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Marist Calendar - May

Circulaires 135

 

Br. Louis-Marie
30/11/1879 - Vol. VI, n. 8
Circular 135


Circulaire du 30 novembre 1879 : Appel à la sainteté. - Obligation de la sainteté. - Excel­lence de la sainteté. - Voix du Ciel. - Voix du Purga­toire. - Voix de l'Enfer. - Conclusions pratiques. - Avantages de l'état religieux. - Marques de salut  et de prédestination que nous donne la vie religieuse. - Condi­tions spéciales de salut assurées aux Religieux.

135

51.02.01.1879.4 

V. J. M. J.

Saint-Genis-Laval (Rhône), le 30 Novembre 1879,

Fête de Saint André, Apôtre, et premier Dimanche de l'Avent. 

Mes très chers Frères,

 A la suite de nos deux dernières Circulaires sur la grande vérité de l'enfer et de la malheureuse éternité, je vous ai promis quelques réflexions sur la Vocation religieuse, comme étant le grand moyen d'échapper à ces maux infinis et d'arriver heureusement au bonheur éternel du Paradis.

Nous donnerons donc, en détail, les magnifiques assurances et les facilités incomparables de salut que nous offre notre saint Etat ; niais, pour mieux faire comprendre nos réflexions et nous y préparer, nous les ferons précéder du grand appel à la Sainteté qui nous vient, à la fois, du Ciel, du Purgatoire et même de l'Enfer. Nous ne saurions mieux terminer, d'ailleurs, ce mois béni, consacré à honorer tous les Saints, à soulager les âmes des défunts et à clôturer l'année ecclésiastique : année sainte, que l'Eglise ferme et rouvre ensuite, en mettant sous nos yeux et en offrant à, nos méditations la grande Catastrophe du Jugement dernier. 

PREMIÈRE PARTIE. 

APPEL A LA SAINTETÊ

 Sur ce point capital, rappelons : 1. l'obligation de la sainteté; II. l'excellence de la sainteté; III. les voix du Ciel, les voix du Purgatoire et les voix de l'Enfer, nous appelant à la sainteté ; IV, les conclusions pratiques à en tirer. 

1. OBLIGATION DE LA SAINTETÉ.

 Soyez Saints dans toute la conduite de votre vie, nous dit le Prince des Apôtres, comme celui qui vous a appelés est saint, selon qu'il est écrit : Soyez Saints parce que je suis Saint (I, Pierre, 1, 15, 16).

 Saint Paul n'est pas moins explicite : C'est la volonté de Dieu que vous soyez saints, que vous vous absteniez de toutes sortes d'impuretés ; que chacun de vous sache posséder le vase de son corps dans la sanctification et dans l'honneur, car Dieu ne nous a pas appelés pour l'impureté, mais pour la sanctification (1°, Thess., IV, 3, 4, 7). C'est aussi à la sanctification qu'aboutit toute la prophétie ou apocalypse de Saint Jean l'Evangéliste : Que celui qui est juste se justifie encore ; et que celui qui est saint se sanctifie encore ; car je vais venir bientôt, et je porte mes récompenses avec moi, pour rendre à chacun selon ses œuvres (Apoc., XXII, 11, 12).

La Sainteté, voilà. donc le but suprême de nos efforts, l'objet capital de toutes nos recherches, notre grande affaire, notre affaire essentielle, souveraine, unique. Tout, dans l'ordre physique, comme dans l'ordre moral, a été fait pour nous conduire à la Sainteté. Omnia propter Electos.

Pourquoi le soleil, les étoiles, le firmament et tous les astres qui le décorent ? Pourquoi la terre et tout ce qu'elle contient ? Pourquoi toutes les créatures animées et inanimées, raisonnables et privées de raison ? En un mot, pourquoi la création ? Pour aider l'homme à devenir saint, pour faire des Saints.

Dans l'ordre surnaturel, pourquoi l’Incarnation, la Rédemption, l'Evangile tout entier, la Grâce, les dons du Saint-Esprit, les Sacrements ? Pour renouveler et sanctifier l'homme, pour faire des Saints.

Pourquoi l'Eglise, le Sacerdoce, la Prédication ? Pourquoi les Religieux de tous les Ordres ? Pourquoi le Verbe fait chair lui-même, Jésus-Christ ? Pour procurer la sanctification des hommes, pour faire des Saints.

Enfin, pourquoi le Ciel ? pour nous exciter à devenir saints, pour récompenser éternellement ceux qui se seront fait saints. Pourquoi l'Enfer ? Pour nous forcer, en quelque sorte, à nous sanctifier, pour punir ceux qui n'auront pas voulu devenir saints. Pourquoi le Purgatoire ? Pour achever de sanctifier l'homme, les âmes, pour faire des Saints.

Dieu, dans tout ce qu'il fait au dehors, dans toutes les manifestations extérieures de sa sagesse, de sa puissance et de sa bonté, n'a d'autre but que de se glorifier dans les saints, de faire des Saints.

L'enfer ne redoute que la Sainteté, ne combat que la Sainteté, ne travaille, par lui-même et par ses suppôts, qu'à troubler, qu'à arrêter, qu'à amoindrir dans les âmes le travail de la Sainteté.

Oui, la sanctification des âmes, la Sainteté, voilà l'Œuvre par excellence de Dieu opérant au dehors. C'est le chef-d’œuvre de sa puissance, de sa sagesse et de sa bonté, agissant sur l'homme, avec l'homme et par l'homme. 

Il. EXCELLENCE DE LA SAINTETÉ.

 Point d'élévation comparable à l'élévation d'un homme à la Sainteté, à la transformation d'une âme en Dieu, à la déification de l'homme par son union avec Dieu, par la participation à la nature divine (Il Pierre, 1, 4).

