuses. C’est d’elle, secondée par une tante religieuse qu’il a reçu les éléments de la religion chrétienne: la connaissance de Dieu, la pratique de la prière et des devoirs envers le Maître du ciel et de la terre. On peut penser que tout enfant la religion le fascinait. Fils de la campagne aux germinations secrètes, entourée de montagnes aux bois sombres pleins de mystères, le surnaturel devait avoir facilement prise sur sa sensibilité. De plus, amoureux du décor et de la beauté des liturgies, voire des manifestations théâtrales, son cœur devait vibrer devant le faste des cérémonies en l’honneur de Dieu qu’il imaginait comme un Seigneur invisible, mais présent vu la gravité peinte sur tous les visages. A l’opposé de son mari sollicité par les affaires publiques, sa mère était femme d’intérieur et veillait au bon fonctionnement de sa nombreuse maisonnée. Les habitudes d’ordre et d’exactitude, la sage modestie dans les attitudes, la retenue dans les rapports extérieurs, tels étaient les points sur lesquels portaient ses soins vigilants, les exigences qu’elle imprégnait dans le comportement des siens. Le jeune Marcellin, dernier de la famille après la mort prématurée de son puîné, suivant l’exemple de ses aînés, se laissait modeler dans ce moule se contentant de dépenser sa vitalité dans le cadre accepté, faute de connaître autre chose.

Aussi quand le prêtre recruteur sur commande est venu lui dire, après un court entretien personnel: Il faut vous faire prêtre, Dieu le veut, comment douter qu’il devait être bouleversé par une double émotion: d’une part l’étonnement devant une telle révélation, d’autre part la joie d’entrevoir la réalisation d’un désir qu’il avait sans doute déjà secrètement caressé sans l’avouer jamais par crainte de faire paraître son inconséquence. Encore après cette rencontre, quand il déclare qu’il sera prêtre il ajoute aussitôt: puisque Dieu le veut. Ce n’est pas à la légère en effet qu’il insiste sur cette condition, car avec l’obéissance à l’appel de Dieu son penchant de l’aventure y trouve un aliment.

Le voilà décidé quoi qu’il arrive. Désormais, son avenir il l’empoigne à pleines mains. Son chemin, loin d’être même faiblement balisé, n’est qu’un sentier de montagne encombré de branchages et de racines et sa lutte avec les obstacles commence. Les conseils opposés par son proche entourage, la mort inopinée de son père sont les moindres; il a quelques réserves financières et la connivence de sa mère qui n’hésite pas à faire avec lui le pèlerinage à La Louvesc. Quant aux études qu’il estime ne dépendre que de lui, sa courageuse ténacité, pense-t-il, en deviendra maître.

Quitter la maison natale, à quoi tôt ou tard il devait se résigner, provoque un faible pincement de cœur vite effacé par le sentiment de se trouver dans un monde nouveau de garçons généralement plus jeunes et plus avancés que lui. Timide et gauche d’abord, son naturel ne tarde guère à se réveiller. Le bâtiment du petit séminaire de Verrières n’a vraiment rien qui puisse plus longtemps l’impressionner. Par contre sa taille au-dessus de la moyenne, son corps plutôt bien taillé, sa parole facile et drôle par ses expressions du terroir et par le piquant de ses réparties lui donnent une supériorité qui l’attire dans “ la bande joyeuse ”. Mais pas pour longtemps sans doute, puisque ses maîtres, après avoir mis de l’ordre en la demeure, lui confient la surveillance du dortoir. Lui-même, dans ses résolutions laisse entrevoir une véritable conversion: “ Je parlerai sans distinction à tous mes condisciples quelque répugnance que je puisse éprouver, puisque dès ce moment je reconnais que ce n’est que l’orgueil qui s’y oppose. Pourquoi les méprisé-je ? Est-ce à cause de mes talents ? Je suis le dernier de ma classe. Est-ce à cause de mes vertus ? Je suis un orgueilleux. Est-ce à cause de la beauté de mon corps ? C’est Dieu qui l’a fait, encore est-il assez mal construit, enfin je ne suis rien qu’un peu de poussière ”. Il lui faudra du temps cependant pour dompter sa loquacité puisqu’il croit devoir inscrire encore dans sa résolution: “ Je tâcherai aussi, pendant mes récréations de moins me répandre en paroles ”.

