11 – Le souvenez-vous dans les neiges

F. G. Michel

08/Jun/2010

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N.B. L'article prévu pour ce jour nous a été expédié, mais n'est pas arrivé. On trouvera à la place une étude sur le « Souvenez-vous dans les neiges ».

 

Le souvenez-vous dans les neiges

 

Cet événement, un des rares, dans la vie de notre Fondateur qui soit miraculeux, ou aux confins du miraculeux, est bien connu des Frères, et la présentation qui va suivre cherchera seulement à l'éclairer un peu de témoignages moins connus que celui du F. Jean-Baptiste.

L’Institut en est donc à ses tout premiers temps. Le vide du début de 1822 a été comblé par l'arrivée stupéfiante, en mars, de 8 Postulants, et par de nombreuses autres arrivées à l'automne de la même année. Il s'est même présenté au mois de mai de la même année, une dizaine de postulants de Valbenoîte, amenés par Monsieur Rouchon, mais comme on le sait, le résultat a été négatif.

Quoi qu'il en soit, vers la fin de 1822, on agrandit la maison de La Valla. Les travaux continuent certainement en 1823, les jours où il ne gèle pas trop fort, mais l'un des 8 postulants de mars 1822, le F. Jean-Baptiste, se trouve déjà en activité à Bourg-Argental, et il y est tombé gravement malade. C'est par le Frère Avit que nous apprenons que ce malade est le F. Jean-Baptiste (Annales I, 33), car le F. Jean-Baptiste, lui, en faisant son récit, se nomme simplement: « un Frère ».

Comment se fait-il que moins d'un an après son arrivée, il soit déjà employé? Etant sans doute le plus doué, il a vite eu acquis le minimum d'instruction requis, et, comme la maison est trop pleine, en attendant les nouvelles constructions, on a peut-être cherché à la décongestionner le plus possible. Peut-être aussi, le F. Jean-Baptiste est-il ce malade dont parle le Chap. IX, 2ème partie de la Vie du P. Champagnat, auquel « les bourgeois de la localité » apportent toutes sortes de friandises, qui iront finalement à l'hôpital. On a bien l'impression, en effet, d'avoir là encore le récit d'un témoin oculaire.

Toujours est-il que sa maladie a été grave. Lorsque le P. Champagnat est venu le voir, il était « dangereusement » malade; le Père « ne voulut pas laisser mourir son enfant sans lui porter une dernière bénédiction ».

Le Père Champagnat est venu avec le Frère Stanislas, lui aussi à La Valla depuis seulement un an. Ils sont venus à pied, malgré le mauvais temps et « la terre couverte de neige ».

Bourg-Argental étant à 25 kilomètres de La Valla, quand on sait les habitudes du Père Champagnat, on peut très bien penser qu'il est parti de bon matin, est arrivé vers 11 heures ou midi, a mangé avec les Frères et après avoir « béni et consolé » le Frère Jean-Baptiste, a voulu repartir pour La Valla vers le milieu de l'après-midi, malgré la neige qui continuait de tomber.

Les deux voyageurs marchent deux heures dans la neige avant de s'égarer. C'est effectivement à peu près le temps qu'il faut pour dépasser Thélis-la-Combe et arriver dans la région de Graix, où se situe l'événement.

Mais avec une neige de plus en plus épaisse, qui ralentit la marche, arrive la nuit qui permet de moins en moins de trouver son chemin. « Un vent très fort, note le F. Jean-Baptiste, leur jetait la neige à la figure, et les aveuglait au point qu'ils ne savaient plus où ils allaient ».

Ils errent « plusieurs heures », et Frère Stanislas le premier succombe à la fatigue. Le Père Champagnat doit le prendre par le bras. Mais alors lui-même saisi par le froid, étouffé par la neige, se sent défaillir et doit s'arrêter.

Il suggère au Frère Stanislas de prier: « Mon ami, nous sommes perdus si la Sainte Vierge ne vient à notre secours: recourons à elle et supplions-la de nous tirer du danger où nous sommes de perdre la vie au milieu de ces bois et de cette neige ».

Mais le Frère Stanislas ne réagit plus. Il se laisse glisser à terre. C'est alors, que le Père Champagnat récite le Souvenez-vous. Un peu réconforté, il essaie de redresser le Frère: « Il n'avait pas fait dix pas, dit le F. Jean-Baptiste, qu'ils aperçurent une lumière qui brillait à quelque distance dans l'obscurité ».

Le F. Jean-Baptiste ajoute simplement: « Ils se dirigèrent du côté de la lumière, et parvinrent à une maison où ils passèrent la nuit. Ils étaient tous les deux glacés par le froid et le Frère surtout fut longtemps à reprendre ses esprits. Le Père Champagnat a avoué plusieurs fois que si le secours ne fût pas arrivé au moment même, ils périssaient l'un et l'autre, et que la Sainte Vierge les avait arrachés à une mort certaine » (116).

Cette conclusion montre bien que le Père Champagnat a souvent raconté ce fait, mais le détail du Frère qui met longtemps à reprendre ses esprits, est un détail intéressant qui nous situe dans les limites d'un miracle exempt d'un merveilleux excessif.

Tout le monde cependant n'en est pas resté à cette sobriété. Le Frère Sylvestre qui écrit une biographie du Père Champagnat dans les années 1886-1887, à la même époque où le Frère Avit rédige aussi ses Annales, nous introduit en pleine Légende Dorée.

« J'ai ouï dire, par un Frère, quoique le Frère Stanislas ne m'en ait pas parlé (parce que, peut-être, défense lui en avait été faite par le P. Champagnat) qu'il y avait dans cette maison un homme, une femme et un enfant et que le matin, après qu'ils furent partis, la maison avait disparu sans qu'ils s'en fussent aperçu. Le Frère Stanislas ne (m'a) pas non plus dit, ce qui était assez naturel, comment ils furent reçus dans cette maison, si la nuit avait été bonne ou non, etc. … Toutes ces diverses circonstances omises dans la narration du F. Stanislas, me porteraient à soupçonner que S. Joseph, la Sainte Vierge et l'Enfant Jésus leur donnèrent eux-mêmes l'hospitalité ». (Cahier 10, p. 26).