Un homme part du fond de l'exil, passe par les profondeurs du cachot et monte, monte, de degré en degré, jusque sur le premier trône de l'univers. Là, il commande en maître à un peuple immense, il est servi par des armées incomparables, il domine sur sa nation, sur l'Europe entière, et sur le monde ; des richesses immenses affluent dans ses trésors : bagatelle que cette élévation ; jeu d'enfant que toute cette gloire ; pauvreté dans ces richesses, empire d'un jour. Devant lui, des abîmes ; derrière lui, la mort ; autour de lui, mensonge et déception. Rien pour le cœur, rien pour l'âme, rien pour la conscience : tout aux sens, tout à la matière ; c'est le mot de Salomon : Vanité des Vanités, et tout n'est que vanité, hors aimer Dieu et le servir (Ecclésiaste, 1, 2).

Mais, quand un homme, parti du néant, et, par delà le néant, des abîmes du péché, s'élève à la connaissance de Dieu, à l'amour de Dieu, à l'union avec Dieu, et monte ainsi, par degrés, jusqu'à la transformation en Dieu, voilà la seule vraie grandeur, la seule et véritable élévation. Quelle gloire, en effet, de devenir saint de la sainteté de Dieu, puissant de la puissance de Dieu, fort de la force de Dieu, riche des richesses de Dieu, heureux du bonheur même de Dieu ! quelle gloire, quelle félicité de vivre de la vie de Dieu, d'être immortel de son immortalité, impassible de son impassibilité ! Et tous ces biens, toutes ces grandeurs, toutes ces joies, les posséder sans altération, sans mélange, sans partage et pour toujours ! Oh ! disons-le, c'est là le bien parfait ; c'est la perfection et le bonheur complets, éternels, véritables; et c'est à cette perfection et à ce bonheur que nous convient, à la fois, et les voix des Saints du Ciel, et les voix des âmes du Purgatoire, et même les voix désespérées des réprouvés de l'Enfer. 

III. VOIX DU CIEL.

 Oui, mes très chers Frères, c'est du sein des gloires éternelles, de ces richesses et de ces félicités infinies, que l'innombrablearmée des Saints nous crie à tous. Ô nos frères et nos amis, voyez où nous sommes parvenus ! Voyez ce que nous avons fait pour y parvenir ! Ce que nous avons fait, vous pouvez le faire. Ne soyez pas assez ennemis de vous-mêmes; ne soyez pas assez lâches, assez inconstants, assez inconsidérés pour perdre une telle gloire, une telle grandeur, une telle fortune. Souffrez, mortifiez-vous, faites-vous violence, sacrifiez tout, sacrifiez-vous vous-mêmes pour arriver où nous sommes. Oh ! que vos travaux seront dignement reconnus, que vos peines seront largement récompensées, que vos sacrifices, si courts et si légers, seront amplement payés par ce poids immense de gloire dont nous jouissons et qui vous attend ! (Il Corinth., IV, 17). 

IV. VOIX DU PURGATOIRE.

 Et les âmes détenues dans le lieu de l'expiation que nous disent-elles  ?

Sanctifiez-vous, car rien d'impur, rien de souillé n'entrera dans le royaume des Cieux (Apoc., XXI, 27). Pendant que vous êtes dans la voie, payez vos dettes, faites pénitence, accordez-vous avec voire partie adverse (Matth., v, 25) ; après la vie, plus de grâce, plus de miséricorde, il faut payer jusqu'à la dernière obole (Ibid., v, 26).

Oh ! que nous comprenons bien aujourd'hui ce que c'est que le péché véniel, quelle en est la grandeur, l'énormité, quelles en sont les suites épouvantables. Que de tortures, que de déchirements, que de larmes et de regrets pour effacer une seule faute vénielle ; nos distractions dans la prière, nos sensualités, nos vanités, nos désobéissances, nos impatiences, nos paroles inutiles, nos plus légers manquements !

Quelle tache horrible ils impriment à nos âmes, de quelle rouille affreuse ils les couvrent et quelles cuisantes opérations nous avons à subir pour en être lavés, dégagés, purifiés.

Voyez comme Dieu nous châtie, nous, ses enfants chéris, ses épouses bien-aimées, ses amis de prédilection, et comprenez l'horreur et le mal du péché qui nous attire ces châtiments si rigoureux et pourtant si justes.

Nos douleurs sont horribles, et cependant la honte et la laideur de nos fautes sont telles, que le Ciel s’ouvrit-il devant nous, nous ne voudrions pas y entrer avec ces monstrueuses difformités. Nous nous plongerions plus avant encore dans nos feux; dans nos brasiers, pour cacher notre honte, pour purifier nos âmes et paraître avec honneur dans l'assemblée auguste des Elus, en présence du Dieu trois fois saint.

O nos frères, ô nos amis, instruisez-vous par notre exemple, respectez la sainteté infinie de Dieu, tenez-vous purs de toute faute en son adorable présence, faites-vous saints devant le Saint des Saints ; car porter le péché devant lui, c'est pire que la mort, pire que l'enfer, c'est le tourment des tourments.

Oh ! que Dieu est saint ! qu'il est grand ! qu'il est beau ! qu'il est parfait ! L'assurance de le voir un jour est déjà pour nous le Paradis, même au milieu de nos feux ; mais qu'il est affreux d'en être séparés ! Tous les supplices ne sont rien auprès de ce supplice : le retard de la vision béatifique.

Craignez le péché, qui seul peut l'empêcher, peut le retarder ; craignez-le souverainement, craignez-le uniquement, craignez-le plus que tous les maux... Quel mal que celui qui arrête les effusions infinies, les épanchements immenses de la bonté de Dieu sur nous ; qui l'oblige, malgré l'ardeur, la violence, l'impétuosité de son amour, à nous traiter si rigoureusement, à nous punir si sévèrement !

Quand le mal est tel, le danger si grand, que la bonté, la charité, la plus tendre compassion pour le patient, dominent seules dans ces opérations si cruelles et si barbares en apparence, ne faut-il pas que le mal soit affreux, que le danger soit extrême ?