Sa vie de relation, malgré tout, gardera, pour son profit d’ailleurs, les caractéristiques qu’il signale ici. Sa facilité de parole où souvent sa propension pour les saillies spirituelles et les pointes d’humour se donnent libre cours, fera le plaisir ou l’étonnement de ses familiers jusque sur son lit de mort selon le témoignage du Père Maîtrepierre20. Il ne lui déplaît pas, dans les récréations, de taquiner l’un ou l’autre Frère, moins naïf qu’il n’y paraît, pour l’entendre réagir par une répartie drôle à l’amusement de l’entourage, non pour humilier, mais pour témoigner de l’intérêt que l’on porte à la personne. Autant que des paroles, cela montre l’amour et la confiance réciproques dont les rapports étaient marqués. Tandis que M. Champagnat vouait aux Frères une affection virile, profonde et sans réticences, ceux-ci l’aimaient comme un père dans toute l’ampleur du terme, tout donné pour leur procurer le meilleur qu’ils pouvaient en attendre. “ Il était ferme, oui, certes: nous eussions tous tremblé au seul son de sa voix, sous un seul de ses regards, mais il était surtout bon, il était compatissant, il était père... ” déclare Frère François. Tout un ensemble de qualités lui composait cette personnalité solide autant qu’attachante sur qui l’on peut s’appuyer, chez qui l’on se sent en sécurité, soutenu par une bienveillance compréhensive, calme et sereine. Aussi jouissait-il d’une emprise et d’une influence fortes sur son entourage d’autant plus volontiers réceptif qu’il y voyait une aide toute gratuite pour répondre à la vocation commune.

Cette gratuité, cette abnégation, se lisait dans différents aspects de la conduite de M. Champagnat. Malgré tout l’intérêt qu’il portait à ses Frères, il avait soin de leur garantir une certaine autonomie, même quand la stricte nécessité ne l’exigeait pas. Les premières années, seuls dans leur habitation, rien de plus normal qu’ils se choisissent un supérieur dans leur rang, mais de plus, en venant partager leur pauvre demeure, M. Champagnat ne voulait pas “ se charger de la direction de la maison ”, car “ outre que les occupations de son ministère ne le lui permettaient pas, il comprenait que ce n’était pas son affaire, mais celle du Frère directeur”21. Plus tard, à l’Hermitage, bien qu’il se mêlât aux Frères en récréation, “ sa table était à part au réfectoire, c’est-à-dire qu’il mangeait seul”22. Quant à la direction spirituelle des Frères, par respect de leur liberté, par faute de temps, mais sans doute aussi par conscience de ses carences du point de vue théologique, il préférait confier cette tâche à d’autres. D’où sa préoccupation d’avoir un autre prêtre avec lui, d’abord en allant chercher M. Courveille, puis en appelant à l’aide auprès de l’archevêché le jeune M. Séon. Dans cette même ligne il recommande dans ses lettres que le curé de la paroisse fasse l’office de directeur spirituel des Frères qui s’occupent des jeunes de sa paroisse. Il en dit même plus long dans une petite phrase rapportée par son biographe et dont on n’a pas de raison de douter qu’elle ne vienne pas de lui: “ En vous parlant de la sorte je remplis un devoir de conscience; c’est à vous maintenant de faire le vôtre”23 dit-il aux Frères en leur exposant la nécessité de faire le catéchisme, les chargeant en quelque sorte de la responsabilité de l’œuvre dont il croit avoir pour seule mission de donner l’impulsion.