Le Frère Avit connaît même la version de quelques Frères qui, moins scrupuleux que le F. Sylvestre, attribuent au F. Stanislas lui-même l'explication «nazaréenne» des événements.

« Quelques anciens Frères, écrit-il, pensèrent qu'il y avait là un miracle. Le F. Stanislas leur aurait dit que la maison, heureusement trouvée, était habitée par un homme sur l'âge, une jeune femme et un garçon d'environ 12 ans. Il leur aurait dit encore qu'ayant fait à peine quelques pas le lendemain, ils s'étaient retournés et n'avaient plus vu de maison. Ils auraient ajouté que le bon Père et lui passèrent à Tarentaise, qu'ils racontèrent à M. Le Curé Préher ce qui leur était arrivé la veille, et que cet ecclésiastique les avait assurés qu'il n'y avait jamais eu de maison à l'endroit désigné. Les anciens Frères susdits en concluaient que nos bien-aimés voyageurs avaient été hébergés dans une maison créée ad hoc, dont les habitants n'étaient autres que l'Enfant Jésus, la bonne Mère et Saint Joseph» (Annales I, 33,34).

On peut se demander comment cette légende s'est formée car on a l'impression que le Frère Stanislas, s'il ne lui a pas été favorable, n'a pas dû non plus tellement la contredire. Peut-être, pourrait-on se représenter les choses à peu près de la façon suivante: il est tellement fatigué — « longtemps à revenir à lui » — qu'il mange et boit ce qu'on lui donne presque comme en rêve. Il se couche, dort, mais pas assez. Le lendemain, en effet, il faut se lever de bonne heure, car le Père Champagnat veut sûrement aller dire sa messe. Avec la loi du jeûne eucharistique, il n'est évidemment pas question de prendre quoi que ce soit; donc, si l'on va à Tarentaise, en partant de Graix vers 5 ou 6 heures, on pourra peut-être "déjeuner", après la messe vers les 8 heures. Dès lors, le départ se fait un peu rapidement, car la famille sait très bien qu'il est inutile d'offrir quoi que ce soit à manger ou à boire aux deux voyageurs. Le départ a donc lieu dans une clarté encore indécise, et le Frère Stanislas n'est bien qu'à moitié réveillé.

Lorsque les amateurs de surnaturel à outrance lui demanderont de faire son récit pour compléter celui du Père Champagnat qu'on trouve trop sobre, il dira peut-être: « Ecoutez, je ne me souviens plus de ce qui s'est passé. J'étais très fatigué. Quand la marche matinale et le froid m'ont un peu dégourdi, j'ai voulu regarder, mais on ne voyait déjà plus la maison ». Effectivement, après un kilomètre, on ne voit plus cette maison.

Cette réponse a pu suffire pour faire conclure à l'existence d'un nouveau Lorette intermittent.

Le Frère Avit, lui, beaucoup plus réaliste, va faire son enquête, et aboutir à une histoire très concrète: « La vérité, dit-il, est que la maison existait; elle existe encore, mais réparée et agrandie. D'autres habitations se sont groupées autour et ont formé le hameau de la Chaperie, sur le versant Est d'un coteau rapide et rocailleux et à un kilomètre du bourg de Gray. Si la maison était alors dans la forêt, celle-ci a été défrichée depuis sur un rayon assez étendu. Elle appartenait et appartient encore à l'excellente famille Donnet, parenté du cardinal de ce nom. Les voyageurs y trouvèrent un homme, sa femme et une petite fille de 5 ans, laquelle vit encore (1885) et habite la paroisse de Roizey. La maison se composait d'une étable, d'une pièce au-dessus, d'environ 100 mètres carrés, servant de cuisine, d'atelier, d'oratoire et de dortoir. Un grenier de même dimension occupait le 2ème étage ».

« La femme voulut tirer la chaussure toute mouillée du vénéré Père, malgré ses instances. Les deux voyageurs furent bien traités. Après s'être reposé et restauré, le Père se montra très aimable envers ces gens et leur chanta une cantate. L'unique lit de la maison fut cédé aux voyageurs, et la famille coucha au grenier dans le foin. Ce lit, en bois de cerisier existe encore. Il est presque carré et a la forme d'un placard, avec 2 portes sur le côté et une aux pieds ».

« Joseph Donnet, mort, il y a à peine deux ans, en avait vécu 91. Il avait eu la petite fille de 5 ans d'une première épouse. Il eut de la seconde, Jeanne-Marie Rivori, une fille, aujourd'hui, sœur Philomène, au couvent de Gray, 3 garçons: Jean-Baptiste, François et Antoine, présentement pères de famille et habitant à côté les uns des autres. Ces braves gens répètent à l'envi ce que leurs parents leur avaient raconté du Père Champagnat, qu'ils tiennent pour un saint, et de son compagnon ». (p. 34).

Depuis ce temps, la ferme a été endommagée: en particulier une bonne partie a brûlé; mais la partie relativement habitable, abrite encore une famille qui voit chaque année passer des Frères d'un peu tous les pays du monde.

En 1935, le F. Joseph-Philippe s'est occupé de récupérer le lit où avait couché le Père Champagnat, et ce lit est actuellement dans la chambre du P. Champagnat à l'Hermitage, témoin vénérable d'un événement parmi les plus émouvants de l'histoire de nos origines.

Ce fait est très important pour l'histoire mariste. Avec l'arrivée des 8 Postulants en 1822, il constitue un peu ce qu'ont été le Thabor, et Pâques pour les Apôtres: deux événements d'une fulgurance telle que, dans la série de tunnels qui restent à traverser, ils seront une lumière qui ne détruira pas les épreuves mais empêchera à un vrai doute de s'installer.

