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Circulaires 112

 

H. Louis-Marie
06/06/1874 - Vol. V, n. 1
Circular 112


1ière  Circulaire sur l'Ecole de Pontmain ou l'Ecole de la Prière, du 6 juin 1874 - Pieux souvenirs.

CHAPITRE PREMIER. - Apparition. - 1. Fait principal. - II . Merveilleuse Inscription. - III. Autres incidents de l'Apparition. - IV. Réflexions générales.

CHAPITRE Il. - Disposition pour en bien profiter. - 1. Pré­ambule. - Il. Confiance filiale en Marie. - III.     Humilité et Componction. - IV. Respect et Docilité.

CHAPITRE III. - Dispositions extérieures pour bien prier. - I. Exemple de Pontmain. - II Faire parfaitement le Signe de la Croix. - III. Un vœu à la gloire du Signe de la Croix. - IV. Commencer parfaitement chaque exer­cice. -  V. Prendre et garder dans toutes les prières une tenue exemplaire. - VI. Eviter toute précipitation. - VII. Six  choses à observer avec soin à l'Office et dans les Prières vocales : 1° la prononciation ; 2° la ponctua­tion, ibid. - exercice ; 3° la médiante ; 4° la finale ; 5° le ton de la voix; 60 la manière de répondre.-VIII. Exem­ple des  Frères des Ecoles Chrétiennes. - IX. Deux questions : 1° Pourquoi commencer par l'extérieur ?  2° Pourquoi tant  d'insistance?

112

51.02.01.1874.2

1874/06/06

 

V. J. M. J.

Saint-Genis-Laval, le 6 juin 1874.

 

PIEUX SOUVENIRS

 

Aujourd'hui, samedi, 6 juin 1874, veille de la Solennité du Très Saint Sacrement ; 34e anniversaire de la mort du T. R. P. Champagnat, Prêtre de la Société de Marie, Fondateur et Premier Supérieur de l'Institut des Petits Frères de Marie, décédé à Notre-Dame de l'Hermitage, le samedi, 6 juin 1840, veille de la Pentecôte;

 

Quatrième année depuis l'Apparition de la Sainte Vierge à Pontmain, le 17 janvier 1871:

 

Quatre dates bien précieuses pour nous !

 

Les trois premières nous rappellent trois grands caractères de la Vie de notre pieux Fondateur: 1° sa dévotion extraordinaire envers Marie, dévotion qui lui a mérité de mourir un samedi, au moment même où la Communauté chantait le Salve Regina ; 2° son zèle infatigable et ses immenses travaux pour la gloire de Dieu et le salut des âmes : fruits précieux des dons et des grâces du Saint-Esprit, dont son âme était remplie ; 3° son ardent amour pour le Très Saint Sacrement, amour qui le portait à de fréquentes visites, qui l'enflammait d'ardeur à la sainte Messe; qui ne lui permettait pas de rien épargner pour l'honneur et la propreté du Lieu Saint : amour qu'il brûlait de communiquer à tous ses Frères, en les affectionnant comme lui à la Messe à la Communion et à la Visite au Saint Sacrement.

 

C'est avec ces souvenirs si chers et si édifiants que nous arrivons à la quatrième date, celle de l'Apparition de la Sainte Vierge à Pontmain, d'où je désire tirer de solides instructions pour tous : sur la Prière, principalement ; puis, incidemment, sur l'humble et innocente Simplicité de l'enfance chrétienne : deux points, qui ont fait habituellement, la matière des instructions du pieux Fondateur à ses Frères, et l'objet de ses recherches et de ses efforts les plus assidus pour lui-même ; deux points que la divine Mère semble avoir eus spécialement en vue dans ses récentes Apparitions, surtout dans celle de Pontmain ; deux points, enfin, qui sont pour nous d'une souveraine importance et que nous ne pouvons trop étudier.

 

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Je suspends encore mes réflexions sur l'Esprit sérieux et sur les Souvenirs de foi, pour vous entretenir du grand sujet de la Prière, qui est l'aliment divin de la Vocation fervente, et la condition indispensable de tout progrès spirituel.

 

Aujourd'hui, que tant de populations se tournent vers ce souverain moyen de salut, et semblent ne mettre leurs espérances que dans la prière, je ne puis différer davantage de vous en parler.

 

D'ailleurs, c'est Marie elle-même qui vient demander des prières à ses enfants, et les avertir que leur salut en dépend. C'est à son Ecole que nous irons apprendre et nous exciter tous, en étudiant de notre mieux, le grand fait de l'Apparition de Pontmain, à prier beaucoup, et surtout à bien prier, c'est-à-dire, à prier dignement avec modestie, c'est l'extérieur ; à prier attentivement et dévotement, avec ferveur, c'est l'intérieur ; et, pour prier, avec plus d'efficacité, à revenir à l'humble et innocente Simplicité de l'enfance chrétienne.

 

Demandons tous à la bonne Mère, par nos saints défunts, les grâces et les lumières dont nous avons besoin pour recevoir, en toute confiance, en toute simplicité et docilité, les leçons qu'elle nous donne dans ses maternelles Apparitions, et les réflexions saintes que nous en tirerons; puis, la force, le courage et la constance nécessaires pour en bien profiter.

 

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L'ÉCOLE DE PONTMAIN OU L'ECOLE DE LA PRIERE[1]

 

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CHAPITRE PREMIER

 

APPARITION

 

I.            Fait principal. - Il. Merveilleuse inscription. -  III. Autres incidents. - IV. Réflexions générales.

 

1. Fait principal.

 

Sainte Thérèse, dans son zèle pour le salut des âmes, demandait à Dieu de pouvoir se placer sur un lieu assez élevé; et, de là, faire retentir une voix assez puissante, pour être entendue de tout l'univers. « Si cette grâce m'était accordée, ajoutait-elle, je n'aurais qu'un mot  à dire, et ce mot je le dirais et le redirais sans cesse aux hommes, tant la chose me paraît nécessaire ; oui, je dirais et je redirais à tous: PRIEZ ! PRIEZ ! PRIEZ ! et dussé-je vivre jusqu'à la fin des temps, je ne dirais autre chose, sinon : PRIEZ ! PRIEZ ! PRIEZ ! »

 

Il n'a pas été donné à cette grande Sainte de réaliser ce vœu, dans toute son étendue ; mais ne semble-t-il pas que Marie ait voulu l'accomplir, de nos jours, dans l'étonnante Apparition de Pontmain? Jésus-Christ, son divin Fils, avait dit à ses Apôtres : Ce que je vous ai dit à l'oreille, publiez-le sur les toits (Matth., XII, 27) ; et voilà précisément la position que la divine Mère a voulu prendre, pour se montrer à ses enfants et les convoquer tous à la Prière.

 

C'était le 17 janvier 1871, cinq jours après la défaite du Mans, alors que la France entière, sans pouvoirs, réguliers, presque sans armes et sans armées, se voyait comme à la merci d'un implacable ennemi ; c'est à ce moment d'extrême péril pour sa nation privilégiée, que Marie apparaît à de jeunes Enfants de la Mayenne, à sept mètres environ au-dessus du toit d'une maison du petit village de Pontmain, aux confins des Diocèses de Laval et de Rennes. Elle se place là, pour ainsi dire, entre les vainqueurs et les vaincus ; et elle apporte à ces derniers le grand refuge, la suprême et infaillible ressource de la Prière.

 

Sans rapporter ici, en détail, toutes les circonstances de l'Apparition, disons, sur le récit qui en a été publié à Laval, avec l'approbation de l'Ordinaire, que la Sainte Vierge a été vue, de cinq heures et demie du soir à huit heures trois quarts, par cinq Enfants (Le plus jeune est mort depuis), âgés, respectivement, de six ans et demi, neuf, dix, onze et douze ans ; que ces cinq enfants, sans s'être entendus, ont fait de la Dame qui leur apparaissait et des incidents nombreuxet variés qui ont marqué sa présence, la même description, le même exposé, simple, net, franc et tout spontané.

 

Arrivés, les uns après les autres, au lieu de l'Apparition, ils disent immédiatement ce qu'ils voient, et ils disent tous de même. Réunis, ils expriment, sans hésitation et toujours à qui le premier, tout ce qui se fait : pas la moindre contradiction dans ces cris subits, échappés à cinq Enfants, saisis, au même moment et de la même manière, par la merveilleuse Vision.

 

Les parents, les voisins, le Curé de la Paroisse, les Religieuses Institutrices, formant un groupe de soixante personnes environ, entendent les Voyants, suivent leurs gestes et leurs mouvements, les pressent de questions ; mais ils ne voient rien eux-mêmes, sinon un ciel très clair et très étoilé.

 

Donc, pendant trois heures, apparaît à ces cinq Enfants une Dame d'une beauté incomparable, vêtue d'une robe bleue, parsemée d'étoiles, ayant aux pieds des souliers bleus, à boucles d'or, et sur la tête, un voile noir, avec une couronne d'or. Ses mains sont étendues et pendantes, comme on a coutume de représenter l'Immaculée Conception.

 

Divers incidents se produisent pendant l'Apparition mais le principal fut l'admirable inscription qui vint témoigner manifestement de la présence de la Sainte Vierge. Nous la donnons à part et la première, parce qu'elle est comme la clef de toute l'Apparition, et qu'elle révèle jusqu'à l'évidence le but profondément miséricordieux de la maternelle Visite de Marie.

 

II. Merveilleuse Inscription.

 

A des prières et à des chants, déjà plusieurs fois répétés, la pieuse Réunion ajoutait le Magnificat ; et le premier verset était à peine achevé, que les enfants s'écrient tous ensemble : Voilà encore quelque chose qui se fait, c'était leur mot à chaque nouvel incident de I'Apparition.

 

Une bande, large d'un mètre au moins, longue d'environ douze mètres, se déroule sous les pieds de la belle Dame. Il semblait aux enfants qu'une main invisible traçait lentement sur ce fond d'une éclatante blancheur, de beaux caractères d'or.

 

C'est un M ! disent les Enfants, puis: Voilà une autre lettre qui commence... C'est un A ! Ils ne quittaient pas des yeux le point du Ciel où ils voyaient ces merveilles, et c'était toujours à qui nommerait le premier la belle lettre d'or. Ils épelèrent encore un I et un S ; et ce mot MAIS resta seul environ dix minutes. Cependant, les Fidèles continuaient le Cantique de la Sainte Vierge. A la fin du  Magnificat, les Enfants lisaient en lettres d'or, hautes de vingt-cinq centimètres : MAIS PRIEZ MES ENFANTS.

 

L'émotion était grande parmi les assistants, la plupart pleuraient, les plus incrédules même se sentaient touchés. On avait fait asseoir les heureux Voyants; mais ils se levaient souvent et manifestaient, par des gestes animés et expressifs, l'admiration dont ils étaient saisis : Oh ! que c'est beau ! que c'est beau ! répétaient-ils sans cesse.

 

Attirée par le bruit, une mère accourt, portant dans ses bras sa petite fille, âgée de deux ans et un mois. L'enfant proclame aussi le miracle à sa manière. Les yeux fixés sur l'Apparition, elle agite ses mains innocentes, elle se soulève dans les bras de sa mère, et bégaie de son mieux ces mots qu'elle lui avait appris: Le Jésus ! le Jésus !

 

Frappé de tout ce qui se passe, le vénérable Curé invite les Fidèles à chanter les Litanies de la Sainte Vierge, pour la prier de manifester sa volonté. A la première invocation, les Enfants s'écrient vivement : Voilà encore quelque chose qui se fait, ce sont des lettres. C'est un D ! et ils nomment, successivement, et toujours à qui le premier, les lettres des mots suivants, complètement écrits à la fin des Litanies: DIEU VOUS EXAUCERA EN PEU DE TEMPS.

 

 Ces mots étaient tracés sur la même ligne que les premiers, d'égale grandeur et en lettres d'or. Après le mot temps, était un point, aussi grand que les lettres, en or, et resplendissant comme un soleil. A cette miséricordieuse promesse : Dieu vous exaucera en peu de temps, des exclamations joyeuses éclatent parmi la foule, au milieu des larmes que l'émotion fait couler.

 

La Dame regardait les enfants et souriait. On chanta alors l'Inviolata. - Voilà, s'écrient les enfants, de nouvelles lettres qui apparaissent sur le même écriteau blanc, mais sur une seconde ligne. Au moment où l'on finissait de chanter : 0 Mater alma Christi carissima ! 0 douce et bien aimée Mère du Christ ! lesVoyants avaient épelé lettre par lettre, ces mots : MON FILS !... Il y eut un frémissement dans toute l'assemblée, une émotion indicible... C'est bien la Sainte Vierge, disent les enfants. - C'est elle répète la foule 1....

 

Pendant la fin de l'Inviolata et le Salve Regina qui suivit, la main mystérieuse traça de nouvelles lettres. Les enfants lurent: MON FILS SE LAISSE... Une sœur assise au milieu d'eux, leur dit alors: Mon Fils se laisse... cela n'a pas de sens, regardez donc bien, il y a sans doute Mon Fils se lasse... Et les enfants : Mais, non, ma Sœur, il y a un I... Et tous ensemble, ils épelèrent plusieurs fois le mot laisse. La Sœur insiste. - Et les enfants avec vivacité : Mais, ma Sœur, attendez donc, ce n'est pas encore fini, voilà de nouvelles lettres.

 

Avant la fin du Salve Regina, ilslurent : MON FILS SE LAISSE TOUCHER.

 

Un grand trait doré comme les lettres, se forma lentement au-dessous de cette seconde ligne.

 

Les chants avaient cessé, la foule émue priait, le silence n'était interrompu que par la voix des enfants, qui répétaient, à chaque instant, l'inscription complète :

 

MAIS PRIEZ, MES ENFANTS, DIEU VOUS EXAUCERA EN PEU DE TEMPS. MON FILS SE LAISSE TOUCHER.

 

III. Autres incidents de l'Apparition.

 

Dix minutes s'écoulèrent avant que l'Inscription disparût, avec sa magnifique bande blanche. Nous tâcherons de pénétrer, de notre mieux, le sens profond de ces paroles bénies tombées des mains de Marie; mais, auparavant, il est bon de résumer encore les autres incidents qui marquèrent sa présence.

