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Calendario marista - marzo

Circulaires 276

 

H. Diogène
25/12/1924 - Vol. XV, n. 4
Circular 276

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Souhaits - La perfection, 213 - Visite à Rome et à nos Frères de la Grèce, 220 -- Nos écoles en Turquie, 233 - Visites de Délégation, 236 - Election d'un Frère Provincial, 240 - Indult pour les offices de la Semaine Sainte, 240 - Cause du serviteur de Dieu Jean-Marie Robert de La Mennais, 242 - L'Année Sainte: Bulletin d'indiction du Jubilé - Constitution Ex quo Primum - Le Jubilé de 192 p. 244 - Liste des défunts, 281

276

24.2

 V. J. M. J.

                                        Grugliasco, le 25 décembre 1924.

                                           Fête de la Nativité de Notre-Seigneur,

       Mes Très Chers Frères,

 C'est le souhait que le grand Apôtre exprime aux fidèles de Corinthe à la fin de sa deuxième épître que je viens vous apporter en ce temps où l'on offre tant de vœux. Si saint Paul a pu le formuler en fa­veur des simples chrétiens, il convient à plus forte raison pour des religieux : « Soyez dans la joie, soyez parfaits ; exhortez-vous les uns les autres ; vivez dans la paix ; et le Dieu de paix et de dilection sera avec vous. Que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ et la charité de Dieu et la communication du Saint Esprit soient avec vous tous » (Ch. XIII, 11, 13).

On peut bien dire que tous les souhaits particuliers de l'Apôtre sont contenus dans celui de la perfection comme en étant les heureuses conséquences. Soyez parfaits... Tous les devoirs du religieux sont compris dans celui de tendre à la perfection ; ce doit être là l'idéal et la grande tâche de tonte sa vie. Mais, pour diriger avec sûreté tous ses efforts vers cette sainte entreprise et y aboutir avec succès, il est indispensable de se faire d'abord une idée bien claire et bien juste de ce en quoi consiste la perfection et es moyens à employer pour l'acquérir.

Trois textes de saint Mathieu nous donnent l'enseignement du Divin Maître lui-même sur cette grave matière :

« Soyez parfaits comme votre Père céleste est par­fait » (S. Math. V, 18). C'est la nature de la per­fection. Le deuxième texte nous donne la condition de la perfection : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. C'est là le plus grand et le premier com­mandement. Et voici le second semblable à celui­-là : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. En ces deux commandements sont renfermés toute la loi et les prophètes » (S. Math. XXII, 37 à 41). En­fin, le troisième nous apprend le moyen d'arriver à ce parfait amour : « Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel ; puis, viens et suis-moi » (S. Math. XIX, 21).

Le pape saint Léon, décrivant la fin suprême à laquelle il nous soit donné d'atteindre écrit : « Etre parfait, c'est revêtir la dignité même de la majesté divine. Or, ajoute-t-il, si nous comprenons avec sa­gesse et foi notre origine, nous verrons que l'homme fut créé à l'image du Créateur, afin d'être l'imitateur de celui qui l'a fait, et que la grandeur de notre race n'est atteinte que si, pareille à un miroir, elle reflète l'image de la bonté divine ». D'où l'on peut conclure que, être parfait en ce monde ou res­sembler à Dieu, c'est partager la vie, la science et l'amour de Jésus-Christ son Fils, c'est devenir pur, beau et bon de la pureté, de la beauté et de la bonté de Jésus-Christ, car c'est là réaliser en soi, avec l'aide de la grâce de Dieu, la sublime sagesse de l'Evangile.

Saint Thomas s'exprime de la manière suivante sur le même sujet : « La perfection pratique ou possible en ce bas monde comprend d'abord l'exclusion de toute affection contraire à la charité ; ensuite le détachement de tout ce qui empêche l'âme de tour­ner vers Dieu toutes les affections de son cœur. De même, pour le prochain, la perfection exige d'abord l'exemption de toute attache, passion ou affection qui empêche de l'aimer ; ensuite une bonté qui s'étend jusqu'aux ennemis ; enfin le dévouement qui affronte, au besoin, les travaux, les peines, la perte des biens et même de là vie. Réalisez toutes ces choses, pour Dieu d'abord, parce qu'il le mé­rite, pour le prochain ensuite, parce qu'il est enfant de Dieu ; vous remplirez les conditions de la charité parfaite en ce monde ».

Si vous me demandez, dit un auteur ascétique, en quoi consiste la perfection dans l'ordre surnaturel, je vous répondrai : la perfection, au point de vue na­turel, comprend trois éléments : la nature humaine elle-même, ses organes réglés et gouvernés par la volonté, enfin les actes qui en procèdent. De même, aussi trois éléments : 1° la grâce sanctifiante, qui élève au point de vue surnaturel, la perfection comprend la nature humaine et la rend participante de la na­ture divine (II Ep. S. Pierre I, 4); 2° les vertus sur­naturelles, qui découlent de la grâce sanctifiante ; ces vertus portent vers leur perfection les facultés de l'âme ; elles sont toutes subordonnées à la charité qui les dirige vers Dieu, leur fin dernière ; 3° les actes accomplis par l'âme sur-naturalisée par la grâce san­ctifiante et enrichie par les vertus.

La part principale, essentielle peut-on dire, de la perfection revient à la grâce sanctifiante ; elle est le principe et la fin des vertus comme des actes. Elle en est le principe, car elle est la source où naissent les vertus et c'est elle qui inspire ou provoque les actions vertueuses. Elle en est la fin, car l'objet des vertus et des actes est d'accroître sans cesse la grâce sanctifiante en nous. Cette perfection peut, à pro­prement parler, être appelée l'amour de Dieu, la charité.

« Toute perfection, dit saint Alphonse de Liguori, consiste en l'amour divin qui est la seule vertu qui nous unit à Dieu ». C'est pourquoi saint Paul dit : « Par-dessus tout, ayez la charité qui est le lien de la perfection » (Ep. Col. 111, 14). Et encore : « L'a­mour est la plénitude de la loi » (Rom. XIII, 10). Quant à moi, dit saint François de Sales, je ne connais point d'autre perfection que d'aimer Dieu de tout son cœur, et son prochain comme soi-même. Toute perfection qui manque de ce double amour n'est qu'une contrefaçon de la perfection ».

Tout ce qui précède regarde la perfection com­mune, ainsi appelée parce qu'elle concerne tous les chrétiens ; la perfection religieuse crée un degré su­périeur de la perfection par la profession des vœux de pauvreté volontaire, de continence parfaite et d'obéissance à des constitutions et à un supérieur lé­gitime.

Le Bienheureux Curé d'Ars donne au cardinal Des­champs cette définition du religieux : c'est un hom­me qui appartient totalement à Dieu ; il est la chose de Dieu, il ne vit que pour Dieu et pour Dieu seul.

La perfection chrétienne et la perfection religieuse, dit le Père Gautrelet, sont comme deux tableaux qui représentent le même sujet ; mais l'un le représente plus parfaitement que l'autre. Le simple chrétien, comme le religieux, doit retracer dans ses actions et sa conduite, les actions et la conduite de Jésus-­Christ ; tous deux doivent reproduire dans leur vie l'image du Divin Modèle ; mais le religieux doit s'ef­forcer d'en être une copie plus fidèle ; il doit repro­duire cette image avec plus de perfection et de splendeur.

Pour tendre avec constance à la perfection, saint Bernard donne le conseil suivant qu'il déclare avoir mis en pratique avec succès avant de l'enseigner aux autres : Si vous voulez travailler tout de bon à l'œuvre de votre perfection, mettez-vous-y sans réserve, et recommencez chaque jour avec une nouvelle ferveur. Le grand patriarche d'Assise reçut un jour du Di­vin Sauveur lui-même une règle de conduite qui con­tient tout le secret de la sainteté. Le Verbe Incarné dit à saint François pendant une extase : « Fils de Bernardone, pensez saintement, parlez saintement, agissez saintement, et soyez assuré que vous serez vraiment alors mon serviteur et mon ami ». 

Au jour de Noël, prêchant à son peuple le grand mystère de cette belle solennité, saint Augustin s'é­crie : « Dieu s'est fait homme afin que l'homme pût être fait Dieu. Cette perfection nous est rendue possible par les mérites, les exemples, les prières de notre Sauveur. Déjà le baptême nous a régénérés ; déjà le Père nous a pris pour enfants ; déjà l'Esprit-Saint habite dans notre âme. Elevons nos cœurs vers lui ; il n'est pas loin de chacun de nous ; c'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être » (Act. XVII, 28).

Ainsi donc notre tâche est tracée, et elle nous est facilitée par les mérites de Jésus-Christ ; attachons-nous à ses pas ; détachons-nous des biens qu'il a méprisés ; appliquons-nous aux œuvres qu'il a faites ; souffrons et mourons comme lui ; nous triompherons et nous régnerons avec lui. Ainsi ont vécu tous les saints sans distinction d'état, ni de sexe, ni d'âge et tous ont acquis la couronne de gloire.

Nous connaissons donc infailliblement le chemin de la perfection : le mépris du monde, de ses vanités et de ses maximes ; l'accomplissement des œuvres prescrites par Dieu ; la patience et le sacrifice final.

En ce qui regarde le devoir de tendre à la perfection, comme en tout ce qui a trait à la sainteté ou à la vie religieuse, il nous est utile et avantageux de porter nos regards sur la Sainte Vierge, notre Mère et aussi notre modèle.

Par suite du privilège sublime de sa Conception immaculée, Marie ne portait point en elle ce fonds de faiblesse et de corruption que nous tenons du péché originel et qui nous expose à des dangers de toutes sortes ; néanmoins elle quitta le monde, et les précautions les plus rigoureuses lui parurent né­cessaires pour la sécurité de son innocence. La retraite, la prière, l'abnégation complète d'elle-même furent les règles constantes de ses meurs ; et quoique tant de faveurs reçues du ciel eussent pu lui donner la ferme confiance que la grâce ne l'abandonnerait pas, elle vécut comme si elle avait toujours craint de la perdre. Fille de David, épouse de Joseph, mère­ du Messie, confiée ensuite au disciple bien-aimé, elle se cache, elle vit loin du monde et sous les yeux de Dieu seul. Par ces moyens seulement, elle croit pouvoir conserver les grâces et les divines faveurs qu'elle a reçues en partage.

« Jamais, dit Massillon, aucune créature ne mena sur la terre une vie plus détachée, plus pure, plus parfaite que cette sainte fille de Juda. Nul reste d'attachement étranger ne partagea ou n'affaiblit jamais dans son cœur l'amour qu'elle eut pour Jésus-Christ. Elle l'aima plus que sa propre répu­tation, puisque les soupçons de Joseph ne purent tirer de sa bouche un aveu dont son humilité eût été blessée ; plus que sa patrie, puisque, sans balancer, elle le porte en Egypte ; plus qu'une gloire humaine, puisqu'elle ne le presse pas, comme le font ses autres proches, de se manifester au monde ; plus que son repos, puisqu'elle ne l'abandonne jamais dans ses courses ; enfin, plus qu'elle-même, puisqu'elle l'immole sur le Calvaire, et que la ten­dresse maternelle cède à la grandeur de la foi. La grâce l'appelait aux séparations les plus rigou­reuses, aux vertus les plus parfaites, aux démarches les plus héroïques, elle ne la borne point à un genre de vertu plus adoucie et plus commune».

Voilà sans doute une perfection sublime que per­sonne ne peut égaler, mais que nous ne devons cesser de contempler afin de tirer de ces admirables exemples des leçons qui stimuleront notre insouciance, notre apathie à avancer dans le chemin de la vertu.

Je souhaite, mes chers Frères, que marchant sur les traces de notre Mère, nous ne redoutions aucune fatigue, nous n'hésitions devant aucune peine, au­cune souffrance, nous ne reculions devant aucun sa­crifice ; mais que, regardant toujours plus avant et visant toujours plus haut, soutenus par la grâce de Dieu, nous avancions pour nous rapprocher chaque jour de Jésus et Marie jusqu'à être unis enfin avec eux dans la gloire. 

 Visite à Rome et à nos Frères de la Grèce.

 Il y a un peu plus d'une année, j'avais été vivement sollicité de rendre visite à nos Frères du Lycée Léonin à Athènes ; et je m'étais laissé arracher, peut-être un peu imprudemment, la promesse de répondre à ces filiales instances à l'occasion de la bénédiction du Lycée du Sacré-Cœur à Patissia dont la cons­truction venait d'être décidée au Conseil Général. Et quand on a promis, il faut tenir. C'est ce que j'ai fait, en compagnie du cher Frère Econome Général qui a revu ainsi avec grand plaisir, le théâtre de ses longs et fructueux labeurs, ainsi que les œuvres auxquelles il demeure fort attaché, et qu'il a eu le bonheur de trouver de plus en plus prospères.

Je n'ai fait ce voyage ni en artiste, ni en poète, ni en historien. Cela ne veut pas dire évidemment que je ne me sois pas laissé aller à la jouissance des beaux spectacles de la nature, que je n'aie point admiré les chefs-d'œuvre de l'art grec et les ruines de ses incomparables monuments. Un ignorant demeu­rerait stupéfait devant les travaux gigantesques que supposent les restes des temples et des édifices qui, depuis des siècles, font l'admiration de tous les amis des arts et de tous ceux qui ont quelque notion du beau. Et il faudrait ne rien comprendre aux magnificences de la création pour demeurer froid et indif­férent sous le pur ciel bleu de l'Attique et en pré­sence des sites enchanteurs qui inspirent les plus belles hymnes à la louange du Créateur.

Mais où le cœur du chrétien déborde d'enthou­siasme, c'est en côtoyant le golfe de Lépante. L'ima­gination reconstruit facilement l'ordre de bataille de cette mémorable journée du 7 octobre 1571, pendant laquelle, en un combat acharné, les flottes d'Espagne, de Venise et du pape, commandées par le valeureux Don Juan d'Autriche, anéantirent la flotte turque qui perdit 30.000 hommes et 200 galères. De plus, les vainqueurs ramenaient avec eux 372 pièces de canon et rendaient à la liberté 25.000 esclaves chrétiens. Ce fut la victoire du catholicisme et, on peut le dire, de la civilisation sur l'islamisme et la barbarie.

