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Circulaires 113

 

Br. Louis-Marie
24/05/1875 - Vol. V, n. 2
Circular 113


2° Circulaire sur l'Ecole de Pontmain, 24 mai 1875 

CHAPITRE IV. - Unir toujours l'intérieur à l'extérieur dans la Prière et dans tout exercice religieux. - 1. La Prière et le Salut ou le Corps et l'âme prédestinés par la Prière. 1° Haine du démon contre la Prière. - 2° Raison de cette haine. - 3° Comment le Corps et l'âme se prédestinent par la Prière. -4° Conclusions pratiques. Il. La Prière et le Culte de Dieu, ou la Prière considérée comme sacrifice. - 1 La Prière, considérée comme sacrifice d'holocauste ou d'adoration, prend l'homme tout entier. - 2° La Prière, considérée comme sacrifice de louanges, demande également tout l'homme. -3° Confirmation de ces pensées ou réflexions par les prières de l'Invitatoire. - 4° Conclusions pratiques. - III. La Prière et le Zèle ou la Prière considérée comme moyen d'éducation. - 1° Nécessité de la piété dans l'éducation des enfants. - 2° L'éducation rendue facile par la piété. 30 Conclusions pratiques. - Résumé de nos conclusions

113

51.02.01.1875.1

1875/05/24

 

Nous vous donnons aujourd'hui (24 mai 1875) la suite de nos instructions et réflexions sur l'Apparition de Pontmain, ou l'Ecole de la Prière. Il ne faut pas oublier que nous sommes, en effet, à l'Ecole de la Sainte Vierge, la Mère du pur amour, la Mère de la crainte, la Mère de la science et de la sainte espérance (Eccl., XXIV, 24) et que nous devons recevoir ses maternelles instructions avec une confiance toute filiale avec humilité et componction, avec respect et docilité. Plus nous étudierons et approfondirons cette merveilleuse Apparition, plus nous serons convaincus qu'elle a pour nous une importance toute particulière et comme Religieux et comme Instituteurs, surtout comme Religieux et Petits Frères de Marie des Ecoles. Nous l'avons déjà compris par les trois Chapitres précédents, nous le comprendrons mieux encore par celui qui suit : donnez-y, je vous prie, toute votre attention.

 

CHAPITRE QUATRIEME

 

UNIR TOUJOURS L'INTÉRIEUR A L'EXTÉRIEUR DANS LA

PRIÈRE ET DANS TOUT EXERCICE RELIGIEUX.

 

Pour bien comprendre l'obligation où nous sommes de ne jamais séparer l'extérieur de l'intérieur dans nos prières et exercices religieux, nous les considérerons, dans ce Chapitre, sous trois points de vue :

 

I.La prière et le salut, ou le corps et l'âme prédestinés par la prière ;

 

Il. La prière et le culte de Dieu, ou la prière envisagée comme sacrifice ;

 

III. La prière et le zèle, ou la prière envisagée comme moyen d'éducation.

 

Si l'on se pénètre fortement des considérations que renferment ces trois Paragraphes, on y puisera, certainement un principe très solide d'attention, de dévotion, et de parfaite tenue dans la prière ; d'empressement et d'ardeur pour tout ce qui tient auculte et au service de Dieu ; de courage et de zèle pour l'éducation chrétienne des Enfants.

 

I. LA PRIÈRE ET LE SALUT, OU LE CORPS ET L'AME

PRÉDESTINÉS PAR LA PRIÈRE

 

Sans doute que, dans la situation extrême où se trouvait la France au 17 janvier 1871, la Sainte Vierge, en venant à nous, en nous apportant le remède souverain de la prière, avait en vue les maux extérieurs, les maux publics et particuliers qui désolaient alors sa nation privilégiée ; mais, parce que les maux du temps n'ont d'autre cause que le mal suprême, le seul mal réel, qui est le péché ; parce que, surtout, le péché, s'il n'est expié, aux maux présents, ajoute le mal infini de l'éternité, la damnation : c'est certainement, et c'est avant tout contre l'affreux péché que Marie nous apporte le secours infaillible de la prière.

 

Voilà pourquoi elle trace, de sa main maternelle, aux regards étonnés des Voyants, cette admirable Inscription : Mais priez, mes enfants, Dieu vous exaucera en peu de temps, mon Fils se laisse toucher ; voilà pourquoi elle veut que, trois heures durant, la prière et les chants religieux se succèdent sans interruption en sa présence; enfin, et par dessus tout, voilà pourquoi, réalisant elle-même sa maternelle Inscription, elle entraîne aujourd'hui vers la prière toutes les populations; elle fait que la prière gagne de proche en proche, qu'elle se multiplie et se prolonge, afin que le salut s'étende et se multiplie de même.

 

Nous entrerons donc essentiellement dans les intentions de notre bonne mère, en considérant la prière au point de vue du salut éternel, et en nous servant de cette grande et profonde pensée, pour comprendre l'intérêt suprême que nous avons à unir toujours l'intérieur à l'extérieur dans tous nos exercices religieux.

 

A cette fin, après avoir rappelé la haine du démon contre la prière et la raison de cette haine, nous dirons, en invoquant l'exemple de Notre-Seigneur et des Saints, comment l'âme et le corps se prédestinent par la prière, et quelles conclusions pratiques nous avons à tirer de cette vérité.

 

Haine du démon contre la prière.

 

Aux raisons données plushaut pour expliquer et justifier notre insistance sur le point des exercices de piété, ajoutons ici la haine horrible que le démon porte à la prière : ses efforts désespérés, de tous les jours et de tous les instants, pour nous empêcher de prier, pour nous troubler dans la prière, nous dissiper et nous distraire, nous lasser de nos saints Exercices et nous en dégoûter.

 

La Vie des Saints, les Vies des Anciens Pères du désert surtout, sont pleines de faits qui témoignent de la rage de Satan contre la prière. Nous l'avons déjà dit dans une autre circonstance (Circulaire dit 19 mars I865), au témoignage de saint Macaire d'Alexandrie et de saint Macaire d'Egypte, ces esprits maudits, dès que la Règle appelle une Communauté à la prière, sonnent eux-mêmes la charge, se forment en troupes, s'arment de toutes pièces, se précipitent dans le lieu de la prière, se distribuent les rôles et les postes; et, là, travaillent avec une rage infernale que rien ne lasse, que rien n'effraie, sinon la ferveur et l'humilité des Religieux en la présence de Dieu: oui, ces esprits de ténèbres sont là, dans l'assemblée des Saints, multipliant leurs attaques, diversifiant leurs moyens, courant de l'un à l'autre, étudiant les dispositions de chacun, appropriant les tentations aux caractères et aux tempéraments, accumulant les illusions, les tromperies, les séductions.

 

Et ce qu'il y a de plus redoutable, c'est qu'ils s'instruisent par l'expérience, et rendent, chaque jour, leurs attaques plus dangereuses et leurs pièges plus séduisants. C'est au point que personne ne pourrait échapper à leur malice, si Dieu n'envoyait ses Anges pour nous assister; s'il ne venait lui-même, avec ses lumières et son onction divine, dissiper nos ténèbres et relever notre courage. Il faut que l'Esprit-Saint descende dans nos âmes, pour en chasser l'esprit de ténèbres, pour y former lui-même la prière, pour nous faire implorer la miséricorde divine par des gémissements ineffables (Rom., XIII, 26).

 

Oh ! que nous serions ardents, au commencement de chaque exercice de piété, à implorer le secours de l'Esprit-Saint, si nous pouvions comprendre tout l'acharnement que met le démon à nous détourner de la prière! Selon saint Thomas, c'est à cause de cette guerre et de cette fureur satanique contre ceux qui prient, que l'Eglise, toujours régie par le Saint-Esprit, a voulu que l'on commençât toutes les Heures Canoniales par ce premier verset du psaume LXIX : Mon Dieu, venez à mon aide ; Seigneur, hâtez-vous de me secourir, par lequel nous implorons l'assistance de Dieu contre les embûches de notre ennemi.

 

Raison de cette haine.

 

Mais, d'où vient cette rage, cette fureur du démon contre la prière? Ah ! elle vient de sa haine contre nous et de l'excellence même de la prière. Il sait parfaitement que la prière est le grand secret du salut ; qu'elle est, comme dit saint Basile, le souverain moyen par lequel Dieu nous comble de ses grâces. Voilà pourquoi il tâche, par toutes sortes de voies, de nous détourner de nos saints Exercices, d'y faire naître mille empêchements, afin que, nous ayant privés de ce secours, il puisse trouver ensuite une entrée plus facile dans notre âme.

 

« Il fait contre nous, ajoute Rodriguez, ce que fit Holopherne contre la ville de Béthulie (Judith., VIII, 6) lorsque, pour s'en assurer la prise, il rompit l'aqueduc qui conduisait l'eau dans la ville. La prière est l'aqueduc, le canal divin par où notre âme reçoit les eaux de la grâce; et c'est pour le rompre ou pour le rendre inutile, que le démon fait tous ses efforts. »

 

Ce que le démon sait encore parfaitement, c'est que la prière est, tout à la fois, la grande marque et le grand moyen de la prédestination, selon ce mot de saint Liguori, qui résume une foule de passages des divines Ecritures et toute la doctrine des Pères et des Saints: « Parmi les adultes, il n'y a de sauvés que ceux qui prient, il n'y a de damnés que ceux qui abandonnent la prière. »

 

Non, non, il n'y a pas à douter que la rage de Satan contre la prière ne vienne de cette liaison admirable qui, par la miséricorde de Dieu, existe, comme nécessairement, entre la prière et le salut. Voulant à tout prix ruiner celui-ci, il ne veut pas, avec moins de fureur, empêcher celle-là.

 

Mais cette rage même de Satan contre la prière ne doit-elle pas nous y affectionner nous-mêmes sans mesure? N'est-il pas évident que plus l'ennemi de notre âme s'acharne contre nos saints exercices, plus il nous en fait comprendre l'excellence comme infinie et les avantages incomparables?

 

Comment le corps et l'âme se prédestinent par la prière.

 

  Donc, sans insister davantage sur cette considération générale, expliquons en particulier comment la prière bien faite applique à Dieu toutes les facultés de notre âme et tous les  sens de notre corps, comment elle les prédestine par là même; et, conséquemment, avec quel soin, au point de vue du salut éternel, nous devons nous efforcer d'unir toujours l'intérieur à l'extérieur dans tout exercice religieux.

 

Le salut, en effet, comme la damnation, ne s'accomplit, ne se consomme du moins, que par des actes pleinement consentis, actes où, pour l'ordinaire, le corps a une très grande part.