 

Le premier fut un grand cercle, du même bleu que la robe, ovale, large comme la main, dans toute son étendue. Il entourait la Dame, à la distance de cinquante centimètres.

 

Quatre bougies éteintes semblaient être attachées à l'intérieur du cercle bleu, deux à la hauteur des genoux et deux à la hauteur des épaules. Une petite Croix rouge apparaissait sur la poitrine, à gauche, près du cœur.

 

Les incidents divers de l'Apparition semblaient répondre aux prières et aux dispositions des assistants. La Dame regardait les Enfants avec un amour et une tendresse incomparables ; mais, disent-ils, elle tombait dans la tristesse, dès que les personnes présentes se permettaient de parler, de rire, ou d'émettre des doutes sur sa présence.

 

Quand Sœur Marie-Edouard, sur l'invitation de M. le Curé, commença le Chapelet, aussitôt toute la Vision monta et grandit. « Voilà, disent les enfants, qu'elle est deux fois grande comme sœur Vitaline. » Elle n'avait d'abord que la taille de cette religieuse, environ 1 m. 65 cent. Le cercle bleu s'étendit en proportion. Les étoiles se multiplièrent sur la robe de la Dame; et celles que les enfants appellent étoiles du temps, au nombre de quarante, semblaient se ranger vivement sur son passage, et venir, deux à deux, se placer sous ses pieds.

 

A ! dit un pieux Narrateur du prodige, c'est que le Chapelet est la prière privilégiée de Marie ; elle voulut montrer, par cet accroissement subit, combien cette dévotion lui plaît, combien rapidement elle nous fait avancer en grâce et en vertu.

 

C'est à la suite du Chapelet et de ces incidents que vint la merveilleuse Inscription terminée à l'Inviolata, comme nous l'avons dit plus haut.

 

« Chantez un cantique à la Sainte Vierge » dit alors M. le Curé ; et sœur Marie-Edouard entonna le cantique de l'Espérance :

 

Mère de l'Espérance,

Dont le nom est si doux,

Protégez notre France,

Priez, priez pour nous.

 

Pendant le cantique, qui a huit couplets, la Sainte Vierge éleva ses mains, jusque là abaissées et étendues, et les tint à la hauteur des épaules : agitant les doigts lentement, comme pour accompagner le chant, elle regardait les Enfants avec un sourire d'une douceur infinie.

 

De leur côté, les Enfants sautaient de joie, battaient des mains, en répétant cent fois, avec une expression qu'on ne saurait rendre : « Voilà qu'elle rit ! voilà qu'elle rit ! Oh ! qu'elle est belle ! oh ! qu'elle est belle ! »

 

C'est vers la fin du Cantique de l'Espérance que l'Inscription restée complète environ dix minutes, disparut. Il sembla aux Enfants qu'un rouleau couleur du temps passant rapidement sur les lettres, les dérobait à leurs yeux.

 

A ce moment, on chanta le cantique Mon doux Jésus, enfin, voici le temps, alternant chaque couplet avec le Parce Domine.

 

Aussitôt, la figure des Enfants prit une expression de tristesse profonde; c'était un reflet de la vision. La sainte Vierge, triste et recueillie, semblait prier avec les Enfants.

 

Tout à coup, se forme devant elle, à distance de trente centimètres, une croix rouge, haute de soixante centimètres environ, avec un Christ de même couleur: et, au sommet, un écriteau blanc très long, sur lequel était écrit en lettres rouges : JÉSUS-CHRIST !

 

Abaissant ses mains, restées élevées pendant le cantique de l'Espérance, Marie saisit le Crucifix et le tint de ses deux mains un peu incliné vers les Enfants, à qui elle semblait le présenter.

 

Cependant, comme pour honorer l'image du Sauveur crucifié, une étoile, partie des pieds de la Vierge, vint allumer les quatre bougies attachées à l'intérieur du cercle bleu, et elle alla ensuite se placer au-dessus de la tête de la Dame, où elle demeura suspendue.

 

Le Cantique de la pénitence fut suivi du chant de l'Ave Maris Stella, pendant lequel la Croix rouge et le Christ disparurent. La Vierge, étendant les mains, reprit la pose de l'Immaculée Conception ; et, sur chacune de ses épaules, apparut une petite croix blanche, haute de vingt-cinq centimètres.

 

C'était comme une image de la Résurrection et du retour à la grâce d'une âme qui revient à Dieu. Marie sourit de nouveau aux Enfants, qui en avertirent la foule par leurscris joyeux : Voilà qu'elle rit ! voilà qu'elle rit !

 

Il était huit heures et demie : « Mes amis, dit alors monsieur le Curé, mettons-nous à genoux et faisons ensemble la prière du soir. » Vers le milieu de la prière, les Enfants, qui ne quittaient pas des yeux la céleste Vision, annoncèrent qu'un grand voile blanc, partant des pieds de la Vierge, montait lentement, et la couvrait jusqu'à la ceinture, puis jusqu'au cou.

 

Ils ne voyaient plus que la figure de la Darne, toujours souriante et d'une beauté céleste.

 

Bientôt, le voile blanc couvrit son visage, ne laissant apercevoir au-dessus que la couronne d'or et l'étoile qui la surmontait ; puis, tout disparut, avec le grand cercle bleu, les bougies allumées et toute la Vision : c'était près de neuf heures.

 

IV. Réflexions générales.

 

Voilà le fait admirable que nous avons à étudier, et  d'où nous devons tirer des instructions aussi solides que consolantes.

Tout extraordinaire qu'il paraît, il porte en soi et dans ses détails, un caractère de vérité et d'à-propos qui saisit. On sent, au simple récit, que le doute est impossible. Dans l'Apparition, comme dans l'Inscription, tout répond si admirablement au besoin du moment, qu'il n'y eut aucun incrédule dans tout le pays. Dès le premier jour, la foi fut pleine et entière ; Prêtres et  laïques, tous crurent sans hésitation. D'autre part, on connaissait parfaitement les enfants; on les savait sincères et incapables d'inventer, surtout en pareille matière. 

Mais, pourquoi Dieu a-t-il fait cette merveilleuse Apparition, si évidemment acceptable et si promptement acceptée? On ne peut en douter. C'est pour provoquer, partout, un concert de prières et de supplications, en rapport avec l'urgence et la grandeur des besoins. Tous les pieux fidèles le comprirent ainsi, et avec eux, l'Autorité ecclésiastique. De nombreux pèlerinages se firent aussitôt au lieu béni, où Marie avait daigné se montrer à ses enfants, et donnèrent lieu aux plus ardentes prières. La suite a montré quelle merveilleuse efficacité devaient avoir les paroles de la Sainte Vierge : Mais, priez mes enfants. L'on a vu et l'on voit, tous les jours encore, dans quelle admirable proportion, depuis trois à quatre ans, se multiplient et s'étendent ces pieux Pèlerinages, à la Salette, à Lourdes, à Pontmain, et dans tous les lieux et sanctuaires signalés à la piété des fidèles, par quelque faveur extraordinaire.

 

Pour nous, M. T. C. F., aujourd'hui qu'une décision doctrinale de l'Evêque diocésain a confirmé la vérité de l'Apparition de Pontmain, nous éprouvons une satisfaction toute particulière à la relater, au moins en abrégé, dans nos Circulaires, et à nous servir des maternelles paroles de Marie, pour fortifier parmi nous l'esprit de prière ; pour vous renouveler les avis et instructions qui vous ont été donnés à ce sujet. J'ajoute même que trois raisons nous font espérer pour tous un profit tout particulier de nos réflexions.

 

La première, c'est que nous les devons à Marie, et qu'elle ne peut manquer de donner une efficacité extraordinaire à sa propre recommandation : Mais priez, mes enfants, Dieu vous exaucera en peu de temps. Mon Fils se laisse toucher.

 

La seconde, c'est que, pour entrer, tout de suite, dans les intentions de notre bonne Mère, nous nous unirons tous, pour demander, plus instamment que jamais, l'esprit de prière; et nous sommes particulièrement assurés que notre demande sera exaucée, selon cette parole de saint Jean : Dieu nous exauce en tout ce que nous lui demandons qui est conforme à sa volonté (I Jean, v, 14).

 

Or, quoi de plus conforme à la volonté de Dieu que notre assiduité et notre ferveur dans la prière, notre recueillement et notre parfaite tenue dans tous nos exercices de piété !

 

La troisième, enfin, c'est que, grâce à Dieu et à votre bonne volonté, nous pouvons ajouter avec le même apôtre : Nous savons que Dieu nous exaucera dans tout ce que nous lui demanderons, et nous le savons, parce que nous avons déjà reçu. l'effet des demandes que nous lui avons faites (I Jean, V, 15).

 

Oui, nous pouvons le dire, les fortes recommandations, faites sur la prière, ces dernières années, les puissants exemples qui les ont appuyées et les ferventes supplications dont vous les avez accompagnées, ont porté leur fruit. Nous avons pu constater, d'une manière très consolante, par les rapports des Frères Visiteurs, par ceux des Frères Directeurs, par les lettres d'un très grand nombre de Frères, qu'on a pris à cœur, dans toutes les Provinces, de bien faire les exercices de piété. Partout, c'est aujourd'hui, heureusement, passé en habitude, on les fait à l'heure, on les fait avec recueillement, on apporte une attention toute particulière à la bonne récitation de l'Office et des autres prières vocales.

 

Que Dieu soit béni de cet élan nouveau donné à la piété ; et puisse cette instruction, due à la divine Mère, l'étendre encore, le fortifier et le généraliser de plus en plus.

 

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CHAPITRE DEUXIÈME

 

DISPOSITION POUR EN BIEN PROFITER

 

I. Préambule. - II Confiance en Marie. - Ill. Humilité et Componction. - IV. Respect et Docilité.

 

I. Préambule.

 

On l'a dit, l'Apparition de Pontmain, avec sa merveilleuse Inscription, est une véritable Ecole où Marie elle-même vient instruire ses enfants, leur révéler de nouveau son pouvoir et sa bonté, les convoquer à la Prière et les préparer à des faveurs extraordinaires.

 

Personne de nous ne met en doute la vérité de cette Apparition, maintenant que l'Autorité diocésaine l'a revêtue de sa solennelle approbation ; mais ce fait merveilleux ne fut-il pas accepté de quelques-uns, qu'ils devraient encore se rendre à nos réflexions et à notre conclusion finale, l'union dans la prière: car, et ces réflexions et cette conclusion, appuyées sur la foi, conformes à la piété, et inspirées par la charité, se recommandent d'elles-mêmes au bon esprit de tous, indépendamment de tout appel à une nouvelle manifestation surnaturelle.

 

Du reste, pour émettre nos pensées en cette matière, nous nous basons sur cette réflexion d'un zélé Missionnaire, le R. P. Vandel, dans Ses Impressions sur Pontmain : «Quantaux pieuses considérations, dit-il, qui  semblent ressortir de cette Apparition, elles sont laissées à la libre et prudente appréciation de chacun, tout en les subordonnant à ce que l'Eglise pourra en décider. »

 

Or, que l'Ecole de Pontmain soit une Ecole de piété et de prière, la chose est évidente par tout ce qui s'y passe et, principalement, par l'admirable Inscription queMarie laisse tomber de ses mains maternelles.

 

Dans l'Inscription, nous trouvons toutes les dispositions intérieures de foi, de confiance, d'humilité, de ferveur et de persévérance que demande la prière ; dans ce qui précède et dans ce qui suit, nous avons la pratique et comme un modèle vivant des dispositions extérieures de modestie, de recueillement et de bonne tenue qui doivent toujours accompagner.

 

Allons donc à Pontmain, pour apprendre de Marie à bien prier : extérieurement d'abord, c'est-à-dire avec dignité, digne ; intérieurementensuite, c'est-à-dire avec attention et dévotion attente ac devote.

 

Mais, comme, selon le mot de saint Paul, la piété est utile à tout, et que c'est à elle que les biens de la vie présente et ceux de la vie future ont été promis (ITimothée, IV, 8), en apprenant à bien prier, nous apprendrons aussi à bien vivre ; nous apprendrons toutes les vertus, principalement, la confiance en Marie, l'humilité et la componction, l'innocence et la simplicité, le zèle et la charité, le courage et la constance : toutes les vertus qui sont, en même temps, et les dispositions nécessaires pour bien profiter à notre céleste Ecole, et les fruits particuliers que nous devons en retirer.

 

Disons un mot des trois principales dispositions.

 

II. Confiance filiale en Marie.

 

Il est évident, en effet, que c'est, tout à la fois, et le premier sentiment que la sainte Vierge veut nous inspirer, et la première disposition qu'elle nous demande, puisqu'elle vient à nous comme une Mère à ses enfants : Priez, mes enfants !

 

Puis, pour donner aussitôt à notre confiance son fondement inébranlable, elle nous révèle elle-même qu'elle est la Mère de Jésus, appelant Jésus SON FILS,nous assurant que Jésus prend pitié de nos maux : Mon Fils se laisse toucher.

 

Et, chose singulière, la première lettre qu'elle fait apparaîtrai aux regards étonnés des Voyants, est l'initiale même de son nom béni, l'initiale de tous ses titres les plus doux à notre confiance et à notre amour.

 

C'est un M ! s'écrient à la fois les Voyants! qu'est-ce à dire? sinon : MARIE ! MARIE ! MARIE ! Oui, Marie, la Mère de Dieu ! Marie, la Mère des hommes ! Marie, la Mère de Miséricorde ! Marie, la Messagère de la grâce ! Marie, notre toute puissante Médiatrice auprès de Dieu ! quelle belle, quelle heureuse coïncidence !