L’inspiration fondamentale d’une telle conduite est sans aucun doute la modestie. Vu son heureux caractère, sa réussite auprès des jeunes et dans son entreprise, M. Champagnat ne manquait pas de motifs d’être fier. Certes un fond de timidité, son allure paysanne et son manque de culture intellectuelle dont sa droiture de jugement le rendait conscient, l’empêchait de se surestimer soi-même. Au contraire, il s’efforçait de se maintenir en deçà d’une juste limite. La réponse qu’il fit un jour à l’ecclésiastique étonné de la tenue réservée de ses accompagnateurs est typique. “ Ce sont des Frères qui font l’école aux petits enfants des campagnes... Quelques jeunes gens se sont réunis, ils se sont tracé une règle conforme à leur but, un vicaire leur a donné des soins, Dieu a béni leur communauté et l’a fait prospérer au-delà de toute prévision humaine”24.

Cette attitude pourrait insinuer qu’il prenait de la distance par rapport aux Frères. Or il n’en est rien, bien au contraire, malgré son caractère sacerdotal il s’est totalement engagé dans l’œuvre, se mêlant aux Frères comme l’un des leurs, partageant complètement leur vie, restant toutefois l’animateur et l’organisateur de l’entreprise. Il trouve ainsi l’occasion de donner l’exemple, avant tout de l’humilité qu’il considère comme la vertu fondamentale et qu’il fait consister d’abord dans la transparence et la simplicité. Toute contrefaçon, telle que toute forme de vanité ne sont chez lui que sottise indigne d’un esprit raisonnable. Aussi réagit-il vivement devant une phraséologie recherchée, rabaisse la fierté de ceux qui s’attirent des louanges, mais supporte les étourderies, fussent-elles à son désavantage. Devant les autorités son attitude reste naturelle, au risque de paraître terne aux yeux fixés sur l’extérieur uniquement. Ce qui ne l’empêchait pas de tenir tête à quiconque pour défendre les Frères et leurs intérêts.

Qu’une telle manière de se conduire correspondît à son caractère, n’est sans doute pas le cas. Les résolutions prises dès son adolescence en sont une illustration suffisante et si les efforts de l’âge mûr corrigent la nature, ils ne l’effacent pas. Des événements dont son jugement droit joint à sa perspicacité lui permirent de comprendre la valeur significative, l’amenèrent à prendre la position juste vis-à-vis de Dieu. L’arrivée d’un groupe de 8 postulants suite à d’instantes supplications pour ne pas “ s’éteindre comme une lampe qui n’a plus d’huile ”, le sauvetage d’un péril fatal au milieu des neiges par la fervente prière du “ Souvenez-vous ”, l’achèvement de la construction sans accidents mortels de la maison de l’Hermitage, l’heureuse issue de difficultés diverses menaçant l’avenir de la congrégation, sont autant de faits qui lui rendirent palpable l’intervention de Dieu, par Marie, dans l’établissement de la société. Sa foi clairvoyante lui fait accepter le rôle d’instrument dans toute l’affaire et, du coup, l’incite à s’y dévouer d’un courage d’autant plus désintéressé. C’est “ Jésus et Marie qui ont tout fait chez-nous ” ne cesse-t-il de dire avec la plus ferme conviction. Partant, se sachant choisi par Dieu pour accomplir ici-bas ce qui “ manque à la Passion du Christ ”, il y voit toute sa raison d’être et la réalisation de son devenir. Par conséquent la seule alternative que sa personnalité lui laisse est de s’y donner sans réserve dans une union de plus en plus intime avec le Maître dont la volonté seule est le moteur de son activité.

Son infatigable activité dérive, en effet, de la répercussion de cette certitude de ne pouvoir se faire qu’en Dieu sur son caractère actif enflammé par une ardeur apostolique hors du commun. Prenant conscience au séminaire de la situation de l’Église et surtout de la jeunesse, il croit percevoir à travers l’intention de ses compagnons désireux de fonder une société mariale, la voix de Dieu lui dire: “ Il nous faut des Frères ”. A sa manière directe qui ne souffre aucun délai pour exécuter ce qui vient d’être décidé, dès qu’il est nommé vicaire de paroisse, il rassemble quelques jeunes gens pour en faire des Frères.

