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Circulaires 408

 

Vie communautaire chez les Petits Frères de Marie
H. Seán Sammon
25/03/2005 - Vol. XXXI, n. 2
Circular 408

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De merveilleux compagnons

Amour
Introduction
Première partie
Constitutions et Statuts
Deuxième partie
Communautés religieuses comme groupes
Troisième partie
Défis pratiques
Notes
Remerciements

408

De merveilleux compagnons

Vie communautaire

chez les Petits Frères de Marie

 Frère Seán D. Sammon, FMS

Supérieur général

 Institut des Frères Maristes

Volume XXXI, n°. 2

25 mars, 2005

-------------------------------------------- 

Titre original en anglais :

Marvelous Companions. Community life among Marcellin's Little Brothers of Mary

Circulars of the Superior General of the Marist Brothers

 Traduction : Joannès Fontanay

 Editeur :

Institut des Frères Maristes

Maison générale

Rome, Italie

 Production et Administration :

Frères Maristes

Piazzale Marcellino Champagnat, 2

00144 Roma, ITALIA

Tél. (39) 06 545171

Téléc. (39) 06 54517217

publica@fms.it

www.champagnat.org

 Mise en page et photolithographie :

TIPOCROM S.R.L. Via G.G. Arrivabene, 24

00159 Roma, ITALIA

Impression :

 C.S.C. GRAFICA, S.R.L.

Via G.G. Arrivabene, 24

00159 Roma, ITALIA

 Photographie :

Onorino Rota fms

TABLE

DES MATIÈRES

Amour                5

 Introduction       7

         Première partie

Constitutions et Statuts                                  19

          Deuxième partie

Communautés religieuses comme groupes   43

          Troisième partie

Défis pratiques                55

 Notes                              82

 Remerciements             84

----------------------------------

ENFANTS D'UNE NOUVELLE SAISON 

                 X

 

 

Amour : un panier de pain

Pour se nourrir

Pendant les années à venir

De bons pains, parfumés et chauds

Se multipliant miraculeusement

Un panier qui jamais ne se vide

Un pain qui n'est jamais rassis. 

                                            Catherine de Vinck, 1974[1]

----------------------------- 

INTRODUCTION

 

Le 25 mars 2005

Annonciation.

     Chers Frères,

 Il y a environ un an et demi, vous avez reçu une circulaire qui avait pour titre Une Révolution du Cœur. Depuis lors plusieurs d'entre vous m'ont ont fait part de  leurs réactions au sujet de leur lecture, des fruits de leur prière, de leurs réflexions et discussions avec d'autres. Je remercie beaucoup tous ceux qui ont répondu par un mot de reconnaissance, par l'expression d'un point de vue différent, par des idées et suggestions bien utiles.

Une Révolution du Cœur a été la première des trois circulaires que je me propose d'écrire sur le thème de l'identité. Alors que la première était centrée sur la spiritualité de Marcellin, les deux autres porteront sur l'identité à partir de la communauté, de la mission et des ministères.

Ce ne devrait donc pas être une surprise si la présente lettre De merveilleux compagnons reprend notre réflexion sur l'identité, mais à partir de la vie communautaire. La dernière des trois lettres centrée sur la mission de l'Église, nos œuvres et les Jean-Baptiste Montagne d'aujourd'hui, paraîtra avant notre Conférence générale.

 Vous et moi, nous sommes bien conscients qu'une grande variété de sujets apparaît sur le thème de la communauté. Il est évident que je ne peux en traiter que quelques-uns dans cette lettre. Il reviendra à d'autres ou en d'autres temps d'écrire sur d'autres points également importants.

Les thèmes dont je débats dans cette circulaire peuvent être classés en deux catégories : l'une concerne des défis urgents que vous et moi devons affronter dans la vie mariste communautaire d'aujourd'hui ; l'autre concerne ces qualités que peut espérer trouver la personne qui partage la vie commune se référant à la tradition de Marcellin.

Les points soulevés par ce second aspect ont une incidence sur le thème de l'identité. Dans la précédente circulaire, j'ai émis l'idée que la question suivante est au cœur de nos questionnements sur ce sujet : "Sur qui ou sur quoi, vous et moi, centrons-nous nos cœurs ?" Ce que nous estimons comme un précieux trésor devrait être une évidence non seulement de notre vie spirituelle, mais aussi de notre vie communautaire. Cela devrait être perçu non seulement dans la simplicité qui doit caractériser les lieux où nous vivons, mais aussi dans notre style de prière et de culte, dans notre manière d'être en relation entre nous et avec ceux qui sont proches de notre communauté, et dans l'attitude de pardon et de réconciliation vécue dans le groupe.

Ici tout d'abord, deux questions peuvent se poser. Certains peuvent se demander pourquoi la circulaire s'adresse aux frères et pas aux laïcs maristes aussi. D'autres peuvent s'interroger sur ce qui me fait privilégier la vie communautaire par rapport à la mission dans mes réflexions sur l'identité. Je répondrai à l'une et l'autre de ces questions.

Tout d'abord, cette lettre se cantonne à la vie commune des frères parce que la vie des laïcs maristes comprend bien des variétés de vie commune trop diverses pour être analysées de façon satisfaisante dans un document de cette nature et de cette importance. De mon point de vue, une circulaire centrée sur quelques aspects spécifiques du sujet étudié est un instrument plus efficace d'échanges qu'une circulaire qui tente d'étudier trop largement un sujet. J'ai donc pensé qu'un débat sur le thème de la communauté dans la vie de nos partenaires laïques maristes serait mieux situé dans une lettre que j'envisage de leur adresser plus tard au cours de cette année. A ce moment-là, j'envisage aussi d'explorer plus profondément certains types de nouvelles communautés composées à la fois de frères de Marcellin et de laïcs maristes.

En omettant de traiter ce sujet dans cette circulaire, je ne nie donc pas l'importance de l'élément communautaire dans la vie d'hommes et de femmes qui partagent le charisme de Marcellin. Je désire plutôt cette fois-ci me concentrer sur des aspects de la vie commune des frères qui ont un besoin urgent d'attention aujourd'hui.

En deuxième lieu, en choisissant de me centrer sur la communauté plutôt que sur la mission dans cette deuxième circulaire, j'aimerais commencer par reconnaître qu'il ne fait pas de doute que ce sont deux dimensions distinctes de notre genre de vie et qu'elles sont aussi inséparables. Je le dis en étant bien conscient du fait qu'on nous rappelle souvent que la vie religieuse n'a pas commencé en vue de sa dimension communautaire. Bien plutôt, des instituts apostoliques comme le nôtre ont pris naissance avant tout pour faire face à un grand besoin humain, par amour pour l'Evangile : dans notre cas, ce fut l'absence évidente d'évangélisation des enfants pauvres et des jeunes dans la France postrévolutionnaire.[2]

Mais Dieu s'est aussi lui-même confié à nous et nous a confié son œuvre et, en faisant ainsi, il nous a invités à faire de Jésus-Christ le centre et la passion de nos vies. En acceptant cette invitation, vous et moi, nous sommes devenus ses disciples. Ce seul fait rend inutile tout mur imaginaire entre notre mission et la communauté.

Les membres de notre 20ième Chapitre général ont bien dit la même chose dans leur Message. Ils nous ont lancé ce défi : " Centrer passionnément nos vies et nos communautés sur Jésus Christ, comme Marie." Notre identité comme disciples du Christ est au cœur de notre mission et de notre vie partagée entre frères en communauté.

Par notre Baptême, nous sommes entrés dans cette communauté de disciples connue comme l'Église[3]; lors de notre première profession vous et moi avons fait un pas de plus, en nous engageant à trouver notre identité et notre destinée dans un groupe spécifique de disciples au sein du Peuple de Dieu.[4] En prenant cet engagement publiquement nous avons fait savoir aux fidèles et à tous que, désormais, notre identité serait scellée par notre intention de vivre pleinement et radicalement la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ au sein de la communauté des Petits Frères de Marcellin.

Notre difficulté à comprendre que la communauté et la mission sont vraiment deux faces de la même pièce de monnaie nous a conduits à accepter beaucoup trop facilement nombre de descriptions faciles mais inexactes de notre vie en commun. Le simple fait de vivre ensemble, par exemple, ne peut jamais garantir qu'existe une communauté mariste, pas plus qu'un travail commun ou un accord sur le Projet de Vie communautaire. Ces éléments peuvent aider mais ne peuvent jamais garantir que vous et moi avons formé une communauté que Marcellin reconnaîtrait comme sienne.

De même, notre résistance à mettre notre attitude de disciples au cœur de notre vie commune a conduit beaucoup d'entre nous à accepter des solutions mal analysées, superficielles et, tout compte fait, inefficaces pour affronter les difficultés que nous rencontrons dans notre vie commune.

Il se fait peu de chose aujourd'hui pour continuer à classer la communauté et la mission dans leur ordre d'importance ou pour nous demander, à temps et à contretemps, laquelle réclame de nous plus de temps ou de talents, ou si l'une doit être sacrifiée pour que l'autre puisse prendre sa place. 

Une définition de la vie communautaire mariste 

Cela pourra en surprendre plusieurs d'apprendre ; que, dans certaines régions de notre Institut, actuellement, la question fondamentale de la vie communautaire porte sur sa signification. Parvenir à une définition comprise et acceptée par tous est un devoir pressant pour beaucoup d'Instituts aujourd'hui, y compris le nôtre.

Nous savons que Marcellin avait une haute considération pour la vie communautaire. Dans son Testament spirituel il a écrit ces mots : " Je vous prie, mes chers Frères, de toute l'affection de mon âme et par toute celle que vous avez pour moi, de faire en sorte que la sainte charité se maintienne toujours parmi vous. "[5]La vertu de charité devrait résider au cœur de toute communauté reflétant l'esprit du Fondateur.

Quelle est donc la meilleure définition de la communauté dans notre Institut aujourd'hui ? Peut-être l'une des façons les plus simples est de dire que c'est une affaire de cœur. D'abord et avant tout, la vie commune avec nos frères nous demande, à vous et moi, de former et de développer un cœur aimant[6]. Sans cela, nous pourrons survivre, mais jamais nous ne serons épanouis en communauté.

Que veux-je dire par un cœur aimant ? Un conte intitulé Le Cadeau des Mages suggère une réponse à cette question.

Les détails de cette histoire sont peut-être bien connus de certains. Un jeune couple ayant rencontré de grosses difficultés, n'a plus que deux biens précieux : la montre en or de Jim et les beaux cheveux bruns de Délia.

Pour Noël, désirant acheter une chaîne en or pour la montre de Jim, Délia vend ses cheveux. Jim, décidé à offrir à sa femme le peigne en écaille de tortue qu'elle a longtemps admiré dans la vitrine, vend sa montre.

L'auteur conclut son récit par ces mots : " Les mages, vous le savez, étaient des sages - des sages merveilleux - qui ont apporté des cadeaux à l'Enfant dans la mangeoire. Or je viens de vous raconter maladroitement l'histoire banale de deux inconscients qui, fort peu sagement, ont sacrifié l'un pour l'autre les plus grands trésors de leur maison. Pourtant, il faut dire aux sages d'aujourd'hui que, parmi tous ceux qui offrent des cadeaux, ces deux étaient les plus sages. Ce sont eux les Mages[7]. "

Si vous et moi, nous souhaitons former et développer un cœur aimant, nous devons nous demander : qu'acceptons-nous de sacrifier pour le bien de notre communauté ou de toute communauté dont nous sommes membres ? Il est facile de montrer du doigt de nombreux aspects de la vie de communauté qui sont sans intérêt. Il est toutefois beaucoup plus difficile de reconnaître qu'être appelé par Dieu à vivre ensemble est ce qui transforme nos vies de communauté en moments de grâces. 

Une juste proposition 

J'écris aujourd'hui sur la vie communautaire pour une autre raison encore : l'inquiétude qui s'exprime à son sujet dans diverses régions de notre Institut. Il y a de l'inquiétude sur la qualité de notre vie communautaire, mais plus encore sur l'impact qu'une communauté à problèmes peut avoir sur notre aptitude à remplir la mission qui a été confiée à chacun de nous. C'est une triste réalité : au cours des années récentes, le manque d'authenticité de la vie communautaire a été l'une des raisons qui ont motivé des demandes de dispense de vœux.

En réfléchissant sur notre vie commune, j'envisage de parler de la réalité quotidienne plutôt que de l'idéal vers lequel nous tendons tous. Je dois d'abord dire que nous avons beaucoup de communautés merveilleuses dans notre Institut : des fraternités ouvertes, dynamiques, priantes. Au cours de ma vie, j'ai eu la chance d'être membre de certaines d'entre elles.

Qu'est-ce qui a rendu ces communautés si rayonnantes ? Nos Constitutions et Statuts maristes l'expriment bien. Nous sommes venus vivre ensemble en prenant conscience que nous étions différents mais complémentaires et que c'était notre passion pour Jésus et sa Bonne Nouvelle qui nous unissait.

Avec cette conviction dans notre esprit, nous avons cherché la volonté de Dieu pour l'accomplir, en vivant simplement et en nous intéressant à la vie et à l'activité apostolique de chacun. En essayant de surmonter notre égoïsme et notre sensibilité, nous avons appris à pardonner et à accepter le pardon. Avec le temps, ces communautés sont devenues non seulement des centres d'évangélisation, mais aussi des lieux d'amitié et de partage où les qualités humaines et spirituelles de chaque membre pouvaient se développer librement.

Pendant ces dernières années, ayant eu la chance de rencontrer des frères partout dans le monde et de m'entretenir avec eux, j'ai appris que beaucoup d'entre vous ont fait la même expérience de vivre des années en communauté avec des hommes de talent, des hommes de prière et des hommes généreux : de vrais frères maristes.

Par exemple, récemment, l'un de nos confrères, me faisant part de son expérience de vie communautaire, m'a dit spontanément : "Seán, Dieu m'a fait la grâce d'avoir quelques merveilleux compagnons sur la route de ma vie." J'ai bien compris ce que cela voulait dire.

En dépit de toutes ces bonnes nouvelles, je dois aussi exprimer ma préoccupation pour un certain nombre de frères qui, en fait, vivent repliés sur eux-mêmes de façon plus ou moins permanente et aussi pour d'autres qui vivent isolés.

Comme je l'ai mentionné plus haut, le fait qu'un certain nombre de frères vivent sous le même toit n'est pas la preuve qu'une vie de communauté existe. Le Frère Basilio l'a une fois exprimé ainsi : " Il y a des frères qui ont quitté l'Institut depuis des années, mais qui n'ont simplement jamais changé d'adresse[8]. "

Comment expliquer ce dernier phénomène ? Il y a de nombreuses raisons à cette situation. Certains se sentent écrasés par la vie de communauté ou bien ils n'ont pas les aptitudes nécessaires pour faire face aux contraintes diverses d'un groupe d'adultes vivant ensemble physiquement. En conséquence, ils choisissent de simplement coexister avec ceux qui partagent le même toit.

Quel en est le résultat ? Solitude, irritabilité et déception grandissante.

Certains d'entre nous doivent aussi affronter le problème écrasant de l'activisme sur un plan à la fois émotionnel et spirituel. Fatigués par notre activité apostolique, nous rentrons dans une communauté également très active dont certains membres ressentent mal que d'autres s'isolent. Cette situation peut sérieusement éroder l'aptitude d'une personne à apprécier le don de la solitude dans sa vie.

Nous avons trop de frères qui arrivent au milieu de leur existence pour découvrir qu'ils sont étrangers à eux-mêmes. L'une des personnes que vous et moi devons apprendre à connaître et à aimer rapidement dans notre vie, c'est nous-même. Cela ne se produit que si nous prenons le temps de le faire et si nous apprenons à nous sentir à l'aise en étant seul.