 

Si l'orgueilleux, par exemple, va en enfer, et si, en enfer, l'âme est punie et tourmentée dans toutes ses facultés, et le corps dans tous ses sens, c'est que l'âme a pleinement connu et pleinement voulu le péché d'orgueil, c'est que le corps s'y est prêté lui-même par tous ses organes.

 

Dans l'âme, c'est l'entendement qui s'est porté au mal avec pleine connaissance et délibération, c'est le cœur et la volonté qui l'ont voulu avec un plein consentement.

 

Dans le corps, ce sont tous les sens qui se sont mis au service de l'âme pour contenter de coupables désirs : la langue, en articulant des paroles d'orgueil ; les yeux, en se portant à des regards altiers ; l'ouïe, en savourant de fausses louanges; les pieds, les mains, le corps, tous les sens, en se prêtant aux démarches, aux gestes et à tous les actes que réclamait la passion satanique de l'orgueil.

 

Et de même pour l'ambition, pour l'envie, pour la colère, et plus encore pour les passions qui s'accomplissent dans le corps et par le corps, comme la luxure, la gourmandise et autres.

 

Ainsi, le pécheur est lui-même l'artisan de sa damnation. C'est lui, lui seul, qui, en pénétrant sa chair et ses os, tout son corps, du venin du péché; en souillant son esprit, son cœur et sa volonté, toute son âme, de la tache du péché, d'un péché, en matière grave, sciemment et librement consenti ; oui, c'est lui, c'est le pécheur seul, qui introduit dans tout son être l'élément, à jamais indestructible après la mort, du feu éternel : « Que consumera ce feu dévorant, demande l'Auteur de l'Imitation,  sinon vos péchés »?

 

De même, le juste aidé de la grâce, peut et doit être l'auteur de son salut et de sa prédestination. L'âme tout entière et le corps tout entier doivent y travailler, en se prêtant de concert aux bonnes œuvres qui l'assurent, afin d'être l'une et l'autre éternellement béatifiés.

 

Or, c'est dans la prière surtout, que s'accomplit ce grand travail de sanctification, lorsque l'âme et le corps s'unissent, dans un saint et parfait accord, pour louer Dieu et le prier.

 

Tous les saints Pères s'accordent à dire que les promesses faites par Jésus-Christ à ceux qui s'unissent ensemble, deux ou trois personnes, sur la terre, pour prier en son nom (Matth., XVIII, 19, 20), s'appliquent particulièrement à l'âme et au corps, lorsqu'ils forment un pieux concert de toutes leurs facultés et de tous leurs sens, pour prier Dieu et lui rendre gloire.

 

C'est sur ce principe, redisons-le, que repose ce mot si formel, si explicite de saint Liguori, que « celui qui prie, se sauve. » Il sesauve infailliblement : car, en priant, il sanctifie et prédestine tout son être, puisqu'il l'applique tout entierau service de Dieu.

 

Quoi de plus propre à nous inspirer le désir et la volonté, à nous faire prendre la généreuse et inviolable détermination de faire servir notre corps et notre âme au saint exercice de la prière, d'y employer tous nos sens et toutes nos facultés !

 

C'est à cette grande pensée que saint Ignace revient continuellement dans ses Méditations. Point d'autre fin à ce Prélude qui les commence toutes : « Faites, ô mon Dieu ! que, pendant cette Oraison, tous les sens de mon corps, toutes les facultés de mon âme soient entièrement et uniquement appliqués à votre plus  grande gloire, au plus grand service de votre divine Majesté, au parfait accomplissement de votre volonté  adorable. »

 

C'est aussi ce que demande le Prêtre, à la Messe, lorsque, priant pour l'Eglise, il dit à Dieu : « Protégez-nous, Seigneur, afin qu'attachés aux choses divines,  notre esprit, et notre corps vous servent également ».

 

Et Jésus-Christ lui-même, en entrant dans le monde, ne se propose autre chose, sinon faire servir son corps et son âme, sa nature humaine tout entière unie à la divinité, à glorifier son Père, à l'honorer, à faire toujours son bon plaisir?

 

Le Fils de Dieu, dit saint Paul, entrant dans le monde, dit : Vous n'avez point voulu d'hostie ni d'oblation ; mais vous m'avez formé un corps. Alors, j'ai dit: Me voici, je viens pour faire, mon Dieu, votre volonté. (Hébr., X, 5, 7).

 

Et, en effet, pendant toute sa vie mortelle, et maintenant encore dans son Eglise, Jésus-Christ n'accomplit l’œuvre de notre sanctification que par le concours perpétuel  de son âme et de son corps. Pas un Sacrement qui n'ait son signe sensible et corporel ; pas une cérémonie, pas une prière, pas un acte du culte sacré où le corps ne doive apporter son concours ; le concours de la voix, de la vue, de la parole, quelque acte ou mouvement; le concours, au moins, d'une tenue très respectueuse.

 

De là, dans l'Eglise, les génuflexions, les prostrations, les inclinations si multipliées, les signes divers qui obligent les Prêtres et les Fidèles, en se courbant devant Dieu, à faire comme une chute dans leur néant, afin de reconnaître leur dépendance absolue de la souveraine Majesté, et d'adorer, de toutes les puissances de leur être, celui qui les a faits.

 

Et la raison fondamentale, c'est que le corps et l'âme, étant unis hypostatiquement en unité de personne, doivent se sauver ou se perdre ensemble, se sanctifier ou se réprouver de concert. Ils sont inséparables dans le bien comme dans le mal, dans le mérite comme dans le démérite ; parce qu'ils doivent être inséparables, un jour, dans la récompense ou dans le châtiment.

 

Mon Dieu ! que cette vérité, si elle était bien comprise serait puissante sur nos âmes ! Comme elle nous porterait à faire un bon usage de nos sens, à les faire servir tous et toujours, avec tout le soin possible, au parfait accomplissement de la prière et de tout exercice religieux !

 

Conclusions pratiques.

 

Toutes ces pensées de prédestination et de salut ne peuvent que confirmer nos recommandations du Chapitre iii ci-dessus, concernant le Signe de la Croix, la manière de commencer chaque exercice, la tenue exemplaire à y garder, la gravité et le recueillement qu'il faut y conserver, et tout ce qui a été dit pour la parfaite récitation de l'Office et des prières vocales.

 

On ne peut trop revenir sur les prescriptions de cet important Chapitre; et les Frères Directeurs ne sauraient apporter trop de soin à les pratiquer et à les faire pratiquer dans chaque Maison. Celles que nous ajoutons ici ont principalement pour objet les Offices et Cérémonies de l'Eglise.

 

Disons, d'une manière générale, que dans nos Eglises et Chapelles, nous devons faire, avec foi et piété, avec empressement et amour, avec ensemble et de notre mieux, toutes les cérémonies, tous les signes et mouvements que prescrivent les Rubriques sacrées.

 

Aujourd'hui surtout que l'uniformité est établie dans toutes nos Chapelles, par l'admission du Rite Romain, il faut nous former nous-mêmes à suivre parfaitement le Cérémonial. Voici quelques points qui méritent surtout notre attention :

 

1° Faire une profonde génuflexion toutes les fois que l'on passe devant le Tabernacle où réside Notre-Seigneur Jésus-Christ. C'est un acte d'adoration dont un Religieux ne doit jamais se dispenser, et qu'il doit toujours accomplir avec toute la gravité et toute la piété que demande l'esprit de foi.

 

2° Faire la génuflexion à deux genoux, lorsque le Saint Sacrement est exposé, ou même simplement déposé sur la table de l'autel.

 

Sur ce point, les Rubriques et pratiques romaines sont très précises : il faut y tenir d'autant plus, pour nous-mêmes et pour nos Enfants, qu'on y serait moins exercé par le passé.

 

3° S'incliner de tête au nom de Jésus, au nom de Marie, au nom du Saint dont on fait la Fête, et au nom du Souverain Pontife.

 

4° Pendant le Gloria in excelsis, on s'incline de tête à ces paroles : Adoramus te... Gratias agimus tibi... Jesu Christe... Suscipe deprecationem nostram ; pendant le Credo, à celles-ci : Jesum Christum... Simul adoratur ; pendant la Préface, à Gratias agamus Domino Deo nostro.

 

5° On s'incline profondément pendant les deux Elévations; et de tête seulement, pendant la Communion du Prêtre.

 

6° A Vêpres, on s'incline de tête aux paroles : Sanctum et terribile nomen ejus... Sit nomen Domini benedictum, et à chaque Gloria Patri, jusqu'à Sicut erat.

 

Cette inclination prolongée au Gloria. Patri est pour rendre une gloire égale aux trois Personnes divines et adorer leur éternelle et parfaite égalité.

 

Même prescription à l'hymne Pange lingua, pendant qu'on chante ou qu'on récite ces mots: Tantum ergo Sacramentum veneremur cernui. Adorons, inclinés avec un profond respect, un si grand Sacrement.

 

7° Il y a d'autres signes de foi et de piété prescrits par les Rubriques, comme à l'Evangile, se marquer le front, la bouche et le cœur du Signe de la Croix, en témoignage de soumission, de respect et d'amour; faire le Signe de la Croix à la fin du Gloria in excelsis, du Credo, du Sanctus ; au commencement du Magnificat ; se frapper la poitrine au Contiteor, à l'Agnus Dei, à Nobis quoque peccatoribus ; se mettre à genoux à la première strophe de l'Ave Maris stella, du Veni Creator, à la strophe 0 Crux ave, spes unica, au verset Te ergo, quaesumus, tuis famulis subveni quos pretioso sanguine redemisti ; se lever et s'asseoir à certains moments, etc. …

 

Il faut étudier ces mouvements et ces cérémonies, s'y exercer et les apprendre aux Frères et aux Enfants, afin qu'on les accomplisse parfaitement dans toutes nos Chapelles, et que, dans les Paroisses mêmes, on s'y conforme autant que possible.

 

8° Enfin, dans le même esprit de foi et d'adoration, on doit éviter, à l'Eglise, tout bruit, tout mouvement, toute allure, tout acte quelconque, comme de cracher à terre et autres, qui s'écarterait du respect dû à la Majesté du Lieu Saint. Il faut y avoir constamment une tenue très modeste et très recueillie ; un extérieur qui édifie les Enfants et les Fidèles, et qui nous conserve nous-mêmes devant le Très Saint Sacrement, dans un état perpétuel de respect et d'adoration.