 

Aimons à voir là une attention toute pleine de bonté de la divine Mère, qui a hâte de consoler et de rassurer ses enfants ; et, sans retard, prenant place à sa céleste Ecole, saluons-la, avec l'Eglise, comme notre Mère bien-aimée - « Salut, ô Reine ! salut, ô Mère de Miséricorde ô notre Vie, ô notre Douceur, ô notre Espérance, salut, Salve Regina ! »

 

On peut le dire encore, cette initiale rappelle le C'est Moi de Jésus à ses Apôtres effrayés. Marie, dans l'extrémité où sont ses enfants, veut aussi leur faire entendre immédiatement, cette douce, cette maternelle parole : « Rassurez-vous, c'est MOI, n'ayez point de peur (Matth.,  XIV, 27). Je viens, avec mon Fils Jésus, vous apporter la paix et le salut; avec MON FILS, QUI SE LAISSE TOUCHER, avec mon Fils, qui est votre avocat auprès  du Père (I Jean, 11, 1.), et qui ne met à votre délivrance qu'une seule condition, celle de la prière: Priez mes enfants ! »

 

Non, non, j'en suis sûr, quand nous aurons suivi et approfondi toutes les circonstances de l'Apparition, nous n'aurons aucun doute qu'entre plusieurs mots qui rendaient également sa pensée, Marie n'ait choisi, à dessein, celui dont chaque lettre (nous le dirons plus loin) peut être regardée comme un signe de miséricorde et dont la première en particulier, donne le doux nom de Marie et rappelle ses plus beaux titres à notre amour.

 

Confiance donc, et confiance toute filiale, comme il convient à des enfants en présence et sous la garde, de la meilleure des Mères.

 

III. Humilité et Componction.

 

Marie vient à nous comme une Mère à ses enfants : Confiance ! elle vient, la couronne en tête, comme une Reine : Respect ! mais elle vient, voilée de noir, le visage empreint de tristesse, portant le poids de tous nos péchés et des maux qu'ils nous ont attirés : Humilité et Componction !

 

HUMILITÉ : Car, Marie, dans toutes ses Visites et Apparitions, semble n'avoir en vue, avec la Prière, que de nous ramener à cette vertu fondamentale.

 

« Il est certain, dit un pieux Auteur, que la France est le point du globe sur lequel tombent les grâces les plus abondantes de la divine Mère. Depuis quarante ans surtout, elle multiplie parmi nous ses Visites et ses bienfaits, plus qu'elle ne le fit en aucun temps ni en aucun lieu. »

 

Mais une autre chose, peut-on ajouter, n'est ni moins certaine ni moins remarquable c'est que la Sainte Vierge dans toutes ces Visites et Apparitions récentes, ne veut se servir que de personnes très simples, de pauvres et faibles enfants, pour nous communiquer ses volontés.

 

A Paris, en 1832, c'est une Sœur de charité, une Servante des pauvres, des malades et des orphelins, qu'elle emploie pour nous donner la Médaille miraculeuse.

 

A la Salette, en 1846, elle prend un pauvre berger et une pauvre bergère, pour faire annoncer à son peuple les fléaux qui le menacent.

 

A Lourdes, en 1858, c'est encore par une toute jeune enfant du peuple, qu'elle vient, en relevant nos espérance, nous faire répéter le mot: Pénitence ! Pénitence et Componction !

 

Enfin, à Pontmain, en 1871, plus même qu'auparavant, elle ne montre de prédilection que pour l'humilité et l'obscurité : c'est comme un retour solennel à toute la pauvreté et à toute la simplicité de Bethléem.

 

Tout est disposé pour cette fin. C'est le mois de la Sainte Enfance de Jésus; c'est le 17 janvier au soir, au jour et à l'heure même où l'Eglise, achevant de fêter l'humilité et la pauvreté du grand saint Antoine, Père des Solitaires, commence à honorer la Chaire Suprême du Pêcheur de Galilée : Chaire de vérité, Chaire infaillible, à laquelle doit s'attacher, en toute soumission, fermeté et simplicité de foi, quiconque veut être véritablement catholique.

 

C'est à cinq Enfants qu'elle s'adresse et dont elle fait ses Missionnaires, pour organiser la grande Croisade de prières à laquelle elle va convier le monde entier.

 

Puis, elle ne veut autour des Voyants, pendant les trois heures de l'Apparition, que de simples ouvriers. de paisibles cultivateurs, de bonnes mères de famille, de modestes Religieuses, sous la présidence de leur bon Pasteur, le plus simple et le plus modeste de tous.

 

Certes ! à quel dessein, à quelle fin tant de simplicité, tant de modestie, tant de faiblesses apparentes, si ce n'est pour fermer l'abîme de tous nos maux, en nous ramenant à l'humilité du Verbe Incarné, aux anéantissements de Nazareth et de Bethléem, à toute la droiture et à toute la simplicité des âges de Foi ? On ne peut en douter.

 

L'Esprit-Saint l'a dit, l'abîme de tous les maux, c'est l'orgueil : car l'orgueil est le commencement de tout péché ; et, ajoute ensuite l'Oracle éternel, celui qui s'attache à l'orgueil, sera rempli de malédictions, et il y trouvera en/in sa ruine (Eccl., X. 15).

 

Humilité donc et humilité profonde, pour répondre aux intentions de notre divine Mère, et lui permettre de nous sauver; mais humilité et componction, humilité et repentir: car, à Pontmain, Marie vient encore à nous avec l'image sanglante de son Fils expiré sur la Croix. Elle le tient entre ses mains; elle veut que la Croix, le Christ, son Nom, tout soit rouge ; que tout nous apparaisse couleur de sang; parce qu'elle veut que nous sortions de son Ecole, en nous frappant la poitrine, en pleurant la trop longue suite de nos trop grandes iniquités, comme, autrefois, le peuple infidèle, mais repentant, descendant du Calvaire : et, dit saint Luc, tout le monde qui avait été présent à ce spectacle, s'en retournait se frappant la poitrine (Luc, XXIII, 48).

 

Nous reviendrons sur ces dispositions, puisqu'elles doivent faire l'objet des leçons de la bonne Mère; mais il fallait en dire un mot, dès le principe, afin de bien caractériser notre céleste Ecole et de mieux comprendre dans quel esprit nous devons y être.

 

IV. Respect et Docilité.:

 

Le respect, il est dû à la Majesté de la Reine du Ciel et de la terre, de la Souveraine de tout l'univers ; la docilité, nous la devons à Marie, la Mère de la Divine Science. Elle nous dit, elle-même, d'elle-même : Je suis la Mère du pur amour, et de la crainte, et de la science, et de la sainte espérance (Eccl., XXIV, 24).

 

Bien mal avisé serait celui qui se laisserait prendre aux faiblesses apparentes de la Salette, de Lourdes et de Pontmain ; à ces lieux écartés, où Marie se montre ; à l'ignorance des Enfants dont elle fait ses Ambassadeurs ; à la simplicité des Fidèles, dont elle s'entoure : car, avec ces dehors si obscurs, Marie n'en reste pas moins celle qui s'avance comme une aurore naissante, belle comme la lune, éclatante comme le soleil, terrible comme une armée rangée en bataille (Cant., XI, 9).

 

« Oh ! qu'elle est belle ! oh ! qu'elle est belle ! » s'écrient les Enfants avec transport !... « C'est Marie ! C'est Marie ! » disent les pieuses femmes. Tous les ennemis seraient à nos portes, que nous ne craindrions plus rien ! »

 

 Marie, en effet, est cette créature unique, inférieure à Dieu seul, supérieure à tout le reste, qui, comme son Fils adorable, porte en elle-même et avec elle-même, son excellence incomparable et sa dignité souveraine. De même que la grandeur infinie du Verbe Incarné ne pouvait apparaître avec plus d'éclat que dans les bassesses de Bethléem, où l'univers entier vient l'adorer de même, la grandeur et la puissance que Marie a reçues de Dieu, ne pouvaient se montrer avec plus d'évidence que dans ces sanctuaires ignorés, subitement improvisés, où toutes les populations accourent et se précipitent, à la voix de simples Enfants, parce que Marie y a paru, parce que Marie y a fait entendre ou a écrit quelques paroles.

 

Nous, enfants humbles et soumis de la foi, soyons heureux de ces saintes et mystérieuses obscurités que revêtent les Apparitions de notre Bonne Mère : obscurités apparentes, faites pour confondre l'orgueilleuse suffisance de la sagesse mondaine; mais clartés réelles, clartés éclatantes, pour les âmes simples et droites qui pensent, qui jugent et qui croient dans la vérité.

 

N'est-il pas évident, en effet, que comme son divin Fils, Marie choisit ce qu'il y a de moindre et de plus faible, selon le monde, pour confondre les puissants et les forts ; et que, comme lui, en opposant la grandeur des résultats à la faiblesse des moyens, elle confirme, admirablement, et la vérité de ses Apparitions et la sainteté de ses Leçons?

 

Oui, soyons heureux de voir que, comme son Fils, c'est de la bouche des enfants et de ceux qui sont encore à la mamelle que Marie veut tirer, pour Dieu, la louange la plus parfaite ; et, pour nous, les enseignements les plus salutaires et les plus efficaces. Aussi, devant cette grande Reine, n'ayons qu'un sentiment, celui d'un respect et d'une vénération sans mesure ; et, devant cette grande Maîtresse, n'ayons qu'une disposition, celle de la docilité la plus parfaite.

 

Certes ! si nous voulons savoir plus explicitement quels sont ses titres à tenir Ecole, à se faire l'Institutrice universelle des Chrétiens, saint Méthode nous répond qu'elle est la Lumière des Fidèles; saint Cyrille d'Alexandrie, qu'elle est la Reine de la Foi catholique; toute l'Eglise, : qu'elle est la Vierge prudente par excellence; qu'elle est le Miroir admirable où viennent se refléter toutes les Splendeurs du Soleil de justice ; qu'elle est le Siège sacré, où repose la Sagesse éternelle; qu'elle est la Reine du Ciel, devant laquelle pâlissent les lumières mêmes des Chérubinset des Séraphins; qu'elle est la Reine des Patriarches, la Reine des Prophètes, la Reine des Apôtres, la Reine des Docteurs, la Reine de tous les Saints, possédant, à elle seule, plus de science, plus le connaissances saintes que tous ces illustres Dépositaires des secrets divins.

 

La raison elle-même le dit, Marie a plus aimé Dieu que tous les Anges et tous les Saints ensemble, que toutes les pures créatures réunies : donc elle a connu Dieu, et, en le connaissant, elle a connu toutes choses, dans un degré supérieur à toute connaissance purement créée la connaissance en Marie, comme en Dieu, étant égale à l'amour.

 

A la Salette, à Lourdes, à Pontmain, Marie descend à la portée de simples Enfants; ou plutôt elle les élève jusqu'à elle, dans la mesure qui convient ; mais, quand elle le veut, elle sait d'un mot, d'un geste, confondre toute fausse sagesse, triompher de tout entêtement ; elle sait, d'un Juif obstiné, faire subitement un Chrétien soumis. Il ne lui fallut qu'un signe pour précipiter à ses genoux le Juif Ratisbonne, pour faire table rase de toutes ses erreurs, et pour qu'il se relevât Chrétien, connaissant, adorant et confessant Jésus-Christ, ne soupirant plus qu'après les eaux saintes de la Régénération.

 

« Bannis toute inquiétude, dit-elle un jour à sainte Véronique de Milan, qui se désespérait de ne pas  savoir lire ; il suffit que tu connaisses trois lettres : La première, aimer Dieu par dessus tout ; la seconde ne murmurer jamais ; la troisième, méditer chaque  jour, la Passion de mon Fils. » Avec cette leçon et ces trois lettres, en moins de 52 ans, Véronique devint un modèle de perfection dans la Communauté des Augustines de Sainte-Marthe de Milan ; et elle mérita que Léon X la mît au nombre des Saints.

 

Avec trois mots, au témoignage de Pierre de Cluny, Marie fit, d'un Religieux Chartreux, un Religieux parfait: « Dans le manger, lui dit-elle, prends ce qu'il y a de  moins délicat ; dans le vêtement, ce qu'il y a de plus grossier; dans les emplois, ce qu'il y a de plus humiliant. »

 

Oh ! l'admirable Institutrice que la Mère de Jésus, elle qui a élevé et instruit l'Enfant-Dieu, la Sagesse Eternelle, revêtue de l'humanité ! soyons heureux d'être à son Ecole, ne perdons rien de ses leçons. A Pontmain, elle a son Alphabet divin, ses Nombres sacrés, son Dessin mystérieux, ses saints Exercices : suivons-les avec une attention parfaite et une docilité entière. Marie fera de nous, non seulement des hommes de piété et de prière, mais encore des Religieux solidement humbles, pleins de zèle et pleins de courage. Elle nous apprendra surtout, après la Prière, à mettre toute notre gloire et tout notre bonheur dans l'humble et innocente Simplicité de l'enfance chrétienne, en nous rendant semblables à l'Enfant de Bethléem.

 

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CHAPITRE TROISIÈME

 

DISPOSITIONS EXTÉRIEURES POUR BIEN PRIER

 

I.            Exemple de Pontmain. - Il. Faire parfaitement le Signe de la Croix. - III. Un vœu à la gloire du Signe de la Croix. - IV. Commencer chaque Exercice avec beaucoup de recueillement. -V. Prendre et garder dans toutes les prières une tenue exemplaire. - VI. Eviter toute précipitation. - VII. Six choses à observer avec soin à l'Office et dans les Prières Vocales. -VIII. Exemple des Frères des Ecoles chrétiennes. - IX. Deux questions : 1° Pourquoi commencer par l'extérieur? 2° Pourquoi tant d'insistance?

 

I.EXEMPLE DE PONTMAIN

 

Saint Luc commence ainsi le livre des Actes des Apôtres : J'ai rapporté dans mon premier livre (son Evangile), ô Théophile, tout ce que Jésus-Christ a fait et enseigné ; ou, selon la lettre même du texte, les choses que Jésus a commencé à faire et à enseigner (Actes, I, I): ce qui veut dire, évidemment, que Jésus-Christ, avant de donner des leçons, a voulu donner l'exemple; qu'il a commencé à pratiquer, avant d'enseigner.