Enfin, je m'inquiète des informations que j'ai sur des frères qui sont aigris et mécontents en communauté. Nous avons tous des jours où nous ne nous sentons pas bien. Cependant, pour n'importe qui d'entre nous, soumettre la communauté à un dur régime de mauvais jours est non seulement injuste, mais cela a des conséquences sur l'aptitude du groupe à construire un style de vie qui conforte les idéaux que nous aimons et à promouvoir des vocations. Chacun d'entre nous a la responsabilité de vivre de telle façon qu'une atmosphère de joie qui devrait caractériser notre manière de vivre soit clairement manifeste pour tous.

En même temps, vous et moi devons admettre que toute communauté mariste dans laquelle nous avons vécu avait ses défauts. Et c'est parce que vous et moi avons été membres de ces communautés que nous savons bien que ni nous-même ni ceux avec qui nous avons vécu sont parfaits. Mais ne peut-on pas dire cela de toute communauté humaine ?

Admettre que beaucoup d'aspects de nos vies communes peuvent conduire à faire souffrir et à décevoir est compréhensible. Les déceptions quotidiennes sont courantes parmi nous, et ceux avec qui nous vivons manquent souvent de satisfaire nos attentes. Par conséquent, un esprit de réconciliation doit aussi être au cœur de toute communauté qui aujourd'hui veut incarner le charisme du Fondateur. 

La structure de cette circulaire 

Cette circulaire comprend trois parties. Dans la première partie, je jette un coup d'œil sur ce que nos Constitutions et Statuts nous disent sur la vie commune. Ce document présente une riche théologie de la communauté, bien que ce soit un idéal dont nous sommes souvent loin. Dans une partie de cette section, je parle aussi de certaines différences évidentes de générations et de cultures qui existent dans la vie communautaire mariste aujourd'hui, et je réfléchis sur quelques modèles que l'on utilise pour décrire la vie commune.

Ensuite, j'examine certaines étapes que parcourent les communautés à mesure qu'elles se forment et se développent. En lisant cette seconde section, veuillez bien garder votre attention centrée sur ce point : s'il n'y a pas une volonté de la part des membres des communautés maristes de partager quelque chose de leur vie personnelle et spirituelle, de permettre à leurs confrères d'avoir un droit de regard sur leur temps et leurs talents, d'entretenir un esprit de respect mutuel et d'apprendre à admettre des points de vue différents et à les accepter, il leur sera très difficile, sinon impossible, d'atteindre les idéaux dont parlent nos Constitutions et Statuts.

Enfin, je décris un certain nombre de défis concrets qui existent dans plusieurs communautés maristes aujourd'hui et je suggère des façons de les affronter. Comment, par exemple, vous et moi, pouvons-nous, avec l'usure du temps, garder notre enthousiasme pour la vie commune ? Que pouvons-nous attendre, de façon très réaliste, des autres membres du groupe et que peuvent- ils attendre de nous ?

Y a-t-il des moyens d'intervention de la part des membres de la communauté quand l'alcoolisme ou une autre déviance de dépendance est un problème pour l'un d'eux ? Quelles démarches sont les plus efficaces pour traiter d'autres comportements destructeurs de la communauté comme les plaintes et les attitudes négatives à répétition, les réactions agressives et explosives incessantes, les amertumes et les colères permanentes de certains de nos frères ?

De quelles façons pouvons-nous, vous et moi, entretenir une attitude d'accueil et de prière pour nous-mêmes et pour ceux avec qui nous vivons ? Comment pouvons-nous exprimer avec délicatesse notre affection, notre tendresse, notre attention entre nous ? Est-ce qu'une tension entre certains membres de la communauté peut être traitée de manière à ce que le groupe i soit renforcé ? Comment, vous et moi, admettons-nous que nous avons notre part dans certaines difficultés qui se produisent dans la vie communautaire et comment savons-nous demander pardon ? Très simplement, comment savons-nous construire une communauté mariste où le pardon est une habitude, et dans laquelle la réconciliation n'est pas absente ?

La dernière section contient aussi la question suivante : si Marcellin visitait certaines de nos communautés aujourd'hui, reconnaîtrait-il ce qu'il avait dans le cœur quand il prononçait les paroles de son Testament spirituel : " Qu'on puisse dire des Petits Frères de Marie comme des premiers chrétiens : voyez comme ils s'aiment[9]. " La réponse à cette question met un terme à cette circulaire et caractérise les qualités qui sont le sceau d'une communauté que Marcellin voudrait reconnaître comme l'une des siennes.

PREMIERE PARTIE

Constitutions et Statuts 

La théologie n'offre ni des certitudes absolues ni des réponses simples. Ce qu'elle propose, c'est un contexte pour comprendre notre expérience humaine comme fidèles et comme personnes remplies de foi.

Le texte de nos Constitutions et Statuts fait référence à au moins six dimensions de notre vie commune : trinitaire, mariale, spirituelle, apostolique, humaine et évangélique. Au début du troisième chapitre de ce document, il nous est rappelé que l'amour entre le Père, le Fils et l'Esprit est la source de notre vie commune. Notre unité est un signe que l'amour de Dieu, déversé dans nos cœurs par le Saint-Esprit, est plus fort que nos limites humaines[1].

En bâtissant une communauté avec ses disciples, Jésus a prié pour que, eux et nous tous aujourd'hui, puissions être un comme Lui et le Père sont un[2]. Ce même Père désire ardemment un monde dans lequel tous les hommes et toutes les femmes se rassemblent pour former une seule famille humaine, un monde dans lequel chaque personne est reconnue et aimée par tous comme un frère ou une sœur[3].

Marie a une place toute particulière dans notre vie en commun. Jésus était le centre de sa vie ; il doit tout autant être le centre de nos vies. Comme les disciples rassemblés le jour de Pentecôte, nous restons conscients de la présence de Marie et de son rôle de Mère de l'Eglise, elle qui est aussi notre Bonne Mère et notre sœur dans la foi. Nous comptons également sur elle pour nous aider à vivre comme des frères et pour comprendre plus pleinement que nous formons un seul corps en Christ[4].

Comme la vie de Marie à Nazareth, nos vies sont censées être simples et laborieuses ; en imitant sa générosité de cœur quand elle a visité Elisabeth et assisté au mariage de Cana, nous restons attentifs aux besoins de la communauté et du monde.

La spiritualité que nous ont transmise notre Fondateur et les premiers frères est à la fois mariale et apostolique. En suivant l'exemple de Marcellin, nous vivons en présence de Dieu et mettons entre ses mains les résultats de notre travail, persuadés que " si le Seigneur ne bâtit la maison, c'est en vain que peinent les travailleurs[5]. "

En même temps, nous réalisons que le doute, le manque d'enthousiasme et la sécheresse de cœur sont aussi une expérience quotidienne dans la vie de beaucoup d'entre nous. En étant assurés que Dieu est toujours fidèle, et en nous appuyant sur Marie et nos frères, nous continuons à nous efforcer d'être totalement donnés à Dieu et aux autres.

Par notre vie commune, nous témoignons des conseils évangéliques de façon très concrète[6]. Notre témoignage de pauvreté est évident dans notre façon toute simple de vivre et notre volonté de partager gratuitement nos talents et notre temps avec tous ceux qui sont à notre contact[7]. Nous pratiquons l'obéissance en cherchant constamment la volonté de Dieu[8]. La chasteté, une vertu qui ouvre nos cœurs à l'amitié, nous pousse à recevoir l'amour des autres comme celui du Seigneur[9].

Et ainsi, unis comme frères en communauté, connus pour notre esprit d'accueil et nourris par une vie de prière dynamique, nous sommes bien disposés à porter le poids de notre mission : faire connaître et aimer Jésus aux enfants pauvres et aux jeunes[10].

Dans ce contexte théologique, chacun de nous s'intéresse à la vie et au travail de ses frères. Nous nous efforçons de nous accepter différents de bien des façons et cependant complémentaires. Parce que l'amour de nos frères est sans prétentions et sans réserves, nous faisons tous les efforts requis pour ressentir leurs difficultés et partager humblement leurs joies[11].

En mettant de côté l'égoïsme et la susceptibilité qui traduisent souvent notre réaction lorsqu'un frère nous fait une remarque, nous acceptons au contraire avec simplicité ce qu'il a à nous dire et nous y réfléchissons. Si nous avons tort, nous demandons pardon et, si nous sommes mal jugés, nous sommes les premiers à offrir notre pardon. Ainsi la communauté dans laquelle nous vivons devient un lieu d'amitié et de vie partagée où les qualités humaines et les dons spirituels de chacun peuvent s'épanouir.

Enfin, quel que soit son âge, nous chérissons chacun de nos frères pour lui-même et sa relation à la communauté, et pas seulement à cause de la contribution qu'il apporte à notre activité apostolique, quelle que soit son importance[12].

Le jeune frère et son confrère d'âge mûr offrent la richesse de leurs dons d'esprit et de cœur à la communauté. Tandis que l'un et l'autre partagent leur enthousiasme et leur zèle pour notre façon de vivre, le frère en pleine maturité le fait en connaissant bien ses succès et ses échecs. Nos frères plus âgés nous donnent le meilleur témoignage de la fidélité du Seigneur que nous puissions découvrir : leur persévérance.

En retour, tous reçoivent quelque chose : nos jeunes confrères le soutien pour leur vocation, nos frères dans la force de l'âge les encouragements de leurs frères ; ceux qui sont les plus âgés le respect et l'amour de tous.

Dans toute réflexion sur la communauté, nos Constitutions et Statuts sont un excellent point de référence. Ce que nous y trouvons reflète très bien les espérances de beaucoup d'entre nous quand il s'agit de la vie en communauté. Nous devons persister dans nos efforts pour vivre cet idéal même si nous échouons souvent. 

Différentes manières de voir 

Depuis la clôture de Vatican II, chacun de nous a lu le texte de nos Constitutions et Statuts maristes avec un regard particulier ; et cela est vrai à la fois pour le texte expérimental que nous avons eu de 1968 à 1985 et pour celui que nous connaissons depuis le 18ième Chapitre général. Certains ont lu le texte avec un regard occidental tandis que d'autres l'ont mis en exécution avec un regard oriental, ou bien avec celui des pauvres, des mystiques, des jeunes et de tant d'autres. Ce que nous avons découvert est encourageant, stimulant, inspirateur.

Ce que nous avons ressenti à la lecture de ces Constitutions et Statuts n'a donc pas été identique pour chacun de nous. Nous avons mis en exergue de nombreuses conceptions différentes sur les travaux de notre monde, les divers espoirs et les diverses craintes, une série de rêves et de déceptions. Cependant, pendant trop longtemps beaucoup d'entre nous n'ont pas su comprendre qu'il y a différentes façons d'approcher la même réalité.

En lisant le récit biblique de la création, par exemple, ceux d'entre nous qui s'accrochent à une façon occidentale de penser avec sa tendance à tout centrer sur soi, vont, vraisemblablement, mettre l'accent sur la personne. Ainsi ce récit devient l'histoire d'un Dieu créant chaque personne à son image et à sa ressemblance.

Il y a cependant d'autres manières de comprendre le même récit. Par exemple, il est tout aussi exact de dire que, puisque la relation entre le Père, le Fils et l'Esprit est au cœur de la connaissance chrétienne de Dieu, Adam et Eve sont créés à cette image de Dieu précisément parce qu'ils sont créés comme couple. Leur péché est le péché originel, non parce que c'est le premier péché, mais parce que c'est un péché contre les origines : ils brisent leur communion entre eux et avec Dieu. Caïn répète ce péché quand il tue son frère Abel[13].

Si la vision occidentale du monde, qui prédomine dans la majorité des frères de notre Institut, présente des „, éléments très positifs pour le faire valoir, elle a aussi ses v limites, comme tout autre chose. Elle peut parfois nous alourdir de schémas de pensée hautement hiérarchiques qui gênent notre aptitude à apprécier l'unité propre à la création de Dieu. Si nous sortions de cette façon contraignante de penser, nous pourrions mieux comprendre pourquoi des membres de la communauté, coupés de la mission, vivent si vite repliés sur eux-mêmes, tandis que ceux qui sont immergés dans la mission trouvent la source de leur vitalité dans la communauté[14]

QUESTIONS POUR RÉFLÉCHIR 

Orientations : Prends quelques minutes pour examiner personnellement les questions suivantes. Pour cela, note sur un carnet les questions dont tu veux te rappeler ultérieurement. Tu t'en souviendras plus facilement si tu as écrit quelques notes pour te les remettre à l'esprit. Avoir quelques notes à ta disposition sera aussi une aide pour toute réflexion communautaire ou de secteur sur ces questions.

Donc, réfléchis et pose-toi ces questions :

1 Quelle a été ton expérience de la vie de communauté pendant tes années de vie comme frère ? Quels défis as-tu affrontés ? Quelles consolations as-tu trouvées ?

 2 Prends un moment pour réfléchir à ces communautés maristes qui ont contribué de façon signifiante à ta croissance humaine et spirituelle, et à ton zèle pour la mission. Qu'est-ce qui a rendu ces communautés si riches en grâce ?

 3 Quelles parties de nos Constitutions et Statuts décrivent le mieux ton expérience de la vie communautaire ? Quels textes de ce document te semblent en contradiction avec l'ensemble de ton expérience de vie commune ?

--------------------------- 

Autres différences de générations

et de cultures 

Outre celles déjà mentionnées, d'autres différences existent dans la vie de nos communautés maristes aujourd'hui. Par exemple, les conceptions des générations et des cultures au sujet de la communauté varient. Alors que nous avons signalé certaines de ces conceptions dans les pages qui précèdent, gardez bien cette idée dans votre esprit : notre identité mariste, quelque difficile qu'il soit de l'exprimer, est un élément fondamental qui nous unit comme frères de Marcellin. C'est sur cette identité de base que nous devons construire quand nous recherchons de nouvelles manières de vivre et de servir ensemble dans ce monde en changements perpétuels dans lequel nous vivons.

a. Différences de générations

Notre préparation à la vie de communauté a été déterminée par les années passées au postulat, au noviciat et au scolasticat ou par des équivalents de leur époque. Par conséquent, pour certains d'entre nous, la vie de communauté a toujours été comprise comme une série de pratiques fixes pour chaque jour : par exemple, avoir certaines prières, un certain nombre de repas ensemble et un temps de récréation se déroulant dans chaque période de 24 heures. Une uniformité prévisible marque la vie des membres de la communauté et la manière selon laquelle ils interagissent.

Quand on les interroge sur la nature et le but de la vie communautaire, ces frères se retournent vers la tradition et la loi. En dépit de Vatican II et des Constitutions et Statuts maristes, certains insistent pour dire qu'il n'y a qu'une manière bien établie de vivre notre vie communautaire. Lisez les règles, disent-ils ; elles sont très claires et ne permettent pas beaucoup d'exceptions.

Ce premier groupe assure beaucoup d'apports positifs à notre vie commune. Toute communauté profite d'un cadre de prière marqué par un rythme régulier et prévisible. Pour la plupart d'entre nous, avoir le soutien continu d'une communauté dans notre vie de prière personnelle et commune est un trésor que souvent nous apprécions quand nous ne l'avons plus.

Ceux qui sont fidèles à la régularité en communauté sont aussi habituellement fidèles à célébrer les temps de vacances, les anniversaires et les jours de fête et d'autres circonstances spéciales. Ces attitudes et autres apports ne devraient pas être négligés ; ils sont importants dans la vie de toute communauté mariste. Ces efforts contribuent fortement à construire un sens de la fraternité parmi ceux qui en sont membres.