Rien ne manqua à ce magnifique triomphe pour que l'on y voie clairement l'intervention de la Providence et la toute-puissance de la protection de la Sainte Vierge : les chrétiens étaient de beaucoup inférieurs en nombre aux Turcs ; mais l'étendard que Don Juan avait reçu du pape portait brodée l'image de la Vier­ge et était surmonté de la croix ; les soldats avaient passé à leur cou le rosaire pour se mieux reconnaître dans la mêlée, et la lutte s'engagea au chant du psaume 67° Exsurgat Deus et dissipentur inimici ejus qui convient si bien aux saintes batailles. Enfin le merveilleux même vint s'ajouter à tous ces faits déjà si extraordinaires : par une inspiration du ciel, le saint pape Pie V, qui se trouvait à Rome, apprit la victoire à l'instant où commençait la déroute des Turcs ; et il invita les cardinaux présents à ses côtés à aller remercier Dieu du triomphe accordé à l'E­glise. L'invocation Auxilium christianorum ajoutée aux litanies de Lorette et la fête de Notre Dame de la Victoire devenue Notre Dame du Saint Rosaire sont destinées à commémorer ces faits glorieux.

Encore un souvenir, et celui-ci du temps des Apô­tres. Entre Patras où nous avions débarqué et Athè­nes, se trouve Corinthe dont saint Paul a rendu le nom célèbre dans le monde entier et pour tous siècles. Au temps du grand Apôtre, c'était une ville considérable où affluaient les étrangers, autant pour le commerce que pour les plaisirs. Les habitants riches, curieux, vains, voluptueux, amateurs de sagesse humaine étaient livrés à tous les désordres qu'engendrent l'orgueil ; la mollesse, l'impureté et bonne chère. Saint Paul en avait converti un grand nombre ; leur vie était devenue exemplaire, et une bénédiction spéciale s'était répandue sur cette Église, C'est ce qui ressort des deux épîtres aux Corinthiens où l'on reconnaît si bien ce que dit Bossuet de toutes les épîtres de saint Paul : « Elles sont si vives, originales, si fort du temps, des affaires et des mouvements qui étaient alors, et enfin d'un caractère si marqué qu'elles suffiraient pour convaincre les esprits bien faits que tout y est authentique et sincère »,.

Le voyageur chrétien qui traverse les villes et contrées témoins des travaux des Apôtres en éprouve vraiment l'impression déjà exprimée par Tertullien au commencement du troisième siècle : « Parcourez les Eglises fondées par les Apôtres ; entendez lire du haut de ces chaires où ils siégèrent, le texte même des Lettres qu'on a reçues, il vous semble voir le visage et entendre leur voix. Etes-vous de l'Achaïe, vous avez Corinthe ; de la Macédoine, vous avez Philippes et Thessalonique ; passez-vous en Asie, vous avez Ephèse ». Il n'est donc pas étonnant que saint André à Patras et saint Paul à Corinthe et à Athènes aient rempli mon imagination et occupé et occupé mon esprit de leur souvenir. Je termine cette longue digression par l'affirmation, utile pour tous et en particulier pour notre jeunesse, que l'étude du Nouveau Testament et de l'histoire de l'Eglise n'est pas seulement nécessaire mais qu'elle est pleine d'attraits et de charmes.

Mais si agréables que soient ces souvenirs de voyage, ils ne m'ont occupé que pendant la durée de mes déplacements ; ma grande préoccupation était la marche de nos communautés et le fonctionnement de nos œuvres.

Les Frères ont tellement conquis la confiance des familles par la valeur de leur enseignement et par la bonne éducation donnée à leurs élèves que le col­lège de Patras, le Lycée Léonin d'Athènes et le Lycée du Sacré-Cœur à Patissia jouissent d'une prospérité que l'on est presque forcé de qualifier d'excessive : tous les cours sont plus qu'au complet ; et dans les trois écoles, il a fallu refuser des élèves faute de place.

Ces enfants et jeunes gens que j'ai vus en réunion générale et que j'ai questionnés dans leurs classes sont intelligents, gais, ouverts ; ils sont animés au jeu et fort appliqués à l'étude ; ils paraissent à l'aise avec leurs maîtres qu'ils respectent et auxquels ils sont attachés. Bien qu'une forte proportion d'entre eux soient orthodoxes, ils reçoivent tous le même en­seignement religieux ; et, en les voyant prier avec piété, en les entendant chanter de tout leur cœur aux offices, on se prend à souhaiter très vivement que le Seigneur daigne hâter le jour de l'union des Eglises.

Si je conserve la meilleure impression des élèves, et si je rapporte, en ce qui concerne le résultat des œuvres, la conviction que le dévouement des Frères concourt à procurer la gloire de Dieu et que leur action est un précieux bienfait pour la société et pour les familles, je dois à la vérité de proclamer que je demeure édifié et consolé de ce que j'ai vu et appris de la vie religieuse dans les communautés. Tous les exercices sont annoncés à l'heure et suivis par tous ceux qui doivent s'y trouver ; l'application à l’étude et aux devoirs professionnels est suffisamment prouvée par les titres obtenus et par le niveau des programmes dans les classes ; en particulier, le programme des études religieuses est suivi avec goût et avec une exacte fidélité.

Je dois une mention spéciale à l'habileté et à l’intervention de tous aux différents travaux manuels partout on m'a signalé des constructions et des installations dues à l'initiative des Frères. Au Lycée du Sacré-Cœur à Patissia, leur participation à l'achèvement des dortoirs, des salles de classe, etc. ..., permis de faire la rentrée à la date convenue, ce qui aurait été impossible autrement. Et le travail est d'un fini d'exécution que les ouvriers de profession eux-mêmes sont forcés de reconnaître. Il résulte de fait des économies très appréciables surtout par temps de cherté de la main d'œuvre. De plus, et c'est un réel plaisir de le constater, cette activité, ce généreux entrain contribuent à maintenir la charité, la bonne gaieté et le meilleur esprit de famille, les charmes de la vie de communauté.

Il est un autre point sur lequel je veux dire mot avant de terminer ; il touche plus intimement encore à la vie religieuse, et la pensée m'en est revenue plus forte et plus persistante depuis cette dernière visite.

Après avoir, surtout depuis quatre ans, assisté à de nombreuses retraites dans différentes provinces l'Institut, j'en suis arrivé à la conviction que l'obligation de tendre à la perfection, obligation fondée sur les vœux, ainsi que sur les constitutions et les règles, préoccupe de plus en plus nos religieux, au­tant les jeunes que les anciens. Le saint exercice de la présence de Dieu, tant recommandé par le véné­rable Père Champagnat, est toujours en grand honneur parmi nous, l'examen de conscience et l'examen particulier notés et la pratique dite du Trésor du Sacré-Cœur sont d'un usage très répandu ; la vraie notion de la perfection, de la mortification et de la conformité à la volonté dé Dieu sont des sujets non seulement étudiés mais médités en même temps qu'ils sont mis en pratique dans la vie ; enfin la dévotion à la Sainte Vierge, le culte de Marie est conservé comme un bien héréditaire ; pour tous, Marie c'est la mère bien-aimée. Cet heureux état de choses est dû à plusieurs causes, parmi les principales, la sérieuse formation donnée pendant l'année de noviciat, les grands exercices de saint Ignace généralement suivis avec ferveur avant la profession des vœux perpétuels, et enfin les études et les exercices du second noviciat par lequel ont passé un nombre déjà considérable de religieux depuis vingt-huit ans qu'existe cette précieuse institution.

J'entends dire parfois que certaines communautés sont dans des conditions moins avantageuses que d'au­tres concernant la pratique des pieux exercices de la vie religieuse. II est permis de convenir qu'il y a dans cette opinion une part de vérité ; mais, avant de tirer une conclusion de l'objection, je rappellerai l'exemple du Vénérable Fondateur qui affirmait demeurer aussi recueilli dans les rues de Paris qu'au milieu des bois de l'Hermitage ; il en prenait sans doute les moyens. Vous ne me contredirez pas si j'avance que la moins solitaire de nos communautés se trouve dans des conditions plus favorables qu'au milieu des rues de Paris, Londres, New York, Barcelone ou Athènes. Et je conclurai maintenant disant que c'est une question de volonté, de constance et de bonnes habitudes à prendre. Partout et en toute circonstance, nos religieux peuvent et doivent être fidèles à tous leurs exercices et à toutes leurs obligations et se maintenir dans le recueillement et l'union avec Dieu.

Dans ce voyage de la maison-mère à Athènes, nous nous sommes arrêtés à Rome où nous avons passé trois jours.

Le samedi 11 octobre, nous avions l'honneur et le précieux avantage d'être reçus en audience privée par le Souverain Pontife. Le Frère Emery, provincial, le Frère Raffaele, Directeur du collège S. Leone Magno, nous accompagnaient dans cette visite. Après avoir traversé plusieurs salles de ce magnifique palais du Vatican, nous arrivâmes à celle où se tenait Saint Père. Les trois génuflexions faites en avançant, ce qui est le cérémonial d'usage, nous nous trouvions à ses pieds. Il nous donna son anneau à baiser ; puis il s'assit à son bureau en nous invitant aimablement nous-mêmes à nous asseoir.

J'exprimai alors au Souverain Pontife les sentiments de respect et d'attachement dont tous les Frères sont animés à l'égard de son auguste personne la docilité toute filiale avec laquelle nous nous soumettons à toutes les instructions et jusqu'aux moindres désirs du Saint-Siège.

J'ajoutai avec quel bonheur nous recevons ses magistrales encycliques, et avec quelle ardeur et quelle attention nous en étudions la doctrine pour la répandre autour de nous après en avoir fait l'aliment de notre esprit et la règle de notre conduite.

Je donnai ensuite au Saint Père un court aperçu de la marche de notre Congrégation et de nos œuvres dans le monde ; il daigna suivre ces indications avec un vif intérêt. A propos de notre mission de la Chine, de la prospérité de notre juvénat et de notre école normale de Pékin reconnue par le gouvernement chinois, il m'arrêta pour me dire : « J'ai reçu der­nièrement la visite d'un jeune Chinois ; j'ai constaté sa culture et sa belle intelligence dans son langage et dans la limpidité et la vivacité de son regard. Ces peuples, ajouta le Saint Père, ont conservé des traces profondes de leur ancienne civilisation, dif­férente de la nôtre, sans doute, mais non moins réelle, raffinée même. Aussi il importe que les mis­sionnaires soient à la hauteur pour traiter avec les intellectuels de ces pays et maintenir le prestige de la religion catholique. L'exposition des Missions qui va s'ouvrir sera pour tous une précieuse occasion d'étudier cette grave question de la propagation de la foi dans le monde et des meilleurs moyens d'en assurer les succès rapides et durables ».

Comme j'ajoutais que nous rencontrions bien par­fois, ici ou là, quelques difficultés, mais que nous ne nous en effrayions pas ; et que, comptant sur la Providence, nous continuions de donner aux œuvres tout le développement possible, Pie XI reprit : « Aux jours où nous vivons, nous avons grand besoin de l'assistance du Ciel, car nous nous trouvons devant des difficultés que nos pères n'ont pas connues ; mais confiance ! il se fonde aussi des œuvres nouvelles en rapport avec les besoins actuels. Il y avait ici il y a quelques jours, ajoute le Souverain Pontife un bon prêtre de Paris qui m'a fait un remarquable rapport de toutes les œuvres qui fonctionnent dans cet important diocèse. Les résultats obtenus son admirables, merveilleux ».

Le Conseil Général nous avait chargés d'une modeste offrande par laquelle la Congrégation est heureuse de participer aux libéralités pontificales en faveur de tous les besoins et de toutes les misères auxquels le pape s'intéresse journellement. En l'acceptant il voulut bien nous remercier en son nom et au nom de ceux qui bénéficieraient de ce don.

Enfin, j'exprimai de nouveau au Souverain Pon­tife notre vive et profonde gratitude pour sa paternelle bonté, ainsi que pour ses précieux conseils e ses affectueux encouragements. Et je le priai de vouloir bien accorder sa bénédiction à tous les membres de l'Institut et à leurs familles, à nos élèves et pour toutes nos œuvres, pour plusieurs personnes et communautés avec lesquelles nous sommes en relation de prières, et spécialement pour le Frère Angélicus, Assistant Général et le Frère Procureur Général éprouvés par la maladie. Etendant la main avant de nous bénir, le Saint Père prononça ces paroles : « Je vous bénis avec tous vos Frères, vos élèves, toutes vos œuvres et tous ceux pour qui, dans vos esprits et dans vos cœurs, vous désirez cette bénédiction. Je bénis spécialement votre Frère Assistant malade et le bon Frère Candidus ».

C'est cette bénédiction que je suis heureux de vous transmettre, mes chers Frères ; vous la recevrez ave joie comme une étrenne du pape ; elle vous aidera à supporter toutes les fatigues et à surmonter les peines et les difficultés de la vie.

C'est encore un plaisir pour moi d'ajouter que le Souverain Pontife produit l'impression de jouir d'une robuste santé. Il est d'une remarquable puissance de travail ; les difficultés et les embarras ne semblent pas l'émouvoir. Il poursuit avec assurance son œuvre apostolique, comptant sur l'assistance du Saint-Esprit et sur l'aide toute puissante de la Providence. Daigne le Seigneur le conserver longtemps pour le bien de la sainte Eglise !

Le même jour, nous rendions visite à Son Eminence le cardinal Granito Pignatelli di Belmonte notre dévoué Protecteur. Le cardinal qui habite une nouvelle résidence mise à sa disposition- par les Servantes du Sacré-Cœur dont il est aussi le Protecteur, nous introduit lui-même au salon et nous fait l'accueil te plus aimable et le plus affectueux.

Comme je lui rappelais, après lui avoir offert nos respectueux hommages et avoir baisé son anneau, combien nous avions prié à son intention à l'occasion de la maladie qui l'a éprouvé, il y a environ une année, et que je le félicitais de la bonne santé dont il paraît jouir maintenant. « C'est la petite sainte, sœur Thérèse de Jésus, qui m'a guéri, nous dit-il ; et je suis mieux et plus fort qu'avant ma maladie ». Il nous raconte familièrement comment il a supporté la pénible opération qu'il a subie, et affirme son iné­branlable confiance en l'aimable protectrice à la puis­sante intercession de laquelle il doit sa guérison.

Je lui dis ensuite notre sincère reconnaissance pour les signalés services qu'il nous a rendus maintes fois déjà, ainsi que pour les précieux conseils qu'il nous a donnés dans les différentes circonstances où nous avons fait appel à ses lumières ou à sa haute influence. «Je n'ai fait que mon devoir, nous répond-il. C'est pour vous être utile que j'ai accepté d'être votre Protecteur ; vous me ferez plaisir en me mettant à contribution chaque fois que vous serez dans le besoin ». On ne peut vraiment être plus aimable

Je lui donne alors des nouvelles de la maladie du Frère Procureur Général. Le cardinal commence par faire l'éloge du Frère Candidus qu'il estime et affectionne beaucoup ; puis il nous prie de lui faire part de sa cordiale sympathie et de ses meilleurs souhaits de guérison.