Pour le rationaliste dilettante, il peut être amusant de chercher comment expliquer naturellement les faits surnaturels, mais celui qui est impliqué tout entier voit les choses tout autrement. Croire qu'on est appelé à être Fondateur, et d'une société à expansion mondiale peut être un acte de foi ou un acte de mégalomanie. S'apercevoir que le confrère que l'on considérait comme encore plus directement fondateur que soi-même, est victime d'une faillite morale très grave, peut, à juste titre, faire pencher pour la seconde hypothèse: notre fondation est une erreur.

Il n'y a donc pas simplement à vouloir faire la volonté de Dieu, mais à savoir où elle est. Dès lors, des signes ne sont pas une curiosité ou un besoin maladif de consolations. Ils sont une divine nécessité pour éclairer une vocation exceptionnelle. De Père Champagnat les regarde avec l'œil sain qui met tout le corps dans la lumière, et sans cesse maintenant, il répétera: « C'est Marie qui a tout fait chez nous ».

F. G. Michel

 

 

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N.B. we regret to say, that the article proposed for this date was posted but did not arrive. In its place is this study of the " Memorare " incident in the snow-storm

 

The Memorare in the snow

 

There are very few incidents in the life of our Founder that could be termed miraculous or bordering on the miraculous but this one is well known to the Brothers. The following study will seek to throw more light on it by adducing evidence not so well known as that given by Brother Jean-Baptiste.

The Institute at that time was in its infancy and the grave lack of vocations in 1822 was supplied in amazing fashion in March by the arrival of eight postulants and by many others in the autumn of that same year. In the month of May of that year too, ten postulants arrived from Valbenoîte, brought by Mgr. Rouchon but, as is well known, these did not stay.

To provide accommodation, additions were built on to the house of La Valla towards the end of 1822 and this work was continued in 1823 on those days when it was not snowing too heavily. Brother Jean-Baptiste, one of the eight postulants who came in March, 1822, was already engaged in full-time work as a teacher at Bourg-Argental where he became dangerously ill. It is from Brother Avit that we learn that this sick Brother was Brother Jean-Baptiste (Annales 1, 33), for in speaking of the incident, Brother Jean-Baptiste himself simply refers to "a Brother ",

How did it come about that less than a year after his arrival, he was already teaching? Probably being more highly gifted than the others, he rapidly acquired the minimum qualifications demanded, and as the house was crowded out, accommodation had to be found elsewhere until the additions were completed. Perhaps also, Brother Jean-Baptiste is that sick Brother referred to in Ch. IX in the 2nd. Part of the Life of Blessed Champagnat, where mention is made of the " upper-class people of the region " bringing all sorts of delicacies for the sick Brother which were sent on to the hospital. The reader gets the impression that this account comes from an eye-witness, no doubt, the Brother himself.

The illness is always referred to as grave. When Father Champagnat came to see him, he was "dangerously ill" and the Father did not wish his spiritual son to die without receiving his final blessing.

So Father Champagnat went with Brother Stanislaus who had been at La Valla for only one year. They travelled on foot despite the bad weather and "the ground covered with snow",

Bourg-Argental is 16 miles from La Valla. As usual Father Champagnat would have left early in the morning and would have arrived there between 11 and 12 a.m. After having a meal with the Brothers and after blessing and consoling Brother Jean-Baptiste, he would have set out on the return trip to La Valla about mid-afternoon in spite of the snow which was continuing to fall.

The two travellers walked for two hours in the snow before losing their way. That would have brought them a little beyond Thelis-la-Combe and to the region of Graix where the incident happened. The snow which by then had become thicker and thicker slowed them down, and the dark coming on made it increasingly difficult to keep to the road. " A very strong wind that blew snow in their faces", notes Br. Jean-Baptiste, "blinded them so that they lost all sense of direction".

They wandered for "several hours". Br. Stanislaus was the first to be exhausted. Father Champagnat had to take him by the arm until he too, frozen to the bone and stifled by the snow felt himself failing and had to stop.

He suggested to Br. Stanislaus to pray: " My friend, it is the end if the Blessed Virgin does not come to our aid. Let us have recourse to her and beg her to save us from the danger of losing our lives here in the wood in this snow ". There was no response from Br. Stanislaus who had sunk to the ground. It was then that Father Champagnat recited the Memorare after which, somewhat comforted, he tried to raise Br. Stanislaus from the ground. "He had taken only about ten steps", says Br. Jean-Baptiste, "when they noticed a light shining some distance away in the gloom".

Br. Jean-Baptiste simply adds: "They made their way towards the light and came to a house where they passed the night. They were both half-frozen from the cold and the Brother was a long time in regaining consciousness. Father Champagnat often maintained that if help had not arrived just at that time, they would both have died, and he used to add that the Blessed Virgin had saved them from certain death". (116)

This last sentence clearly indicates that Father Champagnat often narrated the incident. The detail of the Brother's taking a long time to regain consciousness is very interesting in that it frees this quasi miraculous occurrence from any exaggerated claims.

However, everyone does not accept this matter-of-fact point of view. Br. Sylvester who wrote a biography of Blessed Champagnat in the years 1886-1887 at the same time as Br. Avit was composing his "Annals" made a real romance of the incident:

"I have heard a Brother say, although Br. Stanislaus did not tell me of this (perhaps because he had been forbidden by Father Champagnat), that there were in the house a man, a woman and a child and that in the morning after the Brothers had left, the house had disappeared. Br. Stanislaus did not make any further mention of that night to me which was only to be expected: how they were received, whether they had had a good night's sleep or not, etc… All these various circumstances omitted by Br. Stanislaus in his account would lead me to suspect that St. Joseph, the Blessed Virgin and the Child Jesus gave our Brothers hospitality that night". (Cahier 10. p. 26).

Br. Avit would have known likewise the version of a few Brothers who, less scrupulous than Br. Sylvester, attributed to Br. Stanislaus himself, the Nazareth-like explanation of the event.