C'est l'opération de l'éternel Réparateur sur les âmes de ses Elus, de ses prédestinés. Sa justice le guide sans doute ; mais sa bonté domine toujours ; c'est la voie, c'est le moyen pour les faire arriver à la vie parfaite, à la sainteté parfaite, à la gloire pure, au bonheur sans mélange. Ah ! pendant que vous êtes sur la terre, épargnez au Seigneur, épargnez à sa tendresse et à son amour ces opérations épouvantables ; donnez carrière à sa miséricorde, rachetez vos fautes par le repentir, par les satisfactions si légères dont sa justice veut encore se contenter ; par la rémission, les indulgences toutes gratuites qu'elle vous offre. 

V. VOIX DE L’ENFER.

 Il est un autre abîme par delà tous les abîmes, par delà même le néant, puisque Notre-Seigneur dit lui-même du réprouvé : il eût mieux valu pour cet homme qu'il ne fût jamais né (Matt., XXVI, 24). Prêterons-nous aussi l'oreille aux cris qui s'échappent de ce gouffre ? Père Abraham, répondit le riche, je vous supplie d'envoyer Lazare dans la maison de mon père où j'ai encore cinq frères, afin qu'il les avertisse, de peur qu'ils ne viennent aussi eux-mêmes dans ce lieu de tourments (Luc, XVI,27, 28). Les Commentateurs nous le disent, ce n'est pas la charité, c'est le pur égoïsme qui inspirait ce langage ; le malheureux réprouvé tremblait que ses frères ne vinssent augmenter ses tourments en les partageant. C'est dans le même sens que nous devrons prendre et entendre les cris horribles des damnés. Ô nos frères de la terre, ne venez pas où nous sommes. Ah ! plutôt laissez-vous arracher les yeux.... laissez-vous couper les pieds et les mains..., car la fumée de nos tourments s'élève dans les siècles des siècles... Nous souffrons cruellement dans ces flammes .....

Nos maux sont innombrables, notre perte est infinie Il n'y a plus de joie pour nous, plus de firmament, plus de terre, plus de ciel, plus de parents, plus d'amis... C'est une nuit éternelle, c'est un dénuement absolu, c'est un délaissement universel... loi, il n'y a que pleurs et grincements de dents ; il n'y a que tortures, que désespoir... C'est la caverne de feu, c'est la prison perpétuelle ; c'est l'enfer, c'est l'éternité ! ! !....

O nos frères, ne venez pas où nous sommes. Ecoutez les Prophètes, pratiquez la loi, craignez la réprobation et craignez le péché qui y conduit.

Laissez-nous vous dire encore : embrassez tous les sacrifices, entreprenez tous les travaux, soyez persévérants, FAITES-VOUS SAINTS... Point de milieu : ou Saint ou réprouvé, ou Elu, ou damné. Ne balancez pas, FAITES-VOUS SAINTS.

N'attendez pas, ne vous exposez pas, car c'est une chose effroyable que de tomber entre les mains du Dieu vivant (Héb., X, 31).

Les vengeances de Dieu sont inévitables, sa colère est implacable. Ne lassez pas sa patience, souvenez-vous qu'il a l'éternité pour se venger et vous punir. Ô nos frères, profitez de notre malheur et ne venez pas l'accroître en le partageant.

Ne soyons pas sourds, M. T. C. F., à ces paroles épouvantables que nous font entendre les malheureux réprouvés. Rendons-nous plutôt aux puissantes exhortations que la charité seule inspire aux Saints, et aux paroles divines sorties de la bouche adorable du Divin Maître - « Ceux-là, dit Saint Bernard, haïssent leur corps, qui, pour quelques plaisirs passagers, l'exposent à des tourments éternels. Ceux-là seuls l'aiment véritablement, qui savent le mortifier pendant quelque temps, pour lui acquérir un repos sans fin. » Bienheureux, s'écrie Saint Augustin, ceux qui haïssent leur chair en la conservant, de peur de la perdre en l'aimant. C'est encore le mot de Jésus-Christ lui-même : Celui qui aime sa vie, sa chair, la perdra, mais celui qui hait sa vie en ce monde, la conservera pour la vie éternelle (Jean, XII, 25). 

IV. CONCLUSIONS PRATIQUES.

 Première conclusion. Puisque le péché, le moindre péché même, est un si grand mal, un mal si terrible dans ses suites, fuyez-le comme la mort, mettez toujours entre vous et le péché la plus grande distance possible,

D'abord, entre vous et le péché mortel, toute la distance qui le sépare du péché véniel; c'est-à-dire que vous devez éviter le péché véniel même le plus léger, ne le commettre jamais de propos délibéré. Il faut même aller plus loin, étendre cette distance, et la multiplier en évitant les simples défauts, les simples imperfections. Nous devons arriver jusqu'à redouter et à combattre l'ombre même du péché : les moindres dispositions, les moindres légèretés, les saillies d'humeur et de caractère, les curiosités, les duretés, les tristesses et jusqu'aux plus légers oublis. Oui, M. T. C. F., donnons-nous toutes les sûretés imaginables contre le mal du péché, contre l'offense de Dieu, contre tout ce qui peut nous exposer à blesser la sainteté de ses regards, l'infinie pureté de son adorable présence. Voilà le premier enseignement, la première conclusion que nous devons retirer de ces grandes vérités.

 Deuxième conclusion. La deuxième conclusion est plus importante encore. Elle répond à cette parole de la Sainte Ecriture, détournez-vous du mal et faites le bien (Ps. XXXIII, 15). Nous n'avons pas seulement à éviter les peines temporelles du Purgatoire et les supplices éternels de l'enfer, en combattant de toutes nos forces et contre le péché véniel et contre le péché mortel ; c'est-à-dire à nous détourner du mal ; mais nous avons encore à nous rendre dignes du Ciel, en multipliant nos bonnes œuvres, en pratiquant les vertus et en nous sanctifiant, c'est-à-dire que nous devons faire le bien, le faire toute, notre vie et le faire le mieux qu'il nous sera possible.