Ensuite, nous passons en revue les principales œuvres de la congrégation. Le cardinal s'intéressa vivement à ce rapport ; il nous arrêtait de temps en temps pour nous demander quelques renseignements complémentaires.

« Et où en est la cause du Vénérable Père Champagnat, nous dit-il ? » - « Eminence, lui répondis-je, nous allons commencer incessamment les démarches auprès de la Sacrée Congrégation des Rites afin d'obtenir qu'une enquête soit menée concernant la guérison vraiment merveilleuse et extraordinaire dont a bénéficié à Madrid, en juillet 1923, la jeune Mathilde de Léon-Garcia de la Barga et attribuée à l'intervention du Vénérable Père. Nous possédons déjà les certificats des parents de l'enfant et du médecin de la famille ». – « Je vous engage à poursuivre cette affaire sans retard, nous dit Son Eminence, vous savez de quelle importance sont les dépositions des témoins vivants ». Avant de nous laisser partir, Son Eminence veut nous faire les honneurs de sa nouvelle installation Nous constatons que les religieuses ont vraiment bien fait les choses, comme il convient pour un prince de l'Eglise. Son Bureau est un bel appartement, fort bien éclairé, décoré et meublé avec un goût parfait ; Sa chapelle est un vrai bijou et très riche. Agenouillés devant le saint Tabernacle, nous remercions Notre­-Seigneur de nous avoir donné un tel protecteur, et nous le prions de nous le conserver longtemps. Enfin, nous prions Son Eminence de bénir tous ses protégés, tous nos Frères, nos élèves et toutes nos œuvres, et nous nous retirons charmés de cette inoubliable audience.

Nous avons encore rendu visite à Leurs Eminences les cardinaux Laurenti, Gasparri et Van Rossum. Ils nous reçurent tous avec une affabilité exquise et nous témoignèrent la plus grande bienveillance. Je demandai à Son Eminence le cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation des Religieux s'il n'existait pas, dans ses archives, quelques notes pouvant don­ner lieu à des remarques ou observations concernant nos communautés ou nos œuvres. « Votre Institut fait le bien dans la Sainte Eglise, nous dit le Cardinal. Je dois pourtant vous faire part d'un regret que vous éprouvez aussi, je le sais, c'est que vous ne puissiez fournir des religieux partout où l'on vous désire et où l'on vous demande. Je forme donc le vœu que Dieu vous envoie de nombreuses et bonnes vocations qui vous permettront de vous étendre et de faire un plus grand bien encore ».

Son Eminence le cardinal Secrétaire d'Etat eut la bonté de nous accorder un passe-droit en nous recevant pendant la matinée réservée au corps diplo­matique. Il nous donna les meilleurs conseils, nous prodigua ses encouragements et bénit nos religieux et nos œuvres.

Son Eminence le cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande entendit avec plaisir intérêt le rapport concernant nos missions ; mais était visiblement sous l'empire d'une préoccupation. Dès que j'eus terminé mon exposé : « Vous fondez, vous autres, me dit-il, vous acceptez de nouvelles situations, puisque vous demandez l'autorisation d'ouvrir une nouvelle école à Bunia dans le Congo belge » ; et Son Eminence nous fit les plus vives les plus pressantes instances en vue de l'acceptation de plusieurs établissements d'enseignement secondaire dans une colonie peuplée de nombreux catholiques et jusqu'ici dépourvue d'écoles secondaires catholiques ; de ce fait, la jeunesse est très abandonnée, et les sectes protestantes en profitent pour faire œuvre anti-catholique qui, pour l'avenir, menace la foi elle-même. Je dus promettre au cardinal d'examiner sérieusement cette demande en conseil dès notre retour à la maison-mère. Malgré notre ardent désir de procurer cette gloire à Dieu, d'intervenir en faveur de la foi menacée et d'apporter une grande consolation au pieux et zélé cardinal, force nous après examen de la question, de lui exprimer sincères regrets de ne pouvoir accéder à ses désirs faute de personnel.

Cela me porte à vous dire, mes très chers Frères, en terminant cette relation, que notre recrutement est en bonne voie, Dieu merci ; nos maisons de formation commencent à devenir prospères. Mais, besoins deviennent chaque jour plus nombreux, plus pressants. Répétons fréquemment la prière : Seigneur, envoyez des ouvriers à votre vigne ; et notre côté, travaillons activement à la réalisation  de ce vœu. 

Nos Ecoles en Turquie.

 Pendant que nous recevons tant de demandes en vue d'ouverture de collèges et d'écoles, les Turcs ont continué leur œuvre de persécution et de destruction.

Dans toutes nos écoles de la Grèce, j'ai rencontré, parmi les maîtres que nous employons comme auxiliaires, des réfugiés de Constantinople, de Smyrne, etc. ..., des élèves, en assez grand nombre, sont dans les mêmes conditions et proviennent des mêmes ré­gions. Quelques-uns ont quitté ce pays parce que la vie leur y était devenue impossible ; mais la plupart ont été chassés en haine du nom chrétien ; tous ont perdu tout ce qu'ils possédaient. Les lettres des mis­sionnaires ont donné les statistiques effrayantes des évêques, des prêtres, des religieux, des religieuses, des gens de tout rang et de toute condition qui ont été massacrés. On évalue à des centaines de mille le nombre des vieillards, des femmes, des enfants, des faibles qui sont tombés le long des routes dans ces lamentables exodes, et qui sont morts de misère, de faim et de mauvais traitements.

   Et ce n'était pas assez : il fallait priver de tout en­seignement les chrétiens qui pourraient être restés encore. C'est alors que commença l'ère des tracasseries de toutes sortes contre les écoles catholiques surtout. Religieux et religieuses tinrent bon cependant jusqu'au moment où le gouvernement d'Angora (Ankara?) interdit la présence du crucifix dans les salles de classe. Alors toutes nos écolos furent fermées à quelques jours d'intervalle.

La Providence a permis que, juste à ce moment, le Frère Provincial eût à constituer le personnel pour le lycée du Sacré-Cœur à Patissia et pour le Juvénat d'Héraclée. Ainsi, nos Frères, rendus libres par persécution turque, ne restèrent pas un jour sans travail. En arrivant en Grèce, ils trouvèrent même un bon nombre de leurs élèves des écoles qu'ils venaient de quitter. Ce sont là de délicates attentions de la Providence ; nos religieux ont su les reconnaître;et, en jouissant des consolations qu'elles procurent ils ont remercié le Seigneur qui a tout disposé pour qu'il n'y ait aucune interruption dans leur vie d’apostolat.

Ce sont ces pensées qui se pressaient dans mon esprit lorsque je suivais le compliment de bienvenue due m'adressait le Frère Marie-Damien à la tête de sa nombreuse et excellente communauté. Le Frère Directeur de Patissia a passé vingt dés plus belles années de sa vie à se dévouer à cette population de la Turquie ; et plusieurs de ses collaborateurs sont dans le même cas. C'est un gouvernement fanatique qui les a brutalement arrachés à un champ d'action auquel ils étaient attaches, bien qu'ils y fussent récompensés de leurs peines. Il faut pourtant reconnaître que leurs élèves, au moment de la fermeture des écoles, donnèrent aux religieux des témoigna non équivoques de leur reconnaissance pour les bienfaits reçus.

En portant mes regards sur cette belle assemblée de Frères qui auraient pu être plus éprouvés encore qu'ils l'ont été, ma pensée me reportait à ces synodes, à ces conciles de l'époque de l'Eglise qui a suivi immédiatement les grandes persécutions, et dont l'histoire dit que les prélats et les Pères qui les composaient portaient la marque des privations qu’ils avaient endurées et les traces, les cicatrices des tourments et des tortures qu'ils avaient subis. Et ce sou­venir me remplit d'une émotion que j'eus quelque peine à surmonter. Lorsque je réfléchis à la vivacité de celte émotion, je reconnais qu'elle n'est motivée par rien qui ressemble à la peur ou à une craintive sensiblerie ; mais, par les temps troublés par lesquels passe le monde, je ne puis m'empêcher de demander parfois an Seigneur de nous tenir dans la disposition detout souffrir pour la cause de Dieu et de l'Eglise. Toutes les écoles catholiques de Turquie ne sont pas demeurées fermées. Voici ce que nous venons d'apprendre à ce sujet : Après de longues et laborieuses négociations, un accord est enfin intervenu entre le Saint-Siège et la Turquie pour la réouverture des écoles italiennes et françaises dirigées par des religieux en territoire ottoman. Les négociations ont été commencées par Monseigneur Dolci à Constantinople, et elles se sont terminées à Angora entre Monseigneur Cesarano, deux religieux français et le supérieur des Salésiens d'une part, et les membres dit gouvernement turc d'autre part.

Selon l'accord, les écoles sont divisées en écoles confessionnelles qui ne reçoivent que des élèves catholiques et en écoles mixtes où sont admis, à côté des catholiques, des Turcs, musulmans ou juifs. Les écoles confessionnelles pourront conserver les emblèmes religieux ; dans les écoles mixtes, ils ne seront tolérés que dans les salles affectées à l'enseignement religieux pour les catholiques. Un crucifix sera placé sur la porte d'entrée.

C'est dans ces conditions que s'est faite la réouverture de l'école de San Stefano avec 30 élèves et d(' celle de Scutari avec 40 élèves.

Avant tous ces tristes événements, la statistique de nos écoles était la suivante :

Bébek, 120 élèves ; Makrikeui, 215 ; Samsoun, 21 San Stefano, 115 ; Scutari, 225 ; et Yédicoulé,  90 élèves.

Nous continuerons de nous confier en la Providence qui conduit si bien toutes choses au profit de ses élus. 

Visites de Délégation.

 A la fin du mois de mars dernier, le Frère Angélicus, premier Assistant Général, quittait la maison mère pour aller visiter les communautés et les écoles des provinces du Canada et des Etats-Unis confiées à ses soins. 

Embarqué à Cherbourg, le 2 avril, sur l'Olympic, de la White Star Line, il eut l'avantage de faire la traversée en compagnie du Révérend Père Sorret, Supérieur Général des Frères Marianistes qui était accompagné d'un de ses Frères Assistants Généraux. Après une bonne traversée, l'Olympic entrait heureusement au port de New York, le 8 avril.

Le cher Frère Assistant Général fut reçu à St. Ann's Academy avec de grandes démonstrations de joie, de respect et d'affection.

Le programme de la délégation comprenait la visite des communautés et des écoles des deux provinces avant la fin de l'année scolaire, puis la présidence des retraites annuelles, et enfin le retour à la maison-mère pour la fin du mois de septembre Toujours soumis à la sainte volonté de Dieu, nous ignorions les desseins de la Providence qui, cette fois, ne devaient pas être conformes à nos projets. En effet, après trois lettres des 8, 14 et 15 avril, la correspondance du cher Frère Angélicus cessa brus­quement ; elle ne devait reprendre que le 21 mai, soit plus d'un mois après.

Une pénible épreuve venait d'arrêter notre cher Délégué dans le travail qu'il avait entrepris avec beaucoup d'ardeur. Les nouvelles que nous recevions du Frère Léo, provincial des Etats-Unis, nous tinrent dans une grande inquiétude pendant deux à trois se­maines. Le cher malade était entouré de. tous les soins possibles dans notre communauté de Manchester (New Hampshire). Le médecin avait prescrit le repos complet.

Enfin, après plusieurs bulletins rassurants, nous reçûmes une première lettre du Frère Assistant lui-même. Elle était datée du 21 mai, et permettait d'espérer sérieusement la guérison. Notre joie fut grande, et nous en remerciâmes de tout cœur le bon Dieu. La première lettre fut suivie, à de courts inter­valles, de plusieurs autres qui nous rassurèrent de plus en plus. De mon côté, je recommandais instam­ment le calmes et la prudence. Le repos, le traitement du docteur, l'affectueux dévouement des Frères et surtout les ferventes prières qui, de toutes parts, montaient vers le ciel pour implorer le secours de Dieu amenèrent graduellement une amélioration suf­fisante pour permettre au cher convalescent d'envisager la reprise des visites si malheureusement in­terrompues. Et effectivement, il se mit en route pen­dant la première quinzaine de septembre. La Provi­dence a permis qu'il ne fût plus obligé de s'arrêter. Et nous espérons, dans quelques jours, le recevoir de retour au milieu de nous, en bonne santé.

De nombreux témoignages de sympathie avec des promesses de prières nous sont arrivés à la maison-mère à l'occasion de la maladie du Frère Assistant Général et du Frère Procureur Général près le Sain Siège. Je remercie encore tous ceux qui ont partagé notre peine et qui ont participé aux prières à l’intention de nos chers malades.

Le cher Frère Candidus continue de nous édifier par la religieuse résignation avec laquelle il supporte l'épreuve que le Seigneur n'a pas encore jugé à propos de lui enlever ; et nous continuons de le soutenir par nos prières et nos soins affectueux. Nous espérons,cependant qu'il pourra encore rendre de précieux services à la Congrégation dans la charge si délicate et si importante où il se dévoue avec succès depuis plus de vingt-cinq ans.

Trois autres Frères Assistants Généraux son absents de la maison-mère. Quelques jours après la retraite des membres de l'administration générale, le Frère Columbanus nous quittait pour régler quel­ques affaires dans la province des Iles Britanniques et pour entreprendre ensuite la visite de nos communautés et collèges de la Nouvelle Zélande, de l'Australie et de l'Afrique du Sud. Après une sérieuse élude de plusieurs itinéraires, nous nous sommes ar­rêtés au suivant : Glasgow, Québec, Vancouver, Samoa, Fiji et la Nouvelle Zélande. Le parcours effectué jusqu'à Auckland, à la date du 23 octobre dernier, a prouvéque cette voie est la plus rapide et la moins dispendieuse.

Dans la traversée de l'Amérique, le cher Frère Columbanus, sur notre désir, s'est détourné du che­min direct pour rendre visite au cher Frère Angélicus ; son rapport nous donnait des espoirs qui son aujourd'hui pleinement réalisés.

Le 15 août, le Frère Délégué descendait à Suva avec Monseigneur Bourke qui se trouvait au même paquebot ; et ils eurent ainsi l'avantage de célébrer à terre et à la cathédrale de Suva, la solennité de l'Assomption de la Sainte Vierge.

La rareté des paquebots força le Frère Assistant à faire un long séjour dans les îles, à la grande joie dos Frères qui sont là bien isolés et qui retirèrent de cette visite un précieux profit spirituel et beaucoup de consolations. C'est avec une véritable jouissance que j'ai lu les lettres de nos chers missionnaires écrites depuis ce qu'ils appellent un événement providentiel.