Un second groupe de frères s'accrochent à un modèle très différent de vie communautaire. Pour eux, la prévision, la ponctualité et la régularité ne sont pas aussi importantes que les relations qui existent parmi ceux qui forment le groupe.

Désirant promouvoir un niveau d'échanges dépassant ce qui est superficiel, ils sont passionnés pour s'entretenir avec d'autres membres du groupe sur leur vie affective et leur expérience de Dieu. Certains se demandent quelle est la meilleure façon d'exprimer leurs sentiments d'affection et de sollicitude, leurs doutes et leurs préoccupations.

Pour beaucoup de ce second groupe, la présence physique à la prière est un moindre souci que la préparation du service apostolique, la manière dont il se déroule et l'aptitude des membres du groupe à s'adapter.

Des frères de ce second groupe peuvent être accusés d'avoir "une mentalité de supermarché" en ce qui concerne la vie en communauté, prenant et choisissant des aspects de notre vie pour les observer. Pourtant, ils apportent aussi bien des éléments positifs à la communauté : une spontanéité dans l'accueil, des idées neuves, de nouvelles perspectives. Ils ont une vie de foi en croissance, ils prennent du temps pour la prière personnelle et s'engagent dans la vie de communauté. Leur perception de chacune de ces sphères diffère cependant grandement de celles des générations qui les précèdent.

Et il y a ici beaucoup de confusion. Il est évident que nous avons dans l'Institut diverses générations de frères. Ce qui a été moins clair, jusqu'à présent, c'est le degré de différence qui existe entre ces groupes. Par exemple, le fait que beaucoup de jeunes frères sont passionnés pour parler de Jésus, de la spiritualité et de leur expérience humaine mais manquent de fidélité aux exercices communautaires est une source de confusion pour nombre de frères âgés, élevés dans la méfiance des amitiés particulières et l'importance de la régularité.

De plus, manquant d'expérience sur la vie de l'Eglise et la vie religieuse avant le Concile Vatican II, beaucoup, parmi la jeune génération, ignorent les sacrifices que les frères âgés ont faits pour maintenir la vie mariste comme elle existe aujourd'hui.

Voici un exemple des différences de génération qui sont courantes dans notre Institut en ce moment ; ce sont les remarques d'un frère âgé, voici quelques années. Il disait : "Aujourd'hui, chacun semble me demander ce que je pense. Très franchement je ne sais pas ce que je pense. Pendant 40 ans, on m'a dit de laisser le supérieur de communauté penser pour nous."

Nos jeunes frères cependant sont différents continuait-il. " J'envie leur aisance à donner leur opinion, même quand ce qu'ils pensent va contre l'opinion de la majorité. Mais, quant à moi, souvent je ne suis pas sûr de ce que je pense !

Enfin il y a ceux qui, quel que soit leur âge, comprennent qu'une relation de disciples est ce qui relie les membres de chacune des communautés maristes. Marcellin a été clair dans son désir que les communautés de ses frères soient à l'exemple des communautés des croyants rassemblés par leur foi en Jésus et par l'Eucharistie. Il a écrit " Ayez un seul cœur et un seul esprit[15]. "

Il est triste de dire, cependant, qu'un certain nombre d'entre nous, en ce qui concerne la vie communautaire, continue à compter sur des moyens qui étaient pour une autre époque et une autre conception de la vie commune. Et, comme conséquence, nous pouvons parfois nous sentir perdus quand nous sommes confrontés aux réalités de la communauté aujourd'hui. Prenez la vertu de charité, par exemple.

Beaucoup d'entre nous ont appris à l'assimiler à une longue vie de souffrance. En réalité, cependant, la charité a plus à faire avec une parole de vérité par amour qu'à surveiller soigneusement nos paroles, de peur de blesser les autres. Aujourd'hui, dans bien des domaines, nous avons un urgent besoin d'acquérir de nouvelles compétences pour une vie ensemble en communauté[16].

Dans toute communauté mariste, chaque frère a son histoire à partager et il faut lui donner l'occasion de le faire. Si nous écoutons attentivement le récit de son histoire, nous apprendrons quelque chose sur les talents qu'il possède et les difficultés qui ont été les siennes en différents moments de sa vie. Nous en viendrons ainsi à apprécier davantage l'influence que la culture et la famille ont jouée dans la formation de sa conscience, de sa foi et de ses certitudes sur la vie commune. Qui plus est, nous pourrons discerner l'amour que Dieu lui porte et qu'il lui a montré au cours de sa vie, dans les moments heureux et les moments difficiles.

Dans les pages qui suivent, je propose des étapes à franchir, comme Institut, afin de nous préparer tous à la vie en communauté au 21ième siècle. Pour le moment, retenez qu'il y a plusieurs générations typiques dans notre Institut, aujourd'hui. Chacune a reçu une formation particulière ; elle a des attentes diverses sur la vie communautaire, et, parfois, une compréhension presque totalement différente de la vie religieuse elle-même.

b. Différences culturelles

Et puis il y a la question de la culture ! Ce fut l'un des instruments que Dieu a utilisé pour nourrir la vocation de chacun d'entre nous.

La culture nous a ainsi aidés à formuler nos espérances et nos attentes sur la vie commune. Ces deux derniers éléments, nos espérances et nos attentes au sujet de la communauté, peuvent différer grandement parmi les membres de nos communautés et il en est ainsi, de façon significative, quand les membres de la même communauté sont de cultures et de pays différents. Il n'y a pas lieu d'être surpris de ce fait. Pour un Institut présent dans 77 pays, le pluralisme et la diversité devraient être la norme, non pas l'exception.

Que voulons-nous dire par le mot culture ? On l'emploie généralement pour décrire les coutumes et les traditions de tout groupe de personnes. Par conséquent quand nous utilisons le terme de différences culturelles, nous nous référons généralement aux différences qui existent entre un groupe et un autre en termes de coutumes telles que, par exemple, le processus de prise de décision, la façon dont les anciens sont traités, les jours de fête célébrés, etc.

Le multiculturalisme, mot employé pour décrire la présence de diverses cultures, nous lance deux grands défis aujourd'hui. L'un consiste à affronter notre crainte de voir le pluralisme entraîner la division et la désunion, l'autre à admettre que notre connaissance des différences culturelles ne porte que sur quelques-unes des parties émergées de plusieurs icebergs. La majeure partie d'une culture, différente de la nôtre, reste cachée, invisible à nos yeux.

Chaque Institut religieux a aussi sa culture propre ; le nôtre n'y fait pas exception. Notre culture religieuse mariste influence la façon d'organiser nos vies et nous aide à définir des expressions et des coutumes qui sont devenues comme sacrées. Faisant partie de notre culture, un apostolat particulier, une certaine spiritualité, des traditions liées à la vie communautaire et d'autres éléments - dont certains remontent au temps du Fondateur - sont transmis d'une génération de frères à la suivante.

Cependant, à mesure qu'un Institut s'étend et implante sa mission dans de nouvelles terres et parmi de nouveaux peuples, il affronte un nouveau défi culturel. Tout en respectant le passé, il doit, en même temps, entrer pleinement dans la culture du pays où il se trouve. Prendre le temps de bien apprendre la langue des gens de la région, étudier leur histoire, leurs traditions et leurs coutumes sont autant de signes importants de respect.

L'identité d'un Institut devrait être assez forte pour lui permettre de prendre racine dans un sol tout nouveau et, avec le temps, être entretenue et enseignée par ceux qui ont, pendant si longtemps, cultivé ce sol.

L'histoire de nombreuses congrégations religieuses, y compris la nôtre, nous rappelle que ce résultat espéré n'a pas toujours été atteint, même si la bonne volonté et les efforts de ceux qui y ont travaillé ne sont pas mis en cause. Malheureusement certaines conceptions anciennes de la missiologie estimaient que les nouvelles cultures étaient inférieures, païennes, sans valeur. Les langues vernaculaires étaient souvent qualifiées de dialectes et des coutumes et traditions très anciennes furent supprimées. On devait importer Dieu dans ces cultures et non l'y trouver.

Bien que des années d'expérience nous aient aidés à mieux comprendre combien la culture peut être complexe, il existe encore des difficultés. Ces luttes interculturelles continuelles ne sont qu'un miroir de ce qui se passe dans notre Eglise quand elle lutte pour se libérer d'une institution dominée par la pensée occidentale afin de devenir vraiment catholique. Karl Rahner nous a rappelé que Vatican II a été "le premier grand événement officiel au cours duquel l'Église a vraiment commencé, de fait, à se réformer précisément comme Eglise mondiale[17]."

Au cours des années qui viennent, la seule croissance démographique va rendre ce défi encore plus urgent. Au commencement du 20e siècle, par exemple, environ 80% de la population catholique vivait en Europe et en Amérique du Nord et du Sud. Vers 2020, on estime que 80% de tous les catholiques seront dans les hémisphères de l'Est et du Sud, l'Europe et l'Amérique du Nord formant les autres 20%. En 120 ans, la répartition géographique des catholiques aura été inversée[18]. Même si les schémas d'immigration peuvent éventuellement changer un peu les pourcentages prévus, la tendance qu'ils indiquent est évidente.

Nous devons aussi nous rappeler que nous ne pouvons pas défaire le passé, mais seulement essayer de le guérir. Et, après l'avoir guéri, il faut poursuivre la tâche en cours. Cette remarque est vraie non seulement au niveau global mentionné ci-dessus, mais aussi dans la vie quotidienne de chaque communauté mariste.

Si ce que nous vivons dans nos communautés doit être un modèle pour l'Eglise et le monde, alors une bonne communication, un respect des différences et un esprit de tolérance seront des éléments essentiels pour tout groupe vivant et travaillant dans un cadre interculturel. Sans la présence de ces instruments de base, ceux qui sont impliqués pourraient vite devenir obnubilés et méfiants sur les motivations et les activités des autres membres du groupe. Et comme nous ferons immanquablement des fautes, il faut un esprit de pardon et de réconciliation parmi les membres de la communauté.

Les rencontres internationales du passé comme les Conférences générales et les Chapitres généraux nous fournissent nombre de cas d'incompréhensions interculturelles. Par exemple, John, jeune frère de Chine qui était un observateur pendant la Conférence générale de 1997 à Rome, m'a demandé au petit déjeuner, le premier matin : "Seán, où est le riz ?" J'ai compris tout de suite que j'avais oublié de mettre du riz au menu du petit déjeuner. Pour des Asiatiques, le riz est couramment servi au premier repas du jour. Aussi ai-je promis d'avertir les cuisiniers afin de faire rectifier la situation, le lendemain matin.

Pourtant, le jour suivant, John est revenu me voir et m'a demandé "Seán, où est le riz ?" J'ai répondu que la cuisine m'avait assuré que du riz serait servi le matin et qu'il devait se trouver quelque part sur l'une des tables. Nous l'avons trouvé effectivement. Mais le riz était en fait du risotto, une préparation italienne où le riz est cuit avec une sauce. Ce matin-là, c'était avec une crème et des crevettes, un plat très savoureux pour ceux qui l'aiment, mais rarement une nourriture au petit déjeuner en Italie, et surtout pas pour le jeune frère de notre histoire. Je me rappelle encore la réaction de John en voyant le risotto : "Seán," dit-il, "du riz cuit à l'eau, c'est tout ce que je demande, du riz cuit à l'eau !''

Un deuxième fait encore plus parlant s'est produit pendant notre 20ième Chapitre général. Un jour où un frère du continent africain présidait, l'un des capitulants fit une intervention en séance plénière qui, de par sa nature, requérait que le président interrompe immédiatement la discussion et fasse voter pour décider si le Chapitre dans son ensemble voulait interrompre le débat et prendre un vote immédiat sur le sujet débattu.

Au lieu de suivre cette procédure, le président se contenta de prendre note du nom du frère qui avait fait l'intervention - puis il passa à un autre intervenant. On entendit un soupir d'étonnement dans l'Assemblée plénière.

Le président continuant à inscrire des intervenants, le frère qui avait fait la première intervention grimpa sur une table qui était devant lui pour être sûr que sa demande n'était pas seulement entendue, mais visible par tous ceux qui étaient dans la salle capitulaire.

Une interruption de séance fut alors demandée. Je m'enquérais auprès du modérateur pour savoir pourquoi il n'avait pas interrompu le débat. "Seán," me dit-il, "dans ma culture, c'est une grande offense que de refuser quelqu'un le droit de parler. Je ne pouvais pas le faire."

Ce jour-là, j'ai appris une grande leçon sur les différences culturelles. Ce que certains d'entre nous pouvaient considérer comme un moyen efficace de clore une longue et, peut-être, à leur point de vue, vaine discussion, représentait, dans la perspective culturelle d'un autre, un comportement blessant. Je me suis demandé, plus tard, combien d'exemples de conflits culturels nous pourrions trouver si nous faisions une analyse détaillée de la dynamique de n'importe laquelle de nos réunions internationales.

Le même type d'incompréhension peut survenir au niveau communautaire, surtout quand les membres de la communauté représentent différents groupes linguistiques et culturels. L'éventualité de voir de telles situations se développer devient de plus en plus courante aujourd'hui où notre vie s'organise dans des provinces nées de la restructuration. Beaucoup sont multilingues et multiculturelles.

En mettant sur pied des rencontres pour les membres des nouvelles unités administratives, par exemple, des services de traduction sont nécessaires. La façon dont on célèbre les anniversaires, les jours de fête, les temps de vacances mérite attention. C'est aussi une idée naïve, voire choquante, de croire qu'à l'avenir, la formation uniformisera tout. Nos cultures sont trop importantes et structurantes dans nos vies pour que nous les écartions si facilement.

Un dernier point. Pour se préparer aux demandes de la vie mariste d'aujourd'hui et de demain, chaque frère de l'Institut aurait intérêt à apprendre au moins une langue en plus de sa langue maternelle. Beaucoup en parlent déjà plusieurs, mais parmi ceux qui n'en maîtrisent qu'une, affronter le défi d'apprendre une nouvelle langue est une étape concrète à entreprendre pour acquérir certaines des aptitudes nécessaires dans le monde mariste multiculturel qui est le nôtre aujourd'hui.

Préoccupations

En concluant cette première section de la circulaire, nous pouvons nous sentir encouragés par le fait qu'un nombre croissant de frères sont aujourd'hui soucieux de la situation actuelle et de l'orientation future de la vie de communauté dans notre Institut.

Nombreux sont les membres des communautés maristes qui chaque année prennent du temps ensemble pour établir un plan de vie auquel chacun de ceux qui sont concernés peut adhérer. Ensuite ce document sert de point de référence pour les membres du groupe pendant les 12 mois qui suivent, et les aide à réfléchir sur cette importante dimension de leur vie.

Dans certaines provinces et districts, des frères cherchent de nouvelles façons de vivre ensemble. D'autres travaillent à ouvrir leurs communautés pour en faire des lieux d'accueil et de prière décrits dans les documents de l'Institut. Parfois ces initiatives comprennent des communautés composées de frères et de jeunes volontaires ou des laïcs maristes. D'autres encore, parmi nous, simplifient leur vie et s'efforcent de façonner des communautés maristes aussi proches que possible des idéaux présentés dans nos Constitutions et Statuts.

En même temps, il existe des signes troublants. Par exemple, il y a des frères dont la réponse au mot communauté est une attitude de défense, de résistance et de silence. Certains prétendent que communauté ne signifie pas nécessairement vie en commun sous le même toit et désignent des collègues de travail, des membres de leur famille ou un cercle d'amis comme source de leur appui.