 

Comme dans la nature, tous les corps gravitent autour du soleil qui est leur centre, ainsi toutes les facultés de notre âme et tous les sens de notre corps doivent graviter constamment et graviter de concert vers Jésus-Christ, notre vrai Centre, notre vrai Soleil de justice.

 

Ajoutons, pour nous encourager à garder fidèlement ces moindres observances :

 

1° Que Dieu en retire sa gloire ; et souvent une gloire plus grande que des actions même les plus éclatantes aux yeux des hommes : Vous avez blessé mon cœur, dit l'Esprit-Saint à l'âme fidèle, d'un seul de vos regards, d'un seul des cheveux qui parent votre cou (Cant., IV, 9) ; c'est-à-dire que les moindres actions, fussent-elles simples comme un regard, faibles comme un cheveu, plaisent infiniment à Dieu, dès qu'elles sont accomplies avec amour et fidélité.

 

2° Que Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même, après nous avoir donné, dans le temps, l'exemple de la plus exacte fidélité à tous les points de la Loi, assure encore à cette fidélité les grandes récompenses de l'éternité : Je vous le dis en vérité, le ciel et la terre périront plutôt que tout ce qui est dans la loi manquât d'être accompli, jusqu'à un iota, jusqu'au moindre trait. Voilà la fidélité, et voici la récompense : Celui qui fera et enseignera ainsi, celui-là sera estimé grand dans le royaume du Ciel (Matth., V, 18, 19).

 

3° Que, par ces petites observances, par ces actes de respect et d'attention qui reviennent à chaque instant, soit à l'Oratoire, dans nos exercices de piété, soit à l'Eglise, dans les Offices divins, l'esprit religieux se fait et se conserve: l'esprit religieux de chaque Maison, l'esprit religieux de chaque Frère, l'esprit religieux de tout l'Institut. Il se forme autour de nous, par ces actes répétés, comme une atmosphère de foi et de piété, un milieu d'édification et de recueillement, qui est, dans les Noviciats, un des plus puissants moyens de formation pour nos Postulants et Jeunes Frères ; et qui, s'il se conservait parfaitement dans les Postes, serait, pour tous les Membres de l'Institut, une des plus sûres garanties de ferveur et de persévérance.

 

4° Que la fidélité à toutes ces observances, répond excellemment à cette parole de l'Esprit-Saint dans l'Ecclésiaste : Celui qui craint Dieu ne néglige rien (Eccl., VII, 19) ; et à ce mot de Saint-Paul aux Thessaloniciens : Abstenez-vous de tout ce qui a l'apparence du mal (Thes., V, 22).

 

Hélas ! hélas ! si, en effet, nous comprenions la grandeur de Dieu, si nous comprenions l'éternité, nous serions effrayés, nous serions épouvantés, glacés de terreur jusqu'au sang, non seulement à l'aspect du péché mortel, non seulement à l'aspect du péché véniel ; mais même à la vue d'une simple imperfection, d'un simple défaut, du moindre manquement : car la simple imperfection, une légèreté, une curiosité, une dissipation, peut amener le défaut ; le défaut, amener le péché véniel ; et le péché véniel, entraîner au péché mortel, qui est aussitôt la séparation de Dieu, c'est-à-dire, la damnation l'enfer, s'il n'est expié.

 

Il faut donc, pour échapper à ce malheur suprême et infini, nous tenir à la plus grande distance possible, non seulement de tout péché mortel ou véniel ; mais même de tout défaut, de toute imperfection. Or, c’est précisément ce que fait la parfaite exactitude aux observances que nous rappelons ici, la constance à les garder partout et toujours, à l’Office, à la Messe, à l'Eglise et à l'Oratoire. La fidélité à ces actes, à ces cérémonies, à tous ces points, est essentiellement la fidélité aux petites choses; la fidélité journalière à des pratiques qui éloignent, comme nécessairement,les grands péchés, puisqu'elles éloignent les moindres manquements, les moindres négligences, les moindres oublis, volontaires et réfléchis.

 

Donc, dans la vérité et l'exactitude de la foi, tous ces actes, même les plus petits, doivent prendre pour nous une importance doublement infinie: infinie du côté des châtiments éternels, contre lesquels ils nous prémunis. sent ; infinie du côté de la récompense éternelle qui en sera le prix, si nous les faisons pour Dieu et dans sa grâce.

 

5° Enfin, cette fidélité ne répond pas seulement au sentiment d'une crainte trop légitime, aux précautions de toutes sortes que doit nécessairement inspirer l'appréhension du péché et de l'enfer; mais elle répond encore, d'une manière admirable, au sentiment de l'amour; elle en est la perfection, la pratique la plus généreuse.

 

« Celui qui aime, disent les Saints, garde les Commandements; celui qui aime davantage, garde les Conseils; mais celui qui aime beaucoup, qui aime parfaitement, se rend fidèle, se montre exact jusque dans les moindres points, jusque dans les plus petites choses. »

 

Aussi, voyez avec quel soin la sainte Eglise a réglé, dans le plus grand détail, sous l'inspiration de l'Esprit d'amour, de l'Esprit de vérité, tout ce qui a rapport au culte; avec quelle précision elle donne et explique toutes les cérémonies; avec quelle autorité elle les impose à tous ses Ministres, aux Prêtres et aux Evêques. L’Evêque des Evêques, le Souverain Pontife lui-même, s'y soumet et les accomplit tout le premier.

 

Ah ! c'est que l'Eglise a hâte et besoin d'honorer et de glorifier soncéleste Epoux, et elle sait combien il se plaît à la perfection intérieure et extérieure du culte divin ; c'est qu'elle a hâte d'enrichir et de sanctifier tous ses enfants, et elle sait tout ce qu'il y a de mérite et de sainteté dans ses actes de piété et de foi qu'elle leur demande.

 

Non, non, nous ne pouvons assez dire les mérites incomparables, les sûretés merveilleuses, les richesses infinies, cachés, pour chacun de nous, dans le parfait usage des sens de notre corps et des facultés de notre âme, s'accordant et concourant ensemble à glorifier Dieu, à le louer, à le bénir, à lui offrir nos supplications et nos actions de grâces.

 

Et quand l'Instituteur Religieux, le Frère fervent et zélé, s'applique en outre, s'applique, chaque jour et toute sa vie, à inspirer à ses Enfants le même respect et la même piété devant la Majesté de Dieu, la même attention à bien prier, le même soin de faire, le mieux possible, tout ce qui est du service divin, disons-le, en toute assurance, il y a là des mérites, des assurances de salut, des richesses spirituelles, dont l'éternité seule nous révélera toute l'excellence et tout le prix.

 

Puissent ces simples réflexions nous faire assez entrevoir ces grands biens, nous en donner, dès aujourd'hui, une idée suffisante, pour qu'ils nous soient à tous et toujours un motif tout puissant de travailler, de tout notre, pouvoir, pour nous-mêmes, pour nos Frères et pour nos Enfants, à nous acquitter de notre mieux, intérieurement et extérieurement, de toutes nos prières et de tous nos exercices religieux. C'est le moyen d'accomplir, chaque jour, le premier et le plus grand de tous les Commandements : Vous aimerez le Seigneur voire Dieu, de tout votre cœur, de toute votre âme, de tout votre esprit et de toutes vos forces (Marc, XII, 36).

 

Il. LA PRIÈRE ET LE CULTE DE DIEU, OU LA PRIÈRE

CONSIDÉRÉE COMME SACRIFICE.

 

Que ma prière, dit David, s'élève comme la fumée de l'encens du matin ; que l'élévation de mes mains vous soit aussi agréable que le sacrifice du soir (Ps. CXL, 2). Qu'est-ce à dire, sinon que nos prières soient pour Dieu comme un sacrifice d'adoration, comme l'encens du matin qui se consume et se détruit tout entier à la gloire du Très-Haut; qu'elles s'élèvent vers lui comme un sacrifice de louanges, un concert d'actions de grâces, le sacrifice du soir?

 

Deux autres pensées ou comparaisons qui nous aideront puissamment à comprendre combien doit être parfaite, dans tout exercice religieux, l'union de l'âme avec le corps, l'union de l'intérieur avec l'extérieur; deux pensées encore que viennent admirablement fortifier les Invitations quotidiennes de l'Esprit-Saint et de l'Eglise son Epouse, au commencement de l'Office divin; deux pensées, enfin, qui nous conduiront, comme les précédentes, à des conclusions pratiques extrêmement importantes.

 

La prière considérée comme sacrifice d'holocauste

ou d'adoration, prend l'homme tout entier.

 

En effet, si nous voulons que notre prière soit à Dieu comme un sacrifice d'holocauste, il faut nécessairement qu'elle embrasse tout l'homme : car, dans l'holocauste, il ne doit rien rester de la victime, rien qui ne soit offert à Dieu, employé pour son service et consommé pour sa gloire.

 

Tel est le sacrifice de Jésus-Christ sur la Croix. Il ne rend l'esprit, en inclinant la tête, que lorsqu'il peut s'écrier : Tout est consommé (Jean, XIX, 30).

 

A l'autel, la consommation du sacrifice de la Messe est tellement nécessaire que, si le Prêtre qui l'offre venait à défaillir, le Prêtre qui assiste devrait achever le sacrifice et consommer les saintes espèces, alors même qu'il ne serait plus à jeun. Dieu maudit celui qui retranche quelque chose à l'holocauste, qui est son œuvre par excellence : Maudit, dit Jérémie, celui qui lait l’œuvre de Dieu avec fraude, qui n'accomplit pas dans son entier, la première de toutes, le sacrifice d'holocauste (Jérémie, XLVIII, 10).

 

Or, il en est de même pour la prière, qui est aussi, tout particulièrement, l’œuvre de Dieu, un véritable sacrifice. Le sacrifice que Dieu demande, dit David, est un esprit pénétré de douleur : Vous ne mépriserez pas, ô mon Dieu, celui qui vous prie avec un cœur contrit et humilié (Ps., L, 19).

 

Mais prier négligemment, prier en abandonnant ses sens et ses facultés à la dissipation, en refusant sa voix au chant et à la récitation des psaumes, son attention et son affection aux pieux exercices, c'est évidemment priver l'holocauste, priver le sacrifice du cœur ou la prière de son complément indispensable; c'est faire un partage que Dieu réprouve et qu'il maudit, selon le mot déjà cité : Maudit est celui qui fait l’œuvre de Dieu négligemment.

 

Donc, point de partage dans nos prières, point de partage dans nos adorations et satisfactions. Il faut que l'homme tout entier y concoure : le corps par la modestie et le recueillement, par l'application de tous ses sens ; l'âme, par l'attention et la dévotion, par l'application de toutes ses facultés. Et c'est ainsi que la prière donne vraiment à Dieu tout notreêtre, qu'elle l'applique uniquement à sa gloire, et qu'elle en fait Comme un véritable sacrifice d'adoration.