Le dernier rapport du cher Frère Columbanus est daté d'Auckland. Après la température chaude des îles, il a naturellement trouvé froid le climat de la Nouvelle Zélande ; mais il se dit dispos et très bien portant. Daigne la Providence le soutenir pour les longs et pénibles travaux qui l'attendent encore !

Le 19 septembre, le cher Frère Marie-Odulphe s'embarquait â Gênes pour la visite de la province du Brésil Méridional ; il était à la tête d'un groupe de neuf dont deux Frères pour le Brésil Méridional et quatre Frères et deux postulants pour l'Argentine. Le 8 octobre, ils étaient au port de Rio de Janeiro, et depuis, tous sont heureusement arrivés à destination. Le Frère Assistant poursuit la visite des collèges qu'il doit achever avant l'époque de l'ouverture  des retraites annuelles.

Enfin, le 21 septembre, le cher Frère Flamien s'embarquait à Vigo, à destination du Brésil Septentrional.­\près une très heureuse traversée, il touchait Pernambuco le 2 octobre et débarquait à Bahia le lendemain. Le Frère Assistant a aussi commencé immédiatement la visite des collèges pour terminer cette partie de son travail avant les retraites annuelles.

Daignent Jésus et Marie garder nos Frères Délégués, et, une fois leur charitable mission remplie, les ramener sains et saufs à la maison-mère ! 

Election d'un Frère Provincial.

 Dans sa séance du 28 juin dernier, le Conseil Gé­néral élut à la charge de Provincial du Brésil Sud, pour une période de trois ans, selon les Constitutions, le C. Frère Géraud, en remplacement du C. Frère Marie-Liévin, dont le mandat constitutionnel était ar­rivé à son terme. 

Offices de la Semaine Sainte.

 L'Indult de la S. Congrégation des Rites, en date du 28 mars 1919, qui, moyennant la permission de l'Ordinaire local, autorisait la célébration des Offices de la Semaine Sainte dans toutes les églises et ora­toires de notre Institut, était devenu caduc. Sur notre demande, la même S. Congrégation a bien voulu nous le renouveler pour une autre période de 5 ans, dans la forme suivante :

 BEATISSIME PATER,

Moderator Generalis Instituti Parvulorum Fratrum Mariae ad pedes S. V. humillime provolutus, implorat facultalem, qua in omnibus Ecclesiis et Oratoriis In- - stituti benedictio Candelarum in festo Purificationis B. M. V., et Cinerum die prima Quadragesimae, nec­non sacrae functiones Dominicae Palmarum et Ma- ioris Hebdomadae peragi queant iuxta Memoriale Rituum Benedicti Papae XIII.

Et Deus, etc. 

INSTITUTI PARVULORUM FRATRUM MARIE

 Sacra Rituum Congregalio, ulendo facultatibus sibi specialiter a Sanctissimo Domino Nostro Pio l'apa XI tributis, preces remisit prudents arbitrio R.rnorurn Ordinariorum uni uscuiusque loci ut, nomine et auctoritate Sanctae Sedis, permittat ad pro­ri mum quinquennium sacras suprascriptas Functiones in omnibus Ecclesiis et Oratoriis dicti Instituts peragi iuxta Memoriale Rituum. sa.me. Benedicti Papae XIII iussu editurn anno 1725 pro Ecclesiis minoribus ; dummodo tamen cerlo constet in dictis Ecclesiis et Oratoriis decori ac reverentiae sacrorurn Mystertorum satis esse consultum.

Contrariis quibuscurnque non obstantibus. Die 30 Mali 1924.

                         †A. Card. Vico Ep. Portuen, Proef.

                           ALEXANDER VERDE S. B.C., Secretarius.

 TRADUCTION.

Très Saint Père,

Le Supérieur Général de l'Institut des Petits Frè­res de Marie, humblement prosterné aux pieds de Votre Sainteté, implore la faculté que, dans toutes les églises et oratoires de l'Institut, la bénédiction des Cierges, le jour de la fête de la Purification de la Bienheureuse Vierge Marie, et des Cendres, le premier jour du Carême, ainsi que les fonctions sa-­crées du Dimanche des Rameaux et de-la Semaine Sainte puissent se faire selon le Mémorial des Rites. du Pape Benoît XIII.

Et que Dieu. 

INSTITUT DES PETITS FRÈRES DE MARIE.

 La Sacrée Congrégation des Rites, en vertu des pouvoirs que lui a donnés Notre Saint Père le Pape Pie XI, a remis la demande au prudent arbitre des Révérendissimes Ordinaires de chaque lieu, pour qu'au nom et par l'autorité du Saint-Siège, ils per­mettent, pour la prochaine période de cinq ans, que les susdites fonctions sacrées puissent être célébrées dans toutes les églises et oratoires dudit Institut, selon le Mémorial des Rites publié en 1725 par ordre du Pape Benoît XIII, de sainte mémoire, pour les églises mineures ; pourvu cependant que, dans lesdites églises ou oratoires, il soit avéré que rien n'est en désaccord avec le respect des convenances envers les saints Mystères.

Nonobstant toutes choses contraires. 30 mai 1924.

                         A. Card. Vico Ev. de Porto, Préf.

                           ALEXANDRE VERRE, Secrétaire de la S. C. des Rites : 

 Cause du Serviteur de Dieu

Jean-Marie Robert de La Mennais.

 Les Frères de l'Instruction Chrétienne viennent d'obtenir, à la suite du procès instruit par l'autorité apostolique à la Curie de Vannes, le décret confir­mant la « Réputation dé sainteté » de leur Vénérable Fondateur, le Serviteur de Dieu Jean-Marie Robert de La Mennais.

Les liens de religieuse affection qui, depuis si long temps, unissent nos deux Congrégations nous font prendre une grande part à la joie qu'ils éprouvent' de cet heureux événement. Nous leur en exprimons nos plus cordiales félicitations, et nous leur offrons nos meilleurs vœux avec l'assurance de nos prières pour le rapide progrès de la cause qui leur est si chère. 

DÉCRET APOSTOLIQUE CONFIRMANT LA RÉPUTATION

DE SAINTETÉ DU VÉNÉRABLE SERVITEUR DE DIEU

JEAN-MARIE ROBERT DE LA MENNAIS PRÊTRE,

FONDATEUR DES FRÈRES DE L'INSTRUCTION

ET DES FILLES DE LA PROVIDENCE.

 Sur les instances du T. R. P. Louis Copéré, de la Société de Marie, Postulateur de la Cause du Véné­rable serviteur de Dieu Jean-Marie Robert de la Men­nais, prêtre séculier, fondateur des Frères de l'In­struction Chrétienne et des Filles de la Providence, l'Eminentissime et Révérendissime Seigneur Cardinal Vincent Vannutelli, évêque d'Ostie et de Palestrina, Ponent de la même cause, Rapporteur à la réunion particulière ordinaire de la Sacrée Congrégation des Rites tenue au Palais du Vatican au jour ci-dessous indiqué, a proposé le doute suivant à la discussion : « Peut-on admettre la validité et la valeur du Procès instruit par l'Autorité Apostolique, à la Curie de Vannes, sur la réputation de sainteté, les vertus et les miracles en général du susdit-serviteur de Dieu, quels sont ses effets dans la circonstance, et quelle suite devra être donnée ? »

Et la même Sacrée Congrégation, après le rapport de l'Eminentissime Ponent, ayant entendu les observations orales et écrites du R. P. D. Angelo Mariani, Promoteur général de la Foi, et tout examiné avec soin, a décidé de répondre :

« Après la nouvelle enquête, réponse Affirmative, la réputation de sainteté est établie ». Ce 3 juin 1924. Relation de toutes ces choses avant été faite, N.T.S. Père le Pape Pie XI par le soussigné Cardinal Préfet de la S. C. des Rites, Sa Sainteté daigné ratifier et approuver la décision de la même Sacrée Congrégation le 11° jour du même mois de la même année.

                              A. Card. Vico Evêque de Porto, Préfet.

                                 ALEXANDRE VERRE, Secrétaire de la S. C.

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L'ANNÉE SAINTE 1925.

 Sous cette rubrique, vous trouverez ci-après : 1° quelques renseignements généraux sur l'indiction du jubilé et sur le jubilé même ; 2° le décret de promulgation du jubilé universel ; 3° la constitution apostolique concernant les indulgences pendant l'année jubilaire; 4° un article extrait du Messager du Cœur de Jésus ayant trait au jubilé, signé E. Jombart, professeur de droit canon.

J'ai pensé qu'il y aurait avantage pour vous à trouver réunis tous ces documents, et surtout que vous les liriez avec intérêt et grand profit pour vos âmes.

En la fête de l'Ascension de Notre-Seigneur, le mai dernier, a eu lieu, sous le portique des quatre grandes basiliques romaines : Saint-Pierre du Vatican, Saint-Paul hors les murs, Sainte-Marie Majeure Saint-Jean de Latran, l'indiction ou proclamation de l'année jubilaire 1925. 

L'indiction du Jubilé.

 La cérémonie est aussi simple que majestueuse ; le Pape prononce peu de mots et les prélats sont en petit nombre, mais cette sobriété de la pompe extérieure donne un relief impressionnant à l'acte du Pontife su­prême invitant tous ses fils à une purification universelle.

Convoqués par une intimation spéciale du préfet des cérémonies pontificales, se trouvaient réunis, à 10 heures, dans la salle du Trône, au Vatican, NN. SS. Boncompagni Ludovisi, vice-camerlingue de la Sainte Eglise ; Moretti, archevêque de Laodicée, au­diteur général de la Chambre apostolique ; Capitani, pro-régent de la Chancellerie apostolique ; Wilpert, doyen des protonotaires apostoliques participants ; Canali, secrétaire de la Congrégation de la Cérémoniale ; Marcucci, remplaçant le préfet des cérémonies pontificales, absent ; Nogara, secrétaire du Comité central de l'année sainte, et plusieurs autres personnages de la Curie.

Les gardes nobles se tenaient près du trône.

A 10 h. 5, S.S. Pie XI arriva, accompagné de NN. SS. Sanz de Semper, majordome ; Cremonesi, aumônier secret ; Zampini, sacriste ; de quatre camériers secrets participants, du fourrier major, du grand écuyer et du commandant de la Garde suisse.

Le Saint-Père avant pris place sur le trône, Mgr Capitani et Mgr Wilpert s'agenouillèrent devant lui. Tenant en mains le parchemin artistement enluminé sur, lequel est écrite la Bulle d'indiction, datée de ce jour même et commençant par ces mots : Infinita Dei misericordia, Mgr Capitani le présenta au Pape lui demandant la permission de faire lire au public ce document.

Le Saint-Père prit alors la Bulle et la remit à M Wilpert en disant : Legatur (qu'elle soit lue). Les deux prélats baisèrent le pied du Pape et se retirèrent. Alors le Pape prononça ces paroles :

La divine Bonté Nous accorde de procéder à l’in­diction de l'année sainte, et cela au jour sacré l'Ascension de Notre-Seigneur. Le jour convient la chose. Ce que l'année du jubilé était sous l'Ancien Testament, elle le reste toujours, quoiqu'en un sens différent, car c'est une année de grandes condonations de générales libérations, et, aujourd'hui, l'Eglise nous met sur les lèvres ces belles paroles pleines promesses : Christus ascendens in altum captivam duxit captivitatem, dedit dona hominibus. Puisse les délivrances spirituelles, les purifications spirituelles et les absolutions générales de l'année sainte produire, suivant le vœu de l'Eglise et du Cœur divin tout leur effet dans la mesure la plus large et la plus universelle ! Qu'il en résulte une plus grande élévation et union des âmes en Dieu ; que se vérifie et s'accomplisse cette autre prière par laquelle l'Eglise prie nous fait prier Jésus montant au ciel : Et nostra tecumpectora in caelum trahe.

Puis le Souverain Pontife se retira, après avoir donné la bénédiction apostolique.

Alors Mgr. Wilpert, précédé des curseurs apostoliques et accompagné des prélats, se rendit processionnellement sous le portique de la basilique Vaticane, où se trouvaient assemblés le Chapitre de Sain Pierre et un certain nombre d'autres prélats avec une foule assez nombreuse. Mgr Wilpert gravit les degrés de la chaire dressée à cet effet, et donna lecture de la Bulle annonçant l'année sainte 1925.

Il remit ensuite les copies de la Bulle à Mgr Louis Capotosti, cérémoniaire pontifical, pour qu'il la lût dans les trois autres basiliques patriarcales, et le cortège des prélats rentra processionnellement à Saint-­Pierre, tandis que les cloches annonçaient la bonne nouvelle à la Ville Eternelle.

Immédiatement après, Mgr Capotosti, accompagné des curseurs apostoliques, se rendit à Saint-Paul hors les murs, où il fut reçu par le Rd. Père Abbé et le clergé de la basilique et donna lecture du document. Dans l'après-midi, il le lut à Sainte-Marie Majeure et à Saint-Jean de Latran.

Les copies de la Bulle furent ensuite affichées aux portes des basiliques, à la Chancellerie apostolique et aux endroits habituels. 

A quand remonte le Jubilé ?

 L'année jubilaire existait déjà sous l'Ancien Testa­ment. Chez les Juifs, on appelait ainsi une année qui  se représentait tous les cinquante ans, et que l'on sanctifiait par un repos complet, à l'instar du jour du sabbat et de l'année sabbatique. Le jubilé juif avait pour effets de faire rentrer dans son bien toute fa­mille qui l'avait aliéné, de rendre la liberté aux esclaves et de libérer les débiteurs de certaines de leurs dettes. Le Lévitique décrit en détail cette période sainte où l'on se libérait et redevenait soi-même. Dans ce Thème esprit de rachat, de libération, dé retour à la possession de son bien perdu, le jubilé est passé de l'ancienne loi à la nouvelle. Le jubilé chrétien, en effet, rachète du péché, libère des peines dues au péché, remet le pécheur repentant en possession son patrimoine céleste, qu'il avait follement aliéné

Mais ce transfert du jubilé ne parait pas s'être fait dès le début du christianisme. De quand date-t-il ?  On est d'accord pour affirmer que le pape Boniface V (1294-1303) est le premier qui ait institué, d'une façon stable, le jubilé dans l'Eglise. Toutefois, certains veulent -  et il se peut qu'ils aient raison - que le jubiléait été antérieur à Boniface VIII, et que ce Pape n'ait fait, en somme que codifier une pratique déjà  existante. On raconte que dès le début de l'an 1300 ce Pape aurait remarqué une affluence inaccoutumée de pèlerins au tombeau de saint Pierre et qu'il eut appris que ceux-ci venaient pour y gagner une grande rémission de leurs péchés qui, selon une antique tradition, se donnait tous les cent ans.       