D'autres encore, citant l'exemple de communautés déviantes de la province, protestent en disant qu'ils ne veulent plus tolérer ce qu'ils estiment être une façon aberrante pour des adultes de vivre ensemble. "Je ne veux plus vivre avec des gens qui sont fous," disent-ils.

Un petit nombre d'entre nous cherchent à vivre seul. Nous pensons aux nécessités du service apostolique ou à ceux qui ont été blessés dans le passé par des structures et un exercice indu de l'autorité. Nous concluons que vivre seul évite d'être blessé à nouveau et que c'est simplement plus facile.

La vie communautaire est souvent décrite dans l'Eglise et les documents de l'Institut comme un pilier de la vie religieuse. Mais, pour certains du moins, elle est devenue, au contraire, l'une des situations les plus épineuses qu'ils ont dû affronter depuis le Concile Vatican II.

Ce que ne sont pas les communautés religieuses

La vie communautaire est facile à décrire dans l'abstrait. Mais lui donner une structure et une forme dans les circonstances concrètes de notre vie de chaque jour est beaucoup plus difficile. Tout au long de l'histoire de la vie consacrée, plusieurs modèles décrivant la nature et les buts de la communauté ont été utilisés pour nous aider dans ce travail. Alors qu'ils ont pu être utiles à leur époque, la plupart apparaissent comme une aide de peu d'importance aujourd'hui.

Certains, par exemple, ont été encouragés à considérer notre communauté comme une famille, et cela est certainement vrai dans notre culture mariste. Diverses représentations de l'Écriture et de la Tradition ont servi d'appui à ce point de vue, avec la représentation de la vie idéalisée de la Sainte Famille à Nazareth en tête de liste. Alors que la vie ensemble dans chacune de nos communautés peut témoigner de certains aspects de la vie de famille, une communauté religieuse n'est pas une famille.

Une famille, de par sa composition, suppose des niveaux de relation entre les personnes, de nature et de pouvoir inégaux. Pensez un moment à la mère de famille qui, exaspérée par l'adolescent rebelle, rappelle à l'ordre son fils en ces termes : "Aussi longtemps que tu continues à vivre sous ce toit et que nous payons tout pour toi, tu feras comme je dis et tu suivras les règles de la maison." Ce type de relation n'invite pas beaucoup à la réciprocité et à l'égalité, dans l'interdépendance.

Faire usage du modèle de la famille pour décrire la vie de la communauté religieuse a aussi, parfois, donné naissance à des structures hiérarchiques qui ne sont pas en rapport avec la nature de la vie consacrée. Est-ce que certaines congrégations, dans le passé, ne se sont pas référé, au moins pour l'un des membres de la communauté, à la "Mère", au "Frère" au "Père" supérieur ? Faut-il s'étonner alors que certains membres aient régressé vers des comportements plus adaptés à l'enfance, ou bien se sont simplement rebellés en projetant sur le responsable de la communauté tous leurs problèmes non réglés avec leurs parents et autres autorités.

Nos communautés maristes ne sont pas non plus des communautés thérapeutiques. Il y a, bien sûr, des aspects curatifs de notre vie en commun. Nous pouvons décharger nos fardeaux les uns sur les autres, et, quand les membres du groupe sont matures et généreux, le support mutuel est bienvenu. Même si la communauté religieuse peut et doit être un lieu où nous nous développons humainement et spirituellement, la croissance personnelle de ses membres ne peut jamais être la première raison de son existence.

Par contre, le but principal d'une communauté thérapeutique est la croissance personnelle de ceux qui la composent. C'est le projet qui les a rassemblés ; c'est aussi le moteur qui entraîne la vie de la communauté.

Par conséquent, l'individu et ses besoins ont une place proéminente dans une communauté thérapeutique. Libérés de la plupart des soucis extérieurs, ses membres passent un temps considérable à débattre de la vie du groupe et de leur propre conduite. Ils en obtiennent des éclaircissements utiles sur les raisons de leur conduite et une meilleure compréhension de l'impact qu'elle a sur les autres.

Nos communautés maristes ont été fondées pour que nous puissions vivre l'Évangile et proclamer la Parole de Dieu. Notre toute première mission est d'aimer Dieu et de le faire connaître et aimer. En nous définissant comme disciples de Jésus-Christ, le monde en dehors de la communauté devient notre propre centre d'attention.

Si nous appliquons le modèle d'une communauté thérapeutique à la vie religieuse mariste, nous risquons d'inverser notre centre d'attention vers l'intérieur, développant ainsi des attentes irréalistes au sujet de la communauté et de ses membres et déformant la vraie nature et le but du vécu d'une communauté centrée sur l'Évangile.

Enfin, dans certaines provinces, des frères ont opté pour des modèles inspirés du monde des affaires afin de mieux comprendre la dynamique d'une communauté religieuse dans le monde moderne. Pourtant, même si certains aspects des modèles qui guident le monde des affaires peuvent être utiles pour mieux comprendre la dynamique d'une communauté religieuse, celle-ci n'est pas une société d'affaires.

Les sociétés sont souvent caractérisées par une culture bureaucratique, dans laquelle la valeur des membres se mesure à leur aptitude à accomplir des rôles spécifiques et des tâches assignées. Les descriptions de l'activité prennent une importance qui dépasse de beaucoup leur utilité. Une expression familière que l'on entend de temps en temps dans les groupes classés comme une bureaucratie c'est : "Ce n'est pas mon affaire !''

La vie de n'importe laquelle de nos communautés maristes ne peut pas se régler sur l'horloge, et un esprit de générosité se dresse en opposition directe à l'objection : "Ce n'est pas mon affaire !" Souvent les rôles essentiels dans les communautés de l'Institut sont ceux que nous sommes le moins aptes à mesurer avec exactitude. Nous ne clarifions guère la véritable nature d'une communauté religieuse en essayant de réduire ce qui devrait être une communauté inspirée de l'Évangile à des mécanismes de sociétés ou à des structures commerciales.

Arrivés à ce point, vous pourriez être tenté de vous demander "Si la communauté n'est pas une famille, une communauté thérapeutique, une société, alors qu'est-elle au juste ?"

La vérité est qu'il n'y a rien de semblable à une communauté religieuse. À la différence d'autres groupes, les membres d'un Institut comme le nôtre créent la vie en communauté en réponse à un appel divin. Cela nous a fait prendre un engagement à vie basé sur un objectif qui nous dépasse et non sur un désir de confort personnel. Une authentique communauté religieuse a pour but la transcendance plus que l'épanouissement personnel.

Vie communautaire et solitude

Quelques mots sur la vie communautaire et la solitude. Ancien et Nouveau Testaments abordent ces sujets ainsi que les auteurs spirituels et les théologiens au long des siècles. Nos Constitutions et Statuts, décrivant le mystère de l'élection, placent la solitude au cœur de notre appel à la vie consacrée.

" Dieu choisit des hommes

et les appelle chacun personnellement

pour les conduire au désert et leur parler au cœur.

Ceux qui l'écoutent, il les met à part.

Il les convertit sans cesse par son Esprit

et les fait grandir dans son amour

pour les envoyer en mission.

 

Ainsi naît une alliance d'amour

où Dieu se donne lui-même à l'homme

et l'homme à Dieu,

alliance que l'Écriture

compare à des fiançailles.

C'est au cœur de cette alliance

que se situe la dynamique de la consécration[19]."

Après avoir tout lu, dit et fait, nous devons pourtant admettre que chacun accomplit seul le voyage de la vie. Que nous soyons mariés ou célibataires, membres d'un Institut religieux ou prêtres séculiers, quelles que soient notre philosophie de la vie, notre culture, nos croyances religieuses, nos années d'éducation, mille et un autres facteurs, vous et moi, nous arrivons seuls en ce monde et nous le quittons tout aussi seuls[20].

Certains de nous mettent en doute leur appel à la vie communautaire quand la solitude devient un fardeau. Que ce soit tôt dans notre vie de frère, quand nous affrontons des problèmes intimes, ou en pleine vie, lorsque nous sommes confrontés à la réalité de la mort personnelle qui donne à réfléchir, ou quand nous pleurons la mort d'amis de toujours, pendant nos dernières années, tout nous rappelle sans cesse que nous sommes seuls et que la communauté ne pourra jamais nous enlever ce poids.

Rien d'ailleurs, dans ce monde, ne le peut. La solitude fait partie de notre nature humaine et de notre humaine condition. Chaque jour nous rappelle que saint Augustin avait raison : "Notre cœur ne trouve son repos qu'en Dieu."

La solitude, et l'isolement qui parfois l'accompagne, nous donne un moyen de nous rapprocher de Dieu et des autres. Vous et moi pouvons si facilement nous centrer sur nous-mêmes. La solitude et l'isolement ont le pouvoir de nous sortir de notre monde clos. Ces deux réalités nous aident à comprendre que le monde et nos intérêts ne sont pas ce qui est le plus important : il y en a UN qui est plus grand que nous-mêmes. Dag Hammarskjöld, qui fut Secrétaire général des Nations Unies, l'exprime ainsi : "Priez pour que votre isolement vous aiguillonne afin de trouver quelque chose qui donne sens à votre vie, quelque chose qui soit assez grand pour que vous lui sacrifiez votre vie."

QUESTIONS POUR RÉFLÉCHIR 

Indications : Une fois de plus, isole-toi quelques minutes pour réfléchir aux questions suivantes. Ecris les points dont tu veux te rappeler plus tard. Ils reviendront plus facilement à l'esprit si tu as pris quelques notes pour te les rappeler. Ces notes te serviront aussi dans des discussions communautaires ou de secteur sur ces questions.

 1 Rappelle-toi quelques différences de générations que tu as rencontrées dans la vie de communauté. Comment ces différences ont-elles enrichi la vie communautaire ? En quoi ont-elles provoqué des difficultés dans la vie quotidienne du groupe ? De quelles manières as-tu abordé ou abordes-tu les différences de générations dans la vie communautaire ?

 2 La culture aide à élaborer la forme et la nature de nos communautés maristes : notre culture mariste, la culture des membres de la communauté, la culture du pays dans lequel se trouve la communauté. Décris le rôle positif que cette culture a joué dans les communautés où tu as vécu. Quelles difficultés ont surgi à cause de la culture ?

 3 Quel rôle la solitude et l'isolement jouent-ils - si c'est le cas - dans ta vie en communauté ? Est-ce que tu les ressens comme un fardeau, une occasion de croissance, ou les deux ? Explique-toi, s.t.p.

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DEUXIÈME PARTIE 

Communautés religieuses comme groupes 

Les membres de notre 20ième Chapitre général nous ont mis au défi de prendre des responsabilités pour que nos communautés maristes soient des lieux dans lesquels la croissance humaine et spirituelle soit possible[1]. Même si ce n'est pas une tâche facile à affronter, nous pouvons être assurés que Dieu nous donnera les moyens et les grâces nécessaires pour la réaliser.

Pour cela, la psychologie peut apporter son aide. Depuis Vatican II, elle a été une source de plus grande compréhension pour beaucoup de nos frères et elle en a aidé un grand nombre à approfondir la connaissance de la dynamique qui est à l'œuvre dans la vie de communauté et ailleurs[2].

Mais, si la psychologie a été une aide pour vivre plus pleinement en communauté, nombre de sociologues, dans les années récentes, nous ont rappelé qu'ils avaient, eux aussi, quelque chose à dire sur le sujet. La plupart du temps, la psychologie s'intéresse à l'individu, tandis que la sociologie s'intéresse au groupe. Pour cette raison, la contribution d'ensemble de cette dernière à notre compréhension de la communauté peut aller bien au-delà de ce que la psychologie nous a offert. 

Les groupes

Un groupe existe dès que trois ou quatre personnes, sans liens particuliers, se mettent ensemble et vivent en interaction sur une base à peu près permanente. Ainsi, une dimension importante de toute communauté mariste est le fait qu'elle est un groupe.

Des groupes de toutes tailles et formes se rassemblent et s'attachent à une variété de projets. Sur son lieu de travail, par exemple, un homme appartient à un groupe de travail. La tâche commune qui l'a rassemblé, lui et ses collègues, sert à définir ce type de communauté.

Les sociologues nous disent qu'un groupe peut aussi se définir par le degré d'engagement qu'il requiert. Dans une communauté voulue, par exemple, nous nous engageons librement à vivre, travailler, prier et nous détendre dans un groupe spécifique de personnes, tandis que dans une association nous investissons seulement une partie de nos ressources dans le groupe en vue d'atteindre ensemble certains buts ou objectifs[3].

Par le passé, il n'y avait, semble-t-il, pas d'autre espèce de communauté religieuse que la communauté voulue. En être membre avait un prix. Un esprit de mortification caractérisait la vie de ceux qui formaient le groupe et des demandes de temps et d'énergie considérables leur étaient faites. Ils apprenaient aussi rapidement que la mission transcendante de la communauté passait avant leurs besoins. Beaucoup semblaient comprendre, par intuition, que ce qui les comblait personnellement pouvait freiner le bon fonctionnement du charisme du groupe.

Dans notre situation, le sacrifice nous liait à l'Institut. On nous demandait de nous habiller d'une certaine façon, d'assurer des travaux sans consultation, d'accepter la volonté du supérieur et de suivre ce que nous pourrions rétrospectivement décrire gentiment comme un programme quotidien rigide.

Depuis le temps de notre première formation, des rites et des pratiques - beaucoup remontant à l'époque de Marcellin - caractérisaient aussi la vie de l'Institut. Certains jours de fêtes, comme les cinq grandes fêtes mariales étaient célébrées, des coutumes étaient observées et la coulpe pratiquée.

Par contre, le modèle d'une association est illustré par la situation dans laquelle un frère, pour des raisons pratiques, vit seul de façon plus ou moins permanente. Il a son indépendance personnelle et beaucoup de liberté quant à son temps libre. Assez souvent les frères de sa province ou de son district, et l'Institut plus largement, ont l'impression qu'ils ont très peu de droits à lui demander quelque chose.

La situation devient de plus en plus confuse aujourd'hui pour certains frères ainsi que pour des jeunes qui envisagent d'engager leur vie dans notre Institut. Par exemple, un candidat a demandé récemment : " Dites-moi, quand donc le fait de vivre seul de façon permanente, de trouver mon propre travail, de décider personnellement de l'utilisation de mon temps libre, tout en ayant de temps à autre un contact avec la Province et l'Institut, quand donc cela cessera-t-il de s'appeler "vie de célibataire" et deviendra-t-il une autre forme de "communauté mariste" ? Les Instituts religieux qui s'orientent à devenir des associations risquent de ne pas durer au-delà de la présente génération.

En introduisant le sujet des "communautés voulues" et des "associations" dans notre discussion, je ne me fais pas l'avocat d'un retour aux structures rigides du passé. En même temps, si nous étions familiarisés avec ce que les sociologues ont à nous dire sur les deux, nous pourrions apprendre certaines leçons importantes sur notre vie mariste contemporaine et sur son avenir. Sommes-nous assez ouverts pour imaginer ce à quoi pourrait ressembler, aujourd'hui, une communauté mariste définie à la lumière des différences culturelles qui existent dans notre Institut et de tout ce que nous avons appris pendant les quelque 40 dernières années de renouveau ?

La question de la vie de communauté est une urgence dans notre Institut aujourd'hui. Je crois que notre mission mariste et notre style de vie vont probablement disparaître dans les provinces et districts où un nombre toujours plus grand de frères vivent seuls ou bien le souhaitent, à en juger par le peu de rapports qu'ils ont avec les autres membres de la communauté.

