1822 et les 8 Postulants

F. G. M.

07/Jun/2010

La question du recrutement est la question du jour. D'autres articles de cette revue ont essayé de l'aborder en termes de mathématiques. Ici c'est seulement en termes d'Histoire, de reconstitution d'un épisode où la Providence montre qu'elle peut, de façon bien déconcertante, faire surgir des vocations là et où elle le veut.

1822 began badly. Vocations no longer appeared. The lamp was going out from a lack of oil. Suddenly all changed. One group arrived, them another. At the end of the year, the novitiate had more than 20 recruits. The following article will recall the first part of this year where the prayer of Father Champagnat obtained from Mary, his "ordinary resource ", such a reversal of the situation. The recruitment changed its centre, and in place of limiting itself to La Valla, it quickly passed into a much larger area, which was already a change of diocese.

Se inicia mal el año 1822. Ya no llegan vocaciones. El candil se apaga por falta de aceite. Cambio inesperado y repentino. Llegada de un grupo, luego, otro. El noviciado cuenta con más de 20 nuevos sujetos a fin de año.

El artículo que sigue nos recordará el cambio brusco de la situación en el primer semestre de ese año, gracias a la oración del P. Champagnat que lo ha logrado por María, su « recurso ordinario ».

El reclutamiento cambia de centro de acción y, sin abandonar el fértil campo vocacional de La Valla, transpone los límites de la diócesis.

O ano de 1822 comença mal. Nao apareccm mais vocaçôes. A lámpada vai-se apagar, por falta de óleo. De repente tudo muda. Vem um grupo, depois outro. No fim do ano, o noviciado conta mais de 20 recrutas.

O artigo seguinte evoca o premiero semestre dêsse ano em que a oraçào do Padre Champagnat obtem de Maria, o « recurso habitual », urna tal reviravolta da situacáo.

O recutamento muda de centro e em vez de se limitar a La Valla, passa de repenle a urna regiáo bastante afastada que é já urna mudança de diocese.

 

I – LES DEBUTS DE 1822

 

L'année 1822 n'a pas commencé sous les meilleurs auspices. Après 5 ans marqués d'épreuves déjà pénibles, mais aussi de réalisations palpables et encourageantes, voilà qu'on en est maintenant au point mort. La maison de noviciat est vide, assurent également le Frère Jean-Baptiste et le Frère Avit1. Essayons de voir plus clair dans ce bilan négatif.

 

a) Les placements de 1822.

 

La congrégation a 9 sujets (ou peut-être 10) dont au moins 8 au travail. Marlhes vient d'être fermé. Par contre on vient d'ouvrir Bourg-Argental le 2 janvier. En ce 2 janvier, on peut donc essayer de reconstituer une liste de placements pour mieux situer les événements, même si cette liste ne peut pas, à certains égards, dépasser le niveau du vraisemblable.

La Valla: F. Louis, F. François.

St Sauveur: F. Barthélémy Badard et Fr. Jean-François (Etienne Roumesy).

Tarentaise: F. Laurent.

Bourg-Argental: F. J.M. Granjon, Antoine Couturier, J.P. Martinol.

1) Pour St Sauveur, on peut parler de certitude, car le 24 avril 1822, lors de la visite de l'inspecteur Guillard, les deux frères susnommés seront présents2, St Sauveur faisant figure de pays industrialisé qui conserve ses instituteurs en toute saison, alors que La Valla et Marlhes, encore en voie de développement, n'en ont que pendant l'hiver, et Bourg-Argental, 3 en hiver et 2 en été3.

2) Pour Tarentaise, le Frère Laurent, après la fermeture de Marlhes n'a sûrement pas tardé à s'y rendre, à la suite de la demande du curé Préher4.

3) Pour La Valla, on peut assez volontiers penser que c'est le Frère François qui est avec le Frère Louis. Une tradition veut que le Frère François ait été cuisinier à Marlhes. A la fermeture de cette école, il est donc aussi simple de le placer à La Valla que nulle part ailleurs car le poste suivant que la tradition lui attribue est Vanosc, qui ne sera fondé qu'en 1823. La conversation du Curé de Tarentaise avec le Frère Louis (« Votre petit Frère François m'a empêché de dormir… ») non datée par le Frère Jean-Baptiste, peut se situer à une époque où le Frère François dépendrait du Frère Louis, et où le curé de Tarentaise aurait des raisons supplémentaires de relations avec les Frères, le Frère Laurent travaillant dans son école5.

4) Il reste donc pour Bourg-Argental les 3 Frères indiqués plus haut, Frère Antoine Couturier rentrant de Marlhes où il était le second du Frère Laurent et Jean-Pierre Martinol faisant peut-être ses premières armes6.

Encore une fois, nous ne prétendons pas dépasser le niveau du vraisemblable.

 

b) Le 9ième Frère: André Gratallon.

 

Le 9ième de la liste est André Gratallon qui sera Frère Bernard.