"A few of the older Brothers", he wrote, "thought that a miracle had taken place". Br. Stanislaus, they perhaps reminisced, told them that the house so fortunately found was occupied by a man well on in years , a young woman and a boy of about 12 years of age. He might have gone on to say that having taken but a few steps the next day, they had firmed back but could no longer see any house. These old Brothers might have added that the good Father and Brother went on to Tarentaise, that they told Father Preher, the Parish Priest, what had happened the day before and that this priest had assured them that there had never been any house in the place they had mentioned. These early Brothers jumped at the conclusion that our beloved travellers had been given shelter in a house, miraculously provided for them and that those in it were none other than the Child Jesus His Mother Mary and St. Joseph ". (Annales 1, 33, 34).

We may well wonder how this legend gained ground, for we get the impression that Br. Stanislaus even if he did not favour it, did not go out of his way to contradict it. Perhaps he may have reconstructed things in somewhat the following way. He was so exhausted-he took a long time to regain consciousness-he ate and drank what was given him, almost in a trance. He lay down, slept for a time but quite insufficiently and the next day he had to rise early for Father Champagnat would certainly have wanted to go to the church to say Mass. With the law of the Eucharistic fast in full vigour, there was no question of having anything to eat or drink, so, if they went to Tarentaise, leaving Graix between 5-6 a.m. they would have been able to take breakfast after Mass at about 8 a.m. Consequently their departure from the house would have been made quickly, for the family knew that it was useless to offer our two travellers anything to eat or drink. They would then have left in the early dawn and Br. Stanislaus would have been only half-awake.

When the ardent devotees of the supernatural explanation would have asked him to give an account of the happening to supplement that of Father Champagnat which was too temperate for them, Br. Stanislaus might have said the following: " Listen, I can no longer recall what really took place for I was too exhausted. When the morning walk and the cold air revived me somewhat, I tried to look back but by then the house could no longer be seen ". Obviously from a distance of three quarters of a mile, a house would be difficult to see. This reply sufficed to wind up this story of the existence of a new Loretto that appeared and disappeared.

Br. Avit who was much more realistic set about investigating the incident and he finally drew up the following account: " The truth is that the house really existed; it is still standing but it has been renovated and enlarged. Other homes are grouped around it and have formed a hamlet knows as Chaperie on the east slope of a steep and rocky hillside about three quarters of a mile from the small market town of Gray. The house at the time of the incident was in the forest but now a wide swathe of woodland has been brought under cultivation. It belonged and still belongs to an excellent family called Donnet, relatives of the cardinal of that name. The travellers found there a man, his wife and a little girl of five years of age who is still living (1885) in the parish of Roizey. The house consisted of a cow shed, a room above of about 100 square metres that served as kitchen, workshop, oratory and bedroom. A loft of the same dimension formed the second floor".

" The woman tried to remove the sodden footwear of the venerated Father despite his objections. The two travellers were made to feel very welcome and after having rested and recovered from his ordeal, the Father was very friendly to these people and sang for them. The only bed in the house was given to the travellers and the family slept in the hay in the loft. This bed made from cherry wood still exists; it is almost square and is in the form of a cupboard with two doors at the sides and a door at the foot ".

" Joseph Donnet died about two years ago at the age of 91. The little girl of five was by his first wife. He had by his second wife, Jeanne-Marie Rivori, a daughter who is Sister Philomena in the convent at Gray, and three sons: Jean-Baptiste, François and Antoine who now have families of their own and who live side by side. These worthy folk delight in relating what their parents told them of Father Champagnat and his companion and they regard Father Champagnat as a saint ". (p. 34)

Since that time the farm has fallen into disrepair and a large part of the house was burnt down but a section of it that was in relatively good condition still shelters a family who see every year a goodly number of Brothers from almost all parts of the Marist world who come to view the place.

In 1935 Br. Joseph Philippe set about acquiring the bed in which Father Champagnat had slept. He was successful and this bed is now in Father Champagnat's room at the Hermitage, a venerable witness to an event which ranks amongst the most touching in the history of our origin.

This occurrence is very important in Marist history, for the providential arrival of the eight postulants in 1822, coupled with this incident must have been for those early Brothers what the Transfiguration and the Resurrection were for the Apostles — two events which by their radiance must have appeared as a comforting light in a series of dark tunnels still to be passed through, a light which would not banish pain and sorrow but which would prevent the development of doubt.

It can be a matter of amusement for the amateur rationalist to explain away as natural happenings, what is supernatural, but a person who is deeply involved sees things in another light. When someone believes that he is called by God to be a Founder, and that of a world-wide society, this can be an act of faith or an act prompted by megalomania. This evidence of divine Providence was all the more necessary at this stage since Father Champagnat was aware that his confrere Courveille whom he regarded as the founder rather than himself, was guilty of a very serious moral failing. With this in mind, Father Champagnat might well have thought that the foundation of the Order was a mistake, but this providential aid must have encouraged him in his belief that God favoured the foundation of the Marist Brothers.

It is not therefore simply a matter of wishing to do the will of God but of knowing what is the will of God. From then on, signs are not a curiosity or an unwholesome need of consolations but a divine necessity to enlighten an exceptional vocation. Father Champagnat viewed these signs in a wholesome way and saw clearly revealed all the issues, and so from then on, his constant expression was: " It is Mary who has done everything for us ".

 

 

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N.B. O artigo previsto para este dia foi expedido, mas não chegou. Preenche a lacuna un estudo sobre o "lembrai-vos sobre a nevé "

 

o "lembrai-vos sobre a nevé "

 

Acontecimento, um dos poucos da vida do Fundador, a considerar milagroso ou muito perto do milagre. Todos os Irmáos o conhecem bem. Por isso, as idéias que seguem pre-tendem apenas esclarecer alguma coisa daquilo que o Ir. Joao Batista narrou.

O Instituto conta apenas cinco anos. O vacuo dos primordios de 1822 acaba de ser preenchido com a chegada inexplicável, em margo, de oito postulantes, e por outras numerosas vocagoes nao menos inexplicáveis durante o outono do mesmo ano. Também durante o mes de maio se tinham apresentado uns dez postulantes de Valbenoite, chefiados pelo Sr. Rouchon, mas com resultado negativo.