 

La Prière, considérée comme sacrifice de louanges,

demande également tout l'homme.

 

La considération précédente devient plus claire encore, si l'on envisage la prière comme un sacrifice de louanges, comme un concert d'actions de grâces et de supplications, offert à la divine Majesté.

 

En effet, cette pensée ou comparaison, bien comprise, nous fait comme toucher du doigt la perfection des dispositions intérieures et extérieures que nous devons apporter à tout exercice religieux.

 

Pour la bien saisir, aidons-nous, selon la parole même du divin Maître, de l'exemple des enfants du siècle, si habiles, dit-il, dans la conduite de leurs affaires (Luc, XVI, 8). Oui, allons aux enfants du siècle, allons demander aux Artistes qui veulent exécuter un concert devant un puissant de là terre, devant une grande assemblée, allons apprendre d'eux comment nous devons nous conduire devant Dieu, en présence de ses Anges et de ses Saints, dans les concerts divins que nous avons à offrir à l'éternelle Majesté.

 

Voyez, d'abord, comme on prélude au concert, en accordant les voix et les instruments comme chacun est à son poste, se dispose à faire parfaitement sa partie, s'étudie à saisir de son mieux le ton qui est donné, et à s'inspirer du sentiment qu'il doit rendre.

 

Puis, au premier signal, voyez avec quel ensemble et avec quelle énergie on attaque ces chants ; avec quelle ardeur et quelle constance on les poursuit ; quels efforts on fait, quelle peine on se donne pour les rendre, pour les exécuter, dans toute leur étendue, avec toute la perfection possible.

 

Certes ! l'attention est complète en tous, elle ne se dément pas un instant.

 

Mais, cette énergie et cette perfection de volonté qui donnent le plein succès, c'est surtout dans l'organisateur et le directeur du concert qu'il faut les contempler et les étudier; lui qui est là pour imprimer le mouvement à tous, pour le suivre, le diriger, le soutenir, en être l'âme et la vie.

 

Oh ! quand le chœur est engagé, comme il est tout oreille, tout yeux, tout geste, tout action, pour prévenir ou pour arrêter la moindre discordance, pour dominer le mouvement, le ralentir ou le précipiter, l'adoucir ou l'élever, parvenir, enfin, à rendre, avec une expression parfaite, ou les horreurs d'un combat, ou l'éclat d'un triomphe, ou tel autre sentiment qui fait l'objet du concert !

 

Mais c'est assez, c'est déjà trop de détails sur cette comparaison. Dans nos humbles prières, dans nos modestes et pieux exercices, dans nos chants religieux, il ne faut rien de l'agitation, du bruit, des mouvements passionnés qui marquent les concerts profanes.

 

Ce que nous devons en prendre, c'est l'ardeur, c'est l'empressement, c'est l'attention et la bonne volonté que chacun doit apporter à la prière, soit privée, soit publique, aux louanges de Dieu, aux chants et cérémonies de l'Eglise.

 

Là aussi, il faut préluder à ces exercices divins, par un accord parfait entre l'âme et le corps, entre les sens et les facultés; ou plus explicitement, entre l'entendement, la volonté, l'imagination, la mémoire et le cœur, d'une part ; et les yeux, la voix, l'ouïe, le goût, l'odorat, le toucher, tous les membres et tous les sens, d'autre part ; enfin et en un seul mot, entre l'intérieur et l'extérieur.

 

L'homme de foi, le Religieux fervent, ne va jamais au concert divin de la prière, qu'il n'ait recueilli tous ses sens par la modestieet toutes ses facultés par le sentiment de la présence de Dieu ; qu'il ne les ait si bien accordés que, tous, et chacun à sa manière, le louent, le bénissent, l'adorent et le prient.

 

Puis, ce saint concert, cette louange à Dieu, cette humble prière, il la commence, il la poursuit, il l'achève, au moins en a-t-il la volonté et le désir, avec l'ardeur, avec la constance, avec tout le soin qu'inspire la pensée du grand Dieu, du Maître souverain auquel il s'adresse.

 

C'est la prière privée, c'est l'Office, c'est le Chapelet récité en particulier; c'est la sainte Messe, c'est l'Oraison, c'est toute prière où chacun est laissé à soi-même, opère avec soi-même.

 

Dans la prière publique, dans les chants de l'Eglise, dans les Offices et cérémonies sacrées, l'accord est plus nécessaire encore ; car il l'est doublement, se faisant, non seulement de chacun avec soi-même, mais de chacun avec le Prêtre, avec la Communauté, avec l'assemblée des Fidèles; de telle sorte que tous, d'un même cœur, d'une même âme et d'une même voix, inspirés par la même foi, excités par le même amour, paient à Dieu, à l'envi les uns des autres, un tribut commun de louanges et de bénédictions.

 

C'est là que vient, avec toute sa force d'application, notre comparaison du concert. Qui, en effet, dans  un concert profane, devant un grand du monde, devant une grande assemblée, oserait refuser sa voix, la faire attendre, ne la donnerqu'à demi, la donner de mauvaise grâce? Non, non, personne n'aurait cette hardiesse, personne ne voudrait commettre cette indignité.

 

Mais, alors, comment expliquer qu'un Religieux, qu'un Frère, qui a la foi, qui connaît la grandeur infinie de la Majesté divine, se le permette en sa sainte et adorable présence? A qui donc nos paroles, à qui nos chants, si ce n'est à Celui qui nous a faits? Pour qui user nos organes, nos poitrines, tout notre corps, si ce n'est pour le Dieu créateur et conservateur qui nous les a donnés? pour le Dieu rémunérateur qui, un jour, si nous les avons employés à sa gloire, nous les rendra perfectionnés, immortalisés, à jamais inaltérables, pour le bénir et le chanter, dans les siècles des siècles, avec tous les Chœurs des Anges et des Saints?

 

Confirmation de ces pensées ou réflexions par les

prières de l'Invitatoire.

 

Evidemment, c'est à ce concert spirituel que nous invite le Prophète, et avec lui la Sainte Eglise, dans le psaume XCIV qui commence l'Office divin: Venez, dit le Prophète, tressaillons dans le Seigneur ; chantons dans la jubilation des hymnes à Dieu notre Sauveur ; prévenons sa présence par des louanges, et chantons avec joie des cantiques à sa gloire.

 

Et aussitôt, pour enflammer notre prière, le Prophète, ou plutôt l'Esprit-Saint qui est le Suprême Organisateur de nos divins concerts, se hâte de nous dire que « le Seigneur est grand ; qu'il est le grand Roi, élevé au-dessus de tous les dieux; qu'il se plaît aux hommages de  son peuple; qu'il tient dans sa main toute l'étendue de la terre; qu'il embrasse la hauteur des montagnes; que  la mer est à lui, et que ses mains ont fait toutes choses.»

 

Puis, de nouveau, le Prophète s'écrie : Venez, adorons Dieu et prosternons-nous devant lui ; pleurons devant le Seigneur qui nous a laits : car il est le Seigneur notre Dieu, et nous sommes son peuple et les brebis de ses pâturages.

 

Enfin, voulant ajouter la crainte à l'amour, le Prophète nous exhorte fortement à entendre la « voix de  Dieu qui nous appelle,à ne pas endurcir nos cœurs, comme fit le peuple rebelle, lequel, pour avoir laissé son cœur s'égarer des voies de Dieu, pendant quarante ans, a mérité d'être exclu à jamais de son repos. »

 

Partout encore, dans cette solennelle Invitation, le corps et l'âme, les sens extérieurs et les facultés intérieures, sont également appelés à louer Dieu par des chants, par des hymnes, par des cantiques, par des prostrations, par des larmes.

 

Il y a plus, c'est que l'Eglise, ou plutôt et toujours l'Esprit-Saint qui la conduit, afin de rendre plus efficace cette grande Invitation à la prière, donne, chaque jour, selon les temps et les Mystères, un Invitatoire spécial, qui est comme le diapason de ce concert divin, de ce sacrifice de louanges quotidien que les Prêtres offrent à la Majesté Suprême, et auquel elle exhorte tous ses enfants à s'associer d'esprit et de cœur.

 

« Venez, dit-elle, adorons le Seigneur qui nous a faits. » (Les jours ordinaires). - Dans l'Avent : « Adorons le Seigneur Roi qui doit venir ». -A Noël : Le Christ nous est né, venez, adorons-le. » - A l'Epiphanie : «Le Christ nous a apparu, venez, adorons-le.» Pour la Passion : « Adoronsle Christ élevé en Croix pour nous. -Adorons le Seigneur Jésus-Christ notre Roi couronné d'épines. » - A Pâques : « Alléluia, venez, adorons le Seigneur qui est vraiment ressuscité, Alléluia. » - A l'Ascension : « Alléluia, venez, adorons Jésus-Christ Notre-Seigneur montant au Ciel. Alléluia ». - À la Pentecôte : « Alléluia,l'Esprit du Seigneur remplit toute la terre. Venez, adorons. Alléluia. »

 

Et de même pour toutes les Fêtes de l'année ; l'Eglise rappelle, par un mot, le Mystère à célébrer; le donne comme l'esprit du jour, et imprime ainsi, avec une sagesse toute divine, sa direction suprême aux Prêtres d'abord, et à par eux à tous les Fidèles.

 

L'Invitatoire de notre Petit Office de la Sainte Vierge est toujours le même : Je vous salue, Marie, pleine de grâces, le Seigneur est avec nous. Chaque jour, il nous invite à honorer Marie et à reconnaître la plénitude de grâces dont elle a été comblée; chaque jour, il nous rappelle à l'esprit de l'Institut, qui est d'aller à Jésuspar Marie, sa divine Mère.

 

Rien n'empêche, cependant, de faire entrer dans cet Invitatoire unique l'esprit des Fêtes et des Mystères, en le rattachant, par la pensée, à ces mots : Le Seigneur est avec vous : « Avecvous, le Seigneur qui doit venir « (Avent). - Avecvous, le Seigneur qui nous est né « (Noël). - Avec vous, le Seigneur qui nous a apparu « (Epiphanie). - Avecvous, le Seigneur notre Roi crucifié (Passion). - Avecvous, le Seigneur qui est vraiment ressuscité (Pâques), etc.  Aux Fêtes des Anges et des Saints : « Avec vous, le Seigneur, Roi des  Archanges, Roi des Anges, Roi des Apôtres, Roi des  Martyrs, Roi des Vierges, etc. »

 

Nous insinuons cette pensée comme moyen de nourrir la piété et de soutenir l'attention, à l'Office et même pendant la journée, par le souvenir des Fêtes de Notre-Seigneur et des Saints, à mesure qu'elles se présentent.

