06/Mai/2020 FRANCE

8 mai, anniversaire de la mort du frère Henri Vergès

À l’occasion du 26ème anniversaire de la mort du frère Henri Vergès, le 8 mai 1994, à Alger, voici quelques lignes écrits pour le Fr. Alain Delorme qui aideront le lecteur à garder vivant le souvenir de ce frère qui, pendant 25 ans, a donné sa vie au service de la jeunesse algérienne, béatifié avec 18 autres martyrs d’Algérie, religieux et religieuses, le 8 décembre 2018 à Oran.

Voir ici d’autres ressources sur le F. Henri Vergès.

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Frère Henri Vergès, un homme vulnérable

La vie et le martyre d’Henri Vergès sous l’angle de la vulnérabilité

Est vulnérable celui qui “offre prise”, qui s’oublie pour ouvrir son cœur aux autres. Le frère Henri Vergès, par son engagement dans la vie religieuse ne vivait que pour le Seigneur et l’annonce de l’Évangile. C’était un homme “blessé”, l’exact contraire de ceux dont parle Charles Péguy : « Qui ne mouillent pas à la grâce, car n’étant pas blessés, ils ne sont pas vulnérables ». (La morale et la grâce)

Henri connaissait la vulnérabilité du “vieil homme” en lui. Au terme de huit ans de dépouillement intérieur dans son service au noviciat, il voyait en cette épreuve « un minimum pour mater en moi ce qui est du vieil homme » et il ajoutait : « Par contre ce fut un temps providentiel sur tous les plans. Dieu soit loué pour ce temps de désert ! »

Il se savait vulnérable face à la mort. Son ami Bélaïd en témoigne : « Le 25 mars 1994, c’était ma dernière rencontre avec Henri Vergès. J’étais seul avec lui dans son bureau, à Alger. Je lui ai dit : “Monsieur Vergès, vous êtes dans un quartier chaud ; vous êtes menacé en permanence ; avez-vous pris conscience que la mort vous guette de jour comme de nuit ? Il arrêta son travail, car il était en train de couvrir un livre, et il me dit : “Écoutez, mon choix a été fait en 1948. J’ai offert ma vie à Dieu. Ma destinée est entre les mains du Tout-Puissant.” Il était sincère et il a conclu en me disant avec un léger sourire : “Croyez-moi, je ne pense pas à ma sécurité”. En le quittant, j’étais inquiet pour sa vie et je ne savais pas qu’il s’agissait d’une visite d’adieu ».

Christian de Chergé, dans une homélie du 17 juillet 1994, présente ainsi la mort du frère Henri et de la sœur Paul-Hélène : « Ceux qui ont revendiqué leur meurtre ne pouvaient s’approprier leur mort. Elle appartenait à un Autre, comme tout le reste, et depuis longtemps. “Ça fait partie du contrat, disait Henri en riant, et ça sera quand Il voudra. Ce n’est pas ça qui va nous empêcher de vivre, tout de même !”

F. Henri en milieu musulman

À Noël 1989, Henri décrit son parcours algérien pour une revue espagnole, à l’occasion du bicentenaire de naissance de Marcellin Champagnat. Il termine ainsi : « En résumé, c’est mon engagement mariste qui m’a permis, malgré mes limites, de m’insérer harmonieusement en milieu musulman, et ma vie dans ce milieu, à son tour, m’a réalisé plus profondément en tant que chrétien mariste. Dieu soit loué ! ».

Le cœur d’Henri “offrait prise” à ses élèves et leur famille, aux gens du quartier, au peuple algérien dont il avait demandé la nationalité. Christian de Chergé, dans l’homélie déjà citée, écrit : « Henri, c’était aussi un regard vers l’Islam qui ne cessait de se laisser remettre en cause, de l’intérieur d’une quête de Dieu toujours en éveil. “Je me laisse questionner, et je questionne, je déstabilise un peu l’autre, et l’autre me déstabilise… C’est comme Marie, je ne comprends pas, mais je garde. Ce qu’ont saisi les petits, c’est merveilleux. Les savants me bloquent les affaires”.

Mgr Henri Teissier, dans sa préface au livre de Robert Masson : “Henri Vergès, un chrétien dans la maison de l’Islam”, note : « Sa vie de religieux mariste et d’éducateur devenait une vie dans l’Algérie musulmane, pour les Algériens et avec les Algériens. La montée des périls, dont il était conscient, ne changeait rien à cette orientation fondamentale, mais y ajoutait une volonté de solidarité spirituelle avec l’islam et les musulmans dont le Ribat l’aiderait à dégager tout le sens. Ses amitiés, en particulier avec le frère Christian, les moines et les autres membres du Ribat, approfondissaient en lui cet appel ».

Henri dont le cœur restait blessé à la vue de la pauvreté de ses élèves, s’efforçait, écrit-il, « à mieux saisir les humbles moyens offerts au jour le jour dans la réalité des choses qui me sont offertes pour que ces jeunes puissent sentir à travers moi une Présence qui les aime et qui les appelle par le meilleur d’eux-mêmes ».

Témoin de l’amour du Christ

À l’occasion du centenaire de l’arrivée des Frères Maristes en Algérie (1891-1991), il terminait ainsi sa présentation : « Nous rendons grâce, avec la Vierge Marie, dans une confiante disponibilité, au sein d’une Église dont nous épousons fraternellement l’humble condition de servante dans l’Amour ».

À la fin de la messe des funérailles, le 12 mai 1994, à Notre-Dame d’Afrique, le Cardinal Duval adressait à l’assemblée, où les musulmans étaient nombreux, ces quelques mots venus du cœur : « Le cher frère Henri et l’admirable sœur Paul-Hélène, ont été des témoins authentiques de l’amour du Christ, du désintéressement absolu de l’Église et de la fidélité au peuple algérien ».

Les deux premiers des 19 martyrs béatifiés à Oran, le 8 décembre 2018, reposent au cimetière d’El Harrach, près d’Alger.

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Frère Alain Delorme

Voir ici d’autres ressources sur le F. Henri Vergès.

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