Seja como fór, em fins de 1822 a casa de La Valla tinha sido ampliada. Os trabalhos prosseguem, nao há dúvida, em 1823, aproveitando os dias em que o frió é menos intenso. Porém, um dos oito postulantes de marco de 1822, o Ir. Joao Batista, já está trabalhando em Bourg-Argental, e adoece gravemente. Foi o Ir. Avit quem revelou (Anais 1-23) o nome déste enfermo, pois o Ir. Joao Batista diz apenas: " um Irmao ».

Como explicar o facto de que, menos de um ano depois de entrar em La Valla, tenha sido mandado para urna escola? Era talvez o mais bem dotado, e rápidamente adquiriu os conhecimentos mínimos exigidos; e como a casa estava cheia, enquanto aguardavam ampliagoes, procuraram talvez descongestioná-la o mais possível.

É possível também que seja o Ir. Joao Batista o doente referido no Cap. IX, 2a parte, da Vida do P. Champagnat, ao qual « as pessoas da aldeia » trazem muitas coisas boas que, no entanto, irao bater ao hospital. Com efeito, também éste relato dá impressáo de ser de testemunha ocular.

O que é certo é que a doenga era grave. Quando o P. Champagnat o foi visitar, ele estava « perigosamente » enfermo; e o Padre «nao quería deixar morrer seu filho sem lhe dar urna última bengáo ».

O Pe. Champagnat tinha por companheiro o Ir. Estanislau, que também entrara em La Valla havia apenas um ano. Vieram a pé, apesar do máu tempo e da «térra coberta de nevé ». Entre La Valla e Bourg-Argental distam 25 km.!! Quem conhece os hábitos do Pe. Champagnat pode imaginar como partiu de madrugada, chegando por volta das 11 horas ou meio-dia; almoça com os Irmâos; e depois de ter « abençoado e consolado » o Irmâo Joâo Batista, decide regressar a La Valla a meio de tarde, apesar da nevé continuar a cair.

N.B. Quern nunca viu cair nevé, terá dificuldade em comprender os tremendos perigos a que resolutamente se expos o Padre Champagnat.

O Padre e o Irmâo Estanislau marcham pela nevé, por duas horas, antes de perderem o caminho. Aproximadamente o tempo necessário para ultrapassar Thélis-la-Combe e chegar à vizinhança de Oraix, onde se deu o acontecimento. Mas ,com a nevé cada vez mais espessa, que diminui a marcha, cai a noite e é difícil acertar o caminho. « Vento fortissimo atirava a neve à cara, cegando-os, de forma que nào sabiam mais para onde iam », diz o biógrafo. Caminham durante « algumas horas » sem saber onde se encontram. O Irmâo Estenislau sucumbe à fadiga. O Padre agarra-o pelo braço; mas também êle, transido de frió, sufocado pela neve, perde as forças e tem que parar. (É a morte, pelo frió, pela sufocaçâo dentro da neve).

« Meu caro Irmâo, estamos perdidos se a Virgem Santíssima nao nos acode. Rezemos para que nos livre do perigo em que estamos de morrer no meio desta mata e da neve ». Porém, o Irmâo desfalece e cai por terra. Do íntimo de alma brota em lágrimas de sangue o « Lembrai-vos »… e num esfôrço inaudito o Padre tenta levantar o Irmâo e continuar a marcha… « Nao tinha dado aínda dez passos, quando avistaram urna luz que brilhava nâo muito longe, na escuridào. Dirigiram-se para lá, e chegaram a urna casa onde passaram a noite. Estavam ambos enregelados pelo frío, e sobretudo o Irmâo levou tempo a recuperar os sentidos. O Padre Champagnat declarou muitas vêzes que se o auxilio nâo viesse naquêle momento preciso, ambos teriam perecido, e que a Virgem Santíssima os livrára de morte inexorável » (Vida, p. 116).

Esta conclusâo revela muito bem que o Padre Champagnat contou muitas vêzes o facto; mas o pormenor, dizendo que o Irmâo custou a recuperar os sentidos, é importante, visto que nos situa nos limites de um milagre isento de excessivo milagroso.

Nem todos, porém, conservam esta sobriedade. O Irmâo Silvestre, escreveudo urna biografía do Padre Champagnat, em 1886-1887, na inesma época em que o Irmâo Avit rédige também os seus Anais, entra em cheio na « Leuda Doirada »: « Ouví um Irmâo dizer (aínda que o Irmâo Estanislau nunca disso me teuha falado, talvez porque o Pe. Champagnat lho tenha proibido) que estavam na dita casa um homem, urna mulher e urna criança e que, pela manhâ, assim que êles partiram, a casa desapareceu sem que êles notassem. O Irmâo Estanislau também nâo me disse, o que era muito natural, como foram recebidos na dita casa, se a noite passou bem ou nào, etc… Todas estas circunstancias omitidas na descriçâo do Ir. Estanislau, levani-me a crer que S. José, Nossa Senhora e o Menino Jesús lhes deram hospedagem » (Caderno 10, p. 26).

O Ir. Avit tinha conhecimento da versâo de alguns Irmâos que, menos escrupulosos que o Ir. Silvestre, atribuiam ao próprio Ir. Estanlislau a explicaçâo « nazarena » dos acontecimentos. « Alguns Irmâos já idosos julgaram que tinha havido milagre. O Ir. Estanislau lhes teria dito que a casa, em boa hora encontrada, era habitada por um homem de certa idade, urna mulher aiuda nova, e um rapazito de seus 12 anos. E que, no dia seguinte, dados alguns passos, olharam para tras e nâo viram mais casa neuhuma. E que o Padre e o Irmâo passaram por Tarentaise e contaram ao Rev. Padre Préher, vigário local, o que lhes acontecerá na véspera, e que éste lhes afiançou que nunca houve casa nenhuma no lugar indicado. Os Irmâos ácima referidos concluiam que os nossos queridos viajantes tinham sido hospedados numa casa feita « ad hoc » e cujos habitantes eram Jesús, Maria e S. José » (Anais I – 33, 34).