 

Du reste, là encore, revenant à notre comparaison du concert, disons de nouveau qu'il serait inexplicable, pour peu qu'on écoute les inspirations, de la foi et de la piété, qu'on ne répondît pas, du cœur et de la voix, à toutes ces Invitations de l'Esprit-Saint et de la Sainte Eglise son Epouse, qu'on n'y répondît pas toujours, qu'on n'y répondît pas sur-le-champ, et avec toute la perfection dont on est capable.

 

Conclusions pratiques.

 

1° Etudier les règles duchant, les étudier avec soin s'y rendre aussi habile que possible, afin de glorifier davantage la Majesté de Dieu. Il va sans dire que nous n'entendons parler ici que du chant religieux, du chant chrétien, du plain-chant surtout ; mais ce chant même, quoique simple et uni, a des délicatesses, des perfections qui en augmentent extraordinairement la beauté ; et qui, lorsqu'elles sont bien connues et bien pratiquées, donnent au chant une physionomie toute nouvelle, relèvent singulièrement le culte, et attachent tous les esprits et tous les cœurs aux Offices de l'Eglise.

 

2° Deux raisons particulières doivent nous affectionner à l'étude du plain-chant. La première est d'entrer dans l'esprit de notre pieux Fondateur. Le vénéré Père Champagnat a toujours attaché une si grande importance au chant, qu'il en a fait une partie essentielle de notre enseignement.

 

La seconde, c'est que nous avons les règles du chant parfaitement données dans une Méthode qui nous est propre. Nulle part, on ne les trouvera avec des détails plus clairs, plus exacts, plus précis, et cependant plus conformes à la science. C'est un Ouvrage trop peu connu, trop peu étudié, même par ceux pour qui il a été plus spécialement fait. Nous ferons œuvre de zèle et de dévouement, en nous appliquant, à le mieux connaître nous-mêmes et à le répandre le plus possible dans nos Ecoles et au dehors.

 

C'est à cet Ouvrage que nous renvoyons, pour les règles du chant et pour tout ce qui concerne une bonne exécution, nos conclusions ou avis ayant trait surtout à la bonne volonté et à l'esprit religieux que nous devons y apporter.

 

3° Une belle voix est un riche don du ciel. Malheur aux mondains qui la profanent par des chants licencieux: un jugement sévère les attend ; mais ne seraient-ils pas très blâmables aussi et souverainement répréhensibles les Religieux qui disputeraient leur voix aux chants pieux, à la psalmodie, aux prières et supplications communes; qui prendraient prétexte de tout pour s'en dispenser ou ne s'yassocier qu'à demi?

 

Sainte Madeleine de Pazzi n'avait aucune voix; cependant, elle ne chantait pas moins de toute son âme, et faisait des efforts comme si elle eût dû soutenir le chœur à elle seule.

 

4° Dans ce même esprit, que chacun se prête au chant selon ses forces et de son mieux; qu'on ait à temps la pièce à chanter, et qu'on y apporte tout son concours dès le début. Il faudrait que, dans nos Eglises et Chapelles de Noviciat et de Pensionnat, pas une voix ne restât en arrière, aussitôt que l'intonation a été donnée.

 

5° Comme le chant revêt ordinairement le caractère de l'intonation ; que, si la pièce est mal entonnée, elle sera, généralement, mal chantée, il importe qu'on s'exerce particulièrement à bien entonner, c'est-à-dire, à attaquer franchement l'intonation, à la bien accentuer. L'aborder avec hésitation, avec lenteur, ou en traînant la voix, c'est compromettre, dès le début, toute l'exécution du chant.

 

Mais, après la bonne intonation, rien de plus important, redisons-le, que d'avoir les Chantres prêts à prendre en même temps, la pièce de chant ; à la prendre tous, et à la poursuivre avec âme et ensemble jusqu'à la fin : s'étudiant à donner au chant toute l'ampleur et toute la richesse qu'il comporte, évitant également soit la légèreté et la précipitation qui dissipent, soit la lenteur et la pesanteur qui lassent.

 

6° Pour donner, à nos chants religieux, une direction toute surnaturelle, nous appliquer particulièrement à bien chanter le Gloria Patri, restant inclinés, comme nous l'avons dit, tout le temps qu'on met à chanter les noms adorables des trois Personnes divines.

 

Il est remarquable avec quelle attention l'Eglise veut que le Célébrant et tous ses Officiants accomplissent parfaitement cet acte d'adoration à la très sainte Trinité. On ne peut voir, sans en être frappé, comme ils suspendent leur marche, comme ils interrompent même toute autre cérémonie et restent pieusement inclinés pendant qu'on chante la sacrée Doxologie.

 

Si je rappelle ici cette circonstance particulière du culte divin, c'est qu'en effet nous avons à en prendre une grande leçon pour soutenir notre piété.

 

Le Gloria Patri, comme le Signe de la Croix, nous revient continuellement: à l'Office, après chaque psaume; au Chapelet, à chaque dizaine; pendant le jour, à chaque heure; dans tous nos exercices, presque à chaque instant. Qu'avons-nous donc à faire pour rapporter à la gloire de Dieu seul, à la gloire du Père, à la gloire du Fils, à la gloire du Saint-Esprit, à laplus grande gloire de la très sainte et très adorable Trinité, et nos pensées et nos affections, et nos prières et nos chants, et toute notre vie? Rien autre, sinon dire et chanter, avec foi, avec piété, avec amour, tous nos Gloria Patri. Ne jamais prononcer ces paroles saintes, sans qu'elles excitent notre attention, sans qu'elles provoquent, de notre part, quelque marque de respect, quelque signe d'adoration qui témoignent à tous et qui disent à Dieu, que nous ne voulons avoir en vue que sa seule gloire sa souveraine gloire, sa plus grande gloire.

 

Pas de moyen plus simple, plus facile, et plus efficace en même temps, de soutenir et de réveiller notre attention, de surnaturaliser et de renouveler nos intentions, dans nos exercices religieux, et même dans toute la conduite de notre vie, que cette application constante à bien faire le Signe de la Croix et à réciter ou à chanter, dans un véritable esprit de foi et d'adoration, chaque Gloria Patri.

 

7° Enfin, servons-nous de toutes les pensées et réflexions qui précèdent, pour nous exciterà chanter, avec âme et de toutes nos forces, les louanges de Dieu, dans les Offices de l'Eglise. C'est l'exemple que la Sainte Vierge a voulu nous faire donner par la religieuse population de Pontmain, pendant les trois heures de l'Apparition. Les chants pieux ne furent presque point interrompus ; et tous sans exception s'y prêtaient de cœur et d'âme.

 

C'est l'exemple encore que la divine Mère nous fait donner, chaque jour, dans les Pèlerinages pieux qui se font à ses divers Sanctuaires. Ce qui remue le plus profondément les populations qui y accourent, ce qui laisse dans les esprits et dans les cœurs les impressions les plus fortes, après celles du Sanctuaire lui-même, ce sont les chants admirables, les prières et les consécrations exécutés en commun, sous les inspirations de la foi, par les pieux Pèlerins.

 

Qu'il est beau, en effet, le spectacle de nos Eglises et Sanctuaires catholiques, lorsque, toute une grande assemblée de pieux Fidèles, éclairés par la foi, animés par l'espérance, embrasés par la charité, chantent avec ensemble, dans tout l'élan et toute l'ardeur du même sentiment chrétien, les Hymnes sacrées, les saints Cantiques, le Symbole de la foi, les Psaumes divins, dictés par l'Esprit-Saint au Roi-Prophète ! On sent véritablement alors que c'est l'Esprit-Saint qui forme dans tous les cœurs la même prière ; dans toutes les âmes, la même croyance, et qui unit et anime toutes les voix pour les chanter.

 

Faisons en sorte, nous Religieux, dans toutes nos Maisons, nos Noviciats, nos Pensionnats, nos Ecoles, nos Communautés, de donner au ciel et à la terre cet édifiant spectacle.

 

Comme les yeux des serviteurs sont attachés sur les mains de leurs maîtres, comme les yeux de la servante le sont sur les mains de sa maîtresse ; de même, que nos regards soient fixés sur le Seigneur notre Dieu, en attendant qu'il prenne compassion de nous (Ps. CXXII, 2).

 

Prenons pour règle cette parole du Roi-Prophète, tenons-nous tout prêts, toujours prêts pour le sacrifice de louanges ; soyons attentifs, attentifs tout le temps à nos prières et chants divins ! par là, nous sommes assurés d'attirer sur nous, sur nos Enfants et sur toutes nos Maisons, les regards de Dieu et ses plus abondantes bénédictions. « Voici ma conviction, disait sainte Catherine de Bologne : une Religieuse assidue à tout ce qui est commun, exacte à se trouver au Chœur, à se donner, corps et âme, au chant, à la prière, au travail,  pendant sa vie entière, est assurée de recevoir ici-bas  des grâces merveilleuses,et, dans l'éternité, une insigne récompense. »

 

Il y a plus, c'est que, souvent, Dieu a montré, par des  miracles, combien il agrée ce zèle et ce dévouement. Une Sœur qui chantait très bien, ne pouvait plus le faire, pour cause de maladie : « J'ai prié pour vous, lui  dit sa Maîtresse de Noviciat, sainte Madeleine de Pazzi, afin que vous puissiez chanter trente ans encore », et le miracle se fit en effet.

 

Tout récemment, une faveur semblable a été accordée, près de nous, dans un Couvent de la Visitation. Depuis plusieurs années, une des Religieuses était prise d'une extinction de voix si complète qu'elle ne parlait à ses compagnes que par signes, ne pouvant le faire même à voix basse.

 

« Vous chantiez si bien autrefois, lui dit sa Supérieure, et nous aurions tant besoin de votre concours pour leschants de la Semaine Sainte qui approche, qu'il vous faut demander immédiatement votre guérison à saint Joseph.De ce pas, allez dans sa Chapelle et n'en sortez point que vous ne soyez exaucée. »

 

La malade, pleine de foi et d'obéissance, s'y rend aussitôt, et obtient de pouvoir faire entendre la première strophe du Stabat Mater (c'était le jour de la Compassion de la Sainte Vierge) ; maisd'une voix si rauque et si étouffée qu'on la comprend à peine.