Or, c'est le double fruit que nous assure notre saint état, et c'est sur ce solide fondement que nous devons étudier et apprécier les grands avantages qu'il nous apporte, comme nous le verrons dans les paragraphes qui vont suivre. 

DEUXIÈME PARTIE. 

AVANTAGES DE L'ÉTAT RELIGIEUX 

1. L'ÉTAT RELIGIEUX

EST LE PARTI LE PLUS SUR. 

Pour répondre à ce triple et magnifique appel à la Sainteté, qui nous est fait du Ciel, du Purgatoire et de l'Enfer, rien de mieux que d'embrasser LE PARTI LE PLUS SUR; non pas, avons-nous dit plus tôt (Circulaire du 19 mars 1866), le parti qui flatte, qui plaît, qui accommode ; mais celui-là seul qui mène au Ciel plus sûrement, plus promptement, plus parfaitement. En face de l'éternité, dans l'alternative inévitable d'un bonheur ou d'un malheur sans fin, on ne peut, sans folie, se contenter du moins quand on peut avoir le plus ; surtout, avec l'immense danger en s'arrêtant au moins, de perdre et le plus et le moins.

Or, ce parti le plus sûr nous est donné de la manière la plus explicite, par Saint Bernard lui-même, et nous est expliqué, après lui, par Saint Liguori qui le cite et le développe très heureusement, pour nous faire comprendre les avantages incomparables de l'Etat religieux.

« C'est là, disent, à la fois, les deux Saints Docteurs, que l'homme vit plus purement, qu'il tombe plus rarement, qu'il se relève plus promptement, qu'il marche plus sûrement, qu'il est arrosé plus fréquemment, qu'il se repose plus sûrement, qu'il meurt avec plus de confiance, qu'il est purifié plus promptement, et qu'il est récompensé plus abondamment. »

Neuf grands avantages de l'état religieux, qui, évidemment, en font l'état le plus sûr, le plus saint, le plus parfait et le plus heureux. Résumons ici, en quelques mots, ces admirables paroles de Saint Bernard et le commentaire non moins admirable qu'en donne Saint Liguori.

 1° Le Religieux vit plus purement. C'est à ce point de vue que Saint Liguori nous dit que moins il entre de volonté propre dans nos actions, plus il y entre de la volonté de Dieu, c'est-à-dire ce qui fait que nos actions lui plaisent et sont méritoires devant lui. Mais c'est précisément le caractère particulier que l'Obéissance religieuse imprime à toutes les œuvres qui se font en Communauté.

Là, tout est déterminé par l'autorité de la Règle ou par les ordres des Supérieurs, pour le temps comme pour le lieu, pour les choses elles-mêmes comme pour toutes les circonstances qui accompagnent. Le Religieux obéissant à sa Règle ou exécutant les ordres de ses Supérieurs, ne fait ses oraisons et tous ses exercices de piété, ne travaille, ne marche, ne se nourrit, ne se délasse, ne fait tout, en un mot, que selon la volonté de Dieu. En tout, il est dans les conditions du vrai mérite et il ne peut que s'enrichir sans mesure pour la bienheureuse éternité. Oh ! quels immenses trésors spirituels, quelle fortune, quelles richesses divines, après toute une vie passée ainsi dans l'exercice du zèle, dans toutes les pratiques de la vie religieuse et l'accomplissement fidèle de tous les devoirs qu'elle impose !

 2° Le Religieux tombe plus rarement. Vivant loin du monde, il échappe à l'air infect et mortel qu'on y respire. Pendant que le mondain subit la tyrannie de la triple concupiscence dont parle l'Apôtre Saint Jean, la concupiscence de la chair, les voluptés ; la concupiscence des yeux, les richesses ; l'orgueil de la vie, l'amour des honneurs ; le Religieux avec les saints vœux de sa profession, échappe à ces sources empoisonnées : aux plaisirs des sens, par le vœu de Chasteté, aux plaisirs des richesses, par le vœu de Pauvreté, à l'appas des grandeurs, par le vœu d'Obéissance.

C'est devant toutes ces sûretés de la vie religieuse, que Sainte Madeleine de Pazzi embrassait, avec transport, les murs de son couvent, en s'écriant : « Ô murs ! ô murs sacrés ! qui me protégez contre les tentations de l'enfer, soyez bénis, mille fois bénis ! »

 3° Le Religieux se relève plus promptement. Malheur à celui qui est seul, dit l'Esprit-Saint, car s'il vient à tomber, il n'aura personne qui vienne le relever (Ecclésiaste, IV, 10). En religion, au contraire, la confession hebdomadaire obligée, la méditation journalière des vérités éternelles, les remontrances paternelles des Supérieurs, les exhortations charitables et les exemples édifiants des Confrères, tout oblige le Religieux à reconnaître devant Dieu les fautes qui échappent à sa faiblesse, à s'en humilier et à les réparer.

 4° Le Religieux marche avec plus de sûreté. C'est le contraire dans la religion de ce qui se passe dans le monde. Là, tout fait obstacle au mal ; et ici, tout fait obstacle au bien. Là, les moindres fautes épouvantent, effraient ; on les évite avec un soin extrême ; et, s'il arrive que la faiblesse y entraîne, on s'en relève aussitôt, et elles ne servent qu'à inspirer plus d'ardeur et de courage pour s'en prémunir et les combattre à l'avenir. Dans le monde, au contraire, on marche toujours sur les abîmes du péché mortel ; et l'on n'y tombe que trop souvent, préparé que l'on est par ces chutes lamentables, par les négligences et les fautes quotidiennes qui remplissent la vie, sans qu'on se les reproche. Aussi, le bienheureux Gille, Franciscain, préférait-il un seul degré de grâce dans l'Etat religieux, où l'on peut toujours monter, à dix degrés dans le monde où, à chaque instant, on est exposé à tomber et à descendre.