Como se terá formado semelhante leuda? Temos impressâo de que o Irmâo Estanislau, se a nâo favoreceu, também a nâo contradisse. As coisas poderiam talvez explicicar-se desta maneira: o Irmâo estava tâo cansado — « demorou a recuperar os sentidos » — que come e bebe o que lhe apresentam, quase a sonhar. Deita-se, dorme, porém nâo suficientemente. No dia seguinte, com efeito, tem que se levantar cedo, pois o Padre Champagnat certamente quer célébrer a inissa. Coin a leí do jejum eucarístico entâo em vigor, nem pensar em tomar qualquer alimento antes de sair; portanto, se é preciso passar por Tarentaise, partindo de Graix pelas 5 ou 6 da nahâ, será possível, terminada a missa, tomar alguma coisa pelas 8 horas. Desta forma, a despedida se faz rápidamente, pois a familia sabe muito bem que é inútil insistir para que tomem algum alimento ou hedida antes de viajar. E aínda lusco-fusco, e o Irmâo Estanislau está apenas acordado. Qando, mais tarde, os amadores do sobrenatural a todo custo lhe pediram a narraçâo, para completar a do Padre Champagnat, a resposta poderá ter sido mais ou menos esta: « Olhem, eu já nâo me lembro bem do que se passou. Estava muito cansado. Depois de caminhar um pouco e com o frío, já mais despertado, quis ver melhor, mas já nâo vi a casa ». Efetivamente, à distancia de um quilómetro, já nâo se vê a casa.

Esta resposta terá sido bastante para chegarem à existencia de urna nova Loreto intermitente. Porém, o Irmâo Avit é muito mais realista: procedeu a rigoroso inquérito e chegou à historia muito concreta. E diz: «A verdade é esta: a casa existia e existe aínda, porém modificada e acrescida. Outras casas se agruparam em redor e formaram o lugar de Chapín, na vertente Este de um outeiro íngreme e rochoso, a um quilómetro da povoaçâo de Gray. Se entâo a casa estava na mata, foi esta derrubada numa extensâo considerável. Pertencia entáo e ainda hoje á excelente familia Donuet, párente do cardeal de mesmo nome. Os viajantes encoutraram ai um homem, sua esposa e a filhinha de 5 anos, que ainda vive (isto em 1885) e mora na paróquia do Rosey. A casa compreendia, no rez do chao o estabulo dos animáis, no primeiro andar os aposentos da familia, e no sotáo o celeiro. Cada um dos pisos tinha aproximadamente 100 metros quadrados. A senhora quis ela mesma tirar os sapatos encharcados do Padre, apesar da delicada oposicao déste. Os dois viajantes foram bem tratados.

Depois de descansar e de tomar algum alimento, o Padre mostrou a sua amabilidade para com as pessoas que o hospedavan e cantou-lhes unía « cantata ». Na casa havia só urna cama, e cederam-na aos dois hospedes. A familia foi dormir no sótáo, sobre a palha. A cama, em madeira de cerejeira, existe ainda. É quase quadrada e em forma de armario, com 2 portas de lado e urna aos pés ».

« Joseph Donnet, falecido há dois anos apenas, viveu 91 anos. A menina de 5 anos era filha de sua primeira esposa. Das segundas nupcias com Jeanne-Marie Rivori, teve urna filha, hoje Sóror Filomena no convento de Gray; e 3 nihos: Joáo Batista, Francisco e Antonio, hoje país de familia e morando perto um do outro. Esta boa gente repete muitas vézes aquilo que seus país lhes tinham contado a respeito do Padre Champagnat, que éles consideram como santo, e do seu companheiro » (p. 34).

De entáo para cá, a propriedade foi muito dañineada: boa parte ardeu; mas a parte relativamente habitável, abriga ainda urna familia que todos os anos vé passar Irmáos de quase os países do mundo.

Em 1935 o Jr. Joseph-Philippe tratou de adquirir a tal cama em que tinha dormido o Padre Champagnat. Está atualmente no quarto do Fundador em l'Hermitage, veneranda reliquia de um dos acontecimentos mais comovedores da historia dos nossos primeiros tempos.

Este é um dos factos muito importantes da historia marista. Com a chegada dos 8 Postulantes em 1822, constituí algo de semelhante ao que foram para os Apostólos o Tabor e a Páscosa: dois acontecimentos de fulgor tal que, na serie de tunéis a atraversar, seráo luz que nao destroi a dor, mas que impede que a dúvida cruel se instale.

Para o racionalista diletante, pode ser eugracado procurar como explicar naturalmente os factos sobrenaturais; mas aquéle que está inteiramente envolvido nesses factos, vé as coisas muito diferentemente. Ter a conviecáo de ser chamado a ser Fundador, e de urna sociedade de expensáo mundial, pode ser um acto de fé ou acto de megalomanía. Aperceber-se, em breve, de que o confrade que se podía considerar como ainda mais diretamente fundador do que a própria pessoa, ésse confrade é vítima de fraqueza moral muito grave, pode, com razao, levar a concluir prudentemente: a nossa fundacáo é um erro.

Portanto, nao é suficiente querer cumprir, simplesmente, a vontade de Deus; é preciso, também, saber onde está a vontade de Deus. Nisto, os sinais nao sao apenas curiosidade ou desejo de consolacoes. Os sinais sao divina necessidade para esclarecer unía vocacao excepcional. O Padre Champagnat observa-os com olhar sadio que derrama luz em todo o corpo, e agora poderá repetir sempre: «Foi Maria quem tudo fez entre nos».

 

 

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N.B. El artículo previsto para hoy estaba en camino cuando llevamos los originales a la impresa. Sentimos no poderlo publicar, y lo remplazamos por un estudio sobre « El Acordaos en la nieve…

 

El " Acordaos " en la nieve

 

Este suceso, de sobras conocido entre nosotros, es de los pocos hechos en la vida del Fundador que pudiéramos calificar de milagrosos o rayanos en lo milagroso. Vamos a ilustrarlo a nuestra manera sin acudir tan sólo al consabido testimonio del Hno. Juan Bautista.