Je crois que cette même situation sans issue peut arriver dans les unités administratives où des frères continuent à tolérer un niveau d'activisme qu'on ne peut définir que pathologique, tandis que d'autres croient que le choix de la communauté est seulement une affaire personnelle et continuent à trouver des raisons pour rester dans la même communauté, année après année.

La vie religieuse n'a jamais voulu être un groupe de personnes qui se rassemblent uniquement pour vivre gentiment et s'interpeller superficiellement. Au contraire, nous sommes appelés à être une présence brûlante dans notre monde. Ce but ne s'accomplit que si nous laissons la volonté de Dieu s'exprimer à travers nos frères. Cela est vrai pour la composition de nos communautés, tout comme pour les ministères que nous sommes appelés à entreprendre au nom de l'Institut et en d'autres domaines de notre vie. 

Grâce onéreuse

La vie communautaire est un des lieux où les faiblesses que nous avons, vous et moi, sont très évidentes. C'est pourquoi, nous devons souvent nous poser ces questions : voulons-nous vraiment mettre au second plan les besoins humains légitimes que nous avons par rapport aux projets d'ensemble de la communauté ? Est-ce que cela se voit bien dans la façon dont nous vivons, prions et partageons notre vie ? Voulons-nous vraiment prendre notre part de responsabilité dans la vie et les orientations de nos communautés, ou passons-nous notre temps à critiquer ceux qui le font ?

Notre attitude de disciples est-elle aussi évidente dans la vie quotidienne en communauté qu'elle l'est dans les ministères que nous faisons au nom de Jésus ?

Dietrich Bonhoeffer, pasteur luthérien qui a payé de sa vie son opposition au gouvernement national socialiste de Hitler, a écrit des pages émouvantes sur l'attitude de disciple. Ce faisant, il signale la différence entre ce qu'il appelle la "grâce onéreuse" et la "grâce bon marché[4]."

La première est un don que nous devons demander. Son prix est le prix de nos vies, et c'est une grâce parce qu'en retour nous recevons la seule vraie vie qui en vaille la peine. Au contraire, nous ne payons rien pour une grâce "bon marché" ; c'est une grâce sans attitude de disciple, sans croix, sans Jésus-Christ vivant et incarné. Malheureusement, beaucoup d'entre nous, effrayés par le prix de la "grâce onéreuse" choisissent à sa place la grâce "bon marché." Incapable de nous conforter alors que nous entreprenons l'aventure de la vie communautaire mariste contemporaine, cette grâce nous manquera toujours.

La foi a des conséquences. L'attitude de disciple demande que nous sacrifiions notre propre confort, prenions un certain nombre de risques et agissions avec courage. Jésus était très sérieux lorsqu'il nous a lancé ce défi : "Qui veut venir à ma suite doit se renoncer lui-même, prendre sa croix et me suivre[5]." II était aussi sérieux quand il a promis en retour la plénitude de vie dans ce monde et dans l'autre.

Étapes dans la croissance de toute communauté

J'ai déjà mentionné que chaque communauté mariste est un groupe. Nous pouvons donc en déduire qu'au lieu de rester statique, chacune va passer par une série d'étapes, à partir du moment où ses membres se réunissent pour la première fois et jusqu'à ce que la communauté arrive à son terme, en raison du départ de certains frères ou de l'arrivée de nouveaux.

La première étape dans la formation de toute communauté mariste comprend l'expérience toute simple de se mettre ensemble. La communauté se rassemble. Les étapes suivantes comprennent l'évaluation des différences parmi les membres de la communauté, l'établissement de normes pour le groupe et, éventuellement, la mise en route de la façon de vivre et de servir ensemble. Chaque étape demande du temps pour être au point ; en omettant l'une d'elle nous courons le risque de perdre une possibilité de vivre ensemble de manière profondément humaine et intensément spirituelle.

Pour la plupart d'entre nous, la première étape de vie dans une communauté nouvelle suppose une période d'orientation. Les débuts sont généralement pleins de difficultés : dans une situation qui ne nous est pas familière nous avons besoin de quelque temps pour trouver nos marques. A l'arrivée dans une communauté, par exemple, vous et moi, nous sommes à la recherche de notre place dans le groupe. Si nous nous sentons inquiet et incertain, nous pouvons facilement commencer par comparer notre nouvelle situation de vie avec celle que nous avons quittée. Cependant, à peu près chacun d'entre nous se présente sous son meilleur comportement quand il commence à vivre dans une nouvelle communauté. Si vous et moi avons quelque impression négative sur le groupe et ses membres, nous la gardons généralement pour nous.

Pendant cette première étape dans la mise en place de la communauté, les anciens membres doivent faire attention de ne pas passer tout leur temps à parler de gens et d'événements qui ne sont familiers qu'à eux seuls. S'il en est ainsi, les nouveaux membres du groupe doivent le faire remarquer pour ne pas courir le risque de se trouver petit à petit exclus de la conversation quotidienne.

Le devoir de faire un projet de vie communautaire est souvent abordé à ce moment-là. Même si la communauté avait son projet de l'année précédente, les détails devraient être réexaminés et renégociés. Cela est impératif quand la composition de la communauté change.

À chaque départ et à chaque arrivée, nous avons une nouvelle communauté qui a besoin de recommencer de diverses façons. Bien que certains puissent se plaindre que les efforts faits pour rédiger ou réviser un projet de vie communautaire représentent une perte de temps et d'énergie, ce double investissement, pas très important au début d'une année, peut apporter à la communauté de grands bienfaits pendant les douze mois qui suivent.

Quelle est la meilleure façon de décrire la deuxième étape dans la formation d'une communauté mariste ? Étudier les différences. Pour que la croissance continue après la première étape qui rassemble la communauté, vous et moi devons pouvoir être en désaccord comme frères, parfois même fortement, et régler nos désaccords de façon acceptable pour les uns et les autres.

Malheureusement, de fausses opinions sur ce que la vertu de charité demande ont rendu beaucoup d'entre nous incapables de dire la vérité. Alors nous restons silencieux pour garder la paix.

La vertu de charité se pratique quand je dis la vérité par respect pour vous. J'agis ainsi, que la vérité soit bonne ou mauvaise à dire. Je n'ai pas à vous dire toute la vérité, du moins telle que je la vois, d'un seul coup, mais la charité me demande de la dire. Il est beaucoup plus utile, par exemple, de répondre à un frère en toute honnêteté pendant une réunion communautaire que de passer la semaine suivante à révéler aux autres, dans la maison, ce que vous vouliez lui dire. La première réponse est fraternelle, la seconde est condescendante.

De même, rester silencieux et permettre à une personne colérique, renfrognée, qui abuse de l'alcool, de dominer la communauté par son comportement, n'est guère une attitude évangélique. En évitant d'intervenir, tous ceux qui forment le groupe peuvent en être abîmés.

Rappelez-vous : nos communautés maristes sont des lieux d'interaction. Ce qui arrive dans la vie de l'un de nos frères a des répercussions sur tous ceux qui forment le groupe. Alors que normalement nous préférons classer la personne qui provoque le désaccord - à notre point de vue - comme une source de difficultés, en restant silencieux nous complotons avec elle et nous augmentons le dysfonctionnement du groupe.

Apprendre à être en désaccord et à résoudre des oppositions est une technique qui peut s'apprendre. Et nous devons l'apprendre ! Quelle autre alternative avons-nous ? Nous tordre les mains de désespoir sur l'état de notre communauté locale ? Cette façon de faire, nous le savons bien, ne fera pas grand chose pour changer la qualité de vie à l'intérieur du groupe.

Une lutte pour se rendre maître de la situation de la part de certains peut être évidente pendant cette deuxième étape de la formation de la communauté. Quelques autres peuvent vérifier leur influence sur le groupe de façon très subtile. D'autres peuvent tenter d'établir un ordre d'importance parmi les membres de la communauté en se basant sur l'âge, les diplômes, une attitude progressiste ou traditionaliste envers la vie religieuse et le renouveau ou sur d'autres critères.

Quel est le meilleur antidote aux tentatives de certains pour avoir plus d'influence au sein de la communauté ? S'assurer que chacun dans le groupe a conscience de sa propre valeur.

Cette deuxième étape de la croissance est une période difficile dans la vie de toute communauté. La crainte de conflits et le refus de certains d'accepter des différences qui existent naturellement parmi des membres de tout groupe peut les porter à céder toute la responsabilité à un tempérament fort. En conséquence, bien des décisions à prendre par le groupe dans son ensemble sont simplement évacuées. Quand cela se produit, la croissance de la communauté est en panne.

Des normes sont prises pendant la troisième étape de la formation d'une communauté mariste. Étant tombés d'accord pour admettre qu'il est bon d'avoir des points de vue différents, les membres de la communauté peuvent se parler librement de leurs espérances et de leurs déceptions, et arriver à un consensus sur des détails de la vie commune. Qui sera en charge des finances du groupe ? Combien de fois et de quelles manières ses membres vont-ils prier ensemble ? Quelles responsabilités ont-ils les uns par rapport aux autres ? Ce sont quelques-unes des nombreuses questions qui doivent être traitées.

Évidemment nos Constitutions et Statuts ont un rôle particulièrement important à jouer dans la vie du groupe à cette étape. Si nous sommes décidés à former une communauté qui sera source de croissance spirituelle, émotionnelle et interpersonnelle, nous avons besoin de discuter en groupe les directives qui sont dans ce document et dans le Message de notre 20ième Chapitre général.

Enfin, après avoir franchi les étapes de se rassembler - découvrir nos différences - rédiger des normes, la communauté va arriver à la dernière étape de sa construction initiale : participer à la tâche à faire. En quoi consiste exactement cette étape ? Ayant posé de solides fondations pour la vie en commun, nous pouvons maintenant vivre pleinement les réalités de chaque jour que tout groupe doit affronter. Tout se passera bien si le respect pour les autres frères de la communauté est entretenu et si des relations justes entre tous sont favorisées.

Dans cette quatrième étape, nous pouvons alors nous engager, en tant que communauté, à être des frères les uns pour les autres et à proclamer la Bonne Nouvelle aux enfants pauvres et aux jeunes.

Dernier point. Lorsqu'une communauté se forme ses membres passent par une série d'étapes. Pareillement, quand un ou plusieurs membres s'en vont, une évolution se produit.

Un temps de prière et de célébration peut aider tous ceux qui sont impliqués à ritualiser le changement et à gérer les sentiments qui l'accompagnent inévitablement. C'est très bien si, lors de l'une ou l'autre rencontre, l'un des présents peut dire à la personne qui part ce que sa présence a signifié pour eux et pour la communauté dans son ensemble. 

QUESTIONS POUR REFLECHIR 

Orientations : Pour la troisième fois, prends maintenant quelques minutes, seul, pour réfléchir aux questions suivantes. Écris les points dont tu désires te souvenir plus tard. Tu te les rappelleras plus facilement si tu as quelques notes écrites pour te guider. Avoir des notes à ta disposition sera aussi une aide précieuse lors d'un débat communautaire ou de secteur sur ces questions.

 1 Recherche dans les années passées l'époque où tu as été nommé dans une nouvelle communauté : Est-ce que l'intégration dans cette communauté ressemble à ce qui est décrit ici ?

Est-ce que la nouvelle communauté a su vivre une étape de " découverte des différences " ? Si oui, la décrire s.t.p.

 2 Comment répondrais-tu aux questions ci-dessous ?

a. Est-ce que la volonté de Dieu, reconnue avec l'aide de mes frères, est la source de mon appel à la mission et à la communauté ou bien est-ce que je décide des deux par moi-même ?

b. Est-ce que j'accepte le fait que mes besoins humains légitimes sont secondaires par rapport aux projets d'ensemble de la communauté ? Ce fait est-il évident dans la manière dont je vis, prie et donne ma vie ?

c. Est-ce que j'accepte de prendre la responsabilité de la vie de la communauté ou est-ce que je passe mon temps à critiquer ceux qui la prennent ?

d. Suis-je ouvert à la réaction de mes confrères ? Puis-je l'accepter quand elle est exacte et répondre à mes frères avec respect quand elle ne l'est pas ?

e. Est-ce que mon attitude de disciple est aussi évidente dans ma vie de tous les jours en communauté qu'elle l'est dans l'engagement apostolique que j'ai au nom du Seigneur ?

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TROISIÈME PARTIE 

Défis concrets dans une communauté mariste aujourd'hui 

Quels sont les défis importants que vous et moi rencontrons dans la vie d'une communauté mariste aujourd'hui ? Bien que je n'aie pas l'intention d'en dresser une liste complète, j'aimerais attirer l'attention sur plusieurs de ces défis.

Tout d'abord, comme cela a été signalé plus haut, nous avons l'obligation de clarifier ce que nous voulons dire par le mot communauté à la lumière du monde multiculturel dans lequel l'Institut se trouve aujourd'hui et des traditions qui nous viennent de l'époque du Fondateur. La vie de communauté a de nombreux visages dans notre Eglise et le monde d'aujourd'hui. Les divers Instituts religieux ne définissent pas cette expression tout à fait de la même façon. Il faut donc nous mettre d'accord sur une définition distincte pour les frères de Marcellin.

La responsabilité du chef ou supérieur de la communauté demande aussi quelques réflexions. Dans beaucoup de provinces et districts, son rôle est réduit à guère plus que celui d'un maître d'hôtel, loin de l'animateur qu'il est censé être.

Arriver à une plus grande simplicité de vie dans la communauté locale où nous vivons, vous et moi, ainsi que dans les communautés de nos diverses provinces représente un autre défi que beaucoup d'entre nous avons à affronter aujourd'hui. Nos Constitutions et Statuts sont clairs sur le sujet. Comment mettre en œuvre, le mieux possible, cette orientation ?

Enfin, il y a toujours le défi des personnes difficiles en communauté : les victimes d'injustices, les plaignants permanents, les contestataires et les coléreux, pour en nommer quelques-uns.

Même si leur nombre n'est pas important, l'impact qu'ils ont sur une communauté peut être vraiment très grand.

Il y a aussi pour nous le dilemme de savoir comment aider un frère qui s'adonne à l'alcool, à l'excès de nourriture, à Internet ou un frère qui vit une période particulièrement difficile et douloureuse dans sa croissance. Quelle est notre responsabilité envers chacun d'eux et celle de la communauté en général ?

Après cette énumération, considérons rapidement chacun de ces quatre défis. 

Une définition plus approfondie de la vie communautaire mariste 

Il y a de nombreuses façons de vivre la vie communautaire. On raconte, par exemple, qu'un prêtre dominicain demandait à un collègue jésuite combien il y avait de communautés jésuites dans le monde. Sans la moindre hésitation, le jésuite répondit : "Cela dépend du nombre de jésuites dans le monde à ce moment-là." Le commentaire peut paraître indélicat pour nos confrères jésuites, mais la conclusion de l'histoire est claire.

Dans cette lettre, ma visée a été de définir notre unique façon mariste de vivre en communauté. Un point est très clair : dans notre Institut, la communauté entraîne de vivre ensemble physiquement, face à face, en étant impliqué de façon personnelle dans la vie du groupe. Lisons le message sur la Vie Communautaire que nous trouvons dans nos Constitutions et Statuts ; il est conforté, ailleurs, dans le même document. L'article 82, par exemple, dans le chapitre traitant de notre vie apostolique dit ceci à propos de la communauté :

Dans une communauté d'apôtres

Notre apostolat est communautaire.

Il commence par le témoignage

de notre vie consacrée vécue ensemble.

Toute la communauté se montre solidaire ;

elle soutient et stimule chacun de ses membres

dans son travail apostolique[1].