 

C'est la même méthode que suit la divine Mère dans son Ecole de Pontmain. Elle emploie les deux premières heures de l'Apparition à nous donner comme la pratique extérieure, comme le modèle vivant de la Prière en commun et des Chants pieux ; et, ce n'est qu'après ces deux heures de Saints Exercices, qu'elle trace et qu'elle résume en sa merveilleuse Inscription, comme dans un substantiel Abrégé, tout ce qui a rapport aux dispositions intérieures.

 

Nous nous appliquerons donc, pour entrer dans les intentions de notre Bonne Mère, à rappeler, dans ce Troisième Chapitre, tous les Avis que nous avons déjà donnés, particulièrement dans les Retraites générales de 1871, de 1872 et de 1873, sur la manière de bien faire extérieurement nos Exercices de piété.

 

Et voyez quel exemple admirable (je le prends sur le récit même du fait) nous avons, à Pontmain, de l'empressement, de la constance et du parfait ensemble que nous devons y apporter.

 

C'est toute une population qui prie à l'envi la Mère de Dieu; qui chante à l'envi des Hymnes et des Cantiques en son honneur; qui prolonge ses prières et ses chants et reste ainsi, pendant trois heures, respectueuse et recueillie, sous le regard de Marie : de Marie, cependant, invisible à ses yeux, et dont elle ne connaît la présence que sur le simple témoignage de jeunes Enfants qui disent la voir.

 

Et nous, M. T. C. F., n'avons-nous pas sur la présence de Jésus-Christ à tous nos Exercices de piété de chaque jour, sa parole même et sa déclaration formelle? Oui, nous les avons, avec leur souveraine infaillibilité : Je vous déclare, dit Jésus-Christ, que si deux d'entre vous s'unissent ensemble sur la terre, quoi que ce soit qu'ils demandent, ils l'obtiendront de mon Père qui est dans le Ciel : car, ajoute le divin Maître, et c'est ce que nous ne devrions jamais oublier : où il y a deux ou trois personnes assemblées en mon nom, je m'y trouve au milieu d'elles (Matth., XVIII, 19, 20).

 

Donc, par tout ce que le sentiment de la présence de Marie inspire à la religieuse population de Pontmain, comprenons ce que devrait nous inspirer la foi à la présence de Jésus-Christ lui-même, si cette foi était en nous ce qu'elle doit être, et faisait ce qu'elle doit faire.

 

A Pontmain, la prière devient générale, ardente et persévérante. Les jeunes Voyants, surtout, exercés de bonne heure à la piété par leurs bons parents, ne se laissent détourner de la prière ni par le spectacle extraordinaire dont ils sont frappés, ni par les questions multipliées dont on les presse.

 

Dès le commencement, sur l'ordre de leur pieuse mère, Eugène et Joseph Barbedette, les deux premiers Voyants, tombent à genoux, joignent les mains et récitent, trois fois de suite, et à de très courts intervalles, cinq Pater et cinq Ave Maria ; puis, quand la foule a grossi, quand l'Apparition devient certaine, les Enfants et les Fidèles ne mettent plus d'interruption aux prières et aux chants pieux, si ce n'est pour entendre le récit des incidents divers de l'Apparition.

 

C'est une Couronne d'invocations aux vingt-six Martyrs du Japon ; c'est la récitation du Chapelet ; c'est le chant du Magnificat ; c'est encore la 'récitation des Litanies de la Sainte Vierge; puis, le chant de l'Inviolata, du Salve Regina, de l'Ave Maris Stella ; le chant de pieux Cantiques, et enfin la prière du soir qui se fait en commun.

 

Ces prières et ces chants sont continus, sont unanimes, sont animés et fervents. Les prières se récitent et les chants s'exécutent avec tant d'ardeur, malgré le froid de la nuit et de la saison ; les voix et les cœurs s'unissent si bien, que chaque prière et chaque chant, nous l'avons vu, sont signalés par quelque faveur nouvelle de la divine Mère.

 

Marie est réellement là, au milieu de ses Serviteurs, comme une mère au milieu de ses enfants qu'elle élève et qu'elle instruit : elle sourit à leur piété, elle s'associe à leur joie, elle prend partà leur peine ; elle encourage leurs chants de son regard maternel et même du mouvement de ses doigts. Si, par instants, il y a en quelques-uns quelque négligence, quelque légèreté, quelque doute sur la vérité de l'Apparition, la Vierge aussitôt le témoigne aux Enfants par la tristesse de son visage.

 

Et bien ! M. T. C. F., c'est sur cet empressement, ce respect, cette gravité, cette constance ; c'est sur ce concours, cet accord et cet élan de toutes les voix et de tous les cœurs, en présence de Marie, qui sourit et bénit, dès qu'il y a unanimité de foi et de piété ; qui s'attriste et désapprouve, dès qu'il se glisse quelque dissipation ; oui, M. T. C. F., c'est de cet ensemble si religieux et si édifiant que je veux partir, pour vous rappeler à tous comment nous devons régler notre extérieur dans la Prière et dans tous nos Exercices religieux. Et, pour que ces Avis soient mieux compris et plus facilement retenus, je les divise et les distribue par Paragraphes, et même au besoin, par Numéros.

 

II. Faire parfaitement le Signe de la Croix.

 

Le Signe de la Croix, parfaitement fait au commencement de chaque exercice, est le point par lequel je débute, persuadé que je ne pourrai ni le donner trop tôt ni trop y insister, et que vous ne pourrez vous-mêmes le prendre trop à cœur.

 

Dans l'Apparition de Pontmain, la Sainte Vierge se montre avec la Croix sur la poitrine, la Croix sur les épaules, la Croix et son Christ dans les mains; pouvait-elle nous rappeler, d'une manière plus sensible, le grand Mystère du Calvaire, et avec quelle perfection nous devons nous marquer du Signe divin de la Croix !

 

Il suffit, en effet, de jeter un regard sur le Crucifix, pour voir ce qu'il en a coûté au divin Rédempteur, pour accomplir, sur son Corps adorable, dans une effrayante réalité, ce que nous ne faisons que rappeler en figure.

 

Ah ! si nous avions bien présente par la foi, sous les yeux de l'esprit et du cœur, cette image sanglante de Jésus, attaché vivant à la Croix ; si nous pensions qu'il a dû avoir les membres tout disloqués, pour arriver aux trous préparés pour le Crucifiement : avec quel amour, avec quelle ferveur, en témoignage de reconnaissance, nous en parcourrions, au moins de la main, les redoutables dimensions !!!

 

Non, non, ils ne pensent pas à Jésus cloué sur la Croix, ceux qui ne font, pour ainsi dire, que grimacer ce Signe adorable ; qui ne le font qu'à moitié, et souvent à peine. Ne tombons jamais, nous, dans cette ingratitude et cet oubli.

 

Disons aussi, et servons-nous de cette forte pensée, pour vivifier nos Signes de Croix, si souvent répétés, disons qu'en portant la main au front, siège de l'intelligence ; de là, à l'estomac, siège de la vie corporelle ; par la région du cœur, siège de l'amour; puis, aux deux épaules, siège de la force, nous rappelons exactement, en figure, le premier et le plus grand de tous les Commandements : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu, de tout voire cœur, de toute votre âme, de tout votre esprit et de toutes vos forces (Marc, XII, 30).

 

Or, qui a rempli ce grand Commandement, dans toute sa perfection extérieure et intérieure, si ce n'est Jésus-Christ, lorsque, le corps nu, les membres étendus, les mains et les pieds cloués, la tête couronnée d'épines, donnant son sang et sa vie, souffrant des douleurs incompréhensibles au dehors et au dedans, il s'immolait à la gloire de son Père, pour le salut des hommes, avec un abandon absolu et infini de tout son esprit, de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces, à la volonté et au bon plaisir de Dieu?

 

Mais pourquoi, puisque le Signe de la Croix quand il est bien fait, prend de même tous nos sens et toutes nos facultés, pourquoi n'en ferions-nous pas comme l'instrument d'un Crucifiement spirituel de tout nous-mêmes à la gloire de Dieu, l'instrument d'un véritable Holocauste d'adoration et d'amour, renouvelé vingt, trente, quarante, et peut-être cinquante fois, dans un jour?

 

Et alors, avec cette pensée de Crucifiement et d'Holocauste, comment rien retrancher au Signe de la Croix? Comment l'amoindrir ? Ne savez-vous pas que le Crucifiement n'épargne rien et que l'Holocauste ne supporte pas de retranchement? Quoi ! vous n'allez pas au front : vous disputez donc à Dieu votre intelligence? Vous ne descendez pas à l'estomac : vous refusez donc de consacrer à Dieu votre vie? Vous n'arrivez pas aux épaules vous ne voulez donc pas employer vos forces à son service? Vous glissez sur votre cœur, sans même y prendre garde : pour qui donc voulez-vous que batte ce cœur, et que soit votre amour?

 

Ah ! le Signe de la Croix, s'il était bien compris, on ne pourrait se retenir de le faire parfaitement, de le faire avec une foi très vive et dans toutes les ardeurs d'une brûlante charité. Chaque fois, il nous unirait tout entiers au sacrifice sanglant du Calvaire ; chaque fois, il consacrerait et sanctifierait tout notre être, tous nos sens et toutes nos facultés : préludant ainsi, par une suite non interrompue de sacrifices quotidiens au sacrifice final et réel de notre vie, par l'humble et amoureuse acceptation de la mort.

 

C'est-à-dire qu'au moment de la mort, grâce à cette excellente habitude, le Signe de la Croix, toujours fait dans toutes ses saintes dimensions, viendrait consommer l'Holocauste, imprimer à notre dernière immolation son sceau suprême de ressemblance avec Jésus-Christ, et nous faire accomplir, une dernière fois, le grand Commandement dans toute sa perfection, selon ce mot de Jésus-Christ lui-même : Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime (Jean, xv, 13).

 

Chaque fois surtout, le Signe de la Croix, fait de cette manière, relèverait et surnaturaliserait toutes nos actions : nous les faisant faire au nom et sous la dépendance du Père et du Fils et du Saint-Esprit ; avec l'aide et la bénédiction du Père et du Fils et du Saint-Esprit ; dans l'amour et pour la seule gloire du Père et du Fils. et du Saint-Esprit. Quel admirable, quel simple, quel facile moyen de sanctification 1 Aussi, confié-je à tout votre zèle et à toute votre piété le Vœu suivant à la gloire du Signe de la Croix.

 

 

 

III. - Un Vœu à la gloire du Signe de la Croix.

 

On parle de nombreux Pèlerinages qui se préparent; de plusieurs milliers de personnes qui vont se réunir, la Croix sur la poitrine, le Chapelet à la main, pour aller implorer l'assistance de Marie dans nos divers Sanctuaires. C'est sans doute un spectacle saisissant, une démonstration magnifique que ces multitudes de Pèlerins se faisant gloire de porter le Signe de la Rédemption, et de proclamer, à la face du monde entier, leur foi à la prière.

 

Mais ne serait-il pas également magnifique et saisissant le spectacle de toutes nos Ecoles, laïques et congréganistes, si, dans toutes, Maîtres et Elèves se faisaient une loi invariable de faire parfaitement leSigne de la Croix ! Chaque jour, ce seraient, non seulement des centaines de mille, mais des millions et des millions de Signes de Croix parfaits; des millions d'actes d'amour et de reconnaissance, offerts à Jésus crucifié, pour les outrages qu'il a reçus dans sa Passion ; des millions et des millions d'actes de réparation, pour les oublis qu'en font encore une multitude de Chrétiens.

 

Le calcul le plus modéré donne, par jour, en France seulement, dans les seules Ecoles Religieuses ou Congréganistes plus de cinquante millions de Signes de Croix : à. quel nombre arriverait-on, en prenant toutes nos Ecoles, en prenant les Ecoles de tous les pays catholiques, dans les cinq parties du monde?

 

Certes ! la pensée ou la perspective d'un tel hommage, rendu au grand Mystère de la Rédemption, n'est-elle pas vraiment consolante? Quelle gloire à Dieu, quelle édification pour les âmes ! quelle résurrection de l'esprit chrétien ! si une habitude aussi sainte gagnait toutes les Communautés, gagnait toutes leurs Ecoles, gagnait peu à peu toutes les Maisons d'éducation, arrivait enfin à gagner toutes les familles!

 

Formons des vœux, prions Dieu avec instance, pour que cette pensée de zèle et de sanctification soit acceptée et fasse son chemin pour le salut des âmes !....

 

Mais, dès à présent, dans l'impuissance d'agir directement sur les autres, faisons nous-mêmes ce qui est en notre pouvoir : réalisons cette pensée sainte, accomplissons, de notre mieux, ce vœu de nos cœurs, au moins dans toute l'étendue de la Congrégation.

 

Grâce à Dieu, j'aime à le reconnaître, on s'observe très généralement sur le point du Signe de la Croix ; on se fait une habitude et comme une heureuse nécessité de le faire toujours dans toute sa perfection. Que Dieu en soit béni ! Je ne puis trop vous exhorter à persévérer dans cette excellente pratique ; trop recommander aux Frères Directeurs d'en donner l'exemple, et d'y tenir constamment : en Communauté, pour tous leurs Frères et, dans les Classes, pour tous les Enfants.

 

Oui, il le faut ; il faut que, dans toutes nos Maisons de Noviciat, que dans tous nos Pensionnats, que dans toutes nos Ecoles, sans exception, et les Frères et les Elèves se distinguent par la piété, par l'attention, par une invariable exactitude à faire parfaitement le Signe de la Croix, à le faire toujours dans toutes les dimensions voulues.

 

C'est ce que la Vierge de Pontmain nous demande, tout d'abord, pour la sainte Croisade de prières qu'elle attend de nous.

 

IV. - Commencer parfaitement chaque Exercice.

 

Il faut à chaque Exercice un début très grave et très pieux, sans quoi on n'arrivera jamais à les bien faire.

 

Or, ce début, c'est 1°, pour chaque Frère, une constante exactitude à se trouver au commencement de l'Exercice, sans jamais se faire attendre ; et, pour le Frère Directeur, le soin d'avertir et de reprendre ceux qui s'oublieraient sous ce rapport ; c'est 2°, comme nous venons de le dire, le Signe de la Croix lentement et parfaitement fait, et les paroles qui accompagnent, très distinctement prononcées ; c'est 3°, l'attention à donner toujours quelques instants de complet silence, avant de commencer, afin de rompre avec l'occupation précédente, de se recueillir et de former ses intentions.