Amanecer del Instituto. El vacío de los comienzos de 1822 ha sido colmado por la inesperada llegada, en marzo, de ocho postulantes y de otros que seguirían en otoño de ese mismo año. Los 10 aspirantes que el mes de mayo envía desde Valbenoîte el Sr. Rouchon no dan resultado.

Sea de ello lo que fuere, hacia finales de 1822 se emprenden obras de ampliación de la casa. Los trabajos prosiguen en 1823, los días en que no hiela fuerte. Uno de los ocho postulantes llegados en marzo de 1822, el Hno. Juan Bautista, se encuentra ya desarrollando una intensa labor apostólica en la escuela de Bourg-Argental, y cae gravemente enfermo. Es el Hno. Avito quien identifica al enfermo en cuestión con el Hno. Juan Bta. (Cf. Anales I, 33), pues este último se contenta con emplear la expresión «un Hermano ».

¿Cómo es posible que antes de cumplirse el año de su ingreso como postulante estuviese ya el Hno. Juan Bautista en una escuela ejerciendo las funciones de educador? Seguramente una persona bien dotada, como era él, adquirió presto el mínimo de formación que entonces se requería, y, como por otra parte, andaban escasos de sitio en la casa-noviciado, había que descongestionarla.

Quizá también es el lino. Juan Bautista el enfermo de que se habla en el capítulo IX, 2a parte, edic. francesa, de la Vida del P. Champagnat, a quien la gente del pueblo le llevaba golosinas, que irían a parar al hospital. Se tiene, en efecto, la impresión de estar leyendo el relato de un testigo ocular.

De todas formas, lo que sí es cierto es que la enfermedad era grave. Cuando el P. Champagnat llega para visitarlo, el paciente está enfermo «de cuidado », y el Padre «no quiere dejar morir a su hijo sin darle la postrera bendición ».

Acompaña al P. Champagnat el Hno. Estanislao, a la sazón en La Valá desde hacía un año. Ambos vienen a pie, a pesar del mal tiempo y de estar " el suelo cubierto de nieve ».

Sabiendo que Bourg-Argental dista 25 Km. de La Valá y conociendo también las costumbres de nuestro Fundador, es acertado suponer que salió muy tempranito y que llegaría hacia las lió las 12, comería con los Hermanos y, después de haber «bendecido y consolado » al Hno. Juan Bautista, querría regresar a La Valá hacia media tarde, a pesar de que continuaba nevando.

Los dos viajeros caminarían unas 2 horas pisando la nieve, antes de extraviarse. Tal es el tiempo que se necesita, más o menos, para dejar atrás Thélis-la-Combe y llegar a la región de Graix, donde se sitúa el acontecimiento.

Pero con una nieve cada vez más espesa, que torna penoso y lento el caminar, llega la noche, lo que contribuye no poco a errar el camino. « Una fuerte ventisca — dice el Hno. Juan Bta. — les echaba la nieve a la cara y no les dejaba ver a dos pasos ».

Andan errantes « durante varias horas » y el Hno. Estanislao desfallece de cansancio, hasta tal punto que el P. Champagnat ha de agarrarlo del brazo. Pero también él, aterido de frío y ahogado por la nieve que le viene en rostro, se siente sin fuerzas y tiene que detenerse.

No se le ocurre otro remedio que rezar: « Amigo, si la Virgen no viene en nuestra ayuda, estamos perdidos. Acudamos a Ella para rogarle que nos saque del peligro de muerte en que nos hallamos, aquí en este bosque, de noche y nevando ».

Pero el Hno, Estanislao no reacciona y se le escapa de las manos, para caer en el blanco suelo. Es entonces cuando el P. Champagnat reza el « Acordaos ». Un tanto aliviado, trata de levantar al compañero. «Apenas habían caminando unos pasos —- continúa el Hno. Juan Bautista —, cuando vieron una luz cercana que brillaba en la oscuridad ».

Y añade sencillamente: «Se dirigieron hacia la luz y dieron con una casa, en donde pasaron la noche. Ambos estaban completamente ateridos, y el Hno. Estanislao tardó bastante en reaccionar. Como declaró el P. Champagnat en repetidas ocasiones, de no haber recibido auxilio en aquel preciso momento, hubieran él y su compañero muerto en la soledad de la noche. 'La Virgen' — son palabras del Padre — nos arrancó a un peligro cierto de muerte» (Vida, edic. franc, pág. 116).

Esta conclusión muestra bien a las claras que el P. Champagnat contó repetidas veces el hecho. El detalle de que « el Hermano tardó largo tiempo en recuperarse » nos sitúa en el límite de lo milagroso.

No todos han guardado la misma sobriedad en el relato. El Hno. Silvestre, autor de una biografía del Fundador escrita por los años 1866-1867, nos introduce en el mundo de la leyenda dorada. « Oí de labios de un Hermano, aunque el Hno. Estanislao nunca me habló de ello (tal vez por habérselo prohibido el P. Champagnat), que habitaban aquella casa un matrimonio con un hijo y que, luego de la salida de ambos huéspedes, la casa desapareció sin que ellos se diesen cuenta. Tampoco el Hno. Estanislao me contó nunca, lo que perecía sin embargo muy natural, cómo fueron recibidos en la casa, si pasaron bien o mal la noche, etc. Todas estas circunstancias que el Hno. Estanislao parecía no querer revelar, me inducen a sospechar que fueron San José, la Virgen y el Niño en persona quienes les dieron albergue » (Cuaderno 10, pág. 26).

El Hno. Avito conoce versiones de otros Hermanos que, sin los escrúpulos del Hno. Silvestre, atribuyen al propio Hno. Estanislao la versión « nazarena » de los hechos.