Se basant sur ces données, et après en avoir délibéré avec les cardinaux, Boniface VIII promulgua le premier jubilé, dont on est certain, le 22 février 1300 par la Bulle Antiquorum habet fila relatio qui, les premiers mots, ainsi qu'on le voit, fait allusion à la tradition jubilaire.

Le Pape renouvelait et confirmait les concessions anciennes, qui avaient pu exister, et accordait indulgence plénière extraordinaire à tous ceux s'étant confessés, visiteraient pieusement, au cours de l'année 1300, les deux églises de Saint-Pierre et de Saint-Paul, pendant trente jours consécutifs, s'ils habitaient la Ville Sainte, et pendant quinze jours s'ils y étaient étrangers. Boniface VIII déclarait outre que cette indulgence particulière se gagnerait chaque cent ans.

Le Pape lui-même annonça le jubilé, monté une chaire richement ornée. Malgré la promulgation tardive de l'année sainte, le nombre des pèlerins at­teignit 2 millions, et le total de leurs offrandes monta à 50.000 florins d'or (600.000 fr.), d'après les chroniques du temps. 

Evolution du Jubilé.

 Le jubilé, dans la forme où il avait été canoniquement réglé par Boniface VIII, subit bien vite des transformations.

Dès 1342, les Romains envoyèrent une députation au pape Clément VI, qui résidait à Avignon, pour le prier de vouloir bien abréger le terme de cent ans fixé pour le retour du jubilé, vu que ce laps de temps était bien trop long pour la durée ordinaire de la vie humaine. Cette demande fut appuyée par sainte Bri­gitte et les sollicitations de nombreux fidèles. Le Pape accueillit favorablement cette requête, et il annonça par la Bulle Unigenitus Dei Filius, le 27 janvier 1349, que l'indulgence du jubilé serait désormais gagnée tous les cinquante ans.            

Cependant, malgré cette réduction du laps de temps d'un jubilé à l'autre, beaucoup de chrétiens se trou­vaient encore dans l'impossibilité de participer à la grâce du jubilé. Touché de cette considération, le pape Urbain VI résolut d'abréger encore le terme et de faire revenir ce temps de grâce tous les trente-­trois ans, en souvenir de la vie mortelle de Notre­-Seigneur Jésus-Christ. Il publia donc un jubilé pour l'an 1390, par la Bulle Salvator noster, parue en 1389. Cette nouvelle disposition fut suivie par Martin V, en 1423, mais Nicolas V crut devoir remettre en vigueur le décret de Clément VI, qui fixait les années à cinquante, et il annonça le jubilé pour 1450.

Cette fixation de l'époque du jubilé n'était pas encore définitive. Et Paul II, s'inspirant des motifs avaient déterminé ses prédécesseurs, à réduire nombre des années entre deux jubilés pour permettre à un plus grand nombre de chrétiens de gagner l’indulgence, décréta, par la Bulle Ineffabilis Providentia du 19 avril 1470, que dorénavant le jubilé serait célébré tous les vingt-cinq ans. Depuis, ses successeurs ont suivi cette règle et ont promulgué le jubilé tous les quarts de siècle.

Mais il n'y eut pas que l'époque du jubilé qui fut sujette à changement. Les conditions pour le gagner, fixées par Boniface VIII, subirent aussi des variations. Clément VI ajouta à la visite des deux basiliques des Apôtres celle de Saint-Jean de Latran, Grégoire XI (1370-1378) celle de la basilique libérienne : Sainte-Marié Majeure. Ce qui portait à quatre le nombre des églises à visiter. C'est le chiffre qui resté jusqu'à nos jours.

Quelquefois, les Souverains Pontifes ont indiqué la visite d'autres églises, en remplacement des basiliques, mais uniquement pour des raisons locales qui empêchaient les fidèles de se rendre â l'une d'elle. C'est ainsi qu'Urbain VIII indiqua Sainte-Marie in Trastevere, aux lieu et place de la basilique dé Saint Paul, parce que  la peste régnait à Rome et que long chemin qu'il fallait faire pour se rendre à ce église aurait pu augmenter les chances d'infection.

La grâce du jubilé fut étendue par Alexandre VI (1500) au monde entier, après l'année du jubilé romain. Ce qui, du reste, s'est fait encore bien souvent depuis, et notamment aux deux derniers jubilés 1875 et de 1900. On sait également que certaines églises, comme Notre-Dame du Puy, en France, Saint-Jacques de Compostelle, en Espagne, jouissent, à certaines époques, d'un privilège semblable au jubilé (ad instar Jubilœi),et que le Pape, en certaines circonstances, comme celle de son élévation au sou­verain pontificat, en fait bénéficier le peuple chrétien. 

Le Jubilé actuellement.

 Le temps du jubilé va des premières Vêpres de Noël d'une année aux premières Vêpres de Noël de l'année suivante. Celui de 1925 (le 22ième) commencera donc le 24 décembre 1924, aux premières Vêpres de Noël, par la cérémonie traditionnelle de l'ouverture de la Porte Sainte par S. S. Pie NI, entouré des membres du Sacré-Collège.

Pendant cette période, quiconque remplit les con­ditions indiquées par la Bulle d'indiction, et celles qui suivront, gagne une indulgence plénière, qui dif­fère des indulgences plénières ordinaires par la solennité plus grande avec laquelle elle est proclamée et gagnée, et aussi par les privilèges qui y sont an­nexés. A première vue, il ne semble pas y avoir de différence entre deux indulgences plénières. Cependant l'indulgence du jubilé est plusgrande que les autres. Cela ressort des termes mêmes employés sou­vent par les Souverains Pontifes, en annonçant les aimées saintes. Boniface VIII avait déjà dit : « Nous accordons non seulement un plein et large, mais un très plein pardon de tous les péchés ; non solum ple­noin et largiorem, imo plenissima omnium suorum concedemus et concedirnus veniam peccatorum ». Mais, en quel sens est-elle plus grande ? Il nous sem­ble que l'on doit entendre les termes employés par les Papes, en ce sens que Dieu, eu égard aux prières de l'Eglise, à la volonté du Pontife qui ouvre d'une manière inusitée les trésors dont il est le suprême gardien, accordera une abondance de grâces telle, telle effusion de faveurs divines, que les fidèles, mi préparés par les secours d'en haut, pourront obtenir un pardon plus entier de leurs péchés.

Les conditions pour gagner l'indulgence jubilai se ramènent à quatre : la confession et la communion, faites en vue du jubilé, la visite des quatre basiliques majeures désignées dans la Bulle d'indiction, en, priant aux intentions du Souverain Pontife. Il n'y pas d'ordre établi pour remplir ces conditions, mais il est toutefois bon de remarquer que le fidèle doit être en état de grâce au moment où il accomplit la dernière des œuvres requises, afin de pouvoir alors bénéficier de l'indulgence.

                             (Extrait de la revue Rome, n° Juillet-Août 1924)

                                       MAX ROUB.

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 Décret de promulgation du Jubilé universel

pour l'Année Sainte 1925,

PIE, EVEQUE

SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU

A tous les Fidèles du Christ qui liront ces lettres Salut et.bénédiction Apostolique.

A l'exemple de l'infinie miséricorde de Dieu, l'Eglise se propose, de temps en temps, d'attirer ou ramener, par des moyens très spéciaux, à la pratique de la pénitence et à l'amendement de la vie les hommes qu'une volonté détachée de la foi catholique, lâcheté ou l'indifférence ont accoutumés à négliger les moyens ordinaires de salut, et qui, loin de méditer avec attention et profit sur les dettes contractées envers la justice divine, vont jusqu'à en exclure même le souvenir. A la vérité, Nos Très Chers Frères, c'est bien un secours de ce genre, un secours extraordinaire ordonné â la rénovation des âmes que vous apportera très opportunément le grand jubilé, qui doit être célébré l'an prochain, dans la Ville Eternelle, selon le rite des traditions anciennes. Jubilé solennel, que la coutume qualifie du nom d'année sainte, parce qu'il s'ouvre, se poursuit et se termine par des cérémonies saintes et qu'il est plus apte que tout autre moyen à promouvoir la sainteté des âmes. 

§ I. - Raison d'être du Jubilé.

 A) FIN PRINCIPALE : EXPIATION. -- Or, s'il le fallut parfois jadis, il est aujourd'hui tout particu­lièrement nécessaire de vous répéter l'exhortation de Saint Paul : « Voici maintenant le temps favorable, voici maintenant les jours de salut ». Vous ne sauriez assurément trouver un temps plus propice et plus convenable pour acquérir, chacun de vous en son particulier, les grâces précieuses du pardon divin. Le doute d'ailleurs n'est point permis : c'est sous l'inspiration divine que l'Eglise a déterminé à des inter­valles réguliers, au milieu des années qui se dérou­lent, cette année d'expiation. L'Eglise, en effet, qui a emprunté avantageusement à l'Ancienne Alliance une foule de rites élevés par elle à un ordre supérieur de signification et d'efficacité a pareillement introduit dans les usages chrétiens l'année sainte, symbolisée autrefois par l'année sabbatique. Les bien­faits considérables qu'apportait aux Hébreux, tous les cinquante ans, cette institution divine, n'étaient-ils pas le présage et le type des grâces dont Nous offrons aux fidèles l'acquisition au cours de l’année sainte ? De fait, la raison d'être des deux institutions n'est point différente, mais les faveurs d'aujourd'hui l'emportent sur celles d'hier comme les choses spirituelles l'emportent sur les choses temporelles. Si, au cours de l'année sabbatique, les Hébreux rentraient dans leur propre héritage, après avoir recouvré les biens par eux aliénés ; si les serviteurs reprenant leur liberté, pouvaient réintégrer leur ancienne famille ; si les dettes étaient remises aux débiteurs, sans aucun doute les mêmes avantages nous échoient et se réalisent pour nous, au cours de l'année expiatrice. Tous ceux, en effet, qui accomplissent, au cours du grand jubilé, les prescriptions salutaires du Siège Apostolique, restaurent et recouvrent dans leur intégrité les mérites et les dons qu'ils avaient perdus par le péché ; ils sont arrachés à l'empire cruel de Satan, de nouveau acquis à la liberté par laquelle le Christ nous a délivrés ; enfin par les mérites accumulés du Christ Jésus, de la Bienheureuse Vierge Marie et des Saints, ils sont pleinement libérés de toutes les peines qui auraient été la rançon nécessaire de leurs fautes et de leurs vices. 

B) FINS SPÉCIALES : PAIX, RETOUR DES ÉGARÉS A L'UNITÉ CATHOLIQUE. - Mais, ce n'est pas seulement à cette fin ; c'est-à-dire à la purification des âmes et au soulagement de leurs misères, qu'est ordonnée la célébration du grand jubilé prolongée l'année entière. Pendant ce temps favorable, non seu­lement la visite des lieux saints et les multiples exercices de la piété privée et publique, mais aussi les secours très abondants des grâces célestes, provoqueront puissamment l'élan des âmes de tous vers un plus haut degré de sainteté, et aideront efficacement à la réorganisation de la société humaine. Eu effet, comme la licence effrénée des particuliers, tourne au détriment de tous, ainsi, par une logique nécessaire, le retour des individus à des sentiments meilleurs et l'ardeur dont chacun d'eux s'empresse vers une vie plus saintement réglée, purifient et unissent plus étroitement au Christ la communauté humaine elle-même tout entière. Puisse donc cet évé­nement solennel nous apporter en hâte une aussi complète restauration, comme l'exigent les circonstances. présentes !

C'est que, en réalité, si le catholicisme a enregistré en ces derniers temps de sensibles progrès, si les foules - après avoir longtemps et profondément éprouvé combien était vain l'espoir d'un ordre de choses plus satisfaisant, et combien demeurait inquiet l'esprit qui a rejeté Dieu - semblent plus altérées de religion, il faut cependant encore réfréner, conformément aux préceptes de la loi évangélique, les avidités populaires et les cupidités déchaînées et cruel­les des nations ; il faut réaliser l'union des hommes dans la divine charité. Peut-il être, en effet, question de renouer entre les peuples des liens de fraternelle union et de ramener une paix durable, tant que les citoyens n'ont pas revêtu, ni les gouvernements admis à leurs conseils la véritable charité, trop longtemps endormie, que dis-je, trop longtemps déposée, au temps de la dernière guerre ?             .

Or, il est à peine besoin d'indiquer et d'exposer combien l'année sainte est efficacement ordonnée et merveilleusement apte à profiter cette pacification des individus et des nations : Est-il, en effet, un moyen plus approprié à procurer l'union des hommes entre eux que l'essaim considérable des pèlerins qui toutes parts affluent vers Rome, seconde patrie des peuples catholiques, qui se pressent autour du Père commun des fidèles, et confessent d'une voix commune la même foi, qui s'approchent ensemble et sa distinction de castes de la Très Sainte Eucharistie principe de l'unité, qui développent et laissent pénétrer en eux-mêmes l'esprit de charité, signe caractéristique du christianisme, comme le rappellent é l'enseignent à tous, les monuments sacres de la Ville Eternelle ?    

Nous désirons également voir, dans l'épanouisse­ment de cette charité, rentrer dans notre communion les Eglises séparées de l’Eglise Romaine par un schisme séculaire et combien funeste. Rien, en effet, ne saurait nous être plus agréable et plus doux que d'étreindre et de compter au nombre de nos fils très chers, â l'occasion du « grand jubilé », sinon tous les égarés, du moins un grand nombre d'entre eux, rentrés dans l'unique troupeau du Christ. Or, nous avons le ferme espoir de voir germer en premier lieu, parmi les fruits de l'année sainte, ces fruits éclatants et si ardemment souhaités. Sans doute, rien ne serait ­plus favorable au réconfort et au réveil de la piété populaire, comme à l'acquisition des nombreux avantages du jubilé, que le développement facile des exercices selon les traditions des âges anciens ; toutefois, nous demandons au Dieu très bon de suppléer par les richesses de sa miséricorde aux déficiences qui pourraient, de quelque façon que ce soit, dériver des conditions de la vie présente ou affecter les travaux et les projets d'organisation ou de direction des solennités futures. 