Dans son esprit, le but qu’il envisage est clair. “ Il nous faut des Frères pour faire le catéchisme, pour aider les missionnaires, pour faire l’école aux enfants”25. Mais quelle idée se fait-il alors d’un Frère ? On peut tenir pour certain qu’il avait des Frères des Ecoles Chrétiennes une connaissance suffisamment claire pour s’en servir d’exemple et se convaincre de la nécessité de les suppléer dans des domaines inaccessibles pour eux. Quoi qu’il en soit, ses paroles et ses écrits font entrevoir le Frère comme un homme brûlant du désir de communiquer aux autres l’amour du Christ Sauveur dont il était lui-même saisi jusqu’aux dernières fibres de son être. Un homme ancré dans la certitude que le salut de l’humanité, tant ici-bas que dans l’au-delà ne se trouve que dans l’adhésion profonde et totale à l’Evangile de l’amour divin.

Ce but une fois défini, reste à fixer les moyens pour l’atteindre. Ils sont de deux sortes: l’agent, d’une part et l’instrument, de l’autre.

Le premier, c’est le Frère dont on connaît déjà la silhouette. M.Champagnat le veut consacrant sa personne et sa vie toute entière à la seule mission de l’éducation des enfants. Qu’il soit, par conséquent, libre de toute autre occupation, ne visant qu’à former les jeunes, leur apprenant les éléments du savoir, et plus encore la manière de vivre en “ bons chrétiens et en vertueux citoyens ”, par son exemple. Il sait que la tâche n’est pas facile, vu la nécessité pour cela de garder les enfants longtemps auprès de lui, de faire preuve d’un grand dévouement, d’une humilité profonde, car, extérieurement la fonction d’instituteur des petits n’a rien de glorieux. De plus il doit accepter de vivre pauvrement pour permettre aux parents peu fortunés de lui confier leurs fils aux moindres frais. Pour remplir un tel programme il faut, de la part du Frère, être animé spirituellement par une vie religieuse authentique et soutenu socialement par une communauté.

Quant au moyen dont il dispose, comment, dans la première moitié du siècle dernier, ne pas tabler sur l’école et l’école primaire ? Pour prévenir les tentations de visées plus hautes, le Fondateur ne cesse d’insister sur l’enseignement du catéchisme et sur l’humilité, deux points dont il rêvait de faire lui-même, selon son propre aveu, les piliers de l’édifice spirituel de toute sa vie. “ Je ne puis voir un enfant, sans éprouver le désir de lui faire le catéchisme”26 disait-il avec nostalgie.

Les événements l’ont mené sur un plan supérieur pour ainsi dire, au lieu d’agir par lui-même il dut accepter d’être multiplicateur des forces en formant des instituteurs en même temps qu’organisateur pour leur préparer les champs d’action. Son activité n’en est pas allégée pour autant, bien au contraire, il y consumera toutes ses forces. Une lettre qu’il adresse en mai 1827 à M.Barou, vicaire général de Lyon, nous en donne un aperçu: “ En peu de mots voici ma position... Je compte que jusqu’ à la fin d’août nous serons plus de quatre vingt... Nous allons avoir à la Toussaint seize établissements qu’il serait absolument important de visiter au moins tous les deux ou trois mois pour voir si tout marche sur un bon pied,... et pour se concerter avec MM. les curés et maires pour la perception de ce qui doit être payé... Je ne vous dirai rien des comptes à tenir, de la correspondance à entretenir, des provisions à faire, des dettes à payer ou à charger, du temporel et du spirituel de la maison... Tout le monde convient qu’il est de la dernière importance de bien former la jeunesse. Il est donc très important que ceux qui travaillent à cette excellente œuvre soient bien formés et qu’ils ne soient pas abandonnés à eux-mêmes lorsqu’ils sont envoyés”27. Bien que le diocèse, prenant en compte ces appels discrets, lui fournisse des aides, le travail ne désemplit pas par la suite, car l’œuvre ne cesse de s’accroître.