« Ciertos Hermanos de edad — escribe — creyeron que se trataba de un milagro. El Hno. Estanislao, según parece, les dijo que la casa estaba habitada por un hombre de edad madura, una mujer joven y un niño de unos 12 años. También parece que les contó cómo habiendo vuelto la vista atrás para contemplar la casa, a poco de salir de ella, vieron con sorpresa que había desaparecido. Corría también entre algunos Hermanos de edad la especie de que el P. Champagnat y el Hno. Estanislao se dirigieron a Tarentaise y contaron al Cura Sr. Préher lo que les había ocurrido la víspera, y que dicho sacerdote les aseguró que no había ninguna casa en el lugar que ellos indicaban. Los Hermanos que estas cosas decían estaban convencidos de que nuestros dos queridos viajeros habían sido hospedados en una casa ad hoc, cuyos habitantes no eran otros que Jesús, la Virgen y San José » (Anales I, 33-34).

Se pregunta uno cómo pudo construirse tal leyenda, que el Hno. Estanislao no fomentó ni tampoco desmintió. Quizá podamos dar la siguiente interpretación: Está de tal manera desfallecido, — «tardó largo rato en volver en sí » — que come y bebe casi como en sueños lo que le presentan a la mesa. Se acuesta. Duerme, pero no lo bastante. Al día siguiente tiene que madrugar, pues el buen Padre quiere celebrar la misa. Con la ley entonces vigente del ayuno eucarístico, no tomaría absolutamente nada. Saliendo de Graix hacia Tarentaise, a eso de las 5 ó as 6, podrían seguramente desayunar hacia las ocho, después de la misa. Desde luego, la salida tuvo que ser rápida, pues era inútil invitarlos a desayunar. Salen a la semiluz del amanecer y el Hno. Estanislao está medio dormido.

Cuando los amigos de ver por doquiera fenómenos sobrenaturales, le pidieran detalles con que completar el sobrio relato del P. Champagnat, seguramente les respondería: « Mirad, amigos, yo no me acuerdo muy bien de lo que pasó. Estaba muy cansado. Cuando el caminar de mañanita y el frío me despabilaron un poco, quise mirar el sitio donde pasamos la noche, pero ya no se veía la casa ».

Tal respuesta pudo muy bien dar pie a la fantasía para crear esa nueva versión de la Casa de Loreto…

El Hno. Avito, más realista, lleva a cabo una encuesta y saca la siguiente conclusión: « La verdad es que la casa existía y existe aún, si bien reparada y agrandada. A su alrededor se han agrupado otras viviendas para formar el caserío de La Chaperie, en la vertiente oriental de una loma un tanto escarpada y pedregosa, a un kilómetro de la aldea de Gray. Si la casa estaba entonces en medio del bosque, fue luego éste roturado a la redonda en un círculo bastante amplio. Pertenecía y sigue perteneciendo a la ejemplar familia de los Donnet, emparentada con el cardenal del mismo apellido. Nuestros dos viajeros encontraron en ella a un hombre con su mujer y una niña de 5 años, que vive todavía y es feligresa de la parroquia de Roizey. El edifico se componía de un establo, una habitación encima, de unos 100 metros cuadrados, que servía de cocina, taller, oratorio y dormitorio y de un granero de iguales dimensiones, que ocupaba el 2o piso ».

«La mujer quiso cambiar el calzado, completamente mojado, del venerado Padre, a pesar de las resistencias de éste. Ambos huéspedes fueron muy bien tratados. Después de haber descansado y recuperado fuerzas, el Padre se mostró muy amable con aquella buena gente y cantó en su honor un pequeño poema musical. La única cama que había la ocuparon los viajeros y la familia durmió en el granero sobre el heno. Aquella cama, de madera de cerezo, existe todavía. Es casi cuadrada y se parece a una alacena, con sendas puertas a los lados y una por la parte de los pies ».

« José Donnet, fallecido hace apenas dos años, alcanzó la edad de los noventa y uno. Tuvo de su primera mujer aquella chiquilla de cinco años. De su segunda esposa, Juana Ma Rivori, nació una niña, hoy Hna. Filomena en el convento de Gray, y tres hijos: Juan Bautista, Francisco y Antonio, los tres ya casados y padres de familia, muy buenos vecinos. Esta simpática gente repite de buena gana lo que sus padres les habían contado del P. Champagnat, a quien tienen por santo, y de su compañero de viaje » (pág. 34).

Desde entonces a hoy, la granja ha sufrido muchos desperfectos. Una parte notable de la misma fue pasto de las llamas, y en la parte relativamente habitable vive una familia, que ve cada año pasar a Hermanos de diversos países, atraídos por el recuerdo piadoso del Fundador.

En 1935 el Hno. José Felipe se interesó por hacerse con la cama donde el P. Champagnat había pasado la noche, y dicho mueble podemos verlo hoy en la habitación del P. Champagnat en el Hermitage, como testigo venerable de un acontecimiento de los más enternecedores en los comienzos del Instituto.

Este hecho no carece de importancia para la historia marista. Constituye, junto con la llegada de los 8 postulantes en marzo de 1822, algo así como la visión del Tabor y la Pascua para los Apóstoles: dos acontecimientos cuyos destellos llaman a la esperanza en el paso de los muchos túneles que nos quedan aún por atravesar. Una luz que no destruirá el dolor, pero impedirá a la duda sentar sus reales entre nosotros.

Para el racionalista diletante, puede resultar un tanto divertido el buscar explicación a hechos sobrenaturales; pero el hombre comprometido ve las cosas de modo muy diferente. Creer que se está llamado a fundar una Sociedad de ámbito mundial, puede ser un acto de fe o una demostración de megalomanía. Darse cuenta al poco tiempo de que el hermano a quien se podría tener por más fundador que el mismísimo fundador es víctima de un grave fallo moral, puede con motivo llevar a esta sabia conclusión: « Al fundar el Instituto, cometimos un yerro irreparable ».

No se trata tan sólo de querer hacer la voluntad de Dios, sino de saberla buscar. Las señales, en esa búsqueda, no son mera curiosidad o una necesidad morbosa de consuelos. Son una divina necesidad para esclarecer una vocación excepcional. El P. Champagnat las contempla con ese mirar limpio que ilumina a todo el cuerpo, y nos está repitiendo sin cesar: « Es María quien ha hecho todo entre nosotros ».

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