 

« Ce n'est point assez, dit la Supérieure avec une telle voix, vous feriez fuir tout le monde retournez à saint Joseph et priez-le d'achever son œuvre. »

 

La bonne Sœur y retourne, en effet, et obtient de chanter et de parler un peu mieux ; mais point encore comme le désire la Supérieure, qui la renvoie une troisième fois, avec ordre de ne plus quitter la Chapelle qu'elle n'eût recouvré toute la perfection de son organe.

 

Sa prière, cette fois, fut pleinement exaucée : elle put s'associer à tous les chants de la Semaine Sainte, les dominer même et les régler, ce qu'elle continue, depuis bientôt trois ans, sans fatigue et sans altération de la voix.

 

C'est ainsi que Dieu, par des faveurs si extraordinaires, veut exciter notre zèle et notre ardeur pour les saints Offices et les chants pieux.

 

Et ne savons-nous pas nous-mêmes? par une heureuse expérience, que rien n'est plus propre, dans nos Noviciats, à attacher à la piété nos Jeunes Frères et nos Postulants, et à la conserver dans les Anciens? Ceux mêmes qui nous quittent sont forcés de l'avouer ; ce qui excite le plus leurs regrets, c'est le souvenir de nos Fêtes, de nos chants, de nos cérémonies, de tout ce qu'il y a de saisissant et d'entraînant dans nos Offices divins, nos Consécrations, nos Saluts, lorsqu'ils se font avec la piété, la ferveur et la dignité qui conviennent. Combien, par conséquent, on doit tenir partout et tenir constamment à ce qu'ils se fassent le mieux possible ! Combien, si nous avons le zèle de la gloire de Dieu, le zèle du salut des âmes, nous devons nous y prêter, chacun, selon toute la mesure de nos forces et de nos moyens.

 

  Et dans nos Pensionnats, c'est de même. Partout, on captive les Elèves, on les attache à la Religion et à la vertu, on les attache même à la Pension, par la beauté des chants religieux et des cérémonies saintes. C'est là, comme nous allons le dire, un des plus sûrs et des plus faciles moyens d'éducation.                 

 

Ill. LA PRIÈRE ET LE ZÈLE, OU LA PRIÈRE CONSIDÉRÉE

COMME MOYEN D'ÉDUCATION.

 

1° Nécessité de la piété dans l'éducation des Enfants.

 

C'est la pensée de tous que le monde, que la Société doit se refaire aujourd'hui par les Enfants ; mais les Enfants ne peuvent être formés eux-mêmes et recevoir une éducation solide que par la piété.

 

  « La piété, dit le Guide des Ecoles, est la mère de  toutes les vertus et de toutes les bonnes qualités ; elle fait le cœur bon, docile, compatissant, courageux, reconnaissant ; elle rend le caractère ouvert, franc, complaisant, honnête, aimable et serviable. Inspirez à l’enfant une solide piété, elle fera germer dans son cœur toutes les vertus que vous voulez lui donner ; elle y fera mourir tous les vices dont vous poursuivez  la destruction. »

 

Rien, dans l'éducation des Enfants, ne peut remplacer la piété : ni l'étendue des connaissances, ni l'élégance des manières, ni tous les raffinements de la politesse et de la civilité. Ce ne sont là que des dehors, des formes extérieures, qui n'ont rien de sérieux, rien de solide, dès que la conscience elle-même fait défaut. Or, la conscience ne peut que faire défaut dans un Enfant qui n'est pas pieux : car, sans la piété, sans la crainte de Dieu, il ne fuira le mal que par la peur du châtiment ; il ne sera à son devoir que s'il est sous les yeux de ses maîtres. Au contraire, la piété supplée à tout dans le jeune homme qui en a été pénétré dès son enfance.

 

Voyez, à Pontmain, ces Enfants de la campagne. Ils savent à peine lire, mais ils savent bien prier; et, dès lors, comme ils sont bons, obéissants, laborieux, aimants, pleins de docilité !

 

Ils ne cessent de prier pour le frère qu'ils ont sous les drapeaux ; tous les jours, ils vont à l'Eglise faire le Chemin de la Croix et réciter le Chapelet, pour qu'il soit préservé de tout malheur et accident.

 

Ils travaillent avec leurs parents, ils les secondent de toutes leurs forces dans les durs labeurs de la ferme et des champs.

 

Mais ce qu'il y a d'admirable en eux, et ce qui témoigne, d'une manière extraordinaire, de leur parfaite docilité, c'est qu'au moment même de l'Apparition, pendant qu'ils sont attirés, entraînés, captivés par le spectacle, si nouveau, si merveilleux, de la céleste Vision, ils ne laissent pas d'entendre la voix de leur mère, de détacher leurs yeux de la Dame incomparable, de retourner à leur travail, d'aller prendre leur modeste repas, d'obéir, enfin, au moindre désir de leurs parents.

 

Demandez cette obéissance, cette docilité, ce cœur excellent à l’enfant orgueilleux, suffisant, plein de lui-même, qui a été élevé sans piété, qui n'a pas été accoutumé à prier : vous n'aurez qu'une résistance opiniâtre, des murmures, des plaintes, des cris. Vous ne l'amènerez à se soumettre que par la force et à travers toutes les luttes et tous les mouvements du dépit et de l'obstination.

 

Oh ! qu'elle comprenait bien l'action puissante de la prière dans l'éducation des Enfants, la grande sainte Paule, d'une des plus grandes et des plus illustres familles de Rome. Par son père Rogatus, elle passait, dans la Grèce même, pour être du sang d'Agamemnon, vainqueur de Troie ; et, par sa mère Blésille, elle remontait aux Scipions, aux Gracques et à Paul Emile, dont elle avait pris le nom. A la noblesse de l'extraction, elle joignait des richesses immenses, trouvant ainsi réunies dans sa maison, et la grandeur et l'opulence ; mais elle avait renoncé à tous ces avantages, pour se consacrer à Dieu dans le Monastère qu'elle avait fait bâtir à Bethléem, et où elle mourut.

 

Or, ayant appris, dans sa retraite, que sa petite-fille, sainte Paule la Jeune, avait été consacrée au Seigneur, même avant sa naissance; et que, commençant à peine à bégayer, elle avait déjà appris de sa mère à chanter Alléluia, elle en conçut une joie inexprimable, comme saint Jérôme nous l'apprend dans l'oraison funèbre de cette sainte.

 

« Je ne dois pas passer sous silence, dit-il, quel fut l'excès de la joie de cette illustre Veuve, lorsqu'elle apprit que sa petite-fille Paule commençait, dès le berceau et parmi les jouets de l'enfance, à chanter Alléluia ! et à prononcer à demi-voix les noms de sa grand mère et de sa tante, sainte Eustoquie. »

 

Et ici, remarquons que le saint Docteur, en donnant cet éloge à l'illustre Veuve, nous fait assez connaître par là même sa pensée propre sur la nécessité de baser l'éducation de l’enfant sur le fondement solide de la piété.

 

Trait magnifique qui nous est donné par des personnages du plus haut rang, qui nous est recommandé par un des plus grands Docteurs de l'Eglise, et qui se reproduit, non avec le même éclat parmi les humbles habitants de Pontmain, mais avec la même vérité et les mêmes bons avantages.

 

En effet, voici venir, à la fin de l'Apparition, la femme d'un ouvrier qui demeure dans la maison au-dessous de laquelle on voyait la belle Dame. Elle porte dans ses bras sa petite fille Augustine, âgée de deux ans et un mois. Cette Enfant regarde avec animation, lève ses petites mains, semble montrer quelque chose, en poussant des exclamations et en s'écriant : Le Jésus ! Le Jésus ! premier cri d'amour et de foi que sa mère lui a appris et le seul qu'elle connaisse.

 

Ainsi, à Pontmain, Augustine Boitin mêlera à ses jeux d'enfant, le nom de Jésus, comme la jeune Paule y mêlait l'Alléluia. L'une et l'autre auront leur première éducation fondée sur la foi et la piété ; et l'une et l'autre n'auront qu'à suivre cette heureuse impulsion, pour avoir une carrière pleine de vertus, aussi méritoire pour elles-mêmes qu'utile à la famille et à tous.

 

Du reste, l'éducation des Enfants, à la fois physique et morale, comprend essentiellement la formation du cœur à la vertu, la formation de la conscience à la crainte du mal, la formation de l'esprit à la droiture, au bon sens, à la raison; la formation de tout l'extérieur à la civilité, à la modestie, aux manières convenables.

 

Or, un Enfant, accoutumé de bonne heure à parler à Dieu avec respect, à prier avec attention, à garder la modestie dans le Lieu Saint, à remplir avec foi les cérémonies de l'Eglise, s'il est appelé à y prendre part, à se prêter aux chants religieux ; un Enfant, ainsi formé et élevé, aura nécessairement un cœur excellent une conscience très droite, un bon esprit, un bon jugement et des manières très honnêtes et très civiles.

 

Il aimera ses parents et les respectera ; il honorera ses maîtres et leur sera soumis ; il sera complaisant pour ses camarades et porté à leur rendre service ; avec tous, il sera affable, sincère, franc, et méritera l'estime générale. Témoin encore ce qui se passe au sujet de nos jeunes Voyants : on les sait si sincères, si francs, si bons, que la pensée même ne vient à personne de les soupçonner de mensonge, de mettre en doute leur sincérité.

 

L'éducation rendue facile par la piété.

 

Si la piété est nécessaire à l’enfant, comme base et fondement de l'éducation qu'il doit recevoir, elle n'est pas moins nécessaire au Maître comme moyen et comme secours pour la donner utilement.

 

Sans la piété, en effet, la tâche de former et d'élever les Enfants serait comme impossible ; elle lasserait les plus grands courages, elle déconcerterait les meilleures intentions, elle découragerait et dégoûterait les plus solides dévouements.

 

La piété seule peut soutenir le zèle d'un Maître, et devenir en lui un principe universel, un principe constant, un principe suffisant, de force et de courage, pour un travail si rude et si difficile.

 

Seules encore, la piété et la religion peuvent apporter au Maître la dignité personnelle, lui inspirer le respect de soi-même et le respect de l'Enfant, sans lesquels, au lieu de l'élever et de le former, il ne ferait que l'abaisser et le dégrader.

 

L'homme dit le Prophète, n'a pas compris l'excellence de sa nature, il s'est dégradé jusqu'à l'état des bêtes, et il leur est devenu semblable (PS., XLVIII, 13).