 

Je rappelle ici, à cette fin, la courte Formule donnée dans la Circulaire du 2 février 1863 :

 

« C'est pour vous et devant vous, ô mon Dieu ! que je veux faire cette prière (réciter cet Office, dire ce Chapelet, entendre la sainte Messe, etc., etc.) ; je vous  l'offre pour obtenir...(telle grâce), et pour vous recommander... (telles personnes). Aidez-moi, ô mon Dieu ! à la bien faire ; je renonce d'avance à toutes les distractions. »

 

Rien de plus important, rien de plus efficace pour bien faire nos Exercices de piété que cette bonne préparation, ce début très grave et très pieux.

 

Il y a vingt ans passés qu'un de nos principaux Frères Directeurs commence ainsi, sans exception et sans variation aucune, tous les Exercices de piété de sa Communauté : 1° Signe de Croix de toute dimension et toujours sur le ton très solennel; 2° tout le monde complètement à genoux; 3° un moment de silence parfait; 4° prière commencée d'une manière très grave et parfaitement sentie ! jamais d'exception, je le répète.

 

Dans le principe, on criait à l'affectation ; on croyait et l'on disait que la chose était prise de trop haut, qu'elle ne durerait pas. Aujourd'hui, après une pratique non interrompue de vingt à vingt-cinqans, devant le résultat, c'est-à-dire, devant toute une nombreuse Communauté et une multitude d'Enfants très bien disciplinés, tout le monde dit: « excellente habitude, moyen parfait ! admirable Méthode ! rien de mieux que de  faire de même. »

 

En confirmation, laissez-moi rappeler cette courte réflexion de saint Liguori. « Un seul Religieux, dit-il, peut sanctifier tout un Couvent, par ses discours et  par son exemple, s'il est persévérant. C'est un admirable exercice de zèle que de faire tous ses Exercices  de piété, avec toute la perfection extérieure possible, pour inviter, pour exciter, pour amener les  autres Frères à faire de même. »

 

« Et qu'on ne craigne pas de pécher par vanité,  ajoute le Saint ; tout ce qui est selon la Règle, tout ce qui peut être exécuté par tout Religieux qui tend  à la perfection, doit être fait dans le but d'enflammer  tous les autres d'amour de Dieu. Ce n'est pas un acte de vanité que d'être saint, mortifié, rigide observateur des Règles, fidèle à la Prière, exact à la Communion, dans le but d'édifier les autres; c'est au contraire, un acte de charité très agréable à Dieu ; et  le Saint donne à l'appui ce mot du divin Maître : Que votre lumière brille devant les hommes ; afin qu'en  voyant vos bonnes œuvres, ils en rendent gloire à votre « Père qui est dans le Ciel » (Matth. V, 16).

 

Donc, profitons tous et de ce bon exemple et de cette solide réflexion ; et que, dorénavant, dans toutes nos Communautés, les Exercices de piété se commencent toujours le plus parfaitement possible.

 

V. Prendre et garder dans toutes les Prières une tenue exemplaire.

 

Ce qui veut dire :

 

1° Qu'à l'Office et dans toutes les Prières, on doit prendre et garder une place convenable, la place assignée par le Frère Directeur.

 

2° Qu'on doit avoir son livre, le tenir des deux mains, et suivre attentivement, quand même on saurait par cœur.

 

3° Qu'on doit observer exactement les Rubriques de l'Office, tous les usages et méthodes reçus dans la Communauté, pour les Exercices de piété.

 

4° Qu'assis, debout, ou à genoux, on doit avoir tout le corps dans une posture constamment digne, respectueuse et très convenable : évitant de s'accouder pour soutenir la tête, de s'appuyer nonchalamment, de croiser les jambes; de remuer facilement les mains, les bras, les pieds ; de se porter tantôt à droite, tantôt à gauche, tantôt en avant, tantôt en arrière ; évitant surtout de laisser égarer ses yeux, de parler, même à voix basse, sans de graves raisons, de rire, de faire quoi que ce soit qui sente la légèreté, et puisse troubler le recueillement et scandaliser les Frères.

 

Sur tous ces points, n'oublions pas ce mot de la Sainte Ecriture : Celui qui craint Dieu ne néglige rien (Ecc., VII, 19) ; et la recommandation que nous fait Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même, de nous rendre très fidèles dans les moindres choses pour mériter de l'être dans les grandes (Luc, XVI, 10).

 

VI. Eviter toute précipitation.

 

Malheur au Religieux qui plaindrait son temps et sa peine pour faire ses Exercices de piété, avec la gravité et le recueillement que demande la Majesté de Dieu !

 

Pourquoi nous presser dans la Prière? pourquoi la précipiter? qu'avons-nous à faire sur la terre, sinon à louer Dieu et à le prier? « Est-il donc convenable, disait Sainte Magdeleine de Pazzi, d'expédier les louanges de Dieu, comme on ferait les travaux du ménage? »

 

Tout à l'heure, j'aurai un bel exemple à mettre sous vos yeux ; mais il est pris en dehors de la Congrégation : laissez-moi en rappeler un qui est connu du plus grand nombre, et qui sera très cher à tous; laissez-moi vous dire avec quelle gravité, avec quel recueillement, Notre Cher F. Jean-Baptiste, défunt, faisait tous ses Exercices de piété. Certes ! si quelqu'un avait eu à compter ses moments, c'est bien lui, avec toutes ses compositions, avec son administration, si compliquée et son énorme correspondance ! Cependant, je l'ai déjà dit, il ne pouvait pas mettre moins de demi-heure à la récitation du Chapelet, quand il le disait seul.

 

Habituellement, son attention, sa gravité et son recueillement dans la Prière étaient tels, que tous ses sens et toutes ses facultés s'y trouvaient comme complètement absorbés. Je ne l'ai jamais abordé, priant Dieu dans sa chambre, ou même récitant l'Office en se promenant, qu'il ne m'ait fallu, pour l'interrompre et avoir de lui quelque réponse, le tirer comme d'une profonde méditation. Il était visible que ses sens et ses facultés étaient entièrement, étaient uniquement à la prière et au recueillement.

 

Hélas ! dans les Maisons où se précipitent les prières, parmi ceux qui comptent le temps qu'ilsy donnent, combien en est-il à qui, à l'encontre du cher Défunt, rien n'échappe, même pendant les Exercices de piété; qui entendent et voient autour d'eux tout ce qui se passe, que la moindre chose dissipe et distrait ?

 

Allons ! M. T. C. F., devenons plus sérieux, soyons  plus Religieux : sachons, enfin, traiter avec Dieu, comme il convient, la grande question de notre éternité : ou plutôt, selon le mot du divin Maître, instruisons-nous par l'exemple des enfants du siècle : car, dit-il, les enfants de ce siècle sont plus habiles dans leurs affaires que les enfants de lumière (Luc, XVI, 8).

 

En effet, voyez ce qui se passe dans le monde. Là, on peut le dire, l'argent est le nerf des affaires, le nerf du commerce, le nerf de la guerre, le nerf de tout. Aussi, comme on le traite sérieusement ! comme on le donne avec précaution ! comme on le garde en lieu sûr ! quel cas on en fait ! quel soin on en a !

 

Eh bien ! dans le monde des âmes, c'est la Prière qui est le nerf des affaires spirituelles : le nerf des combats contre le péché, le nerf des progrès dans la vertu, le nerf des mérites pour le Ciel; et pour nous, en particulier, le nerf de toute persévérance dans notre saint Etat et de tout bien auprès des enfants ; c'est-à-dire, en un mot, que la Prière est le nerf de notre salut éternel.

 

Apprenons donc à la traiter avec le sérieux qu'elle demande ; à la faire avec la gravité qui convient; à ne plaindre non plus le temps que nous y donnons, que l'homme du monde ne plaint le temps qu'il met à compter ses trésors ou à faire ses plus riches opérations commerciales.

 

Mais, nous avons un exemple bien plus grand et bien plus puissant, c'est l'exemple de Jésus-Christ lui-même, dont saint Paul nous dit que, durant les jours de sa chair, il offrait ses prières et ses supplications, en les accompagnant de grands cris et de larmes, et qu'il a été exaucé à cause de son humble respect (Hébr., V, 7).

 

J'ai la confiance, M. T. C. F., que ces courtes et substantielles réflexions seront comprises de tous, et qu'elles suffiront pour arrêter, dorénavant, toute précipitation dans les prières.

 

VII. Six choses à observer avec soin à l'Office

et dans les Prières vocales.

 

A l'Office et dans les Prières vocales, il faut s'observer avec soin sur les points suivants : 1° la prononciation ; 2° la ponctuation ; 3° la médiante ; 4° la finale ; 5° le ton de la voix ; 6° la manière de répondre.

 

1° La prononciation, il faut la rendre aussi bonne que possible, articulant parfaitement tous les mots de la prière, les prononçant ensemble très distinctement. On doit étudier les prières, les posséder assez, les lire au moins avec assez de précision, pour n'en altérer aucun mot, ne jamais en fausser le sens. C'est d'ailleurs, un excellent moyen de soutenir l'attention et même la ferveur dans les prières, que de se faire une loi invariable de les prononcer parfaitement, d'en faire entendre tous les mots et même toutes les syllabes, sans affectation toutefois.

 

2° La ponctuation, la garder convenablement dans toutes les prières ; mais à l'Office surtout, pour les Leçons les Antiennes et les Oraisons.

 

En marquant la ponctuation, c'est-à-dire, en faisant légèrement, sans affectation, les diverses pauses que réclame, généralement, la portée de la respiration : 1° on se fatigue beaucoup moins ; 2° on sépare naturellement les phrases, on donne le sens des prières, et l'on arrive bien vite à les faire d'une manière intelligente et sentie ; c'est-à-dire qu'on arrive à les comprendre assez pour se nourrir soi-même et nourrir les autres des pensées et des sentiments qu'elles expriment.

 

Parmi les moyens extérieurs de bien faire nos Exercices de piété, cette bonne prononciation et cette récitation sentie et réfléchie sont certainement des meilleurs. Dans les maisons de Noviciat, on doit y exercer avec soin les Postulants et les Jeunes Frères; et, aux Retraites annuelles, on doit y revenir pour tous : de telle sorte que l'habitude de faire ainsi toutes nos prières, devienne générale dans la Congrégation et qu'elle s'y conserve perpétuellement.

 

C'est surtout dans le latin qu'il est nécessaire de marquer la ponctuation, pour ne pas s'exposer à fausser le sens de la prière.

 

Comme exemples, nous avons marqué dans les Oraisons et Antiennes ci-après, la pause, par trois étoiles (***) ; la demi-pause, par deux étoiles (**) ; et, par une étoile (*), le quart de pause ou un tout petit repos sur le mot qui précède.

 

EXEMPLES

 

Oremus (**). Deus (*), qui de beatae Mariae virginis utero (**), Verbum tuum angelo nuntiante (*), carnem suscipere voluisti : praesta supplicibus tuis (**) ; ut qui vere eam Genitricem Dei credimus (*), ejus apud te intercessionibus adjuvemur (***). Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum (*), qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus sancti Deus (*), per omnia soecula saeculorum (**).Amen.

 

Oremus (**). Protege, Domine, populum tuum (**), et apostolorum tuorum Petri et Pauli (*), et aliorum Apostolorum patrocinio confidentem (*), perpetua defensione conserva (***).

 

Omnes sancti tui (*), quaesumus, Domine (*), nos ubique adjuvent (**), ut dum eorum merita recolimus (*), patrocinia sentiamus et pacem tuam nostris con

 

cede temporibus (**), et ab Ecclesia tua cunctam repelle nequitiam (**) : iter (*), actus et voluntates nostras (*), et omnium famulorum tuorum (*), in salutis tuae prosperitate dispone (**) : benefactoribus nostris sempiterna bona retribue (**) : et omnibus fidelibus defunctis requiem aeternam concede (***). Per Dominum, etc.

 

Antienne. Conceptio tua (*), Dei Genitrix Virgo (*), gaudium annuntiavit universo mundo (**) : ex te enim ortus est sol justitiae (*), Christus Deus noster qui solvens maledictionem (*), dedit benedictionem et confundens mortem (*), donavit nobis vitam sempiternam (**). Alleluia.

 

Antienne. 0 admirable commercium (**) 1 Creator generis humani animatum corpus sumens (*), de virgine nasci dignatus est (**) ; et procedens homo sine semine (*), largitus est nobis suam Deitatem.

 

3° La médiante est une pause légère qui se fait, à l'Office, au milieu de chaque Verset - elle est indispensable pour prévenir la confusion.

 

4° La finale marque, de même, à l'Office, le passage d'un Verset à un autre ; et, dans les autres exercices, le passage d'un acte à un autre.

 

Sur ce point, rappelons le mot d'un Père jésuite : Ne jamais tuiler ; c'est-à-dire,ne jamais commencer un Verset ou une prière quelconque qu'on n'ait entendu le dernier mot du Verset ou de la prière qui précède. Généralement, couper court et faire un silence parfait, quoique rapide, à la médiante et à la finale; ne jamais anticiper sur le Récitateur, ni le Récitateur sur les autres, surtout aux Litanies.

 

Dans les prières qui se font à voix basse, comme le Pater, l'Ave et le Credo, à l'Office, donner toujours un temps, suffisant pour que chacun puisse les faire convenablement et entièrement.

 

De même encore qu'on ne doit jamais commencer un exercice que tous les Frères ne soient convenablement placés et à genoux ; de même, il faut que l'exercice soit complètement terminé par le Signe de la Croix, avant qu'on se lève ou qu'on se déplace.

 

5° Leton de la voix doit être aisé et soutenu ; assez élevé, pour être parfaitement entendu des Frères qui prient avec nous ; constamment le même ; tombant et s'accordant, sans effort, avec le sens de la prière, lequel pour l'ordinaire, comme nous l'avons dit, est suffisamment indiqué par la ponctuation.