 Au sujet de la communauté, chaque Institut a ses propres traditions. Par conséquent il y a des grâces particulières uniques aussi bien que des défis propres dans «notre façon mariste de la vivre.» Aujourd'hui nous avons l'obligation d'identifier ces aptitudes nécessaires pour bien vivre notre vie commune et permettre à nos frères de les exercer.

Il ne peut y avoir aucun doute que la communauté était un élément central de la vision de Marcellin sur notre vie. Dans sa lettre circulaire du 12 août 1837, il écrit : "Qu'il m'est agréable, qu'il m'est réjouissant de penser que dans quelques jours j'aurai le doux plaisir de vous dire avec le psalmiste, en vous embrassant 'Quam bonum, quam jucundum habitare fratres in unum' Ce m'est une délicieuse consolation de vous retrouver, avec mon cœur et mon esprit, comme une seule famille, recherchant uniquement la gloire de Dieu et le bien de sa sainte religion[2]."

Le Fondateur nous a aussi enseigné bien des vertus qui servent à construire la vie de communauté. Le Frère Jean-Baptiste nous raconte l'incident suivant entre le Fondateur et un jeune frère : "Un jour, après avoir donné à un jeune Frère sa lettre d'obédience pour un établissement qui n'était pas éloigné, il ouvrit le tiroir de son bureau pour lui remettre quelques sous. Comme il ne se trouvait dans ce moment que deux francs cinquante centimes dans la caisse, le jeune Frère lui dit qu'il n'avait pas besoin d'argent, et qu'il pourrait se rendre à son poste sans faire aucune dépense. 'C'est possible, mon enfant, lui répondit le Père ; mais il peut aussi vous arriver quelque accident, et je ne veux pas que vous vous trouviez dans le besoin sans pouvoir vous soulager. Il est vrai que nous n'avons plus rien ; mais la Providence ne nous abandonne point. En disant cela, il lui remit un franc vingt-cinq centimes[3]."

Le souci du Fondateur pour ses frères et leur bien-être, sa volonté de les aider avec le peu qu'il a, son réalisme et son esprit fraternel sont bien mis en évidence dans ce récit.

Le responsable ou supérieur de communauté

Nos Constitutions et Statuts nous disent que le supérieur ou responsable de la communauté "crée un climat d'entente et d'harmonie entre ses frères. Il stimule et coordonne l'effort collectif et garantit la continuité et l'unité d'action de tous[4]."

Ces termes sont très riches. Pourtant, peu de frères dans l'Institut acceptent, aujourd'hui, d'assumer le rôle de responsable local ou de communauté. Certains se sentent peu doués pour ce défi et insistent pour dire qu'il leur manque les aptitudes nécessaires. L'un de ces frères me disait récemment : "Dans ma province, aujourd'hui, pour être supérieur local il faut avoir les compétences d'un directeur spirituel, d'un thérapeute, d'un expert dans la résolution des conflits et avoir la sagesse de savoir qu'à la fin de la journée certains ne vont pas changer."

Ma description de la fonction du supérieur local est, au contraire, assez simple. Avant de la préciser, je dois dire cependant qu'une grâce est disponible pour ceux qui acceptent la volonté de leurs frères et assurent cet important ministère de service. Nous n'avons qu'à demander cette grâce et nous l'obtiendrons. Le Seigneur ne nous charge pas d'un fardeau sans nous donner en même temps la bonne humeur et tout ce qui est nécessaire pour le porter.

Un responsable mariste local a trois responsabilités : la première est d'avoir des entrevues avec les frères, la deuxième est d'animer la prière du groupe, la troisième d'organiser des réunions de communauté[5]. Il n'a pas la responsabilité de les exécuter toutes les trois, mais il doit les mettre en route. Ce faisant, il en vient non seulement à apprécier plus pleinement la vie de ses frères, mais aussi à comprendre plus profondément la dynamique d'un groupe de gens qui vivent ensemble.

Par exemple, un responsable de communauté n'a pas à planifier et à diriger chaque temps de prière du groupe, mais il a la responsabilité d'organiser le service des frères dans la maison et de leur fournir les moyens nécessaires pour que les prières soient bien préparées et signifiantes.

Il en est de même des réunions de communauté. Le supérieur local n'a pas à présider ces rencontres ; d'autres membres du groupe sont peut-être bien plus doués pour le faire. Mais il doit prévoir un moment régulier et un lieu pour que les membres de la communauté se réunissent et discutent de leur vie ensemble.

Alors que la plupart des supérieurs de communauté acceptent ces deux aspects de leur service, plusieurs vont renoncer à assurer l'entretien avec leurs frères. Certains protestent : "Je ne suis ni psychologue, ni travailleur social." À quoi j'aimerais répondre : "Dieu merci !" Car, si importants que soient ces rôles dans nombre de cultures, un responsable de communauté est supposé être, avant tout, un frère parmi ses frères. Il porte à leur personne et aux détails de leur vie un intérêt fraternel. Il est à leur service en leur prêtant une oreille attentive ; il est pour eux une source d'encouragement quand ils sont découragés et de motivation quand ils ont besoin d'aide.

Quel est le meilleur conseil que je pourrais donner à un supérieur local sur la façon de rencontrer ses frères ? Pensez à la dernière fois où vous avez eu un entretien avec un ami. Ce dont vous pouvez vous souvenir immédiatement, c'est l'échange facile qui a eu lieu. Donnez ce même rythme détendu à une entrevue avec un frère de la communauté et tout le reste suivra.

Simplicité de vie

Nous lisons dans nos Constitutions et Statuts :

" Guidés par la voix de l'Église et

selon notre vocation propre,

Nous sommes solidaires des pauvres

et de leurs causes justes.

Nous leur réservons notre préférence,

partout où nous sommes et quel que soit notre emploi.

Nous aimons les lieux et les maisons

qui nous font partager leur condition,

et nous saisissons les occasions de contact

avec la réalité de leur vie quotidienne[6]. "

 Plus loin dans le texte nous trouvons ces termes : " Nos résidences devraient être meublées d'une façon qui rende visible notre témoignage de pauvreté[7]" et enfin, "Nous vivons concrètement la pauvreté personnelle et communautaire en menant une vie laborieuse et sobre, sans recherche du superflu[8]."

Comme disciples de Jésus, nous sommes appelés à mettre continuellement de côté ces conforts stériles qui ne servent qu'à domestiquer nos esprits et à éteindre notre soif de Dieu. Adopter un style de vie simple, et même austère, non seulement nous libère des inquiétudes inhérentes aux intérêts privés, mais peut aussi rendre plus efficaces notre service parmi ceux qui sont matériellement pauvres[9]. Alors que les situations varient de pays à pays et de culture à culture, partout où il y a une communauté mariste, il devrait être évident que tous ses membres vivent l'esprit et la pratique des béatitudes dans leur vie quotidienne[10].

Là encore, l'autosuffisance et l'égoïsme peuvent facilement prendre le dessus. De plus, nous pouvons facilement mettre de côté les valeurs de l'Evangile et choisir celles de la culture qui sont en opposition avec le message de Jésus. L'abandon des valeurs de l'Evangile est particulièrement évident quand on en vient à l'accumulation de biens[11].

Pendant nombre d'années, les frères, dans plusieurs provinces et districts, avaient l'habitude d'emballer leurs biens matériels à la fin de chaque année et de les mettre dans une grande malle avant de partir pour leur destination de l'été. Cette coutume avait un double but. D'abord, comme les nominations pour l'année suivante se faisaient habituellement pendant la retraite de Province qui avait lieu à la fin de l'été, la préparation des bagages à la fin de l'année académique permettait à ceux qui changeaient de communauté de ne pas avoir à se précipiter à la dernière minute.

En second lieu, cette pratique permettait à chaque frère de retrouver une vie simple à la fin de chaque année scolaire. Il n'avait à faire tenir dans cette malle que les biens personnels qu'il emporterait dans son nouveau lieu de mission.

À mesure que les années ont passé, cette coutume annuelle de faire ses bagages est tombée en désuétude, mais d'autres l'ont remplacée. Par exemple, récemment, dans une Province, un frère dans la force de l'âge qui changeait de communauté a eu besoin d'un camion pour transporter tout ce qu'il avait accumulé pendant un quart de siècle. Devant le scénario du déménagement un témoin de l'époque a fait cette remarque : "Nous avons fait un long parcours sur le chemin du renouveau, du frère-à-la-malle (trunk) au frère-au-camion (truck) !"

Sur un ton plus sérieux, la simplicité du style de vie est bien souvent le reflet de la simplicité d'esprit et de cœur que Marcellin considérait comme la vertu spécifique de ses Petits Frères. Sans considérer le service apostolique où je suis impliqué et sans me laisser influencer par le niveau socio-économique de ceux avec qui je suis appelé à servir, j'ai, comme chacun, l'obligation de témoigner de cette simplicité dans la vie de chaque jour. De plus, vous et moi ne serons jamais des témoins crédibles pour les jeunes, et plus largement pour l'Église, si notre façon de vivre n'est que le miroir des valeurs de la classe moyenne de notre pays, même si elle est acceptable pour les autres.

Comme il a été dit plus haut dans cette circulaire, quand nous faisons des vœux, nous nous engageons à vivre pleinement et radicalement la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ[12]. Nos Constitutions et Statuts nous rappellent que le témoignage demandé par cet engagement devrait être aussi évident dans notre communauté que dans tous les autres aspects de nos vies[13]

Les confrères difficiles

Les personnes difficiles dans la vie communautaire posent une question compliquée. Une circulaire comme celle-ci n'est pas un manuel pour "Traiter de situations et de confrères difficiles en communauté." Cela dit, je fais quelques remarques.

D'abord, quand il y a des difficultés dans la communauté, il n'y a pas de solutions simples. S'il y en avait, nous les aurions trouvées et utilisées depuis longtemps.

Ensuite, vous et moi devons admettre que beaucoup de nos propres comportements pourraient bien se classer sous le titre de difficiles, un jour ou l'autre. Chacun d'entre nous peut être irritable, entêté, râleur et tout à fait odieux parfois.

L'exemple suivant va illustrer ce point. Comme jeune frère, j'ai passé plusieurs années à étudier la psychologie. La troisième année du programme que je suivais était particulièrement stressante. On demandait aux étudiants de travailler environ 24 heures par semaine dans un hôpital qui se trouvait à quelque 60 kilomètres de l'université, d'assurer 10 heures de direction de thèse pour les étudiants de licence et les étudiants diplômés de la clinique située sur le campus universitaire, de préparer neuf unités de valeur par semestre, d'assurer une surveillance hebdomadaire avec des thérapeutes et de s'impliquer dans l'écoute et la direction de personnes et de groupes interactifs.

Un soir, environ vers le milieu de l'année, je suis rentré vers 21 heures. Les autres frères de la communauté avaient fini leur souper plus tôt ; je suis donc allé prendre dans le four l'assiette qu'on avait gardée pour moi et je me suis assis pour manger en lisant le journal.

Quelques minutes plus tard, trois frères de la communauté sont venus dans la salle à manger et se sont assis pour me tenir compagnie. Ils l'avaient fait déjà souvent auparavant ; aussi n'étais-je pas préparé à ce qui s'est produit ensuite. Au bout de quelques instants, l'un d'eux m'a dit : "Il faut qu'on te parle, car tu deviens impossible à vivre." Il s'est mis à énumérer un certain nombre de cas où je m'étais montré exceptionnellement irritable et irascible, me mettant à l'écart du groupe. Il a terminé en disant : "Nous craignons que, si cette situation continue, tu partes ou que très peu de personnes veuillent vivre en communauté avec toi.''

Même si l'audition de cette fidèle description de mon comportement pendant les derniers mois fut pénible, ces trois frères m'ont rendu un énorme service ce soir-là. Grâce à leur intervention, j'ai réexaminé mon programme et j'ai commencé à faire certaines modifications. En conséquence, je n'ai pas été aussi fatigué pendant les semaines qui ont suivi et j'ai pu ainsi participer davantage aux activités de la communauté. Très important aussi, je savais maintenant que j'avais dans la communauté trois personnes qui m'aideraient à respecter les changements que j'avais promis de faire. Il m'a fallu plusieurs mois pour y arriver, mais, comme résultat, je me suis senti mieux ainsi que les autres membres de ma communauté. 

Personnes difficiles de façon chronique

Les personnes difficiles de façon répétée présentent un défi pour toute communauté parce que, le plus souvent, leur comportement semble avoir comme effet de faire perdre la tête à chacun. Cependant, il faut être prudent avant de décrire quelqu'un comme une personne difficile. Nous devons savoir qu'en disant qu'un confrère a une attitude négative, nous ne disons pas le tout de sa personne. Mais nous avons espoir de mieux évaluer la situation qui est devant nous.

Quels sont certains de ces comportements que des frères considèrent comme difficiles ? Ils comprennent des plaintes à répétition, des sentiments d'injustice, des attitudes négatives, des conduites lentes et indécises, des colères, des promesses irréalistes.

Chacun de nous peut connaître plusieurs personnes qui semblent bien faire partie de l'une ou l'autre de ces catégories. Avant d'en venir à des conclusions, cependant, rappelons-nous que tel d'entre nous, qui a connu des sautes d'humeur ou "saccagé" un bon ami au terme d'une journée longue et pénible, pourrait facilement apparaître à une personne qui ne le connaît pas comme un plaignant invétéré.

Aussi, posons-nous quelques questions avant d'aller plus loin. Demandons-nous d'abord si nous avons essayé d'avoir une discussion très franche comme moyen d'affronter un comportement difficile ? Beaucoup d'entre nous parlent du problème avec tous les autres frères de la communauté mais évitent d'aborder la question avec le frère concerné. Continuer d'agir ainsi, c'est la garantie que rien ne changera.

Demandons-nous ensuite si nous avons à faire à une personne qui, par tempérament, est naturellement forte. Vous et moi pouvons être trop sensibles et, par conséquent, nous sentir mal à l'aise devant ceux qui expriment avec force leurs sentiments. Nous prenons peur quand quelqu'un se montre passionné, colérique ou frustré. Le fait qu'un confrère s'exprime avec force me donne-t-il le droit de le classer comme un confrère difficile ? Demandons-nous donc : où se trouve le problème, chez lui ou chez moi ?

Une autre question : la personne s'est-elle comportée différemment en d'autres occasions ? Si oui, nous pourrions réexaminer si elle est vraiment une personne difficile.

Enfin, est-ce que quelque chose s'est produit juste avant que le frère se comporte d'une façon que nous jugeons offensante ? Peut-être avait-il reçu une mauvaise nouvelle ou était-il exceptionnellement tendu. Ni l'une ni l'autre de ces raisons n'excusent sa conduite répréhensible, mais l'une ou l'autre pourrait nous aider à comprendre son comportement et nous éviter de penser que c'est un homme habituellement difficile.

Pour des personnes vraiment difficiles, cependant, la réponse à chacune des quatre questions posées est formellement "non". Que pouvons-nous faire, vous et moi, devant une pareille situation ? Si nous voulons être soulagés, nous pouvons commencer par changer notre façon de réagir à leur conduite. Cela veut dire que, face à un plaignant à répétition, nous réagissons non en l'évitant ou en l'ignorant, mais plutôt d'une manière qui le portera à résoudre son problème plutôt que de se plaindre.

Pareillement, la personne négative, qui s'arrange à chasser toute idée neuve avant qu'elle ne voie le jour, qui nous dit continuellement que cela a été essayé auparavant sans succès et qui, en dernier ressort, s'en prend au responsable local et provincial, peut aussi être calmée. En affirmant simplement notre optimisme réaliste, ou en lui demandant ce qui pourrait arriver de pire si nous mettions à exécution notre projet, nous pouvons changer le contexte de la conversation avec elle.