 

Qu'est-ce qui donne cette intelligence de la dignité humaine, dont parle ici le Prophète? Qu'est-ce qui prévient la dégradation honteuse qu'il dépeint et déplore si tristement? La piété seule, la solide piété, qui apporte, avec la bonne conscience, les pensées pures, les sentiments élevés, les paroles, les actions, la tenue, les manières, toute une conduite de vie pouvant servir de modèle à l'enfant ; conduite, par là même, cent fois plus capable de le former et de l'élever, par la force et l'entraînement de l'exemple, que ne pourraient le faire les plus savantes considérations et les plus puissantes exhortations.

 

Seule, enfin, la piété peut donner au Maître assez d'empire sur lui-même pour se montrer toujours bon sans faiblesse, toujours ferme sans rudesse, toujours juste sans sévérité ; toujours patient, toujours courageux, toujours raisonnable et persévérant, ne se lassant et ne s'étonnant de rien, attendant tout du temps et de ses efforts, aidés de la grâce d'en haut.

 

Oui, hâtons-nous de le dire, l'éducation des Enfants, si difficile en elle-même, si ingrate trop souvent dans ses résultats, devient facile et sûre, devient agréable même, par la religion qui en fait une œuvre de zèle et de charité, une œuvre toute d'amour.

 

Le soin d'instruire et d'élever les Enfants, de les former, de les corriger, de les perfectionner et de les conduire à Jésus, dans l'Eucharistie, apparaît à un Frère pieux, comme un ministère tout divin, comme une noble et sainte mission qu'iltient de la Providence elle-même, pour la gloire de Dieu, pour le bien de l'Eglise et de la société, pour le salut des âmes et son propre salut.

 

Mission sainte, disons-nous ! Elle plaît même par ce qu'elle a de plus laborieux et de plus rebutant. Le Frère pieux sait qu'en l'associant à la Mission du divin Rédempteur, elle l'associera sans doute à ses souffrances et à sa Croix, puisqu'il n'a voulu sauver le monde que par la voie des douleurs et des humiliations; mais il sait aussi, avec une pleine certitude, que, d'avance, elle l'associe à son triomphe et à sa gloire. C'est de Jésus-Christ lui-même qu'il a appris que, s'il se consume, s'il s'use, s'il abrège ses jours, pour partager les travaux et les peines du divin Maître, un jour, il partagera sa souveraine et éternelle félicité : Vous, dit-il, qui êtes demeurés constamment avec moi dans les maux que j'ai soufferts, je vous prépare le royaume comme mon Père me l'a préparé, afin que vous mangiez et buviez à ma table dans mon royaume, et que vous soyez assis sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël (Luc, XXII, 28, 29, 30).

 

 Ces paroles admirables, Jésus-Christ les fait entendre dans ses derniers discours; mais, déjà, au début même de sa vie publique, il avait solennellement déclaré que celui-là sera estimé grand dans le royaume du ciel qui aura fait et enseigné, c'est-à-dire, qui aura pratiqué lui-même et appris aux autres à pratiquer la loi de Dieu (Matin., v, 19, Sermon sur la montagne).

 

Heureux donc les Enfants qui seront élevés dans la piété, formés à la prière, sous le regard de Dieu et la protection de Marie ! heureux les Frères qui se dévoueront avec courage à ce saint travail, qui le poursuivront avec constance et qui consommeront leur vie dans cette œuvre de zèle et de salut !

 

Leur Ecole, devenue comme celle de Pontmain, une école de prière, sera pour les enfants l'école de toutes les vertus ; et, pour les Maîtres, l'école de la sainteté et la source des plus abondants mérites.

 

Conclusions pratiques.

 

Pour abréger, ou plutôt pour réunir, à la fois, et le principe et la conclusion, disons que l'éducation chrétienne est essentiellement l’œuvre de la piété ou de la prière, parce qu'elle est essentiellement l’œuvre du Saint-Esprit, qui s'obtient surtout par la prière. Tous ensemble, disent les Actes, animés du même esprit, persévéraient dans la prière, avec les femmes et avec Marie, mère de Jésus, et ses frères (Act., I, 14).

 

De même que les Apôtres, sur l'ordre exprès de Jésus-Christ, n'ont entrepris de convertir le monde et de refaire les hommes gâtés par le péché, qu'après avoir été revêtus de la force d'en haut, remplis du Saint-Esprit (Luc, XXIV, 49),de même, un Maître religieux ne peut espérer d'élever chrétiennement les Enfants qu'en les plaçant et en se plaçant lui-même sous l'influence et la direction de l'Esprit-Saint ; en combattant les sept influences sataniques qui déforment et dégradent l'homme pour donner place aux sept dons de l'Esprit-Saint qui le forment et le perfectionnent.

 

Un mot sur chaque don, et on le comprendra facilement.

 

1° La crainte du Seigneur, dit le Prophète, est le commencement de la sagesse (Ps. CX, 9) ; et l'Ecclésiaste ajoute, comme conclusion de tous ses discours, que craindre Dieu et observer ses commandements, c'est là tout l'homme. LA CRAINTE DE DIEU est donc le fondement de toute bonne éducation. C'est ce don précieux qui fait respecter la loi de Dieu, appréhender sa justice, honorer ceux qui sont revêtus de son autorité, et garder avec tous le respect et les égards qui conviennent.

 

A ce premier don, l'esprit mauvais ou le démon oppose l'ORGUEIL, qui est le commencement de tout péché (Eccl., X, 15) ; l'orgueil, qui s'élève contre Dieu, méprise sa loi, brave ses châtiments et dit avec audace : Je ne servirai pas (Jérémie, II, 20) ; l'orgueil, enfin, qui secoue toute autorité, ne rêve qu'indépendance et sème partout les haines et les divisions, ruine certaine de toute éducation, non seulement, chrétienne, mais même sociale.

 

2° Le bon esprit inspire LA PIÉTÉ, qui nous fait envisager et aimer Dieu comme un Père; qui nous fait considérer et aimer tous les hommes comme ses enfants et comme nos frères ; qui nous représente toutes les créatures comme venant de Dieu, et nous incline ainsi à la charité, à la douceur, à un esprit tout filial envers Dieu et envers ses œuvres.

 

A ce don précieux, qui fait le charme de la société et répand une onction divine sur tous nos rapports, le démon oppose LA DURETÉ DE COEUR,l'égoïsme, qui rend impossible toute union entre les frères, toute complaisance, toute compassion, toute condescendance, c'est-à-dire, tout ce qui est à la fois, la forme et le fond, la fleur et le fruit de la bonne éducation.

 

3° Le bon esprit est dans ceux qui le possèdent, un ESPRIT DE SCIENCE, qui apprend à bien user des créatures, à ne point se laisser captiver par celles qui flattent et corrompent ; à ne point se laisser abattre par celles qui éprouvent et contredisent : c'est la grande science des Saints.

 

L'esprit mauvais est dans ceux qui s'en laissent dominer, UN ESPRIT D'AVEUGLEMENT, qui ne prend des créatures que ce qui plaît aux sens, nourrit la vanité, détourne du Ciel et colle à la terre ; ou bien, il subit, avec dépit, avec rage, avec désespoir, ce que ces mêmes créatures lui font endurer de privations, d'humiliations et de douleurs. C'est l'aveuglement des pécheurs, également incapables de se contenir dans la prospérité et de se soutenir dans l'adversité.

 

4° Le bon esprit est dans ceux qui l'ont reçu, UN ESPRIT DE FORCE, un esprit généreux et magnanime, qui les rend intrépides dans le danger, supérieurs à toutes les difficultés, invincibles à toutes les tentations.

 

Le mauvais esprit oppose, à ce don si noble et si grand, LA LACHETÉ, dont le propre est de reculer devant la moindre peine, de trembler au moindre péril, de céder à la première séduction, et de sacrifier, honteusement, au respect humain, la conscience et le devoir.

 

5° Le bon esprit donne la prudence, la discrétion c'est l'ESPRIT DE CONSEIL.

 

L'esprit mauvais oppose, à ce don salutaire, LA LÉGÈRETÉ, la dissipation, l'irréflexion, tout ce qui perd l'homme, pour le temporel comme pour le spirituel.

 

6° Le travail du bon esprit grandit toujours, en excellence et en perfection, dans ceux qui s'abandonnent à sa direction. Il leur donne le DON D'INTELLIGENCE, c'est-à-dire, une haute et profonde connaissance des grandes vérités de la foi, des grands principes du salut. Ils en sont pénétrés et remplis jusqu'à l'évidence, et rien ne saurait ébranler la force de leurs convictions.

 

L'esprit mauvais pervertit, aveugle et dégrade de plus en plus ceux qui se livrent à son action détestable. Au grand don d'intelligence, il oppose Une AFFREUSE STUPIDITÉ, Le pécheur, dit saint Bernard, pousse la stupidité jusqu'à préférer le fumier à l'or, la paille au pur froment ; c'est-à-dire, la terre au Ciel, le temps à l'éternité, la créature à Dieu ; les biens si courts et si pauvres de cette vie, aux biens éternels et infinis de la vie future.

 

7° Le bon esprit perfectionne ceux qu'il possède, en les remplissant du DON INEFFABLE DE SAGESSE, qui est la consommation de tous les dons, c'est-à-dire, la connaissance et l'amour du vrai bien ; ou, comme disent les Saints, la connaissance savoureuse, le goût pur des choses divines.

 

A l'opposé, l'esprit mauvais consomme son travail de destruction, et rend comme inguérissables toutes les plaies qu'il a déjà faites à une âme : à la sagesse, il oppose LA FOLIE,  ou la stupidité orgueilleuse.

 

Il n'y a dans ce malheureux qu'ignorance profonde du vrai bien, qu'erreur et mensonge sur tout ce qui tient à l'essence même de l'homme. Cependant, dans son stupide orgueil, il se donne et se pose lui-même comme le seul sage, le seul intelligent, le seul bien avisé.  Il prend en pitié l'homme de foi, le Chrétien fidèle qui sacrifie tout à sa conscience et à son devoir; il trouve même le moyen d'entasser de longs discours, de faire de l'éloquence et de la science, sans sortir du terre à terre des choses matérielles d'où il bannît même jusqu'au nom de Dieu.

 

Et il en sera ainsi jusqu'à l'heure suprême, où saisi tout à coup, dit l'Esprit-Saint, de trouble et frayeur, il s'écriera, avec les méchants, dans un serrement de cœur affreux : Insensés que nous étions, la vie des justes nous paraissait une folie, et leur mort honteuse ; cependant, les voilà élevés au rang des enfants de Dieu, et leur partage est d'être avec les Saints... Nous nous sommes donc égarés de la voie de la vérité. La lumière de la justice n'a point lui pour nous, et le soleil de l'intelligence ne s'est point levé sur nous... De quoi nous a servi notre orgueil?... Toutes ces choses sont passées comme l'ombre... et nous avons été consumés par notre propre malice. (Sagesse, V).