 5° Le Religieux est arrosé plus fréquemment. Ô mon Dieu ! que de lumières, que d'attraits spirituels, que de grâces précieuses pour le Religieux, dans la prière, la communion, devant le Saint-Sacrement, devant le Crucifix, dans le silence et le recueillement du Monastère. Le mondain est comme un arbre planté dans une terre aride où la rosée du ciel ne tombe que rarement. Pauvre séculier, il voudrait prier, méditer, entendre la parole de Dieu, jouir d'un peu de tranquillité, se rapprocher de Dieu ; mais non, les affaires, les parents, les convenances l'en empêchent. Le Religieux, au contraire, est un heureux arbrisseau, planté dans une terre féconde, continuellement rafraîchie par la rosée céleste. Dieu l'assiste et l'aide de ses lumières, de ses inspirations, de ses consolations et de toute l'onction de ses grâces qu'il lui prodigue sans cesse dans les méditations, dans les instructions, dans les bonnes lectures. Dieu, disait une sainte Religieuse, m'a amplement récompensée de tous mes maux, par une seule heure de Religion dans la maison de sa Sainte Mère.

 6° Le Religieux repose avec plus de sécurité. Les bêtes créées pour la terre, se contentent des biens qu'elle leur offre ; mais l'homme, créé pour Dieu, n'est heureux qu'avec Dieu. Loin d'être un jardin de délices, le monde est un abîme de tourments ; car, là règnent et s'agitent toutes les passions : quiconque se nourrit des biens du monde, se nourrit de fiel et de poison.

Heureux donc le Religieux qui vit en Communauté, dans cette paix céleste, dans ce calme divin, dont saint Paul nous dit qu'il surpasse tout sentiment (Phil., IV, 7).

L'observance des Règles, les lois sévères du Couvent, sont pour les Religieux des ailes légères avec lesquelles ils s'élancent vers Dieu, en s'écriant comme le Roi-Prophète : c'est pourquoi j'ai choisi d'être plutôt des derniers dans la maison de mon Dieu, que d'habiter dans la tente des pécheurs (PS. LXXXIII, 11).

Aussi, le vénérable César de Bust, écrivait-il à son neveu, devenu moine : « Mon cher neveu, quand tu regardes le Ciel, souviens-toi du Paradis ; quand tu  vois le monde, souviens-toi de l'enfer où l'on souffre sans espoir ; quand tu vois ton Couvent, souviens-toi du Purgatoire, où l'on souffre, avec la certitude d'être heureux bientôt. » Qui trouve Dieu trouve tout, dit sainte Scholastique. Si les hommes savaient les biens cachés dans l'intérieur des monastères, le monde entier deviendrait un désert ; car, ajoute sainte Madeleine de Pazzi, ils s'empresseraient d'escalader les murs des couvents. C'est ainsi que pensent tous les bons religieux selon le mot d'un bienheureux enfant de saint François :  « Je ne donnerais pas, s'écriait-il, un pouce de mon cordon pour tous les empires de la terre. »

 7° Le Religieux meurt avec plus de confiance. Ici, vient tout naturellement. la belle sentence des Religieux Trappistes : Le plaisir de mourir sans peine, vaut bien la peine de vivre sans plaisir. Un bon Religieux, sur son lit de mort, souriait de bonheur. On lui en demandait la cause : Comment ne sourirais-je pas, dit-il, étant sûr du Paradis? Selon la parole même de Notre-Seigneur, commentée ainsi par saint Jean Chrysostome : Dieu ne peut mentir, écrit le saint Docteur à un Religieux mourant ; il a promis la vie éternelle à qui  abandonne le monde pour s'attacher à lui. Vous l'avez abandonné vous-même, comment pourriez-vous douter de l'efficacité de cette promesse? Saint Bernard donne la même pensée : « Qu'il est facile, s'écrie-t-il, de passer d'une cellule au Ciel ! A peine peut-on concevoir qu'un Religieux mourant puisse tomber en enfer ; car on ne peut admettre qu'il persévère jusqu'à la mort dans sa vocation, s'il n'est prédestiné à la gloire. »

Aussi, saint Laurent Justinien appelle-t-il la vie religieuse « La porte du Paradis », et le grand Suarez, qui avait vécu toute sa vie dans l'obéissance religieuse, répétait-il en mourant, comme l'a fait plus tard notre pieux Fondateur : « Je n'aurais jamais cru qu'il fût si doux de mourir. »

 8°Le Religieux est purifié plus promptement. C'est le sentiment de saint Thomas et des Saints Pères, en général, que la profession religieuse nous purifie et qu'elle est pour les Religieux comme un second baptême. Et la raison qu'en donne le saint Docteur, c'est que la donation totale que fait de lui-même par ses vœux, le chrétien qui entre en religion, surpasse tout autre genre de satisfaction.

Quant aux fautes qui peuvent échapper en communauté, le Religieux les expie par ses bonnes œuvres, par ses mortifications de chaque jour, par ses Confessions et ses Communions de chaque semaine. Puis, à la mort, s'il lui reste quelques expiations à accomplir, il les trouve dans les prières et suffrages de ses Confrères, dans les nombreux saints Sacrifices que la Communauté fait offrir à Dieu pour ses défunts. Quel bonheur pour un bon Religieux de savoir qu'il sera ainsi heureusement assisté à sa mort, et plus heureusement encore assisté et soulagé dans le lieu de l'expiation !