En changeant la manière dont nous réagissons face aux plaintes ou aux oppositions, vous et moi trouvons souvent que la situation commence à s'améliorer. Chacun de nous cependant doit aussi réaliser qu'il n'est pas dans l'obligation de supporter silencieusement le comportement d'un membre de la communauté qui est destructeur de la vie commune ou qui est injurieux à son égard. Nous devons plutôt faire des démarches pour améliorer la situation. Par exemple, quand les membres de la communauté n'ont pas la responsabilité de diagnostiquer l'alcoolisme chez un confrère dont la consommation d'alcool inquiète la plupart d'entre eux, ils peuvent agir avec l'administration provinciale pour qu'elle intervienne et décide cette personne à faire une évaluation.

Des situations pénibles

Il y a naturellement quelques membres dans chaque Institut religieux dont les problèmes de sensibilité sont source de grandes souffrances personnelles. Leurs difficultés psychologiques sont si graves qu'elles nécessitent une intervention médicale et/ou psychiatrique. De fortes sautes d'humeur quand une personne est, soit profondément déprimée, soit euphorique à l'extrême, en est un exemple. Autre exemple : un désordre de la pensée tel que la personne déforme la réalité au point de paraître comme aliénée ou de se méfier des autres jusqu'à en perdre ses moyens. Là encore le rôle des membres de la communauté face à cette situation est de travailler avec les autorités de la province pour que la personne reçoive l'aide dont elle a besoin.

Enfin, ayant dit cela, je dois ajouter que, de temps en temps, certains d'entre nous peuvent rencontrer un frère de la communauté dont la conduite est vraiment démolisseuse mais qui semble n'avoir aucune envie de changer. Souvent le terme caractériel est utilisé pour décrire la difficulté qu'il éprouve.

Bien que sa conduite puisse être source de grande souffrance pour les autres, un frère qui a ce genre de problèmes en ressent peu de peine lui-même. Par conséquent, il n'a pas de motivation pour changer. Beaucoup d'entre nous lui permettent de continuer comme il est, en construisant une vie autour de lui plutôt qu'avec lui. Nous l'aidons ainsi à ne pas nuire par sa conduite odieuse.

Par exemple, il n'est pas bon de décrire comme profondément spirituel un frère qui est désagréable et sans charité pour à peu près toutes les personnes qu'il rencontre. Je n'ai aucun doute que Dieu nous aime tous, de façon inconditionnelle ; cependant, je trouve difficile d'accepter qu'une personne profondément spirituelle puisse continuer à revenir sur une injustice qui s'est produite il y a longtemps et qu'elle rende aux autres la vie impossible par ses sautes d'humeur. Et cela est vrai, malgré les nombreuses heures qu'elle passe dans la chapelle de la communauté.

Pour conclure, laissez-moi vous dire que nous sommes heureux, en tant qu'Institut, que le nombre de frères vraiment difficiles soit très petit comparé au nombre, beaucoup plus considérable, de ceux qui s'efforcent de vivre ensemble en communauté avec générosité et esprit de sacrifice. Nous devons la même charité à tous nos frères. En ce qui concerne ceux qui sont vraiment difficiles, cette charité suppose que nous changions nos réactions face à leur comportement et que nous fassions les démarches qui les orienteront vers l'aide dont ils ont besoin.

Qualités que l'on trouve dans une saine communauté mariste

En ayant une idée de ce que la communauté mariste n'est pas, une notion des étapes par lesquelles elle passe alors qu'elle se construit, après un coup d'œil rapide sur quelques défis que nous avons à affronter ensemble dans la vie communautaire aujourd'hui, portons notre attention sur ce qu'une communauté de Marcellin devrait et pourrait être. Plus encore, examinons la place centrale que le pardon et la réconciliation doivent tenir dans la vie de toute communauté des frères de Marcellin.

Aujourd'hui, bien des jeunes s'intéressent à cette possibilité radicale de vivre ensemble en communauté, entre adultes, pour témoigner de la réconciliation et de la paix. N'est-ce pas cela que nos communautés maris- tes peuvent et doivent être ? Être un groupe de frères et, parfois, d'hommes et de femmes laïques, qui partagent le charisme de Marcellin et se retrouvent en communauté pour vivre la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Qu'est ce que cette définition suppose ? Premièrement et avant tout, que chaque communauté mariste soit un centre de spiritualité et de prière. La bonne impression première et le souvenir persistant de tout visiteur d'une de nos communautés devraient toujours consister dans le fait d'avoir rencontré des personnes qui prient.

Qu'est-ce qui rend la prière si importante dans la vie de n'importe laquelle de nos communautés ? D'abord, elle est une façon de nous transformer. Si nous prions, nous devenons plus aptes à pratiquer la patience, à contrôler notre jugement et à aimer généreusement, des vertus que précisément le Fondateur nous a demandé de chérir, vertus qui entretiennent un esprit de réconciliation. Ensuite, la prière transforme notre façon de voir la réalité en nous rendant plus simples, plus humbles et plus compatissants. Toutes ces vertus sont de grands biens pour la vie de toute communauté mariste.

Nos Constitutions et Statuts nous disent que l'Eucharistie tient une place centrale dans notre vie de prière et dans nos communautés[14]. Nous ne saurions trop insister sur l'intimité et l'union que nous expérimentons avec Jésus et nos frères lorsque nous célébrons la messe. Nulle part ailleurs le corps du Christ n'est aussi présent, physiquement, charnellement, de manière sensible, disponible pour l'union[15].

L'Eucharistie est plus radicale que la Parole de Dieu rencontrée dans les Ecritures. Cette dernière est sacramentale mais moins physiquement présente que le corps et le sang du Christ. Ce qui est alarmant dans trop de nos communautés maristes, aujourd'hui, ce n'est pas  seulement que l'Eucharistie y soit rarement célébrée, mais que son absence soit à peine ressentie comme un manque.

Il nous faut trouver des voies nouvelles et innovantes pour rendre à cette prière de l'Eglise, si importante dans la vie de Marcellin et de nos premiers frères, une place centrale dans notre vie. La messe avec nos frères nous permet d'être physiquement pris dans les bras de Dieu. Qui ne voudrait faire cette rencontre chaque jour ? L'Année eucharistique internationale en cours nous donne une occasion, en tant qu'Institut, de rétablir l'Eucharistie dans les endroits où elle a disparu de la vie communautaire, et de lui redonner force dans les autres.

Deuxièmement, alors qu'une assemblée religieuse n'est pas une famille, notre famille nous rejoint quand nous rencontrons une assemblée. Elle n'est pas présente physiquement, mais tout ce que notre famille nous a appris à propos de l'estime personnelle, de la communication, de la foi, de la spiritualité et en bien d'autres domaines, nous accompagne au noviciat et dans chacune des communautés maristes dans lesquelles nous vivons par la suite.

En quittant nos familles pour nous engager dans la vie, la plupart d'entre nous emportent quelques outils rudimentaires dont nous avons besoin pour vivre de façon indépendante. Avec le temps, nous commençons à comprendre que nous sommes mal équipés pour bien des défis à venir. Pour ceux qui s'engagent dans la vie religieuse, le temps de formation est censé remédier à cette situation.

Cependant, comme je l'ai mentionné précédemment, alors que la formation initiale a pu nous préparer à affronter l'avenir, elle n'a pas fait beaucoup pour nous donner les moyens nécessaires à une vie de communauté. Quels sont certains de ces moyens ? Une aptitude à avoir une opinion personnelle, à faire et à recevoir des compliments, à se sentir chez soi avec des sentiments d'attention, d'affection et de tendresse, à parler avec droiture, à donner et recevoir le pardon plus volontiers. Bien sûr, les différences culturelles doivent être respectées, mais l'étude des moyens évoqués ci-dessus ainsi que d'autres, nécessaires à la vie en communauté aujourd'hui, doit avoir une place dans nos programmes de formation initiale et continue.

Troisièmement, cultiver le sens de l'humour est une aide précieuse pour la vie de nos communautés maris- tes. Certains d'entre nous se prennent trop au sérieux ; il leur manque une aptitude à rire d'eux-mêmes. Comment espérer franchir les moments rudes de notre existence ? L'humour nous y aide en réinterprétant le sens de certains événements, en atténuant les effets de frustration et de déception qui font partie de l'existence quotidienne de chacun[16].

Le sens de l'humour parmi nous est nécessaire pour une autre raison importante. Notre façon de vivre est censée rendre les gens heureux, non par la manifestation d'une joie bruyante, mais par ce sentiment profond de satisfaction ressentie de la part de personnes pour qui la vie a du sens, un but, et qui la partagent avec de merveilleux compagnons de route. A mon avis, il ne peut pas y avoir de meilleure publicité pour la vie religieuse.

Quatrièmement, manifester un "intérêt actif " envers les autres membres de la communauté, en prenant l'initiative et pas seulement en réagissant à ce que les autres font. Une telle attitude aide beaucoup à construire des liens solides dans un groupe dont nous sommes membres. On raconte l'histoire d'un homme qui avait rendu visite à un ami pendant une semaine. Chaque matin pendant leur promenade tous deux croisaient un vendeur de rue. L'ami saluait toujours l'homme en lui disant respectueusement : "Bonjour !" Mais le vendeur ne répondait jamais au salut.

À la fin, le visiteur demanda à son ami pourquoi il continuait à saluer une personne qui ne lui répondait jamais. "Parce que c'est ce qu'il faut faire" dit l'ami. "J'espère que finalement il répondra comme il le devrait." La leçon était révélatrice. L'ami du visiteur faisait appel à la dignité du vendeur, qu'il soit conscient ou non de sa dignité[17].

Cinquièmement, la présence de quelques petites vertus chez les membres de toute communauté mariste contribue grandement à renforcer la qualité de vie du groupe. Quelles sont ces petites vertus ? Outre ce que nous comprenons traditionnellement par l'expression petites vertus, il nous faut ajouter aujourd'hui : répondre à la porte ou au téléphone, bien accueillir tous ceux qui nous rendent visite, se souvenir des anniversaires et autres fêtes, savoir dire merci ou présenter des félicitations, simplement dire bonjour à ceux avec lesquels nous vivons.

Le talent d'organiser une fête est aussi une importante petite vertu qui renforce joliment la vie de communauté. Posez-vous ces questions : avez-vous plaisir à être avec les autres membres de votre communauté ? Quelle est la dernière rencontre où la communauté a pris du temps simplement pour la joie d'être ensemble, entre frères?

Les groupes qui n'ont pas le sens de la fête sont à peine des communautés. Ceux qui en sont membres sont obligés parfois de chercher à l'extérieur le groupe qui satisfera davantage leurs besoins affectifs. Les petites vertus mentionnées ci-dessus ne sont pas très difficiles à pratiquer ; pourtant, chacune contribue beaucoup à créer une atmosphère dans toute communauté mariste qui fait qu'on rentre chez soi avec plaisir.

Des communautés maristes qui engendrent la vie ne surgissent pas comme par magie. Leur force et leur succès ne sont dus ni à l'amitié ni même à l'harmonie des caractères parmi les membres du groupe. Alors que le mélange singulier de personnes dans une communauté peut créer un défi, plus ou moins formidable, pour la vie commune, la présence de qualités qui soient source de vie dans un groupe est le résultat du dur labeur de ses membres. C'est comme pour une amitié ou un bon mariage. La vie de communauté mariste exige que nous respections ceux avec qui nous vivons, que nous fassions des sacrifices pour le bien commun et que nous œuvrions pour un consensus.

Nous nous trompons nous-mêmes quand nous soutenons que la responsabilité de la qualité de vie de la communauté peut être laissée à d'autres dans le groupe. Nous avons tous l'obligation quotidienne de renouveler notre engagement envers ceux avec qui nous vivons. Aussi posons-nous cette question : qu'ai-je fait aujourd'hui pour améliorer la qualité de vie parmi les membres de ma communauté ? Si ma réponse est "presque rien", alors j'ai beaucoup à faire.

Enfin, un esprit de réconciliation doit être au cœur de toute communauté qui s'appelle mariste[18]. De temps en temps, on découvre une situation où l'inimitié entre deux frères les a entraînés à ne pas se parler pendant des années. Parfois, une injustice de la part d'un supérieur a provoqué une souffrance chez des frères qui choisissent alors d'entretenir leurs blessures, gardant vive leur colère et refusant toute idée de réconciliation. Finalement, ils sont tellement enfermés dans leurs blessures qu'ils perdent toute aptitude à envisager l'avenir avec liberté et espérance.

La colère est une haie contre l'humiliation, une protestation contre la perte de l'estime de soi[19]. Pourtant, c'est une chose que de ressentir la colère et une autre que d'essayer de s'en sortir. Avec la colère, comme avec d'autres émotions, le but que je m'assigne détermine habituellement l'action que je vais faire. Si je veux vous punir, je pourrais vous insulter, ou vous retirer mon affection et rentrer dans un silence de mort.

Cependant certains d'entre nous, parce qu'ils ont été éduqués à ne pas dire leur colère, ne savent pas l'exprimer d'une façon qui les aiderait. Le pardon qui si souvent attend de l'autre côté de l'expérience devient un échec[20].

La réconciliation est une autre manière de faire face à notre colère. Cela entraîne un processus où nous choisissons de ne pas laisser la blessure dont nous avons souffert entraver la poursuite de nos relations. Nous décidons aussi de répondre à qui nous a blessés plutôt que de nous accrocher à notre souffrance. Ce qui s'est fait est pardonné par amour de celui qui l'a fait. Alors qu'il nous appartient de prendre ces décisions et de faire ces choix, les différences culturelles manquent de vocabulaire approprié pour exprimer nos réactions émotionnelles, ou bien l'histoire douloureuse d'un passé où il a été difficile de régler un conflit peut rendre plus ardue pour certains d'entre nous la mise en route du processus de réconciliation. Ne pas le faire cependant nous enferme souvent dans la douleur de notre colère.

Alors que le pardon suppose un choix et une décision, il entraîne aussi un processus. Une blessure prend du temps pour guérir : la confiance trahie dans la relation ne se reconstruit que petit à petit. Parfois donc nous avons intérêt à suivre un rite dans le processus de réconciliation. À travers des symboles et des mots, dans une atmosphère de prière, nous admettons que nos relations sont fragiles et, en dépit de cela, nous nous réengageons à l'égard de celui qui les a rompues. La guérison qui résulte de cette démarche ne se limite pas aux personnes les plus directement impliquées. La réconciliation est une grâce pour la communauté toute entière.

Le pardon est aussi une épée à double tranchant. Il y a peu de situations de blessure dans la vie où un seul est à blâmer. En réexaminant ma peine, je dois aussi admettre que j'y ai contribué. Ainsi, l'authentique pardon me prive de ma blessure. Je ne peux plus l'utiliser contre quelqu'un.

Existe-t-il des déceptions et des blessures dans la vie qui soient inguérissables ? Non, si nous sommes ouverts à la grâce de Dieu et si nous voulons prendre le temps d'être réconcilié. En tout cela, nous ferons bien de nous rappeler la prescription du Seigneur de pardonner soixante-dix fois sept fois.

La réconciliation, en nous rappelant notre faiblesse, nous aide à cultiver dans notre cœur la compassion et l'amour. Un tel cœur est nécessaire si nous voulons pouvoir regarder le visage de n'importe quelle personne de la communauté et voir en elle mon frère. En développant progressivement cette aptitude, nous en venons à savoir que, quelle que soit l'heure du jour, il ne fait jamais nuit pour nous. 