 

L'Office, comme toute psalmodie, se récite à l'unisson. Ceux qui entonnent, doivent prendre un ton uniforme et qui convienne au plus grand nombre de voix. Si l'on vient à le perdre, on le reprend au commencement d'un Psaume ou d'une Antienne; mais, avec des voix réglées et en parfait accord, on aura bien rarement à relever le ton.

 

Dans les Prières, et également dans les Lectures Spirituelles, s'il se fait quelque déplacement, quelque mouvement, comme se lever, s'asseoir, se mettre à genoux, le Récitateur et le Lecteur attendent que tout le bruit ait cessé avant de commencer ou de continuer.

 

Cette remarque importe surtout pour la lecture du sujet d'Oraison, dont, quelquefois, on n'entend pas le titre ou quelque point, parce que le Lecteur n'attend pas un silence complet.

 

La manière de répondre. Ce point, M. T. C. F., mérite une attention et une recommandation toutes particulières ; parce qu'il est, tout à la fois, des plus importants et peut-être des plus difficiles à obtenir, surtout avec le point de perfection qui convient.

 

Bien répondre à toutes les prières, répondre sans se faire attendre, répondre à voix haute et intelligible, répondre de manière, je le répète, à être parfaitement entendu des Confrères; répondre toujours, répondre avec foi et piété, pour la gloire de Dieu, pour le bien de son âme, pour l'édification de ses Frères, pour le plus grand bien de toute une Communauté. Faire ainsi, et le faire toujours, redisons-le, c'est ne faire que son devoir ; et, pourtant, c'est faire un acte qui demande un courage, une attention et une bonne volonté plus qu'ordinaires.

 

C'est là surtout qu'il ne faut calculer ni son temps ni sa peine ; n'écouter ni la dissipation ni la lâcheté; ne pas même tenir compte de certains malaises qui, lorsqu'on y cède trop facilement, créent mille impossibilités prétendues, dès qu'il y a quelque violence à se faire pour le service de Dieu

 

Encourageons-nous, M. T. C. F., les uns les autres; à bien répondre à toutes les prières, en y apportant, chacun, une bonne volonté qui ne se démente jamais. Que les Anciens, que ceux qui sont en place, en donnent l'exemple jusqu'à la fin; que dans tous les Noviciats, on l'exige et on y habitue tous les Postulants et les Jeunes Frères ; et que, dans toutes les Maisons, les Frères Directeurs continuent ce travail du Noviciat, et veillent à ce qu'il soit soutenu et fortifié par le bon exemple de tous.

 

Oh ! que nos Communautés seront belles, qu'elles seront agréables à Dieu et à Marie, si l'esprit de grâce et de prière se répand si bien parmi nous, qu'il nous rende fidèles à tous ces Avis : fidèles à faire parfaitement le Signe de la Croix; fidèles à donner à tous nos Exercices un début très grave et très pieux ; fidèles à garder, dans toutes les Prières, une tenue parfaitement exemplaire ; fidèles à ne jamais les précipiter; fidèles, en un mot, à les faire de notre mieux, pour la bonne prononciation, pour la parfaite récitation, pour les moindres prescriptions de la Règle et de la vraie piété. Excitons-nous tous à entrer dans cette bonne voie, par le souvenir du pieux Fondateur, par le souvenir de nos Assistants Défunts, par le souvenir d'un si grand nombre de bons Frères Directeurs, de bons Frères Anciens, de bons Frères de toutâge et de tout degré, que le bon Dieu a appelés à lui, et qui nous ont laissé des exemples si admirables de piété, de ferveur, de parfaite exactitude dans tous leurs Exercices de piété.

 

Profitons même des dernières instructions du pieux Fondateur, pour demander de saints exemples, sur ce point capital, aux autres Congrégations enseignantes. Vous savez avec quel zèle il nous enjoint à tous, dans son Testament Spirituel, « d'être toujours en parfaite union avec les autres Corps enseignants, de nous  réjouir de leurs succès, de nous affliger de leurs disgrâces, de leur céder sans peine, de ne jamais prêter l'oreille à des discours qui tendraient à leur nuire;  enfin, de les recommander souvent au bon Dieu et à la divine Marie. » Ce que veut notre bon Père, ce qu'il nous recommande, à ce moment suprême, c'est que la seule gloire de Dieu et l'honneur de Marie soient notre unique but et toute notre ambition. » (Vie du P. Champagnat, page 387).

 

C'est donc pour la gloire de Dieu et l'honneur de Marie, que j'ajoute ici le bon exemple dont j'ai été moi-même témoin.

 

VIII. Exemple des Frères des Ecoles Chrétiennes.

 

Vous savez, M. T, C. F., que nos Avis les plus pressants sur la Prière et l'insistance que nous y mettons, datent de l'origine. A la suite du Fondateur et de son Successeur immédiat, le T. C. F. FRANÇOIS, je n'ai point cessé de revenir sur ce sujet, et de vous exhorter, tous et de toutes les manières, à devenir des hommes de prières. Cependant, depuis mon voyage à Tours, au mois d'octobre 1870, je me sens plus porté encore à le faire. Et la raison, je vous l'ai dite de vive voix; je vous ai dit combien j'avais eu lieu d'être édifié de la manière dont se faisaient les prières dans la Communauté des Frères des Ecoles Chrétiennes de cette ville, édifié surtout de la piété et de l'admirable tenue de l'excellent Frère qui les présidait.

 

Donc, en confirmation de tous mes Avis, j'ai à cœur de vous rappeler ce bon exemple. Je veux qu'il soit enregistré dans nos Circulaires, et qu'il nous reste à tous comme un puissant stimulant pour nous fortifier de plus en plus dans l'esprit de piété et la parfaite fidélité à tous nos exercices.

 

Du reste, il me sera très facile de vous rappeler ce fait, l'ayant déjà donné par écrit au bon frère Calixte, premier Assistant des Frères des Ecoles Chrétiennes, qui me l'avait instamment demandé, comme Notice, après la mort de son Collègue, le bon Frère Pélogain, avec lequel j'avais eu les entretiens et les pieux rapports dont il s'agit[2], Voici donc cette lettre, en date, à Saint-Genis-Laval, du 22 juillet 1873.

 

 

 

 

MON CHER FRÈRE ASSISTANT,

 

« C'est bien tard pour vous donner la petite Relation que vous m'avez demandée sur le cher Frère Pélogain de pieuse mémoire. Je vous l'envoie cependant, y étant amené ces jours mêmes, par une circonstance particulière, qui est venue réveiller heureusement tous les bons souvenirs que j'ai gardés de votre cher Assistant défunt.

 

« Je n'ai point oublié non plus combien vous fûtes touché vous-même des sujets d'édification que j'eus à vous raconter, pour les quelques jours que j'avais passés avec lui, dans votre Pensionnat de Tours, au mois d'octobre 1870...

 

« Vous le savez, à cette époque, pendant que vous étiez trop bien gardés, dans Paris, par MM. les Prussiens, nous étions à Tours, en instance auprès de la Délégation gouvernementale, pour nos dispenses militaires, et nous les obtenions heureusement, grâce à l'appui de Mgr Guibert, aujourd'hui votre Archevêque, et à la bienveillance de M. Silvy, aujourd'hui Conseiller d'Etat.

 

« Je me trouvais donc là (les élèves étaient encore en vacances), avec quatre de vos Frères Assistants, plusieurs Visiteurs et quelques-uns de vos principaux Directeurs. La Communauté pouvait être de quarante à cinquante Religieux.

 

« Comme dans toutes vos Maisons, j'ai trouvé à Tours une forte organisation, une parfaite discipline et un excellent esprit ; mais c'est le point des exercices de piété communs qui m'a surtout frappé. C'est sur ce point que nous sommes entrés très promptement en intimité avec l'excellent Frère Pélogain.

 

« On les faisait à la Chapelle, et le cher Défunt les présidait toujours. J'y assistais moi-même assez régulièrement ; mais de la tribune, d'où je voyais et entendais tout, sans être vu ni entendu.

 

« Or, je dois le dire, j'étais émerveillé de la manière dont se faisaient toutes les prières : prières du matin et du soir, prières diverses et chapelet, tantôt en chœur tantôt en alternant avec le Récitateur ; très bonne tenue, dans tous vos Religieux, accord et ensemble parfaits dans la récitation, un ton toujours grave et très recueilli.

 

« Le bon frère Pélogain ne manquait pas d'arriver des premiers ; et, chaque fois, il saluait et adorait le Saint Sacrement avec une foi si vive qu'elle paraissait dans tout son extérieur. Je remarquais surtout son attention à faire parfaitement le Signe de la Croix, et à commencer toutes les prières d'un ton très pieux et très posé : il les suivait avec beaucoup d'exactitude, sa voix dominait même légèrement.

 

« Je l'avoue, des exercices de piété si religieusement faits, m'édifiaient profondément et m'inspiraient un désir, chaque jour plus vif, d'amener tous nos Frères à faire de même, et ce fut, en effet, mon grand travail dans toutes nos Provinces, aux Retraites qui suivirent.

 

« Cependant, quand, après plusieurs jours, je voulais en exprimer ma satisfaction à l'excellent Frère Défunt, je le trouvai à peine rassuré. «Vous nous jugez trop favorablement, me disait-il, pour moi, il me semble que nous allons trop vite, qu'il faudrait plus de gravité, plus de piété. Partout où je vais, mon premier et mon principal soin, est d'arrêter toute précipitation dans les prières, d'exiger qu'elles se fassent toutes, le mieux possible.

 

  « Encore, ajoutait-il, ce n'est rien tout ce que je  puis dire et faire moi-même. Je voudrais que vous vissiez, à Paris, comme le Très Honoré revient sans cesse sur le point des prières, comme il tient à les présider lui-même, et avec quel soin il nous arrête tous, pour peu qu'on s'oublie. »

 

« Aussi, puis-je dire avec consolation qu'aujourd'hui,  l'éducation de la Communauté est faite à cet égard.  Nous sommes tellement élevés à cela, la gravité dans les prières est tellement passée en habitude parmi nous qu'il nous est comme impossible d'y manquer. »

 

Au fait, l'heureuse impossibilité, invoquée ici par le C. F. Pélogain, me parut évidente dans la Communauté de Tours, et surtout en lui. Entre tous, il attirait mon attention; et, pas une fois, je ne l'ai surprisà faire le moindre mouvement qui pût le tirer du profond recueillement où je le voyais.

 

D'autre part, comme le sujet des exercices de piété m'a toujours fortement préoccupé, je tenais singulièrement à avoir toute la pensée du bon Frère sur ce point capital. Fréquemment, nous y sommes revenus dans nos entretiens particuliers, et toujours il m'a paru aussi admirable de principes qu'exemplaire de pratique et de conduite.

 

« Je crois, me disait-il. que c'est aux prières que nous devons le plus tenir. C'est la vie de nos Frères, s'ils ne prient pas ou s'ils prient mal, que peuvent-ils devenir? Dans mes Visites, quand j'en vois qui ne répondent pas (c'est rare), je ne puis m'empêcher de les avertir aussitôt et solidement. »

 

Et là-dessus, il me raconta une de ces charitables, adroites, et, en effet, très solides corrections.

 

« Mon cher Frère, disait-il à quelqu'un, il paraît que vous souffrez, que vous n'allez pas bien.  - Cher Frère Assistant, je vous remercie, je vais parfaitement.

 

- « Prenez garde, il y a des maladies dont les commencements sont très cachés, je crains fort que vous ne  couviez quelque maladie de ce genre. - Comment  donc, je vous prie, cher Frère Assistant? -Voilà deux ou trois jours que je vous vois ne pas manger à  table, ou manger sans appétit, j'en suis vraiment  inquiet. - Mais permettez, cher Frère Assistant,  vous m'aurez pris pour un autre: car à table, je dévore plutôt que je ne mange, tant j'ai bon appétit.

 

 Allons ! allons ! mon ami, au réfectoire peut-être,  mais à la salle d'oraison, il n'en est pas ainsi ; je m'aperçois que vous ne répondez pas aux prières, on ne  vous entend pas ou l'on n'entend qu'un son étouffé.

 

« Eh bien, réveillez votre appétit spirituel, et qu'à  l'avenir vous fassiez honneur à cette bonne table de  l'oraison et de la prière. C'est la table par excellence,  celle, où, en effet, comme vous le dites, il ne faut pas  seulement manger, mais dévorer.

 

Pensée et comparaison excellentes : le bon Frère y revint encore en m'accompagnant à la gare, le jour du départ.

 

Je ne puis donner aucun détail sur la vie du cher F. Pélogain, je ne la connais pas ; mais, si j'en juge d'après ce que disent les Saints qu'il y a toutes sortes de biens à attendre des âmes en qui abonde l'esprit de grâce et de prière, je ne puis que supposer dans votre cher Défunt une vie pleine de vertus, pleine de bonnes œuvres, une vie très riche de fidélité à la Règle, de dévouement à son Institut, de zèle et de charité envers tous, justifiaient pleinement le choix qu'on avait fait de lui pour l'Assistance.

 

Puis, je dois bien ajouter que, l'ayant pratiqué et étudié de près, pendant ces dix jours, je n'ai pu m'empêcher de reconnaître en lui tous les caractères de la solide vertu.

 

D'abord, je ne puis douter de sa grande défiance de lui-même et de sa profonde humilité, quand je l'ai vu toujours si réservé et si modeste dans les discussions; et encore, par modestie et par humilité, se refuser constamment, malgré les instances de ses Confrères et les miennes, à signer lui-même une Circulaire à la Communauté : il fallut absolument qu'elle se fît au nom de tous les Assistants présents.

 

En second lieu, je suis certain de sa parfaite charité. Dès l'abord, on voyait percer en lui un cœur excellent, un esprit facile et plein de condescendance, une égalité d'âme et de caractère admirable. Il vous gagnait immédiatement par l'urbanité, la politesse et l'affabilité de son langage et de toutes ses manières, par la sainte joie et l'aimable gaieté répandues surtoute sa personne. Oui, je suis resté et je reste pleinement convaincu de la solide vertu du C. F. Pélogain, à la manière seule dont il agissait avec nous, à ses prévenances et à ses égards, à la simplicité et à l'à-propos de ses récits; en un mot, à tout un ensemble de paroles, d'actes et de façons d'agir qui ne peuvent se soutenir et s'expliquer que par la vraie humilité et un complet oubli de soi-même.