II. - Indiction et promulgation du « Grand Jubilé »

 A) DÉTERMINATION DE L'EPOQUE. - C'est pourquoi, considérant les faveurs et les avantages que la religion catholique et les âmes rachetées par le sang précieux du Christ vont retirer de l'année sainte, fermement confiant, sur la foi de garanties solides, en leur réalisation, suppliant le Seigneur auteur et dispensateur de tous les biens, de vouloir bien se montrer propice à notre projet, exciter et mouvoir tes volontés des hommes à ta pénitence et à l'utilisation de cette grâce insigne, fidèle à suivre les traces de nos prédécesseurs, les Pontifes romains ; avec l'assentiment de nos Frères, les Eminentissimes Cardinaux de la Sainte Eglise romaine, par l'auto­rité du Dieu tout-puissant, des Bienheureux Apôtres Pierre et Paul, et la Nôtre ;- pour la gloire de Dieu, le salut des âmes et l'accroissement de l'Eglise catholique, nous décrétons par ces Lettres et nous promulguons le Grand et Universel Jubilé qui devra commencer dans la Ville Sainte aux premières Vêpres de Noël mil neuf cent vingt quatre, pour prendre fin aux premières Vêpres de Noël mil neuf cent vingt­-cinq. 

B) PRIVILÈGES DE L'ANNÉE JUBILAIRE - En conséquence, nous concédons et nous accordons miséricordieusement dans le Seigneur, l'indulgence plénière, la pleine rémission et le pardon complet de leurs péchés à tous les fidèles du Christ, de l'un et de l'autre sexe, qui, légitimement absous et communiés, visiteront, en y priant à nos intentions, les Basiliques romaines des SS. AA. Pierre et Paul, de S. Jean de Latran et de Sainte-Marie Majeure, une fois au moins le jour, pendant vingt jours consécutifs ou discontinus, naturels ou ecclésiastiques (c'est-à-dire calculés des premières Vêpres de la veille au coucher du soleil du jour proprement dit, s'il s'agit des citoyens ou des habitants de Rome ; pendant a moins dix jours, calculés de la même manière, s'il s'agit des pèlerins venus à Rome à cette occasion. 

C) INTENTIONS DU SOUVERAIN PONTIFE.- Quelle est, par ailleurs, l'intention générale du Souverain Pontife, vous ne l'ignorez certainement pas, Nos très chers Frères ; mais il est une intention particulière que nous formons à l'occasion du grand jubilé, et dont vous demanderez avec nous la réalisation. Nous voulons dire la Paix ; non pas la paix, imprimée sur des chartes, mais la paix gravée au fond des cœurs, la paix qu'il faut rendre aux peuples, la paix qui, moins éloignée peut-être aujourd'hui que naguère, paraît encore trop absente au gré de nos désirs et des désirs de tous. Mais si vous, habitants de la ville ou pèlerins venus à Rome, l'âme purifiée de vos fautes et brûlante de charité, vous implorez du Ciel ce bienfait, sur les tombeaux des Saints Apôtres, ne faut-il pas fermement espérer que le Christ, Prince de la Paix, qui jadis apaisa d'un geste les flots de la mer de Galilée n'ait enfin pitié de nous et ne commande pareillement aux tempêtes, qui depuis si longtemps bouleversent l'Europe, de se calmer et de s'apaiser  ?

En outre, Nous formons aussi le souhait que tous les habitants de la ville et tous les pèlerins qui y viendront à l'occasion du jubilé, recommandent instamment à la pitié de Dieu deux autres soucis qui nous causent de cruelles angoisses et intéressent au premier chef la religion : à savoir que tous les non-catholiques rentrent dans le sein de la véritable Eglise et que les affaires de Palestine s'organisent et s'ordonnent conformément aux exigences et aux droits sacrés du catholicisme.

 D) DISPOSITIONS SPÉCIALES. -Toutefois, Nous adoucissons les conditions imposées plus haut â ceux qui veulent gagner l'indulgence plénière du jubilé, en faveur de ceux qui, arrêtés par la maladie ou quelque autre raison légitime, ou bien empêchés par une mort prématurée, soit dans la ville, soit au cours dit voyage, ne pourraient terminer ni même commencer la série des visites prévues : nous voulons que, légitimement absous et communies, ils bénéfi­cient de l'indulgence et de la rémission jubilaires, comme s'ils avaient réellement visité les quatre basiliques déterminées par nous. 

III. - Invitation pressante du Souverain Pontife.

 Il ne nous reste plus, Nos Très Chers Frères, qu'à vous inviter tous très instamment et très affectueusement à venir à Rome pour y puiser aux trésors de la Bonté divine les grâces que Notre Sainte Mère l'Eglise vous engage à recueillir. Il ne conviendrait pas que, sur ce point, vous fassiez preuve de lâcheté ou d'indolence, alors que l'on voit, de nos jours tout particulièrement, le monde fiévreux et empressé poursuivre les biens temporels, art détriment même de la loi et de la moralité.

Aussi bien, rappelez-vous le nombre considérable des pèlerins de toute condition que les jubilés précédents ont rassemblés à Rome pour l'année sainte, au prix d'un voyage long et pénible, parfois même périlleux ; certes, aucune difficulté ne les avait détournés de leur fin bienheureuse. Et puis, s'il trouve quelque incommodité, soit dans le voyage soit dans le séjour à Rome, non seulement cette mortification, supportée en esprit de pénitence, vous donnera à obtenir une rémission plus entière de vos fautes, mais elle trouvera bien une compensation des consolations multiples et de tous ordres ».

La ville en effet où vous allez pénétrer, c'est ville que le Sauveur des hommes, le Christ Jésus, choisie pour être le centre de sa religion et le Siège perpétuel de son Vicaire ; c'est la ville d'où s'écoulé vers vous les eaux limpides et très pures de la sainte doctrine et du céleste pardon. Là, vous prierez comme il faut votre Père commun, qui vous aime et que vous aimez ; là, votre piété trouvera un accès facile aux antiques hypogées, aux tombeaux des Princes des Apôtres, près des reliques secrètes des glorieux martyrs. Les temples vous seront ouverts, qui furent élevés depuis tant de siècles, en l'honneur de Dieu et des saints du ciel, avec tant d'art et de magnificence que le monde n'en a point présenté ni ne saurait offrir de plus splendides à l'admiration des hommes. En vérité, si vous visitez comme il convient la prière sur les lèvres, ces monuments de la religion chrétienne, comme vous retournerez dans vos foyers l'âme remplie d'une foi plus vive et la volonté mieux disposée à faire le bien !

Il ne faut pas, en effet, que votre séjour à Rome ressemble à celui de ses hôtes et de ses visiteurs habituels ; bien au contraire, vous éviterez tout ce quiest profane, imprégnés que vous serez de l'esprit de pénitence, si redouté du naturalisme contemporain modestes dans vos regards, dans vos démarches tout spécialement dans votre vêtement, vous serez uniquement attentifs à ordonner vos actes en vue des intérêts de vos âmes. A ce sujet, nous en avons la certitude, les soins empressés de vos évêques ne vous manqueront pas dans votre pèlerinage : ou bien ils vous précéderont, dirigeant eux-mêmes vos phalanges sacrées, ou bien ils mettront, à votre tête des prêtres ou de pieux laïques ; avec de tels chefs, le pèlerinage sera parfaitement organisé et religieusement mené à bien.

Afin que ces Lettres arrivent plus facilement à la connaissance de tous les fidèles, Nous voulons que l'on ajoute à tous leurs exemplaires, même imprimés pourvu qu'ils soient munis du seing d'un notaire public et du sceau d'un dignitaire ecclésiastique, la même foi que l'on accorderait à ces présentes si elles étaient répandues et divulguées.

En conséquence, qu'il ne soit permis à personne d'infirmer cette Lettre d'Indiction, de promulgation,. de concession et de manifestation de Notre volonté, ou d'oser témérairement y contredire. Si quelqu'un avait la présomption de commettre pareil attentat, qu'il sache bien qu'il encourrait l'indignation du Dieu Tout-Puissant et des Bienheureux Apôtres Pierre et Paul.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le vingt-neuvième jour du mois de mai, l'an mil neuf cent vingt­-quatre de l'Incarnation, de notre Pontificat le troi­sième. 

O. Card. Cagiano                  P. Cardinal Gasparri

Chancelier de la S.E.R.                      Secrétaire d'État.        

                                 Julius Campori, Prot. Ap.

                                  Raphael Virili, Prot. Ap.

 Loco + Plumbi.

Visa : M. RIGGi. C. A. Not.

Reg. In Cane. Ap. vol. XXIX  N. 45 

Constitution Apostolique « Ex quo primum »

du 5 juillet 1924.

 Depuis qu'il a été décidé, non sans une inspiration d'en haut, qu'un grand jubilé aurait lieu à période fixe en cette ville sainte, ni la situation politique, ni les distances n'empêchèrent les multitudes d'affluer à Rome pendant l'année sainte. Les fidèles de tous rangs, même rois et empereurs, comme en témoigne l'histoire, eurent à cœur de venir en pèlerinage au Siège apostolique en vue de puiser auprès de l'é­vêque de Rome et successeur de Pierre - qui est le gardien et l'interprète authentique de la sainte doc­trine en même temps que la source pure de la vérité surnaturelle - de quoi s'affermir dans la foi com­mune et de s'élever à une plus haute sainteté dans la charité qui est le lien de la perfection.

Afin d'attirer le plus grand nombre possible de fidèles à Rome pour y trouver des moyens plus abon­dants d'expiation réservés à cette ville et reconnaître par leur présence l'autorité souveraine et incontestée de l'Eglise romaine, Notre prédécesseur Sixte IV décréta, en 1473, qu'à la promulgation de l'indulgence du jubilé toutes les absolutions de peines concédées ou à concéder, ainsi que tous les pouvoirs accordés à qui que ce soit en dehors de Rome, de dispenser ou d'absoudre au for interne et externe, au nom et en vertu de l'autorité du Saint-Siège, s'arrêteraient, et seraient suspendus pendant l'année sainte. De cette discipline que par la suite, selon les temps et la situation, Nos prédécesseurs adoucirent beaucoup, Nous n'estimons pas qu'il faille s'écarter, d'autant plus que de nos jours les voyages même par groupes très nombreux s'organisent avec assez de facilité et de commodité, et qu'il y a un plus vif intérêt pour la religion et la société humaine à voir les pèlerins se rendre très nombreux à Rome pour s'attacher plus étroitement au centre de l'unité catholique comme aussi pour se pénétrer des plus nobles sentiments de charité et de paix. De plus, à contempler ce pieux spectacle de tant de Nos fils se réunissant à Rome, malgré les distances, par terre ou par mer, il est impossible que les non-catholiques de bonne foi ne soient pas touchés et que le désir plus vif de l'unité religieuse n'envahisse leur âme.

C'est pourquoi, en vertu de Notre autorité aposto­lique, ainsi que le firent Nos prédécesseurs en pareil cas, Nous décrétons l'interruption et la suspension des indulgences usitées et des pouvoirs qui doivent s'exercer en Notre nom en dehors de Rome, cela pendant toute la durée de l'année sainte, sauf les exceptions que Nous allons énumérer.

Parmi les indulgences concédées pour les vivants, Nous voulons que demeurent entières et sans chan­gement

I. Les indulgences à gagner in articulo mortis.

II. Celle dont jouissent tous ceux qui, au son de la cloche, récitent l'Angélus ou une autre prière selon le temps.

III. Les indulgences accordées à ceux qui vi­sitent avec dévotion les églises où a lieu l'exposition des Ouarante-Heures.

IV. Les indulgences accordées à ceux qui accompagnent le Saint Sacrement porté aux malades ou, à cette occasion, envoient d'autres personnes por­ter un cierge ou un flambeau à leur place.

V. L'indulgence accordée toties quoties à ceux qui visitent la Portioncule dans l'église Sainte Marie des Anges, près Assise.

VI. Les indulgences que les cardinaux de la Sainte Eglise romaine, les nonces du Saint-Siège, ainsi que les archevêques et évêques, ont coutume d'accorder dans l'exercice des Pontificaux en donnant la béné­diction ou sous une autre forme en usage.

Toutes les autres indulgences plénières et par belles, soit directement concédées par le Siège apos­tolique, soit concédées ou à concéder de quelque ma­nière que ce soit par d'autres, en vertu d'un pouvoir que leur accorde le droit lui-même ou un indult par­ticulier, Nous décrétons que pendant l'année sainte elles ne profitent pas aux vivants, mais seulement aux défunts. Par cette même Lettre, Nous ordonnons et mandons, qu'en dehors des indulgences du jubilé et des exceptions énumérées plus haut, aucune autre ne soit publiée, indiquée ou mise en usage, sous peine d'excommunication ipso facto et d’autres punitions laissées au jugement des Ordinaires.

Pour la même raison, qui conseille l'interruption des indulgences, Nous suspendons et Nous voulons annuler, pour la durée du jubilé, en dehors de Rome et de ses faubourgs, les pouvoirs et les indults per­mettant d'absoudre des cas réservés à Nous et au Siège apostolique, ainsi que des censures, de dispenser des vœux et de les commuer, de dispenser des irrégularités et, des empêchements, pouvoirs et indults concédés à quelque personne et de quelque façon que ce soit.

Pour ne pas Nous écarter de la discipline récem­ment renouvelée, Nous décrétons les exceptions sui­vantes

I. Nous ratifions tous les pouvoirs accordés de quelque façon que ce soit par le Code du droit cano­nique, sauf les pouvoirs venant d'un privilège non révoqué par le Code comme aux canons 4 et 613.

II. Nous ratifions les pouvoirs au for externe donnés par le Saint-Siège aux nonces, internonces et délégués apostoliques ou accordés par lui aux Or­dinaires des lieux et aux Supérieurs des Ordres re­ligieux.

III. Enfin les pouvoirs que la Sacrée Péniten­cerie a coutume d'accorder aux Ordinaires ou aux confesseurs pour le for interne, Nous ne les suspen­dons pas, hors de Rome, mais permettons de les exer­cer à l'égard des pénitents qui, au moment où ils se confessent, ne peuvent, au jugement de l'Ordinaire ou du confesseur, aller à Rome sans grave inconvé­nient.

(Suivent les formules promulguant et ordonnant les décisions énoncées).

 Le Jubilé de 1925.

I.

 Pour bien comprendre le jubilé, un mot d'histoire est nécessaire.

L'usage du jubilé dans l'église remonte au moins à l'an 1300. Vers cette date, Boniface VIII vit arriver à Rome une foule de pèlerins. Parmi eux, un vieil­lard de cent-sept ans raconta au Pape que, un siècle plus tôt, son père l'avait amené à Rome pour visiter la basilique de Saint-Pierre et gagner ainsi une grande indulgence. Deux vieillards du diocèse de Beauvais et quelques Italiens confirmèrent cette tra­dition. Malgré l'absence de documents écrits, vainement cherchés dans les archives romaines, le Pape„ après avoir longuement consulté les cardinaux, ac­corda par une bulle, pour l'année 1300 et pour toutes les années séculaires suivantes, une indulgence plé­nière à ceux qui visiteraient pendant trente jours les basiliques de Saint-Pierre et de Saint-Paul.