Elle devient tellement son affaire qu’il n’a de moments que pour elle, passant par-dessus tout intérêt personnel; si ce n’est d’obéir à la volonté de Dieu qu’il a la certitude d’accomplir justement dans l’établissement de cette œuvre. Tout ce qu’il lui consacre, et c’est la totalité de ses ressources physiques et spirituelles, son temps, sa fatigue et ses peines, a donc Dieu seul pour fin.

Aussi sa vie spirituelle n’est-elle qu’une relation de plus en plus intime avec le Christ dont il se considère le serviteur ou l’instrument pour faire épanouir dans le cœur des enfants les fruits de sa Rédemption. Dans la mesure où s’imprime dans l’esprit de M.Champagnat l’assurance d’être sous l’initiative de Dieu, son attitude intérieure envers Lui se fait plus simple, plus confiante et plus familière. Il se sent comme le collaborateur, le compagnon de Jésus, partageant le même travail avec un semblable amour.

Il ne peut donc que se sentir plus proche encore de Marie. La dévotion plutôt sentimentale, inculquée dès son enfance par sa mère et sa tante religieuse, va prendre chez lui, par l’impact des faits mentionnés ci-dessus, le caractère plus concret d’une présence agissante en permanence à ses côtés. Les appellations de “ Bonne Mère ” et de “ Ressource ordinaire ” lui sont coutumières parce qu’elles expriment l’acquis de ses propres expériences. Surprenante néanmoins peut paraître la familiarité qu’il témoigne envers elle. “ Intéressez [Marie] en votre faveur; dites-lui qu’après que vous aurez fait votre possible, tant pis pour elle si ses affaires ne vont pas”28 recommande-t-il à Frère Antoine, montrant par là qu’il en usait de la sorte. Il ne doutait nullement que Marie lui retournait largement l’amour qu’il lui vouait, ce qui lui fait écrire à Mgr Pompallier, en mai 1838: “ Marie montre bien visiblement sa protection à l’égard de l’Hermitage. Oh! que le saint nom de Marie a de vertu! Que nous sommes heureux de nous en être parés! Il y a longtemps qu’on ne parlerait plus de notre société sans ce saint nom, sans ce nom miraculeux. Marie, voilà toute la ressource de notre société”29. C’est Elle, il en est certain, l’inspiratrice de ses initiatives et le secours assuré dans les difficultés qui paraissent insurmontables à première vue. C’est Elle, la Servante du Seigneur, son modèle parfait, car en la suivant, c’est le Seigneur que l’on sert.

Par Elle le voilà donc engagé plus avant dans le service de Jésus. Bien que plus viriles et respectueux, les sentiments qu’il entretient à l’égard de ce dernier ne sont pas moins affectueux. L’exercice de la présence de Dieu qu’il préférait, le maintenait en contact pour ainsi dire continuel avec Jésus soit à son bureau, soit dans ses nombreux déplacements. Qu’avait-il alors à craindre, à se préoccuper du jugement d’autrui ? Le Père Maitrepierre s’est trompé quand il a dit de lui: “Le Père Champagnat avait en effet tout ce qu’il fallait humainement pour empêcher la réussite de son entreprise”30, car toutes ses qualités humaines il les a mises à contribution comme pour rendre à Dieu ce qu’il en a reçu par nature et les dons de la grâce en surplus. Bien plus juste est le témoignage d’un curé du diocèse disant: “ Dieu l’a choisi et lui a dit: Champagnat, fais cela - Champagnat l’a fait”31

Cet engagement de toute sa personne à l’œuvre rédemptrice du Christ, dans une liberté d’abandon total où la confiance a banni toute crainte, l’a mené dans une union presque sensible avec la divinité. “ Quand il offrait le st. sacrifice de la messe, témoigne Frère Sylvestre, on eût dit... qu’il voyait visiblement Notre Seigneur et qu’il lui parlait..32 Le Frère met au compte de l’intensité de la foi ce sentiment de la présence de Dieu, mais il convient d’y voir tout autant le résultat de l’amoureuse relation, de l’entière collaboration, durant sa vie entière, avec l’action divine, ce qui dilatait sa personne de la satisfaction d’avoir accompli sa mission.