 

Quant à son obéissance, à son respect pour l'Autorité, il a éclaté comme un trait au moment de mon départ. C'est à mon occasion, sans doute ; mais, évidemment, il allait à l'adresse du Très Honoré, et révélait à un haut degré, dans le C. F. Pélogain, ce culte d'amour, d'estime et de vénération que vous professez tous, si heureusement, et avec tant de raison, pour votre Supérieur Général.

 

Donc, c'était la nuit pleine, il faisait un brouillard épais et humide, et nous repartions pour Lyon avec le Cher Frère Mamert. Déjà, au sortir de la salle, je priais le C. F. Pélogain de ne pas traverser la cour, alléguant son âge, ses infirmités et le mauvais temps qu'il faisait.

 

N'importe, il voulut venir au portail extérieur; mais à, à mon tour, je voulus user de force et l'obliger à rentrer. Surtout j’insistais, de toutes les manières et de mon mieux, pour obtenir qu'il ne vînt pas à la gare à une telle heure et par un tel temps. Tout fut inutile, et c'est alors que lui échappa ce mot que j'ai traduit à tous nos Frères, dans nos Retraites, comme l'élan d'une parfaite Obéissance, d'une habitude de Respect sans mesure pour l'Autorité : « Comment ! s'écria-t-il, je laisserais partir un Frère Supérieur Général sans l'accompagner ! Jamais ! »

 

A ce mot, je n’insistais plus. Je compris et j'acceptai le bon exemple, me promettant aussitôt d'en tirer bon parti. Nous cheminâmes tout doucement, côte à côte, jusqu'à la gare, causant, de nouveau, d'exercices de piété, d'Autorité, d'union, etc.

 

A propos de la prière, il revint à sa comparaison de la table et de la nourriture.

 

« Il est évident, me disait-il, que la prière est la  table spirituelle, où notre âme doit aller se refaire  tous les jours. Pour nous tous, cette table est excellente et toujours abondamment servie; mais il ne  suffit pas que nous l'ayons à notre disposition, il  faut encore s'y asseoir.

 

 Il ne suffit pas même de s'y asseoir, il faut y manger,  y manger avec appétit, et de plus, digérer cette bonne  nourriture. Sans cela, nos Frères, bien loin de se fortifier et de grandir, ne peuvent crue s'affaiblir et tomber.  Ils ont tant à dépenser, chaque jour, avec les Enfants  avec eux-mêmes et avec le monde trop souvent. »

 

Bref ! nous avons échangé nos pensées sur une foule d'objets, et toujours en parfait accord de sentiments et de vues. Je ne sais comment, mais une intimité subite s'était établie entre nous, et nous n'avons pu nous quitter, au départ, qu'en mêlant nos larmes, et nous promettant un souvenir réciproque.

 

Je le garderai toute ma vie à l'excellent Frère Pélogain et j'ai l'espoir qu'il me le rendra avec usure, maintenant que le bon Dieu, je n'en doute pas, l'a reçu dans sa miséricorde.

 

Plus qu'un mot, mon très cher Frère Calixte, pour vous féliciter et me réjouir avec vous, dans l'intérêt du bien, de la parfaite exactitude de mes observations sur la manière dont les prières se font dans toute votre Communauté.

 

J'en ai ou une preuve très significative dans nos Retraites mêmes, et au Nord, et au Centre et au Midi. Comme je vous mettais en avant avec beaucoup de force, afin de stimuler le zèle de nos Frères pour leurs exercices de piété, j'ai dû ajouter partout, que, dans tout ce que j'affirmais, rien n'était exagéré, rien n'était dit pour le besoin de la cause; mais que je rendais exactement et ce que j'avais vu et ce que j'avais entendu.

 

  Or, cette réflexion a été parfaitement acceptée : plusieurs de nos Frères, qui avaient passé dans vos Maisons, qui avaient  assisté à vos exercices, ne pouvant s'exprimer autrement, pendant la Retraite, m'ont envoyé des billets en confirmation de ce que je disais, me priant d'y insister encore, et d'appuyer mon témoignage du leur.                        

 

C'est vous dire, mon très cher Frère, quelle influence exerce votre Institut, et combien nous avons à désirez et à demander que Dieu y conserve et y répande, de plus en plus, l'esprit de grâce et de prière. Vous marchez à notre tête, vous occupez les positions les plus hautes, les plus difficiles, et par là même les plus dangereuses; vous recevez, à l'occasion, tous les premiers chocs ; vous avez, au premier chef, la garde de tous nos communs intérêts : combien donc n'avons-nous pas besoin que vous soyez toujours très forts, toujours très exemplaires, c'est-à-dire, toujours nos modèles dans les Exercices de piété !

 

Je me suis laissé dire qu'à votre dernier Chapitre Général, à toutes les pensées et raisons de démission données par le Très Honoré Frère Philippe, qui prétendait, dans sa profonde humilité, n'être plus qu'une ombre de Supérieur, vous avez tous répondu que son ombre vous suffit, et que tout l'institut n'a qu'un désir, c'est de rester longtemps encore sous cette ombre si salutaire et si aimée.

 

Je partage mille fois la pensée de votre Chapitre Général.

 

Oui, plaise à Dieu de vous conserver longtemps un Supérieur Général que je vois et que j'entends, depuis bientôt dix ans (les circonstances l'ont ainsi permis), prier avec tant de ferveur, faire lui-même, à son âge, le Chemin de la Croix, avec tant de dévotion; que j'ai vu tant de foi s'échapper de nos réunions, dès qu'arrivait quelque exercice commun de piété.

 

La première fois, je restai tout surpris, je crus à quelque indisposition. Le Très Honoré m'avait fait appeler fort tard pour une réponse pressante à faire au sujet de la loi militaire. On était en pleine délibération, tout à coup, il part sans rien dire à personne.

 

Peut-être ne vous rappelez-vous pas, mon très char Frère avec quelle inquiétude je vous en demandai la cause ; mais moi, je me rappelle parfaitement que vous me dites:

 

« C'est la Prière qui sonne ! Vous feriez plutôt remonter la Seine vers sa source que vous ne tiendriez  le Très Honoré, quand vient l'heure de la prière. »

 

Quel exemple et quelle impulsion pour toute une grande Communauté ! Oui, oui, plaise à Dieu de vous conserver un Général qui a tant d'amour pour la Prière, et qui sait si bien l'inspirer à ses Frères !

 

Veuillez lui offrir l'hommage de ma profonde et affectueuse vénération, et agréez vous-même, etc. »

 

Je n'ai rien à ajouter à cette édifiante Relation, sinon l'expression de mon ardent désir qu'elle soit reçue de tous avec bonheur, et que les exemples admirables qu'elle fait passer sous nos yeux, se reproduisent dans toutes nos Maisons.

 

Bientôt, je l'espère ; oui, je l'espère de ces bons exemples, de ces bonnes réflexions, du zèle et du dévouement des Frères Directeurs, du bon esprit et de la bonne volonté de tous; je l'espère de l'assistance de Marie et de saint Joseph et de la bénédiction de Dieu : oui, j'espère que nous pourrons redire, des Petits Frères de Marie, ce que le bon Frère Pélogain disait avec tant de consolation, des Frères des Ecoles Chrétiennes : « Aujourd'hui, grâce à Dieu, l'éducation de la Communauté est laite sur le point des prières. Nous sommes tellement élevés à cela, la gravité dans les exercices de piété est tellement passée en habitude parmi nous, qu'il nous est comme impossible d'y manquer. »

 

C'est pour aider à ce saint travail que je réponds encore ici à deux questions.

 

IX. - DEUX QUESTIONS.

 

1° Pourquoi commencer par l'extérieur? - 2° Pourquoi tant d'insistance ?

 

Pourquoi commencer par l'extérieur? Les réponses à cette question sont nombreuses; et, de plus, faciles à comprendre, parce qu'elles sont solidement liées les unes aux autres : je me contente d'indiquer les principales :

 

1° L'extérieur et l'intérieur ne doivent pas se séparer: car, d'une part, l'extérieur, séparé de l'intérieur, ne serait que de l'hypocrisie, selon ce mot de Jésus-Christ aux Pharisiens: C'est vraiment de vous, hypocrites, qu'Isaïe a prophétisé, quand il a écrit : Ce peuple m'honore des lèvres, mais leur cœur est bien éloigné de moi (Marc, VII, 6) ; et, d'autre part, si l'intérieur prétendait exclure l'extérieur, ce serait de l'hérésie, selon ce mot de saint Paul : Il faut croire de cœur pour obtenir la justice et confesser de bouche ce que l'on croit, pour obtenir le salut (Rom., X, 10).

 

C'est donc un extérieur réglé par la foi, vivifié par la foi, que nous devons apporter à la prière ; au moins faut-il y tendre, faut-il l'avoir en vue, dans la violence qu'on s'impose, dans les efforts que l'on fait, pour garder une parfaite retenue des sens, un grand recueillement extérieur, alors même qu'à l'intérieur les pensées et les affections semblent encore toutes contraires.

 

2° Se recueillir de la sorte, composer, dans cette vue, d'une manière très religieuse, tout son extérieur, ce n'est point illusion, ce n'est point dissimulation; bien loin de là, c'est déjà un hommage très véritable rendu à la majesté de Dieu: hommage d'autant plus réel, d'autant plus méritoire, qu'il coûte davantage à la nature ; qu'il est sans attraitsensible, et qu'il ne peut se soutenir que par une énergie, un courage, une constance toute de conviction ; c'est-à-dire, au fond, par une foi très vive et une volonté très déterminée d'être à Dieu, à quelque prix que ce soit.

 

3° Ce travail sur l'extérieur, quoique très pénible en soi, quand l'intérieur ne s'y prête pas, est néanmoins plus facile, d'une certaine manière, parce qu'il est saisissable aux sens ; mais, à raison des sacrifices qu'il impose, il devient une disposition tellement prochaine aux grâces intérieures de piété, d'attention et de dévotion qui font la perfection de la prière, qu'il est comme impossible de le continuer, quelque temps, avec courage et bonne volonté, sans que l'âme devienne maîtresse d'elle-même, sans qu'elle arrive à s'appliquer et à s'affectionner intérieurement à la prière.

 

4° Bientôt même, le mouvement vers la piété s'active et se fortifie doublement.

 

Les sens ont commencé; ils ont commencé sans attrait, commencé même avec beaucoup d'efforts ; ils ont continué avec un courage héroïque, à raison d'énormes et opiniâtres difficultés intérieures.

 

C'était comme un feu à allumer sans feu ; un feu à tirer d'un cœur endurci comme d'un caillou.

 

Certes ! la peine a été grande et longue, grande et longue jusqu'à lasser, jusqu'à désespérer.

 

Mais non, ce Jeune Frère, malgré sa légèreté naturelle, malgré les tentations, malgré les ennuis, malgré des fatigues énormes, physiques et morales, a continué à se tenir modestement dans la prière, à bien répondre, à ne manquer aucun exercice, et voilà que son cœur s'est échauffé peu à peu, que la lumière s'est faite peu à peu dans son esprit, et que le feu s'est enfin allumé dans son âme (Ps. XXXVIII, 4). Voilà qu’aujourd’hui, il prend goût à ses exercices, qu'il s'y porte avec bonheur, et qu'il les fait avec une facilité admirable et toujours croissante.

 

« Vous m'avez tant dit de donner mon cœur à Jésus,  écrivait un Jeune Frère, je l'ai donné tant de fois,  que je sens aujourd'hui que le bon Dieu me le prend,  tout misérable qu'il est. »

 

Et alors qu'arrive-t-il? C'est que ce ne sont plus les sens qui prennent les devants, qui font silence avec effort, afin d'aider l'âme à écouter ce que le Seigneur lui dit au-dedans (PS., LXXXIV, 9) ; mais c'est l'Esprit-Saint lui-même qui l'attire doucement, en s'emparant de tous ses sens extérieurs, qui la conduit dans la solitude, c'est-à-dire, dans la paix et le recueillement ; et là, lui parle au cœur, comme un ami parle à son ami (Osée, 11, 14).

 

Il arrive même que, la grâce et l'habitude s'unissant et agissant de concert, il lui devient comme impossible de se dissiper dans les prières, de les précipiter, de les mal faire. Au contraire, ce Religieux persévérant et courageux se fait un besoin, chaque jour plus grand, de bien prier, de prier de son mieux. Il y a même plus : parce que, maintenant c'est du cœur, c'est de la conscience, c'est du fond de l'âme que part le mouvement ; parce que les sens n'ont plus qu'à suivre, et qu'ils suivent, en effet, comme nécessairement, il en résulte que le mouvement divin, le mouvement de ferveur et de piété s'accélère et grandit de plus en plus, à mesure qu'il avance.

 

« Ce n'est plus, dit Rodriguez, la pierre jetée de bas en haut, la pierre mue par une impression étrangère, et dont le mouvement s'affaiblit à mesure qu'elle approche du terme où on la pousse ; c'est, au contraire, cette même pierre qui retombe de haut en bas qui retombe vers son centre, avec un mouvement toujours plus rapide, à mesure qu'elle avance vers le  terme où elle tend. »

 

Quelque chose de ce genre se remarque à Pontmain. Il y eut quelques incrédules au commencement, quelques raisonneurs qui ne se rendirent qu'avec précaution aux paroles des Voyants, qui ne se joignirent qu'avec hésitation à la multitude de ceux qui croyaient. Ils se rendirent néanmoins, et firent effort pour s'unir aux chants et aux prières communes : c'en fut assez, ils avaient cédé, ils s'étaient surmontés : l'intérieur vient aussitôt. c'est-à-dire que l'émotion les gagne comme les Voyants eux-mêmes, comme le Pasteur de la paroisse, comme les bonnes Religieuses, comme tous les Fidèles accourus au lieu de l'Apparition.