 

Qui de nous, sur ces paroles du Sage, et à ce simple et rapide aperçu, pourrait ne pas comprendre à quel point toute bonne éducation repose sur les dons merveilleux du Saint-Esprit ; à quel point elle est détruite et anéantie par les influences opposées de l'esprit mauvais ; combien, par conséquent, nous avons besoin de persévérer dans la prière et d'y faire persévérer nos Enfants, pour attirer, en eux et en nous, les dons divins, source infaillible et moyen indispensable de toute vertu, de toute perfection, de tout bien réel quelconque. La piété, dit saint Paul, est utile à tout, et c'est à elle que les biens de la vie présente et ceux de la vie future ont été promis (ITim., IV, 8).

 

Donc, finalement, appliquer à nos Enfants, selon la mesure qu'il convient, tout ce qui a été dit dans les chapitres précédents et ce qui sera dit encore, sur les dispositions intérieures et extérieures pour bien prier.

 

N'oublier jamais, ni pour eux ni pour nous, la liaison intime, nécessaire, qu'il y a, pour les adultes, entre le salut et la prière ; entre la prière et l'éternelle prédestination de nos âmes et de nos corps.

 

Nous aider toujours de la grande idée du sacrifice, pour donner à nos prières tout le complément et toute la perfection qu'elles demandent.

 

 Nous exciter,selon la pensée du divin Maître, par la comparaison de nos concerts humains, à apporter, à nos concerts spirituels, à nos sacrifices de louanges et d'actions de grâces, à nos prières et à nos chants religieux, .toute l'ardeur, tout l'empressement, tout le parfait accord, que nous admirons dans nos concerts profanes.

 

Enfin, ne compter que sur la piété, sur le grand moyen de la prière, pour remplir jusqu'à la fin, avec le secours de l'Esprit-Saint, le double but de notre vocation: notre sanctification propre et la sanctification des Enfants ;

 

8° Appliquant à nos Religieux, principalement à nos Jeunes Frères, les réflexions qui précèdent, ajoutons que la Piété est tellement l'âme de la vie religieuse, la condition indispensable de toute persévérance, qu'il est impossible de les concevoir autrement.

 

Impossible l'esprit de docilité, qui fait accepter et suivre la direction des Supérieurs ; impossible l'esprit d'humilité et de charité, qui conserve l'union et la paix entre les Frères ; impossibles, les Vœux, les emplois, les Règles, l'édification ; impossible toute vie de communauté et tout bien parmi les Enfants. Mon Dieu, donnez-nous donc, donnez-nous à tous, donnez à chacun, établissez et entretenez dans toutes nos Maisons, la vraie piété, un parfait esprit de prière !

 

Résumé de nos Conclusions.

 

1° Pour résumer nos réflexions sur le salut, disons, que le milieu, l'élément nécessaire du Frère pieux, du Frère qui prie, c'est lapensée et le souvenir de Dieu, le désir et la poursuite du Ciel, une conversation sainte, et anticipée avec ses heureux habitants ; c'est-à-dire le salut allant de pair avec la prière, la prédestination se préparant et se consommant par la piété.

 

A la fin de sa carrière, le Frère pieux ne fait que suivre sa pente ; son corps et son âme sont tout disposés, et comme tout façonnés pour la vie éternelle ; il passe paisiblement, du travail libre et méritoire de la foi et de la charité, aux jouissances heureuses et nécessaires de la claire vision de Dieu et de son éternel amour.

 

Tout autre hélas ! est le milieu du Religieux qui ne prie pas, qui n'est pas pieux. C'est l'oubli de Dieu, l'amour des créatures, la recherche de soi-même, l'orgueil et la sensualité.

 

Rien en lui ne se travaille pour le Ciel. Ses yeux ne sont point faits à voir Dieu, ses oreilles à l'entendre, son esprit à le connaître, son cœur à l'aimer.

 

Pendant la vie, il lui a fallu un milieu tout charnel, tout terrestre, tout animal : combien il est à craindre qu'à la mort il ne suive cette pente funeste et qu'il ne tombe, pour son malheur, avec ceux dont il a pris les sentiments et suivi les exemples : L'arbre tombe, dit l'Esprit-Saint, du côté qu'il penche.

 

Donc, à tout prix, soyons pieux, pieux intérieurement et extérieurement, pieux toujours, afin que nos âmes et nos corps, servant également le Seigneur, parviennent également au salut éternel.

 

2° Un mot à nos chers Frères Directeurs, à propos de la comparaison du concert avec les exercices de piété.

 

A ceux qui s'occupent de chant et qui ont l'oreille exercée, rien de plus insupportable que les sons discordants, les voix fausses, les faux accords qui viennent troubler tout un chœur et en briser l'harmonie.

 

Ainsi en doit-il être et ainsi en sera-t-il toujours d'un Frère Directeur, solidement pieux, pour toutes les négligences et manquements qui viennent troubler le concert spirituel de nos prières et exercices religieux.

 

Le sentiment qu'il a de la présence de Dieu et le respect profond dont il est pénétré pour la divine Majesté, le rendent inébranlable sur le point des exercices de piété. Toujours exemplaire lui-même sur ce point capital, il se montre toujours ferme pour les autres, en tout ce qui tient à la modestie, au recueillement, à la parfaite tenue et à une excellente récitation.

 

Il sait que le premier de ses devoirs est de présider les exercices de piété et de les organiser constamment, à la gloire de Dieu, en véritables sacrifices d'adoration, en saints concerts de louanges, de supplications et d'actions de grâces.

 

Dès lors, il n'est ni peine ni soins qu'il ne se donne pour les faire faire parfaitement, pour en écarter les moindres dissonances, c'est-à-dire, la légèreté, la dissipation, la précipitation, tout ce qui n'est point dans le ton de la vraie piété.

 

C'est là, en effet, le devoir capital de tout Frère Directeur, et je ne puis trop le rappeler et le recommander moi-même en terminant. N'oublions pas que Dieu entend jusqu'à la préparation de notre cœur ; qu'il députe ses Anges pour être présents à tous nos exercices de piété ; que ces esprits célestes enregistrent avec soin nos moindres efforts pour bien prier ; et que, comme faisait Marie, à Pontmain, ils s'attristent et pleurent à leur manière, toutes les fois que l'attention et la dévotion font défaut dans nos prières.

 

Surtout, M. T. C. F., n'oublions pas qu'en visant à cette perfection de piété et de recueillement dans tous nos exercices religieux,nous échappons à l'horrible confusion, au monstrueux désaccord qu'apporte le péché mortel dans une âme, lorsque les mauvaises passions l'envahissent : car, alors, chose affreuse, tous nos sens et toutes nos facultés s'unissent tumultuairement, comme autrefois le peuple déicide, pour répéter avec lui, contre le Fils de Dieu, le cri monstrueux: Non pas celui-là, mais Barrabas ! Non pas Jésus, mais le péché ! Jésus !!! ôtez-le !... ôtez-le !... qu'il soit crucifié !... et que ma passion soit satisfaite.

 

Mon Dieu ! peut-on le dire, peut-on le penser? pourtant, c'est de foi !... C'est saint Paul lui-même qui le .déclare: nous ne pouvons consentir au péché mortel sans renouveler l'affreux déicide du Calvaire : Autant qu'il est en eux, dit l'Apôtre, ils crucifient de nouveau le Fils de Dieu et le couvrent d'opprobres (Hébr., VI, 6).

 

Voyez donc, très chers Frères Directeurs, voyez quel intérêt souverain vous avez à établir et à conserver la piété dans vos maisons : sauver la vie mystique de Jésus-Christ dans vos âmes et dans les âmes de vos frères; et, en sauvant cette vie divine, vous sauver vous-mêmes et les sauver avec vous de ce séjour affreux dont parle le saint homme Job, de cette terre de ténèbres, couverte dit-il, de l'obscurité de la nuit; terre de misère et de ténèbres, où habite l'ombre de la mort, où nul ordre, mais une éternelle horreur habite : terre maudite, séjour inévitable, après la mort, de toute âme en qui ne sera pas rétablie l'harmonie divine de la grâce sanctifiante (Job, X, 21, 22).

 

3° Ce que nous avons à faire encore, comme résumé de toutes nos réflexions sur l'éducation, c'est de nous affermir de plus en plus dans la pensée qu'elle est essentiellement liée à l'esprit de prière, parce qu'elle est essentiellement l’œuvre du Saint-Esprit.

 

Il faut même, sur ce point, que l'esprit de zèle vienne .agrandir nos idées et nous faire pénétrer plus avant .dans les miséricordieuses intentions de notre bonne Mère. Si elle vient à nous avec tant de bonté ; si, dans toutes ses Apparitions et particulièrement dans celle

 

de Pontmain, elle nous demande des prières avec tant d'instance, c'est qu'aujourd'hui le monde chrétien est comme tout à refaire, tant nos iniquités se sont multipliées sur nos têtes, tant nos péchés se sont accrus et sont montés jusqu'au ciel (I Esdras, IX, 6) tant ont envahi la terre les sept influences sataniques l'orgueil, la dureté de cœur, l'aveuglement de l'esprit, la lâcheté, l'irréflexion, la stupidité, et l'extrême folie dans l'extrême orgueil.

 

Il faut, selon la parole du Prophète, que Dieu envoie de nouveau son esprit créateur et qu'il renouvelle la face de la terre (Ps., CIII, 30), par la diffusion de ses dons merveilleux : le don de Crainte, le don de Piété, le don de Science, le don de Force, le don de Conseil, le don d'Intelligence, et le don ineffable de Sagesse.

 

Or, c'est à la prière, la prière ardente, la prière persévérante, la prière de tous, que cet Esprit Créateur est promis et qu'il sera donné. Et voilà ce que Marie demande à tous ses enfants, voilà la condition qu'elle les appelle à remplir : Mais priez, mes enfants, Dieu vous exaucera en peu de temps. Mon fils se laisse toucher.

 

Qui donc, M. T. C. F., qui de nous pourrait se refuser aux désirs si compatissants du cœur de Marie, aux besoins si nombreux et si pressants de tout le peuple chrétien?

 

Le Chapitre suivant, en nous apportant de nouvelles leçons de foi et de piété, nous fera pénétrer de plus en plus dans cette œuvre de salut, que Marie veut accomplir par ses enfants.

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