Le mot « jubilé » ne se trouvait pas dans cette bulle, mais fut donné à l'année sainte par les con­temporains, en vertu d'une analogie avec l'année ju­bilaire qui, tous les cinquante ans, sous l'Ancien Testament interrompait les travaux des champs, ren­dait la liberté aux esclaves, et les terres aux proprié­taires dépossédés.

Y avait-il eu déjà l'équivalent d'un jubilé en 1200, ou même en 1100, ou plus tôt encore ? Les savants ne sont pas d'accord sur ce point. Du moins, il sem­ble qu'avant 1300, on gagnait des indulgences à visiter les basiliques romaines et qu'aux années sécu­laires beaucoup de chrétiens célébraient le centenaire de la naissance du Christ.

En tout cas le premier jubilé certainement histo­rique, celui qu'accorda Boniface VIII à l'entrée du quatorzième siècle, amena des multitudes dans la capitale du monde chrétien. « On estime à 200.000 en moyenne le nombre des étrangers présents à Rome chaque jour de l'année jubilaire ». Durant toute l'année, le nombre des visiteurs n'aurait pas été inférieur à deux millions, chiffre très imposant, surtout si l'on songe aux moyens de transport de cette époque.

Le succès du jubilé amena les papes d'abord à le­ rendre plus fréquent, puis à l'étendre hors de Rome. Au lieu de rester une faveur forcément restreinte, gagner son jubilé deviendrait accessible à la bonne volonté de tous les fidèles.

D'Avignon, où il résidait, Clément VI, cédant aux prières des Romains, décida que le jubilé aurait lieu tous les cinquante ans. Le jubilé de 1350 amena aux pieds des saints apôtres encore plus de pèlerins que celui de 1300. Urbain VI voulut que l'intervalle entre , deux jubilés fut de trente-trois ans, pour rappeler les années de l'Homme-Dieu durant sa vie mortelle. Mais Nicolas V recommença à n'autoriser le jubilé que tous les cinquante ans. Enfin Paul II arrêta que le jubilé serait célébré tous les vingt-cinq ans ; loi restée en vigueur dans l'Eglise depuis 1475.

Ne va pas à Rome qui veut. Le cœur compatissant des Souverains Pontifes ne souffrit pas que l'immense majorité des chrétiens fût privée des bienfaits de l'année sainte. Boniface IX accorda à quelques villes la faveur du jubilé. Alexandre VI fit mieux. En 1500, il permit aux chrétiens de participer partout à l'in­dulgence jubilaire. Depuis cette date, voici ce qui se passe : après que l'année sainte est terminée à Rome, le Pape en étend le bénéfice à tout l'univers pour un temps moins long. Ainsi, à peine fini le jubilé de 1900, Léon XIII, par une nouvelle bulle, l'étendait au monde entier pour six mois : le jubilé de 1901, hors de Rome, n'était que la continuation du jubilé romain de 1900.

L'année sainte commence aux premières Vêpres de Noël. L'ouverture en est symbolisée par l'ouverture de la porte sainte de Saint-Pierre, porte qui demeure murée dans l'intervalle des jubilés. Le Pape l'ouvre en personne, tandis que des cardinaux en font autant pour les portes murées des autres grandes basiliques. L'origine de cette cérémonie est assez obscure. Se rattache-t-elle à une croyance légendaire d'après la­quelle les pécheurs auraient obtenu la rémission de leurs crimes en passant sous la porte dorée ? ou à une autre légende montrant, dans la porte de Saint-­Jean de Latran, l'ouverture par laquelle les anges auraient apporté, sous Constantin, l'image du Sau­veur ? Peu nous importe. La haute signification mo­rale de ce geste n'échappe à personne : le successeur de Pierre, celui à qui le Christ a confié les clefs du ciel, en ouvre plus largement les portes en cette an­née de bénédiction.

De cette chevauchée à travers les siècles nous rap­portons une première notion du jubilé. C'est (con­formément à l'étymologie latine), un temps de joie ; c'est surtout un temps de grâce, oùle vicaire de Jé­sus-Christ, en accordant une indulgence plénière et d'autres faveurs de choix, presse instamment tous les pécheurs de se réconcilier avec Dieu et tous les justes de croître en ferveur.

 II.

 Reste à préciser cette notion. Quelles faveurs le Pape accorde-t-il au temps du jubilé ? Comment en profite-t-on ? Il nous est impossible d'entrer ici dans les derniers détails. Non seulement la place nous manquerait, mais, à préjuger les décisions futures du Chef de l'Eglise, nous risquerions d'induire en erreur nos lecteurs. En effet, la détermination exacte des faveurs- du jubilé, ainsi que des conditions- re­quises pour le gagner, n'est pas fixée une fois pour toutes, mais dépend de la volonté du Pape actuellement régnant.

A l'heure où nous écrivons (juin 1924) la Bulle d'in­diction du jubilé vient de paraître. Sans doute d'autres documents officiels la complèteront, comme en 1900. Nous citerons ici entre guillemets, et en indi­quant la référence, des passages de la récente Bulle. Quant à ce dont la Bulle ne parle pas, force nous est, en attendant des décisions ultérieures, de le conjec­turer, d'ailleurs avec une grande vraisemblance, d'après l'expérience des jubilés précédents, surtout d'après celui de 1900.

A ceux qui feront le jubilé, le Souverain Pontife accorde « dans le Seigneur la très plénière indul­gence, la rémission et le pardon de leurs péchés ».

Mais l'indulgence plénière n'est pas la seule faveur du jubilé. Le Pape accorde les plus larges pouvoirs aux confesseurs à l'égard des personnes qui veulent gagner le jubilé ; pouvoir d'absoudre de toutes les ex­communications et autres censures, si graves soient­-elles, et infligées par n'importe qui, et de tous les péchés, même de ceux dont l'absolution est ordinai­rement réservée aux évêques ou au Siège aposto­lique ; pouvoir de commuer les vœux (sauf les vœux de religion et les vaux faits en faveur d'un tiers) ; pouvoir de dispenser de certaines irrégularités (empêchements aux saints ordres).

En 1900, comme précédemment, pour encourager les fidèles à visiter la Ville Eternelle, le Souverain Pontife, en même temps qu'il augmentait grandement les pouvoirs des confesseurs à Rome, diminuait ceux des confesseurs et des supérieurs ecclésiastiques ou religieux, du reste de l'univers. Mais en 1901 c'était partout, sauf à Rome, que les pouvoirs étaient accrus.

Egalement en 1900, mais non en 1901, le Souverain Pontife suspendait pour les vivants le gain de pres­que toutes les indulgences. Les âmes du purgatoire n'y perdaient rien, tout au contraire : toutes les indulgences suspendues pendant l'année du jubilé purent être gagnées pour les défunts, même celles qui ordinairement ne leur étaient pas applicables. L'indulgence plénière du jubilé n'est, disait-on, ap­plicable aux défunts que si le Pape le déclare for­mellement. Le Code de droit canon, déclare « appli­cables aux âmes du purgatoire toutes les indulgences accordées par le Pontife romain, à moins d'exception certaine » (can. 930). Mais la S. Pénitencerie nous apprend qu'on ne gagne que pour soi l'indulgence du jubilé la première fois qu'on accomplit les œuvres prescrites, mais que, les fois suivantes, on peut l'ap­pliquer aux âmes du purgatoire.

Les œuvres prescrites pour le jubilé sont la con­fession, la communion et des visites d'églises déter­minées.

Traduisons la Bulle : l'indulgence plénière est ac­cordée « à tous les fidèles des deux sexes qui, s'étant confessés et ayant communié, auront pieusement vi­sité les basiliques romaines des bienheureux Pierre et Paul, de Saint-Jean de Latran et de Sainte-Marie Majeure, au moins une fois par jour, pendant vingt jours, continus ou non, naturels ou ecclésiastiques, c'est-à-dire depuis les premières vêpres d'un jour jusqu'au crépuscule complet du jour suivant, s'ils vivent à Rome comme citoyens ou habitants ; pendant au moins dix jours, comptés de la même façon, s'ils y sont venus en pèlerins, et ont prié à nos intentions ». La confession et la communion doivent être diffé­rentes de la confession annuelle et de la communion pascale, obligatoires par ailleurs. La confession pour le jubilé est requise même des personnes qui ont gar­dé l'état de grâce. La communion peut être commuée en d'autres œuvres par les confesseurs, en faveur des jeunes enfants ou des personnes qui seraient dans l'impossibilité de communier.

Mais le jubilé est avant tout un pèlerinage aux principaux sanctuaires romains. Les habitants de Rome doivent visiter, au moins une fois par jour pendant vingt jours, avec ou sans interruption, Saint-­Pierre, Saint-Paul, Sainte-Marie Majeure, Saint-Jean de Latran ; pour les étrangers, il suffit de dix jours. A chaque visite, il faut prier aux intentions du Sou­verain Pontife, « pour l'exaltation de l'Eglise, l'extir­pation des hérésies, la concorde des princes catho­liques et le salut du peuple chrétien » ; quelques priè­res vocales sont de rigueur.

La Bulle d'indiction récompense de leur bonne vo­lonté ceux qui s'étaient mis en route pour le jubilé et ont été empêchés de l'accomplir. « En faveur de ceux qui, par la maladie ou une autre cause légitime, ont été arrêtés à Rome ou durant le voyage, ou même surpris par la mort, et n'ont pu achever, ou même commencer, le nombre fixé des jours et des visites, nous adoucissons nos prescriptions au sujet de l'in­dulgence plénière : ces fidèles, bien absous de leurs fautes et nourris de la sainte communion, partici­peront à l'indulgence et à la rémission du jubilé de la même façon que s'ils avaient visité effectivement les quatre basiliques susmentionnées ».

Le jubilé de 1900 pouvait être gagné ailleurs qu'à Rome par certaines catégories de personnes hors d'état de s'y rendre, telles que religieuses cloîtrées, femmes vivant en communauté, ermites, malades, prisonniers.

Avoir gagné, même plusieurs fois, l'indulgence du jubilé en 1900, soit à Rome, soit, par faveur, hors de cette ville, n'empêchait personne de le gagner par­tout ailleurs en 1901. Pour cela il fallait faire soixante visites, réparties en quinze jours, à la cathédrale, si l'on se trouvait dans une ville épiscopale ; sinon, dans l'église principale.

Les œuvres prescrites peuvent se suivre dans n'importe quel ordre ; pour obtenir l'indulgence, il est requis qu'au moins la dernière œuvre se fasse en état de grâce.

 III.

 L'exposé précédent montre assez quelles fins l'E­glise se propose, quels résultats elle escompte de la concession d'un jubilé. C'est d'abord la conversion des pécheurs. Voici comment s'exprimait Léon XIII en promulguant le jubilé de 1900 : « Nous voulons, disait-il, mettre à la portée des âmes malades les remèdes que Jésus-Christ a voulu mettre en Notre pouvoir. Il importe donc d'avertir les hommes de leur devoir, de réveiller leurs cœurs assoupis dans l'oubli... L'Eglise multiplie ses supplications, augmente ses insistances, s'efforce d'apaiser la divinité outragée et d' obtenir du Ciel l'abondance des présents divins. Elle ouvre largement le trésor des grâces dont elle est la dispensatrice, elle invite à l'espoir du pardon l'ensemble des chrétiens et s'attache par-dessus tout à vaincre les volontés obstinées dans leurs résistances, en redoublant envers elles d'indulgence et d'amour ».

Pie XI compare le jubilé chrétien au jubilé hébreu : « Les jubilés offrent des analogies, mais l'année sainte l'emporte autant sur le jubilé ancien que les biens spirituels sur les biens de la terre. Dans l'année sab­batique des Hébreux, les biens passés en d'autres mains revenaient à leurs anciens propriétaires ; les esclaves, rendus à la liberté, rentraient dans leur fa­mille ; les débiteurs obtenaient la remise de leurs dettes ; tout cela s'accomplit plus heureusement parmi nous dans l'année jubilaire. En effet, tous ceux qui, vraiment pénitents, exécutent à l'époque du grand jubilé les salutaires prescriptions du Siège aposto­lique, recouvrent complètement toute la somme de mérites et de dons qu'ils avaient perdus par le péché ; ils sont si pleinement libérés du très cruel esclavage de Satan qu'ils retrouvent la liberté par laquelle le Christ nous a délivrés  ; et enfin, en vertu des mérites surabondants du Christ-Jésus, de la bienheureuse Vierge Marie et des saints, ils sont pleinement amnistiés de toutes les peines auxquelles ils étaient con­damnés pour leurs fautes et leurs vices ».

Un autre but de l'année sainte est d'accroître la ferveur des âmes justes. Citons encore la Bulle : « En ce temps favorable, en plus de la visite des lieux les plus saints et des exercices de piété multipliés en particulier et en public, les secours des plus abon­dantes grâces du ciel auront la plus grande impor­tance pour pousser partout les âmes à un degré plus élevé de sainteté et réparer les maux de l'humanité ». Le Souverain Pontife espère que le jubilé resserrera l'union des fidèles avec le Siège apostolique, et par conséquent l'union des hommes entre eux, et que les prières communes du monde entier obtiendront du ciel trois grands bienfaits : une véritable paix entre les peuples, le retour des non-catholiques à la véri­table Eglise du Christ, enfin, le respect des droits du catholicisme en Palestine.

Le jubilé est encore destiné à mettre en honneur les pieux pèlerinages. Il doit réhabituer beaucoup de chrétiens à prendre plus fréquemment le chemin des églises, à visiter volontiers et souvent l'Homme-Dieu et ses saints dans leurs sanctuaires. C'est une excellente occasion de secouer la tiédeur, de terrasser le respect humain, et aussi d'attirer l'attention des indifférents : ces manifestations de piété collective for­cent les plus aveugles à reconnaître la vitalité de notre Eglise immortelle et toujours jeune, l'intaris­sable fécondité de sa sève généreuse. Un tel spectacle est de nature à convertir des âmes droites et à dé­tourner les hommes d'Etat intelligents de toute vel­léité d'une persécution où ils n'auraient pas le der­nier mot.

 IV.

 A nous de répondre pleinement aux intentions mi­séricordieuses de notre mère la sainte Eglise ; à nous, dès maintenant, de nous y préparer.