 

5° Donc, nous commençons par l'extérieur, parce qu'il est plus facile de contenir d'abord nos sens, que de maîtriser immédiatement nos facultés; parce que le recueillement extérieur, pratiqué avec courage, en vue de Dieu, conduit infailliblement et même promptement, à la véritable dévotion, au recueillement intérieur que demande la prière.

 

Ajoutons, ce qui est essentiel, au point de vue de nos Communautés, que l'extérieur seul appartient aux Supérieurs, aux Directeurs, à ceux qui président.

 

Ils ne peuvent pas pénétrer dans les cœurs, où Dieu seul a accès (1 Rois, XVI, 7) ; ils ne peuvent pas s'emparer des esprits, dont Dieu seul est le Maître; mais ils peuvent et ils doivent exiger la bonne tenue dans les exercices de piété, la bonne récitation de l'Office et des autres prières vocales, la pratique exacte de tous les Avis que nous détaillons ici.

 

C'est pour amener tous ceux qui sont dépositaires de l'Autorité, à un degré quelconque, à tenir fortement, dès qu'ils en sont chargés, à ce que les prières se fassent parfaitement, même les plus courtes, comme la prière de l'heure ; c'est pour les amener à remplir fidèlement ce devoir de leur charge, que je réponds encore ici quelques mots à la seconde question.

 

2° Pourquoi tant d'insistance?

 

1° Parce que la Sainte Vierge insiste elle-même et qu'elle vient, en moins de quarante ans, pour la quatrième fois, demander des prières à ses enfants : Mais priez mes enfants, Dieu vous exaucera en peu de temps. Non fils se laisse toucher.

 

2° Parce que c'est aujourd'hui le 34e Anniversaire de la mort de notre pieux Fondateur et « qu'il revenait sans cesse lui-même sur le sujet de la prière, le donnant comme le point capital, et estimant qu'avoir le don d'une solide piété, c'est posséder toutes les vertus» (VIE DU P. CHAMPAGNAT, 2e Partie, page 57).

 

3° Parce que la prière est plus que jamais d'une souveraine urgence :

 

Urgence du côté de l'Eglise, et de son Chef Suprême, toujours livrés à la persécution.

 

Urgence du côté des Etats Chrétiens, toujours menacés par la révolution.

 

Urgence du côté de la Congrégation, de laquelle nous devons dire plus que jamais, avec le pieux Fondateur : Si le Seigneur ne bâtit lui-même une maison, c'est en vain que travaillent ceux qui la construisent. Si le Seigneur ne garde une ville, c'est en vain que veille celui qui la garde (Ps. CXXVI, 1).

 

Urgence du côté de chacun de nous. Au moment où je recueillais ces pensées, le jour de l'Ascension, je tombai sur cette admirable conclusion de l'hymne de Vêpres. à Jésus Rédempteur des hommes :

 

« Soyez notre Guide et notre Voie vers les Cieux;

 Soyez le But unique de tout notre amour  Soyez notre Joie dans les larmes ;

 Soyez notre douce Récompense dans l'éternité. »

 

Or, à, ce moment même, m'arriva la nouvelle d'un Jeune Frère, plein d'avenir, enlevé par sa mère, pour quelque pauvre place de Maitre-Adjoint; il m'arriva encore la nouvelle plus triste, d'un Ancien Frère que l'esprit sensuel et mondain enlevait à sa Vocation et à ses Vœux.

 

« Hélas ! dis-je à la Communauté, à cette occasion  en voilà un, le Jeune Frère, qui n'a par, mis sa joie  en Jésus-Christ ; qui ne cherche pasen Jésus-Christ  l'adoucissement à ses peines.

 

« Demande-t-il à Jésus-Christ d'être sa Voie et son  Guide vers les Cieux? J'en doute : car, subitement,  sans prévenir même, il cède à la voix de la chair et du « sang, laissant sa Vocation et son Vœu, pour avoir une  pauvre place ici-bas. Cependant, ne préjugeons rien « de l'avenir, mais craignons et prions. Prions instamment, prions sans cesse, prions avec larmes, pour  échapper au malheur de ceux qui regardent en arrière. « Quiconque ayant mis la main à la charrue, regarde derrière soi, n'est point propre au royaume de Dieu » (Luc, IX, 62).

 

Je dus être moins explicite sur le malheur du second mais l'Esprit-Saint nous avertit lui-même que nous ne pouvons échapper à l'esprit sensuel que par de continuelles et ardentes prières; et Jésus-Christ ajoute : Cette sorte de démon ne peut être chassée par aucun autre moyen que par la prière et par le jeûne (Marc, IX, 28).

 

Oh ! quelle urgence il y a pour chacun de nous, si nous voulons garder, jusqu'à la fin, ces deux grandes vertus commençant par la même lettre : la Pureté et la Persévérance ! Si nous voulons y ajouter la troisième, commençant de même : la Piété !

 

Piété ! Pureté ! Persévérance trois vertus inséparables : la Pitié gardant la Pureté et la Piété et la Pureté unies, pouvant seules assurer la Persévérance !

 

4°Urgence toute particulière de recourir à la prière, pour demander même l'esprit de prière : car, cette grâce excellente a cela de propre qu'elle se sert à elle-même de principe, de remède et de vie. C'est en priant qu'on obtient le don de prier ; c'est en persévérant dans la prière, qu'on acquiert l'esprit de prière ; et, s'il vient à se relâcher ou à se perdre, c'est encore à la prière qu'il faut recourir, pour le raviver ou pour le retrouver.

 

Je n'espère donc le succès de tous ces Avis que du soin et de l'attention qu'on mettra à demander la grâce d'y être fidèle. Du reste, ce n'est point une petite affaire que de les comprendre et de les apprécier comme il convient ; surtout, ce n'est point un petit travail que de s'y rendre constamment fidèle.

 

Contre toutes ces pratiques de piété, nous avons nos négligences de chaque jour, nos légèretés, nos inconstances et toute notre dissipation.

 

Nous avons, peut-être, des habitudes contraires déjà anciennes, certaines routines, certains usages; peut-être même quelques exemples peu encourageants: d'où vient que, non seulement notre éducation n'est point faite encore : mais, ce qui est pire, qu'elle est à refaire, c'est-à-dire qu'il y a d'abord à corriger ce qui est défectueux, et à se faire ensuite de bonnes habitudes.

 

Puis, disons-le, nous avons les mille prétextes que suggèrent, quelquefois, avec un peu de fatigue et de pesanteur réelles, notre fond habituel de lâcheté et d'amour propre ; peut-être aussi quelques secrètes préventions qui feraient croire ou à une sorte d'exagération, ou à des pratiques trop minutieuses.

 

Non, non, M. T. C. F., pour vaincre toutes ces difficultés, il ne faut pas un médiocre courage. Ce que j'ai bien constaté moi-même, c'est qu'il s'en faut qu'on soit compris tout de suite et de tous, même dans les Avis les plus fortement motivés. Il faut pour cela un bon sens exquis, qui n'est point général ; il faut une force et une constance de volonté qu'on ne rencontre pas facilement. De tous et en tout, je le sais, il y a eu et il y a toujours des efforts, des efforts marquants et des progrès réels; mais l'exactitude parfaite, l'invariable exactitude, l'avons-nous partout, l'avons-nous toujours? Voyez-le vous-mêmes sur le point particulier sur lequel peut-être on a le plus insisté : Répondre parfaitement aux prières, c'est-à-dire, pour la troisième fois : répondre toujours, répondre à toutes, répondre sans faire attendre, répondre à voix haute et intelligible, répondre avec édification pour tous les Confrères présents.

 

Recourons donc à la prière pour demander à Dieu cette foi vive devant laquelle les moindres pratiques de piété acquièrent une importance souveraine, prennent des proportions infinies, parce qu'elles se rapportent à l'éternité ; pour demander aussi ce courage à toute épreuve, qui ne se lasse ni de la multitude, ni de la fréquence, ni de la répétition incessante de tant d'actes, qui, revenant chaque jour et presque à chaque instant, exigent une attention si grande et si soutenue pour ne s'oublier sur rien.

 

4° Enfin, M. T. C. F., si nous commençons par l'extérieur et si nous insistons avec tant de force, c'est pour la consolation d'un bon nombre de Frères, très dévoués à leur emploi, très attachés à leur Vocation et pourtant très éprouvés du côté de la dévotion sensible.

 

Peu à craindre pour ceux qui disent ne point faire de Méditation, très peu d’Examen, quand, d'autre part, ils peuvent ajouter qu'ils ne manquent jamais ces exercices, qu'ils n'en retranchent rien, et qu'ils les font avec modestie et recueillement.

 

Sainte Thérèse a été, pendant vingt ans, à considérer son sablier, à attendre qu'il eût coulé et que l'heure redoutable de sa méditation fût passée ; elle aussi n'en retranchant pas une seconde ; et, par cette patience et cette constance à toute épreuve, au milieu de sécheresses inouïes, se disposant à tout ce que Dieu voulait faire de grand en elle et par elle. Pourquoi nous désespérer, si, comme cette Sainte, et avec une grâce bien moindre, nous sommes, quelquefois, en contemplation devant l'horloge, attendant qu'elle sonne la fin de notre pauvre demi-heure?

 

Oui, M. T. C. F., soyons constants à tous nos exercices, malgré les dégoûts, malgré les peines et les fatigues; n'y retranchons rien, alors même qu'il semble que nous n'y faisons rien ; gardons une parfaite modestie et une religieuse tenue : c'est déjà une excellente Méditation, un très bon Examen, que d'être là, devant Dieu, droit, les bras croisés, les yeux baissés, bien posés sur ses deux pieds, sans appui, avant souvent à lutter contre une envie démesurée de s'asseoir ou de s'accouder de quelque manière, et, y résistant; c'est être alors devant Dieu, comme, dans les palais, sont les statues devant le prince : si elles ne font rien, au moins sont-elles un remplissage heureux qui sert d'ornement.

 

La preuve, au reste, que cet état douloureux plaît à Dieu, c'est que ceux qui savent le supporter, se soutiennent, persévèrent, remplissent bien leur emploi et restent fidèles à leur Vocation, souvent malgré des tentations affreuses et avec un tempérament de feu.

Disons aussi, qu'un jour ou l'autre, à un moment ou à un autre, la grâce arrive à ces âmes: la lumière à l'esprit et l'onction au cœur. Dieu se montre à elles et se charge lui-même d'unir l'intérieur à l'extérieur pour son service.

 

« Il y a un moment où je jouis, disait un de ces Religieux à dévotion dure, ou, selon le mot du Père Champagnat, à la dévotion du coude,  c'est le moment de  la Communion. Quand j'ai la Sainte Hostie sur la  langue, quand Jésus-Christ entre dans mon cœur, je n'y tiens plus, je suis échauffé malgré moi. Malheureusement cela ne dure pas; mais n'importe, il y en a  pour jusqu'à la Communion suivante.

 

Et notez que chez ce bon Frère, malgré toute la dureté apparente de sa dévotion, rien n'est manqué, rien n'est abrégé, tout se fait à l'heure et avec la modestie convenable.

 

Oh ! M. T. C. F., quelle riche vie spirituelle que cette vie d'épreuves et de sacrifices, quand elle est unie à une constante et invariable exactitude ! Certes ! si Dieu ne doit pas laisser sans récompense un verre d'eau froide donnée en son nom à l'un des plus petits (Matth., X, 42), comment ne récompenserait-il pas cette lutte, ou plutôt ces luttes accumulées et ininterrompues de tous les jours et de toute la vie : luttes, à l'Oratoire, contre les sécheresses et les distractions; luttes, au lever, contre le besoin, ou au moins contre une envie énorme de sommeil ; luttes, en Classe, contre la paresse et la légèreté d'une multitude d'Enfants luttes, au-dedans, contre les passions et les démons luttes, au dehors, presque avec tout ce qui entoure et tout ce qui occupe ; luttes de toutes sortes, soutenues pour Dieu seul, sans récompense humaines, sans autre profit personnel que le pauvre habit, le pauvre logement et la pauvre nourriture que nous donne la Règle !

 

Non, non, il n'en sera pas ainsi, et celui qui tient fait à lui-même tout ce qu'on fait au moindre des siens (Matin., XXV, 49), saura apprécier tout ce qu'ont fait, pour les Enfants, ces Frères à qui la vertu coûte tant, à qui la dévotion est si rebelle, et qui n'en persévèrent pas moins dans tous leurs devoirs.

 

Soyez-en sûrs, s'il y a quelque poussière sur leurs Œuvres, leur patience et leur constance l'emporteront si, à leur zèle, il se mêle quelque faiblesse, quelque négligence, quelque oubli, la peine et le travail les rachèteront et les paieront.

 

Oui, encore une fois, à eux les grandes récompenses et les grandes joies : car en eux sont les grands combats et se trouve la grande fidélité : Voilà qui est bien, bon et fidèle serviteur, puisque vous avez été fidèle en peu de choses, je vous en donnerai beaucoup plus à gouverner, entrez dans la joie de voire Seigneur (Matth., XXV, 21).

 

Les trois Considérations du Chapitre suivant viendront très heureusement et très amplement confirmer tout ce qui précède.

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[1]  « L'Ecole de Pontmain ou de la Prière », a fait l'objet de trois Circulaires. Nous les avons réunies, afin de ne point diviser cette substantielle instruction du Rév. Frère Louis-Marie. La quatrième Circulaire sur Pontmain « Ecole de simplicité» se trouve dans l'ordre de sa date, 17 janvier 1878.

[2]  Hélas! la mort frappe ces bons Frères les uns après les autres ; ou plutôt, le bon Dieu les appelle à lui comme étant mûrs pour le Ciel, Après le F. Pélogain, après le T. H. F. Philippe, c'est le tour du très cher Frère Calixte. Je viens d'apprendre la mort de cet excellent Religieux, avec lequel j'ai eu beaucoup à travailler pour la double question de l'enseignement et de nos dispenses militaires. Il est décédé le 31 mai, je le recommande aussi à vos pieux suffrages.

 

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