 9° Le Religieux est récompensé plus abondamment. Ici-bas, le centuple des biens qu'abandonne le Religieux lui est assuré par Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même, et, après la mort, la vie éternelle. D'ailleurs, si Dieu est plus libéral dans ses récompenses qu'il n'est rigoureux dans ses châtiments, et s'il a promis que le verre d'eau froide donné en son nom ne perdrait pas sa récompense (Marc, XIV, 40), comment laisserait-il sans salaire tant de bonnes œuvres, tant d'actes de charité, tant d'abstinences, d'oraisons, d'offices, de saintes lectures, qui partagent chaque jour la vie du Religieux ? Aussi un Frère de la Compagnie de Jésus, cité au jugement de Dieu avec Philippe II, Roi d'Espagne, révéla qu'ils étaient sauvés tous les deux ; mais qu'autant le Roi avait été au-dessus de lui sur la Terre, autant il se trouvait au-dessous dans le Ciel. « Je tiens pour certain, dit saint Liguori, que les sièges des Séraphins, laissés vides par les compagnons de Lucifer, seront occupés  par les Religieux. »

Et il ajoute : « Sur soixante personnes inscrites au siècle dernier, dans le Catalogue des Saints, à peine  s'en trouve-t-il cinq ou six qui n'aient pas été religieux. »

Donc, à tous les points de vue, l'état religieux est incomparablement l'état le plus sûr pour le salut, et même pour le salut accompli dans le degré de perfection le plus élevé. Donc, aussi, je dois le redire, en face de si grandes sûretés et de si belles promesses, c'est perdre le sens que d'y renoncer pour les vanités, les frivolités, les bagatelles de cette courte vie.

C'est perdre le sens que de se contenter de la possibilité du salut dans le monde, quand Dieu nous offre les assurances incomparables de la vie religieuse.

Et ces assurances fussent-elles égales dans le monde et dans. la Religion, il y aurait encore une folie extrême à perdre les quatre couronnes du Martyre, de la Virginité, de l'Apostolat et de la Pauvreté, promises aux Religieux, pour la simple couronne des Justes promise aux simples chrétiens.

Donc, finalement, nous ne pouvons assez nous pénétrer de ce beau passage de Saint Bernard, qui résume si admirablement les avantages de notre saint Etat, et qui nous est si heureusement rappelé et si clairement développé par un autre saint et savant Docteur, Saint Liguori.

 

Il. AUTRES MARQUES DE SALUT ET DE PRÉDESTINATION

QUE NOUS DONNE LA VIE RELIGIEUSE.

 Il y en a de générales, qui répondent aux conditions ordinaires du salut ; et il y en a de particulières, qui répondent aux conditions de salut exclusivement assurées à la Vie Religieuse. 

1° Conditions ordinaires de salut.

 C'est de l’Evangile même et des Epîtres de saint Paul que nous tirons ces marques de salut ; et c'est de l'étude même de toutes nos Règles et de nos pratiques journalières, que nous apprenons l'heureuse application qui nous en est faite dans notre saint Etat.

 PREMIÈRE MARQUE. Le Royaume du Ciel se prend par force, et ceux qui emploient la force le ravissent (Matth. XI, 12).

Cette sainte violence chrétienne est le caractère propre de la Vie Religieuse ; elle commence dès le Noviciat et elle se continue toute la vie.

Violence dès le lever du matin, invariablement fixé à la même heure, et qui ne permet jamais de rien accorder au caprice et à la volonté propre. Dès que la cloche sonne, il faut briser avec le repos, avec le besoin de sommeil, avec toutes les oppositions de la nature, qui en réclamerait la prolongation.

Même violence pour tous les exercices de la journée, qui doivent se faire à la même heure, dans les conditions de temps, de lieu et autres, déterminées par la Règle, sans tenir compte des dispositions naturelles d'âme et de corps où on peut se trouver. C'est au point que cette régularité constante, qui, comme une lime spirituelle, use continuellement toutes les forces de l'âme et tous les sens du corps, est appelée par les Saints un véritable Martyre, où le sang n'est pas donné à flots et en quelques instants ; mais peu à peu et comme goutte à goutte : long et douloureux martyre, qui commence au premier jour de l'entrée en Religion et ne se termine qu'à la mort. 

DEUXIÈME MARQUE. Celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé (Matth., X, 22).

 Là encore, c'est le propre de la Vie Religieuse d'imprimer la constance et la plus persévérante uniformité a tous les actes de la vie. Constance et uniformité dans le costume, qui ne varie jamais ; dans le exercices religieux, qui sont toujours les mêmes ; dans le travail et les emplois, que l'Obéissance règle invariablement ; dans la nourriture et le régime de chaque jour, qui n'admettent que le genre commun et ordinaire, sans jamais sortir de ces limites sévères et constamment les mêmes. Rien n'est plus constant, plus invariable, plus suivi par tous les Religieux et pendant toute la vie, que les saintes pratiques et les pieux usages d'une Communauté ; rien, par conséquent, ne saurait assurer davantage la sainte persévérance finale. 

TROISIÈME MARQUE. Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur, n'entreront pas tous dans le royaume du Ciel ; mais celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans le Ciel, c'est celui-là qui entrera dans le royaume du Ciel (Matth., VII, 21).

 Telle est encore la vie entière du Religieux, constamment fidèle à une Règle qui n'est pour lui que l'expression même de la volonté de Dieu. Et quand la Règle écrite ne parle pas, ce sont les Supérieurs, c'est-à-dire, les Représentants mêmes de Dieu qui donnent les ordres qui fixent les emplois et qui deviennent les organes vivants de la volonté de Dieu. Oh ! qu'un Religieux, en restant dans sa Règle et dans la soumission aux Supérieurs, est constamment assuré de ne faire précisément que ce que Dieu veut, quand Dieu le veut et comme Dieu le veut. Quelles sources abondantes de mérites, quelles assurances de salut dans cette vie toute de Dieu et pour Dieu ! 

QUATRIÈME MARQUE. Je vous le dis en vérité, si vous ne changez et si vous ne devenez comme des enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume du Ciel (Matth., XVIII, 3).