D'abord, il faut décider, à tout prix, les pécheurs à faire leur jubilé, à profiter de cette planche de salut qu'ils risquent de ne pas retrouver. Comme il y a des lieux plus favorisés des grâces célestes, il y a aussi, pour les appels divins, des temps privilégiés. L'année sainte est du nombre. En même temps que l'Eglise fait tout pour faciliter le retour des pécheurs, Dieu parle au fond de leurs âmes, les stimule de  remords salutaires qu'ils ne parviennent pas toujours à étouffer, leur inspiré le désir et l'espoir du pardon. Il appartient aux prêtres de faire connaître partout : le jubilé, en chaire et dans les entretiens particuliers, par les bulletins paroissiaux, les tracts, les affiches à l'intérieur des églises et ailleurs, dans les catéchismes, les patronages, les cercles d'études. Il faut que tous les catholiques soient conviés à bénéficier de cette gigantesque mission qui s'adresse à tout l'univers. Les aveux les plus pénibles, on n'omettra pas de le rappeler, seront d'autant plus facilités, et le respect humain d'autant plus facile à vaincre, qu'en fait les pécheurs se trouveront très nombreux, dans ce jubilé, comme dans tous les précédents, à se mettre en règle avec Dieu. L'action du prêtre sera prolongée, et au besoin suppléée, par l'heureuse influence des chrétiens zélés. La naïve insistance des enfants, leur touchante importunité à parler du jubilé amènera plus d'une fois la conversion de leurs pères. Une mère, une sœur, une fille, une épouse chrétiennes emploie­ront toutes les séductions de leur douceur, de leur bonté, pour ramener dans la bonne voie un être chéri, et y réussiront souvent. Dans la bulle promulguant le jubilé de 1901, extension de celui de 1900, Léon XIII se félicitait que des centaines de milliers de personnes eussent déjà profité des faveurs jubilaires, que beau­coup d'âmes se fussent « purifiées par un repentir sa­lutaire et renouvelées par la pratique des vertus chré­tiennes ». Et, plus de trois siècles auparavant, le bienheureux cardinal Bellarmin avait écrit : « L'année jubilaire produit de si grands fruits de pénitence, de si merveilleuses conversions, des œuvres si magni­fiques de piété, qu'on peut à bon droit l'appeler l'an­née sainte, agréable à Dieu, l'année féconde en grâ­ces ». A nous d'assurer la même efficacité au jubilé de 1925.

Mais l'on se tromperait grandement en limitant l'ef­ficacité du jubilé à une bonne confession faite par de nombreux pécheurs. Les âmes justes, les âmes ferventes sont invitées, elles aussi, à gagner leur jubilé et auraient grand tort de se priver de ce précieux moyen de sanctification sous prétexte que l'Eglise ne nous impose pas l'obligation d'accepter ce bienfait.

Ne nous laissons pas arrêter par une objection. Au temps de Boniface VIII, dira-t-on, une indulgence plénière était une faveur exceptionnelle : aussi, pour se l'assurer, ne reculait-on devant aucune œuvre à pratiquer. Aujourd'hui il en va tout autrement. La générosité de l'Eglise en fait d'indulgences, même plénières, est presque illimitée. A quoi bon s'astrein­dre aux prescriptions si compliquées du jubilé pour gagner ce qui s'obtient beaucoup plus aisément ? Et d'abord, il ne suffit pas qu'une indulgence soit con­cédée pour qu'elle soit gagnée. S'il faut, pour gagner une indulgence plénière, des dispositions très par­faites, s'il faut avoir rejeté toute attache, tant soit peu volontaire, au moindre péché véniel, on peut se demander combien de personnes gagnent complètement les indulgences plénières, pour combien elles sont plénières en réalité. Parmi les fidèles qui, après une communion médiocrement fervente, récitent assez machinalement la prière : En ego..., est-ce le plus grand nombre ou même un grand nombre qui gagnent complètement l'indulgence plénière ? Dieu le sait, - lui seul. Celui qui s'est astreint à toutes les œuvres du jubilé, en déployant beaucoup plus de bonne vo­lonté, en correspondant à des grâces spéciales, a amé­lioré ses dispositions intimes et a donc un espoir bien plus fondé d'obtenir une indulgence véritablement plénière.  Mais une considération plus fondamentale s'impose. L'essence de la vie chrétienne ne consiste pas, comme se l'imaginent quelques personnes d'une dévotion peu éclairée, à amasser le plus possible d'indulgences en multipliant indéfiniment les pratiques les plus diver­ses. Si estimables que soient les indulgences, les mérites le sont encore bien davantage. L''indulgence efface notre dette, en tout ou en partie ; le mérite, nous enrichit positivement, accroît en nous la vie di­vine, rend nos âmes de plus en plus belles, de plus en plus agréables à Dieu, nous donne droit à une récompense plus considérable pour toute' l'éternité ; en nous sanctifiant nous-mêmes, il fait rayonner au­tour de nous une atmosphère surnaturelle et- nous obtient pour le prochain des secours plus abondants. Les indulgences doivent nous encourager à la pratique des vertus, à l'amour de Dieu, et non ramener toutes nos préoccupations à une arithmétique dessé­chante d'où l'âme serait vite absente, et qui rappel­lerait trop le formalisme des anciens rabbins. Ne l'oublions jamais, la perfection consiste avant tout, dans l'amour de Dieu et du prochain pour Dieu. As­surer de plus en plus parfaitement le règne de la charité en nous, et pour cela progresser dans les autres vertus qui la préparent ou l'escortent, voilà l'idéal proposé à nos efforts et dont le jubilé nous aide à nous rapprocher.

La meilleure préparation à la confession et à la communion jubilaires sera la fervente et fréquente réception des sacrements. Rien n'augmentera davantage notre capital de grâce sanctifiante, rien ne nous vaudra plus de secours célestes, non seulement pour accomplir courageusement toutes les œuvres du ju­bilé mais pour les animer de l'esprit intérieur qui en fait le prix.

Puisque le jubilé est surtout un pèlerinage, ou une série de pèlerinages, aux principaux sanctuaires de Rome, nous ne saurions trop conseiller à nos lecteurs de se rendre l'an prochain dans la Ville Eternelle. Heureux ceux que le jubilé y amènera ou v ramè­nera ! De cette ville, unique au monde, ils garderont un souvenir impérissable. Sans doute leurs yeux res­teront éblouis par le bleu intense du ciel d'Italie, les ruines imposantes du forum et du palatin, les fon­taines jaillissantes et les obélisques qui décorent pres­que toutes les places, mais la Rome chrétienne les aura touchés bien davantage. Longues galeries des catacombes où les peintures et les sarcophages rap­pellent la foi des martyrs à l'Eucharistie et à la ré­surrection ; splendeur fastueuse de ces incomparables basiliques, où la profusion du marbre et de l'or et la beauté des mosaïques chantent le triomphe du pê­cheur de Galilée qui vint installer, jusqu'à la fin du monde, au centre du paganisme, le culte du Divin Crucifié ; cryptes antiques qui nous reportent dans le cadre des premiers siècles ; inscriptions murales qui rappellent à chaque pas les bienfaits des papes ; c'est toute une ambiance oui imprègne l'âme d'une invin­cible confiance dans les destinées de l'Eglise, de la noble fierté d'être chrétien, surtout d'un plus vif at­tachement pour le successeur de Pierre. Voir de ses yeux la capitale de l'Eglise, le centre de l'unité, nous frappe bien plus, pénètre nos âmes de beaucoup plus de foi et de piété que les notions abstraites et loin­taines de nos catéchismes. Nous ne sommes pas de purs esprits. Heureux surtout les pèlerins à qui il sera donné de contempler de prés l'homme blanc du Vatican, d'entendre le son de sa voix, de se proster­ner sous sa main bénissante ! Cette vision céleste ne sortira plus de leur mémoire, et ils en garderont pour la vie un grand attachement au vicaire du Christ, une parfaite docilité à tontes ses directions, un respect profond, une confiance inaltérable.

A Rome, aucun catholique n'est complètement dé­paysé. Il est chez lui, dans sa patrie spirituelle. Il touche du doigt cette admirable imité de l'Eglise qui dépasse, en les respectant, tous les nationalismes et plane, sans les détruire, par-dessus les frontières. Le grand nombre des catholiques de tous pays qui se rencontreront en 1925 au tombeau des saints apôtres contribuera, sans rendre inutiles d'autres garanties, à faire régner parmi les nations cet idéal de justice et de charité que les successeurs de Pierre rappellent si souvent au monde, et à empêcher, ou du moins à retarder, les conflits redoutés.

Cette miraculeuse unité de l'Eglise apparaîtra dans un relief plus saisissant si, comme plusieurs indices le laissent espérer, les pèlerins de Rome voient poin­dre l'aurore d'un concile œcuménique, s'ils pressen­tent déjà cette auguste assemblée où Pierre, dominant de sa haute taille ses frères dans l'épiscopat, les as­sociera à sa sollicitude et leur fera partager ses lourdes responsabilités. Quelle éloquente apologé­tique, qu'un tel spectacle !

Et comment le zèle des âmes ne s'enflammerait-il pas à visiter au Vatican l'exposition mondiale des missions ?

Toutefois le nombre des élus qui pourront gagner leur jubilé à Rome sera fatalement petit. Que ceux qui n'auront pas cette joie ne s'attristent pas ! Cer­tains sont autorisés à gagner le jubilé chez eux en 1925 et à tout chrétien il sera loisible de le gagner hors de Rome en 1926. Que tous se pénètrent bien des intentions de l'Eglise. Qu'ils s'entraînent aux vi­sites prescrites en entrant souvent, dès maintenant, dans leurs églises, qu'ils s'habituent à y prier aux intentions les plus élevées, les plus universelles de la chrétienté. Chacun n'a pas à portée les illustres sanc­tuaires romains, tous ne peuvent s'y rendre en pèle­rinage, mais partout il y a des églises où réside quelqu'un de plus grand que les apôtres, de plus précieux que les reliques de tous les martyrs, Notre-­Seigneur Jésus-Christ lui-même, qui multiplie sa pré­sence ineffable dans des millions de tabernacles. Trop souvent, hélas ! on le laisse dans sa froide solitude. Le jubilé réhabituera beaucoup de fidèles à entrer souvent dans les églises pour y visiter le meilleur des amis, s'entretenir avec lui dans une respectueuse familiarité, lui recommander les plus grands intérêts de son Eglise.

Puisse le prochain jubilé être pour tous une année de salut ! Puisse-t-il amener les pécheurs à une sincère pénitence, augmenter la dévotion envers le suc­cesseur de Pierre et l'union de` tous les catholiques entre eux, stimuler la ferveur, mettre plus en hon­neur les visites à l'hôte divin de nos tabernacles ! 

                                   E. Jombart.

                               Professeur de droit canon.

                            « Messager du Cœur de Jésus ». Octobre 1924. 

La présente circulaire sera lue en Communauté à l'heure ordinaire de la lecture spirituelle.

Recevez, mes très chers Frères, l'affectueuse as­surance du tendre et religieux attachement avec lequel je suis, en J. M. J.,

Votre très humble et tout dévoué serviteur,

                       Frère DIOGÈNE, Sup. Gén.

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Frères décédés depuis la Circulaire du 24 mal 1024.

 

NOMS DES DÉFUNTS         LIEUX DES DÉCÈS  Date des décès

 

 

F. James-Thomas     Profès temp. Poughkeepsie (États-Unis)        2 mai                                1924

F. Joseph-Anaclet                      Pommerœul (Belgique)     12 »    »

F. Giuseppe                  »           San Remo (Italie)             19 »    »

F. Gausbert             Profès perp.St. Paul-3-Châteaux (Drôme) 20 »   »

F. Hilary                     Stable      Mittagong (Australie)

F. Gombert              Profès perp.N. D. de l'Hermitage (Loire)             5 juin

F. Valerian                  Stable      Invercargill (N.lle Zélande) 11 »       »

F. Dange                       =           Tuy (Espagne)               17 »         »

F. Amando-Luis     Profès temp. Lérida (Espagne)            17 »         »,

F. Classicus               Stable    St. Hyacinthe (Canada)     18 »         »

F. Félix-Emile          Profès per. Habay-la-Vieille (Luxembourg) 25     »           »

F. José-Serafin              »         Tuy (Espagne)                 9 juillet

F. Philibert                    »         St. Genis-Laval (Rhône)    15 »

F. Paul-Berchmans     Stable    Fortaleza (Brésil)              20 »         »

 - Garcia Francisco   Juvéniste  Tuy (Espagne)                 21  »         »

F. Benedict              Stable      Dublin (Irlande)                 27 »         »

F. Albertin             Profès temp. Arlon (Luxembourg belge)               30 »       »

F. Émile-Adrien      Profès perp.Porto Alegre (Brésil)         11 août     »

F. Marie-Théophane     Stable    Lévis (Canada)                 13 »         »

F. Filogonio                   »         Madrid (Espagne)             17  »         »

F. Cuthbert            Profès perp.Sydney (Australie)            20  »         »

F. Hyacinthe                 »         St. Hyacinthe (Canada)     29 »         »

F. Henri-Berchmans       »         St. Genis-Laval (Rhône)    22 sept.    »

F. Pierre-Marcel             »         Chala eul (Chine)              22 »         »

F. Jules-Émile               »         St. Paul-3-Châteaux (Drôme) 23 »     »

F. Amplias                    »         Nouméa (N.Ile Calédonie)  23 »         »

F. Gildas                    Stable    Grugliasco (Italie)             8 octobre »

F. Henrique Suzo   Profès perp.Antonio Prado (Brésil)       9   »      »

F. Numa                       »         Pommerœul (Belgique)     I1 »        »

F. Benito-José       Profès temp. S. Rosa dec. (Colombie)11  »      »

F. Marie-Abraham       Stable    N. D. de l'Hermitage (Loire)    14    »»

F.Benito-José       Profès perp.St. Hyacinthe (Canada)     28  »      »

F.Floridus                    »         St. Maurice (Valais-Suisse)           29 »         »

F. Maurin                 Stable      N. D. de l'Hermitage (Loire)    30    »»

 - Imboden ThéoduleJuvéniste  Bussolino (Italie)              31  »      »

F. Aquilino-José       Novice      Tuy (Espagne)                 1 nov.    »

F. Fructuoso          Profès perp.Barcelone (Espagne)        16  »      »

F. Arcangel              Novice      Tuy (Espagne)                 24 »       »

F. Marie-Josué         Stable      Toulouse (H .te Garonne)24  »      »

F. Marie-Martyrius  Profès perp.St. Genis-Laval (Rhône)    25  »      »

F,Athanase                  »         St. Genis-Laval (Rhône)    29  »      »

F. Brunon                      »         St. Genis-Laval (Rhône)    30  »      »

 

 

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