Amour et vie communautaire

Ceux qui croient que l'amour est facile peuvent se diviser en trois groupes : d'abord les saints chez qui, après de longues années de pratique difficile, l'amour est devenu une habitude, ensuite les manipulateurs qui confondent satisfaction personnelle et amour authentique, enfin les romantiques sans espoir pour qui l'amour n'est rien d'autre qu'une illusion[21].

Cette distinction est décrite différemment par Fiodor Dostoïevski dans son roman Les Frères Karamazov. Nous y lisons la rencontre entre la "femme de peu de foi" et le Père Zozima, un saint moine. Elle est venue le voir à cause de ses doutes sur l'existence de Dieu.

Zozima lui dit qu'il ne peut pas prouver l'existence de Dieu, mais qu'il est possible d'en être convaincu par la pratique d'une charité active. "Essayez d'aimer vos voisins activement et sans cesse," lui dit-il. "Plus vous arriverez à aimer, plus vous serez convaincue de l'existence de Dieu et de l'immortalité de votre âme. Et si vous arrivez à vous oublier vraiment et totalement pour aimer votre prochain, alors vous croirez sans hésiter et sans douter ; vous serez pour toujours apte à entrer dans votre âme. Cela a été expérimenté. C'est certain."

La femme répond à Zozima en lui parlant des moments où elle pense tout abandonner pour devenir une sœur de charité. Pourquoi hésite-t-elle ? Elle ne peut supporter l'ingratitude de ceux qu'elle veut servir.

La réponse du prêtre va au cœur du problème : " 'amour en rêves a besoin d'action immédiate, rapidement exécutée, et sous le regard de tous. En fait, il ira jusqu'au don de la vie, pourvu que cela ne dure pas trop mais se règle d'un coup, sous le regard et la louange de tous. Tandis que l'amour en action est rude et terrible."

Quel est le sens de ce récit ? La vie en communauté aujourd'hui requiert l'enthousiasme qui fait vivre un amour rude et gênant plutôt que celui dont on rêve. C'est à ce type d'amour que se référait le Père Champagnat quand il disait à nos premiers frères : "Vous savez que je ne vis et respire que pour vous. Je demande à Dieu chaque jour de vous donner tout ce qui est bon, et je suis prêt à faire tous les sacrifices pour que vous l'ayez[22]."

Si vous et moi continuons à vivre dans la reconnaissance et la générosité, même si nous ne recevons rien en retour, nous commencerons alors à comprendre plus profondément la nature divine de l'amour. L'amour de Dieu demeure sans cesse même si nous le croyons tout naturel. Notre solitude n'est que le signe de notre soif de ce Dieu, un rappel que notre cœur est fait pour lui  et pour les autres. En faisant de Jésus le centre et la passion de nos vies, vous et moi en venons, avec le temps, à partager sa solitude rédemptrice, et dans cette solitude nous sommes guéris et unifiés. 

QUESTIONS POUR RÉFLÉCHIR 

Orientations : Une fois encore, prends quelques minutes, seul, pour réfléchir aux questions suivantes. Prends note des points dont tu désires te souvenir plus tard. Tu te les rappelleras plus facilement si tu as quelques notes écrites pour te guider. Avoir des notes à ta disposition serait aussi une aide précieuse lors d'un débat communautaire ou de secteur sur ces questions.

 1 Quelle est ta définition personnelle de la vie de communauté mariste ? S'il te plaît, explique ce qui rend les éléments de ta définition si importants pour toi.

 2 Décris une personne difficile avec qui tu as partagé la vie en » communauté. Comment as-tu alors géré la situation? Comment pourrais-tu gérer une situation semblable aujourd'hui ?

 3 Y a-t-il des événements passés de ta vie qui nécessitent une " guérison ", ou un problème relationnel qui a besoin d'être amélioré ? Dresse un plan des démarches que tu entreprendras, le mois prochain, pour mettre en route le processus de guérison et de réconciliation.

CONCLUSION 

Frères, alors que nous abordons la fin de cette circulaire, nous nous retrouvons, là où nous avons commencé, avec la question de l'attitude de disciple. Car en étant et agissant à la ressemblance de Jésus, nous en arrivons à mieux comprendre notre identité de Petits Frères de Marie et à découvrir et apprécier la vie communautaire. La contemplation joue ici un rôle important ; mais la contemplation est une façon de voir ce qui prend source en Dieu plutôt qu'un repos passif dans le Tout-Puissant[1].

Notre redécouverte de l'Écriture, dans les années qui ont suivi Vatican II, a changé notre vision de Dieu de façon significative. N'étant plus consigné dans le rôle d'un lointain auteur de l'histoire, Il est enfin susceptible d'être lui-même. Soyons assurés que Dieu s'investit pleinement dans la transformation de notre monde. Les récits de l'Evangile nous rappellent que là où la vie était affaiblie, Jésus l'a restaurée ; là où l'esprit humain était enfermé, il a fait sentir sa présence en le libérant[2].

Le cri des pauvres et de ceux qui vivaient en marge de la société était si puissant que Jésus n'a pas cessé de prêcher et d'accomplir la Bonne Nouvelle, même au prix de sa vie. Il a été condamné précisément parce qu'il a montré clairement pour quelle cause et pour qui il prenait parti. En effet, le Dieu que nous contemplons en Jésus est un Dieu dont l'amour est inconditionnel, dont la fidélité est sans faille. Oui, notre Dieu est un Dieu qui marche avec son peuple et parmi son peuple[3].

En tant que chrétiens, vous et moi sommes appelés à une vie de communauté qui représente un aspect important de notre identité non seulement comme Petits Frères de Marcellin mais aussi comme disciples de Jésus. Dans son discours pendant le dernier Repas, Jésus demanda à ses apôtres et à tous ceux qui viendraient après eux de témoigner devant les générations futures qu'il avait été envoyé dans le monde par son Père. Tout au long de l'histoire, l'unité rencontrée chez les disciples de Jésus a été fréquemment citée comme preuve de sa présence.

Dans le monde d'aujourd'hui, le témoignage que Jésus nous demande de donner est aussi nécessaire que dans les siècles passés. Et, aujourd'hui, par notre vie ensemble comme frères, vous et moi avons une occasion unique de donner un signe d'espérance au monde qui nous entoure. Dans bien des parties de ce monde, le désir fondamental de la plupart des gens de partager et de vivre dans la confiance mutuelle est contrecarré un peu tous les jours. Il en résulte aliénation et solitude. Comme religieux qui ont pris un engagement public d'être témoins de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ et de la proclamer, nous pouvons prouver par notre vie en communauté que ce monde peut et doit être différent[4].

Le Message du 20ième Chapitre général nous rappelle que nous sommes appelés à construire des communautés où la croissance des uns et des autres est le souci commun, des lieux où sont manifestes la confiance, de saines relations interpersonnelles et l'esprit de famille. Dans ces communautés, les jeunes frères sont aidés dans leur croissance et nos frères plus âgés connaissent le respect et l'affection des confrères. Le pardon est accordé volontiers ; les blessures peuvent guérir. Le visiteur a le sentiment d'être accueilli[5].

Ces communautés sont des écoles de foi pour nous-mêmes, pour les jeunes, pour tous ceux qui ont faim de Dieu. Ce sont des communautés qui existent pour la mission et qui sont ouvertes au service de notre monde[6].

Par ces mots, nous pouvons conclure cette circulaire. Dans toute discussion sur la vie en communauté mariste aujourd'hui, nous ne devons pas nous laisser égarer par des promesses de solutions rapides, mais plutôt nous concentrer sur ce qui est l'essentiel. Certains, par exemple, suggéreront que le nombre de frères qui forment une communauté est un élément important de la composition. De petites communautés, disent-ils avec insistance, sont bien mieux que des regroupements plus grands et plus structurés. D'autres, naturellement, ont un point de vue contraire.

La taille de la communauté, cependant, n'est pas le plus important. C'est plus un esprit de générosité, un cœur ouvert, une passion pour le Seigneur, une volonté de penser à ce qu'il y a de meilleur plutôt qu'à ce qu'il y a de pire chez les autres, le zèle pour la mission, la simplicité de vie ; ces qualités et d'autres semblables sont ce qui aide à faire de la vie communautaire mariste ce qu'elle devrait être :

La communauté est une grâce de l'Esprit Saint.

Rassemblés sans nous être choisis,

nous nous recevons les uns les autres comme un don du Seigneur.

Ensemble, dans un effort inlassablement renouvelé de réconciliation et de   communion,

nous devenons, au milieu de ceux qui nous voient vivre,

un signe d'unité.

Cependant, nous ne cessons de percevoir le décalage

entre cette grâce toujours offerte

et la réalité de notre vie.

Aussi, prions-nous pour rester,

malgré les difficultés,

unis au nom du Seigneur Jésus[7].

 

Quand tout est dit et fait, l'intérêt pour nos frères, l'acceptation et le respect de tous, le souci de chacun et l'attention à son bien-être, voilà les ingrédients nécessaires à une saine vie communautaire parmi les Petits Frères de Marcellin, une vie communautaire qui nous pousse à la mission. Il est bon de se rappeler que ces qualités transcendent l'âge, la culture, le tempérament et beaucoup d'autres éléments qui perturbent la vie commune.

Depuis les débuts de notre Institut, nous avons eu de merveilleux compagnons pour faire le voyage de la vie mariste. En commençant par nos premiers frères, François, Jean-Baptiste, Louis-Marie et tant d'autres et en continuant jusqu'à présent ; nous avons des exemples et des exemples d'hommes de bien, vivant notre vie pleinement, avec passion, zèle et conviction. C'était des hommes dont le seul désir était de faire la volonté de Dieu, des hommes pour qui la prière et l'Eucharistie, Marie et la vie communautaire étaient le centre de leur vie. Chacun d'entre nous doit être comme ces hommes, aujourd'hui : de merveilleux compagnons pour une nouvelle génération de frères ; des hommes pour qui la mission de faire connaître et aimer Jésus parmi les enfants pauvres et les jeunes est le tout de leur vie.

Pour finir, un mot de remerciement à tous ceux qui continuent à construire la vie communautaire chez nous. Sachez que chacun d'entre vous est souvent présent dans mes pensées et mes prières, comme dans celles des membres du Conseil général. Nous avons le privilège d'être vos frères. Que Dieu continue à vous bénir, à vous garder et à vous rendre siens ! Que Marie et Marcellin soient toujours nos compagnons et la source de notre force !

Avec mes bénédictions et mon affection !

Frère Seán D. Sammon, FMS,

             Supérieur général

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REMERCIEMENTS

Un mot pour remercier les membres du Conseil général, Frère Donnell Neary, fms, plusieurs frères de l'Institut, de nombreux amis et collègues qui ont révisé les brouillons de cette circulaire et ont fait plusieurs suggestions utiles. Je leur en suis très reconnaissant. Je veux aussi remercier Sœur Marie Kraus, sud de Namur; et Frère Gérard Brereton, fms, qui ont édité le texte anglais; et ceux qui l'ont traduit en français: Frère Joannès Fontanay, fms; en portugais: M. Ricardo Tescarolo et Frère Salvador Durante, fms; et en espagnol: Frère Carlos Martin Hinojar, fms.


[1] Turner, "The Inseparability of Community and Mission", p. 51.

[2]  Ibid., p. 51.

[3] Ibid., p. 48-60.

[4] CV 24.

[5] CV 24.

[6] CV 25.

[7] C 63.   


[1]  C 82.

[2]  Lettres de Marcellin J.B. Champagnat, Maison générale des Frères Maristes, Rome, 1985, p. 267.

[3]  Frère Jean-Baptiste, Vie de Joseph-Benoit-Marcellin Champagnat, Éd. du Bicentenaire, Rome, 1989, p. 439.

[4]C 52

[5]  VFC, n° 31.

[6]  C 34.

[7]  C 61.

[8]  C 32.

[9]  VFC, n° 44.

[10]  CV 25, VFC n° 44.

[11]  Maurice Berquet, FMS, " Usage évangélique des Biens " dans FMS Message n° 33, p. 44-45 ; voir aussi Frère Benito Arbuès, FMS, À propos de nos biens. Vol. XXX, n ° 4-31 octobre 2000, Maison générale, Rome, 2000.

[12] Sammon, Seân D., FMS, Religious Life in America. (Staten Island, NY: Alba House, 2001).

[13] C 43, 63.

[14] C 69.

[15] Dubus, André, Broken Vessels. (Boston, MA: David R. Godine, Pub., 1991)

[16] Whitehead, Evelyn Eaton and James D. Whitehead, Seasons of Strength: New Visions of Christian Maturing (Garden City, NY: Doubleday, 1984), pp. 124-125.

[17] Johnston, John, FSC, Look to the Future: Build Communities Today that are Innovative, Creative and Holy (Rome, Tipografia S.G.S., 1998), p. 63.

[18] C 51.

[19] Whitehead, Seasons of Strength, p. 117-127.

[20] Ibid.

[21] Voir : Ronald Rolheiser, The Restless Heart. (New York, NY Doubleday, 2004).

[22] C 49.

 


[1] CV, n° 24.

[2] VFC, n° 38.

[3] Voir : Patricia Wittberg, The Rise and F ail of Catholic Religious Orders: A Social Movement Perspective. (Albany, NY: State University of New York Press, 1994)

[4] Voir : Dietrich Bonhoeffer, The Cost of Discipleship (Nashville, TN: Broadman & Holman Publishers, 1999).

[5]  Marc 8 : 34-38.

 


[1]  C 47, VFC n° 11.

[2]  C47, VFC, n° 10.

[3]  C 47, VFC, n° 11.

[4] C 48.

[5] Psaume 127.

[6] VFC, n° 10.

[7] C 32.

[8] C 41, 43.

[9] C 24.

[10] C 82.

[11] C 23.

[12]21 C 53.

[13] Voir : Gary Riebe-Estrella, SVD, "The Ground of Community: Christology or Theology?" in The Report of the Interdisciplinary Dialogue on Community. (Chicago: The Center for the Study of Religious Life, 2002), p. 41-47.

[14] Voir : Mary Daniel Turner, ibid. p. 48-60.

[15]  Testament spirituel, p. 170.

[16]  VFC n° 37 ; aussi " Choisissons la Vie (CV) " dans les Actes du 20ièmeChapitre général, Rome, Italie, Maison générale, 2002, n° 18.

[17] Citédans: Tom Fox, Pentecost in Asia: A New Way ofBeing Church. (Maryknoll, NY: Orbis Books, 2002), p. 15.

[18] Ibid. p. XVI.

[19] C 11.

[20] Job 1, 21.

 


[1]  Voir : Catherine de Vinck, A Time to Gather: Selected Poems. (Allendale, NJ: Alléluia Press, 1974), p. 58.

[2]  Voir : La Vie Fraternelle en Communauté (VFC). Rome, Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique, 1994, n° 59.

[3] VFC, n° 9.

[4] Voir : Mary Daniel Turner, SND de Namur, "The Inseparability of Community and Mission" in The Report of the Interdisciplinary Dialogue on Community. p, 50.

[5]  Voir : " Testament spirituel de Joseph Benoît Marcellin Champagnat " dans Constitutions et Statuts, Zaragoza (Espagne), Editorial Luis Vives, 1987, p. 169.

[6] John Malich, FMS, Community: Life Giving or Stagnant (Canfield, OH: Alba House Cassettes, 1997).

[7] Voir : O'Henry, Gift of the Magi, http://www.night.net/ christmas/Gift- Magi.html.

[8]  Comunication personnelle, Michael Flannigan, fms, 31 décembre 2004

[9]  Testament spirituel de Joseph Benoît Marcellin Champagnat, p. 170.

 

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