Conclusion

Tel est l’aboutissement de cette vie dont je viens d’esquisser quelques traits seulement pour illustrer comment par une activité débordante elle était tendue vers l’unique but de faire connaître l’amour que Dieu nous porte et nous convaincre que le seul moyen valable pour nous épanouir et de goûter le vrai bonheur est de répondre à cet amour par le nôtre. Dieu l’avait doté de capacités, mais juste ce qu’il fallait, pour concevoir d’abord, puis réaliser la vocation qu’Il lui proposait. Bien des choses lui manquaient pour se faire un chemin brillant de gloire, il s’est contenté de se le frayer dans l’obscurité. Ce fut sa chance, car il pouvait concrétiser toutes les virtualités latentes dont sa nature était riche et, s’abandonnant pour le reste au secours d’en-haut, se lier le plus possible à Celui d’où procède l’être et le devenir.

Faire l’œuvre de Dieu jusqu’à l’épuisement de toutes les capacités dont on dispose qu’est-ce autre chose, sinon de se donner complètement pour s’identifier soi-même à Dieu ? C’est se réaliser soi-même, parfaire sa personnalité jusqu’à sa stature la plus complète, accomplir son devenir et satisfaire pleinement son aspiration la plus profonde, en quoi consiste la béatitude à laquelle toute personne humaine est destinée.

Notes

1 Pratique de la Perfection chrétienne et religieuse, éd. française de 1852 en 3 volumes, vol.1, p.434.
2 ibid. p.13.
3 Erich Fromm, Ihr werdet sein wie Gott (Vous serez comme Dieu), coll. rororo, Reinbeck bei Hamburg, mai 1980.
4 Pratique de la Perfection chrétienne et religieuse, vol.1, p.2
5 Louis LAVELLE, Les Puissances du moi, Flammarion, éditeur, 1948, p.68.
6 op. cit. p. 20.
7 ibid. p. 13-14.
8 ibid. p.93
9 ibid. p.93
10 ibid. p.12
11 ibid. p.95
12 Louis Lavelle, L’erreur de Narcisse, éd. B. Grasset, Paris 1939, pp. 7-8 passim.
13 ibid. p.19.
14 Phil. 3, 13-14.
15 op. cit. p. 32.
16 Rodriguez, Pratique de la Perfection, vol.1, p.128-129.
17 Avis, Leçons, Sentences, éd. 1868, p. 236.
18 cf. Henri Bergson, L’intuition philosophique, conférence faite au Congrès de philosophie de Bologne, le 10 avril 1911, transcrite dans “ La pensée et le mouvant, essais et conférences ” pp. 118-123.
19 Emmanuel Mounier, Traité du caractère, éd. du Seuil, Paris, 1947, p.184 passim.
20 OME, doc. 164 (752), n° 56, p. 417.
21 Vie de J. B. M. Champagnat, éd. du bicentenaire, p.79.
22 Frère Sylvestre raconte M. Champagnat, éd. Rome 1992, p.112.
23 Vie, éd. 1989, p.520.
24 Vie, p.407.
25 Vie, éd.1989, p.31.
26 ibid. p.504
27 Lettres du P.Champagnat, vol.1, doc.7, p.40.
28 ibid. doc.20, p.64.
29 ibid. doc.194, p.393.
30 O.M.E, doc.157(337), p.363.
31 ibid. doc.162(701), p.396.
32 F.Sylvestre raconte M.Champagnat, p.276.

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