 C'est dans la Vie Religieuse que se trouve excellemment et que se pratique dans toute sa perfection cette sainte enfance chrétienne, que Notre-Seigneur nous demande ici comme la condition indispensable du Salut. A tout âge, en tous lieux et dans toutes circonstances, le Religieux est sommé par la Règle à obéir en toute simplicité, à agir avec la droiture d'esprit, l'humilité de cœur et l'abandon tout filial d'un vrai Chrétien qui ne cherche que Dieu dans la volonté de ses Supérieurs. Cette sainte enfance chrétienne éclate surtout dans les anciens Religieux, dans les Religieux les plus dévoués, les plus courageux, toujours les plus capables, qui ont vieilli sous le joug de l’Obéissance et se sont exercés toute leur vie à faire abnégation d'eux-mêmes, pour se plier aux usages, aux pratiques d'une Communauté, et à tous les ordres des Premiers Supérieurs. 

CINQUIÈME MARQUE. J'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; je n'avais point de logement, et vous m'avez logé ; j'étais nu, et vous m’avez revêtu ; j'étais malade, et vous m'avez visité ; j'étais en prison, et vous êtes venu me voir, et le reste (Matth., XXV, 35, 36).

 C'est exactement ce que fait le bon Religieux et au temporel et au spirituel.

Temporellement, il se dépouille de tout, renonçant pour lui-même à tout usage quelconque des biens qu'il laisse dans le monde, et donnant à Dieu, dans l'avenir, tout le fruit de son travail. C'est pour cette offrande libre et volontaire que le Religieux s'assure toutes les récompenses promises aux Œuvres Corporelles de miséricorde.

Mais c'est surtout par les Œuvres spirituelles de zèle et de charité qu'il accomplit, chaque jour et toute sa vie, en faveur des enfants, qu'il méritera d'entendre devant tout l'univers, les éloges du Souverain Juge et de recevoir le prix éternel de tous ses travaux. Oh 1 avec quelle divine prodigalité le divin Sauveur paiera tant de bons catéchismes donnés aux Enfants, tant d'actes de zèle et de charité accomplis pour leur salut ! Avec quel empressement ces Enfants, sauvés par son ministère, viendront se ranger autour de lui, lui faire hommage de leurs couronnes, et conjurer l'Arbitre Suprême de récompenser sans mesure tant d'efforts et tant de dévouement ! Aussi, qu'ils sont bien inspirés ceux de nos Religieux qui gardent fidèlement les noms des Enfants qu'ils ont préparés à la première communion, qu'ils ont instruits et formés, et qui ne veulent arriver au jugement de Dieu qu'en se couvrant de leurs noms !

 SIXIÈME MARQUE. Si vous voulez parvenir à la vie, gardez les commandements... Si vous voulez être parfait, allez, vendez ce que vous avez, et donnez-le aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le Ciel : après cela, venez et suivez-moi (Matth., XIX, 17, 21).

 Double promesse, donnée et assurée au bon Religieux qui, non seulement garde, avec fidélité, les Commandements de Dieu et mérite ainsi d'entrer dans la vie ; mais encore fait profession de suivre les Conseils évangéliques et s'assure par là même un trésor dans le Ciel. La vie éternelle est le denier promis au juste; mais pour le pauvre de l'Evangile, pour l'homme obéissant qui a suivi Jésus-Christ jusque sur la croix, pour les vierges qui se sont unies à lui dans la parfaite charité, ce n'est plus un denier, c'est un trésor, c'est une gloire, une richesse, un bonheur sans mesure, qui place le bon Religieux parmi les princes de la bienheureuse éternité. 0 excellence incomparable de l'Etat religieux ! O merveilleuses récompenses réservées à cette bienheureuse vie et aux saints vœux qu'elle nous fait accomplir.

 SEPTIÈME, HUITIÈME.... QUINZIÈME MARQUE. Les huit béatitudes énumérées au Chapitre V de saint Matthieu. Voir la Circulaire du 16 juillet 1862, qui les rapporte toutes, et en assure la possession à tous ceux de nos Frères, qui ont le bonheur de vivre et de mourir dans leur saint Etat.

 SEIZIÈME MARQUE. Ceux que Dieu a connus dans sa prescience, il les a prédestinés pour être conformes à l'image de son Fils, afin qu'il soit lui-même le premier né entre plusieurs frères (Rom., VIII, 29).

L'imitation de Jésus-Christ, voilà le grand moyen et la grande marque de prédestination. Or, c'est là précisément le grand objet et la fin principale de la vie religieuse.

Non seulement le Religieux imite Notre-Seigneur comme les simples chrétiens, en gardant les Commandements ; mais il l'imite et le reproduit dans sa vie parfaite, en observant les Conseils. Il l'imite comme VIERGE en lui consacrant pour toujours son corps et tous ses sens ; il l'imite comme MARTYRE,en pratiquant toute sa vie la Règle de son Institut et en sacrifiant tous ses goûts pour se plier à la volonté du Supérieur ; il l'imite surtout comme APOTRE, en se dévouant toute sa vie à l'instruction chrétienne de ses enfants. Heureux le Religieux qui se donne tout entier à cette imitation du divin Maître, et qui se dispose ainsi, après avoir partagé ses travaux sur la terre, à partager sa gloire et son bonheur dans l'éternité.

 DIX-SEPTIÈME MARQUE. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour (Jean, VI, 55).

 Ces promesses et ces assurances sont données à tous les chrétiens dans le monde, à tous ceux qui, se conservant dans la grâce de Dieu, ont à cœur de s'y maintenir et de s'y fortifier par la digne et fréquente réception de la sainte Eucharistie, l'aliment de l'âme et le gage certain de la vie éternelle. Mais, hélas ! qu'ils sont rares les pieux fidèles, ainsi dévoués au divin Sacrement ! quelle multitude de pécheurs en restent éloignés ! quelle multitude plus grande encore de lâches qui reculent devant les sacrifices que demande cette vie vraiment chrétienne ! quelle multitude enfin d'aveugles et d'indifférents, qui glissent sur ce grand devoir du vrai chrétien et ne daignent pas même s'en occuper ! Ah ! c'est au Religieux que reviennent surtout les promesses du divin Maître: au Religieux, pour qui la Communion fréquente est un point de Règle et une pratique qui ne s'oublie jamais et qui revient plusieurs fois chaque semaine.

Oui, redisons-le, tous ces passages de la Sainte Ecriture sont aux mains de tous les enfants de la sainte Eglise catholique; mais, en réalité et en pratique, ils appartiennent essentiellement aux Membres des Communautés. Eux seuls, par devoir, par état, par les usages et pratiques de toute leur vie, par les exemples continuels de leurs Confrères, par les soins assidus et dévoués des Supérieurs, sont entraînés et comme saintement forcés d'entrer et de marcher dans ces voies de perfection et de salut. Pour y échapper, il faut qu'ils sortent, pour ainsi dire, de leur état et de l'esprit de leur vocation ; ils ont à se séparer de la foule et à se singulariser dans la voie du relâchement et de l'infidélité. Dans le monde, au contraire, c'est l'exception, c'est le petit nombre qui se donnent aux sacrifices et aux efforts que demandent tous ces moyens de salut. Il faut comme sortir de sa condition et faire bande à part, pour être ainsi fidèle à la grâce, fidèle au service de Dieu, fidèle au soin de son âme et de son éternité.

Heureux donc et mille fois heureux ceux que Dieu a appelés à l'Etat religieux, et qui restent constamment placés dans ces conditions générales de la prédestination et du salut ! Ajoutons-y les conditions spéciales qui n'appartiennent proprement qu'aux seuls Religieux. 

2° Conditions spéciales de salut assurées

aux Religieux. 

C'est encore la Sainte Ecriture qui les énumère, tant dans l'Ancien que dans le Nouveau Testament.

 PREMIÈRE MARQUE SPÉCIALE. Quiconque, dit Jésus-Christ lui-même, aura quitté pour l'amour de moi sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme et ses enfants, ou ses terres, en recevra le centuple et possédera la vie éternelle (Matth., XIX, 29).

A des promesses si claires, si détaillées, si positives, et pour le temps, le centuple ici-bas, et pour le monde à venir, la vie éternelle, que peut-on ajouter ? quelle explication à donner ? Il n'y a vraiment qu'à entendre cette parole divine, à y croire fermement et à l'accomplir de notre mieux jusqu'à la mort, en persévérant résolument dans l'abnégation et le renoncement absolu qui a marqué notre entrée en Religion.

 DEUXIÈME MARQUE SPÉCIALE. Aussi, c'est ce que saint Pierre représentait lui-même à Notre-Seigneur lorsqu'il lui disait : Pour nous, vous voyez que nous avons tout quitté, et que nous vous avons suivi : quelle sera donc notre récompense? En vérité, lui répond Jésus-Christ, au temps de la résurrection, lorsque le Fils de l'homme sera assis sur le trône de sa majesté, vous qui m'avez suivi vous serez avec moi" assis sur douze trônes où vous jugerez les douze tribus d'Israël (Matth., XIX, 27, 28). Répétons le, croyons à ces paroles adorables, et, sachant à qui nous nous sommes fiés, ne pensons qu'à fournir saintement la carrière mille fois heureuse où le bon Dieu nous a fait entrer.

 TROISIÈME MARQUE SPÉCIALE. L'Esprit-Saint, dans l'Ecclésiastique, déclare simplement que ceux qui me font connaître, la Sagesse éternelle, auront la vie éternelle (Eccl., XXIV, 31) ; mais, dans le Prophète Daniel, développant la même pensée, il ajoute : Ceux qui auront enseigné à plusieurs la voie de la justice, brilleront comme des étoiles dans de perpétuelles éternités (Daniel, XII, 3), et Notre-Seigneur lui-même complétant ces magnifiques promesses, ajoute en saint Matthieu : Celui qui fera et enseignera, celui-là sera estimé grand dans le royaume du Ciel (Matth., v, 19).

Il est évident que tous ces passages de la Sainte Ecriture s'appliquent directement et s'appliquent parfaitement à nos Religieux, chargés par état d'enseigner chaque jour le Catéchisme aux enfants de leurs classes, de leur expliquer la doctrine chrétienne, de les défendre contre le péché, et de les former à la vertu. Quoi de plus propre à nous encourager à cette belle mission que nous donne la Sainte Eglise, et de nous la faire remplir avec zèle jusqu'à la mort !

 QUATRIÈME MARQUE SPÉCIALE. Les Vierges suivent l'Agneau partout où il va : ils ont été rachetés d'entre les hommes pour être les prémices offertes à Dieu et à l'Agneau, et leur bouche n'a point proféré le mensonge, parce qu'ils sont jours et irrépréhensibles devant le trône de Dieu (Apoc., XIV, 4, 5) ; et plus haut, saint Jean avait dit : Ils chantaient comme un cantique nouveau devant le trône, et personne ne pouvait chanter ce cantique que ces bienheureux, parce qu'ils sont vierges (Ibid., 3, 4). Privilèges admirables assurés encore à tous nos Religieux qui ont voué à Dieu une virginité perpétuelle ; privilèges infaillibles pour tous ceux qui garderont jusqu'à la fin ces saints engagements.

 C'est ainsi que l'Esprit-Saint assure le salut et une gloire exceptionnelle à ceux qui s'attachent à Dieu par les vœux et par l'exercice du zèle. Ailleurs, il promet si positivement le royaume éternel à la Pauvreté que, déjà, il le donne comme appartenant aux pauvres d'esprit ; ailleurs encore, il assure la victoire et les plus grandes victoires aux véritables Obéissants.

Que de motifs donc, aussi nombreux que puissants, pour nous attacher à notre saint état, pour le préférer à tout autre, et pour y persévérer résolument jusqu'à la fin !

A toutes ces pensées et considérations, nous aurons à en ajouter beaucoup d'autres non moins sûres et non moins fortes : nous le ferons dans une autre Circulaire.

 Recevez la nouvelle assurance du tendre et religieux attachement avec lequel je suis, en Jésus, Marie, Joseph,  Mes très chers Frères,  Votre très humble et très dévoué Frère et serviteur,

                   F. LOUIS-MARIE.

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