Il est à La Valla depuis le 1er novembre 1820, ou du moins à cette date, le Père Champagnat note qu'il a versé 200 francs7. Cependant, dans l'acte qu'il rédigera en 1826, en faisant des vœux pour 5 ans, il dira qu'il est entré au noviciat le 30 novembre 18218. Peut-être était-il déjà orphelin, et avait-il été d'abord reçu comme pensionnaire. Il prendra l'habit le 11 octobre 1822 alors que le groupe des postulants de St Pal-en-Chalençon attendra le 25 du même mois (9). Peut-être faut-il bien prendre à la lettre le vide du noviciat en ce début de 1822. Plutôt que de laisser un novice tout seul, le Père Champagnat a-t-il décidé de l'envoyer dans une des 4 écoles le 2 janvier? Il donnera un coup de main pendant les trois mois d'hiver et reviendra fin mars. Ayant déjà fait un mois de noviciat en décembre 1821, cela lui permettra de prendre l'habit plus tôt que les autres. Ainsi sera t-il plus libre pour commencer l'année scolaire dans une école le 1er novembre 1822.

Le F. J.B. et le F. Avit ont pris soin de nous dire que 1821 n'a pas été une grande année pour les vocations. Ce qui est venu n'est guère resté. Il faut faire une exception pour J.B. Tardy, qui sera Frère Philippe. Dans la liste du Père Champagnat il est classé 37ème, avec cette note: «1821: il sortit puis il rentra en 279 ». Comme il est de La Valla, après un essai très bref, il est donc retourné chez lui, et il y restera plusieurs années.

c) Le 10ième Frère: Frère Stanislas.

 

Dans ce noviciat désert, le Frère Stanislas arrive le 12 février 1822, apportant des qualités humaines qui s'avéreront très vite du plus haut intérêt, et aussi des connaissances techniques qui vont faire passer la protohistoire mariste de l'âge du fer à l'âge de la toile: ou si l'on préfère, de la fabrication des clous au tissage des draps10.

 

II – L'EPISODE DES 8 POSTULANTS

 

a) L'arrivée du recruteur inattendu.

Un mois se passe. Arrive alors un jeune homme qui vient demander d'être admis. C'est «vers le milieu du Carême de 182211 »; or la Mi-carême de cette année-là est le 14 mars.

Le jeune homme ne plaît pas au Père Champagnat. Il n'y a peut-être pas trop lieu de s'attarder sur cette aptitude que le Frère Jean-Baptiste accorde au Père Champagnat de discerner rapidement les sujets bons et moins bons. Ce sont là des remarques tellement difficiles à interpréter, et le cas de J.M. Granjon, qui avait pourtant bien impressionné le P. Champagnat pourrait être invoqué en sens contraire. Mais enfin il est bien possible que notre candidat à la vie mariste ait eu un peu « mauvaise façon », ou plus exactement un peu l'air sournois, car enfin être renvoyé d'un Institut religieux pour une affaire de mœurs, après six ans12 de communauté, lorsque, de plus, on appartient dans son village à une famille « des plus distinguées par son aisance et par sa piété13 » constitue sans doute un élément d'autant plus traumatisant qu'à la faute réelle s'ajoute cette impression d'excommunication de la part de tous ceux qui étaient confrères et amis et qui ne le sont plus.

La question n'est pas de savoir si ce choc peut être salutaire au fautif — la suite semble bien montrer que non — mais de comprendre son état d'âme. Désespéré sans doute, il a dû envisager, comme l'économe infidèle de l'Evangile, des solutions pour sauver la face, car comment rentrer chez lui en ce milieu du mois de mars, alors que les classes ne sont pas terminées, sans passer non seulement pour un défroqué volontaire, mais pour un religieux renvoyé, qui s'est mal conduit?

Que fait-il alors? Se renseigne-t-il sur les autres communautés de Frères qui existent ou bien même est-il déjà dans une école proche de celles des Frères Maristes? Toujours est-il qu'il sait bien trouver l'adresse de La Valla? Mais il n'est guère possible de louvoyer avec le Père Champagnat. Il faut vite en arriver à dire sinon toute la vérité, au moins une partie de la vérité. Il faut bien avouer que l'on vient de chez les Frères des Ecoles Chrétiennes. Et alors, le motif? Le Frère Jean-Baptiste ne nous dit pas la réponse inventée, mais elle se dégage du contexte: il a quitté son Institut sur un coup de tête, il le regrette maintenant, mais il a trop honte de se présenter à nouveau. En effet, quelques jours plus tard, le Père Champagnat lui conseillera: « Retournez dans la communauté d'où vous sortez14 »(15), ce qu'il n'aurait évidemment pas dit s'il avait su toute la vérité.

Le mystérieux personnage a en tous cas réussi à se faire héberger une nuit et, avant d'aller se coucher, il a trouvé un sujet de conversation qui intéressait le Père Champagnat: « son pays et les vocations nombreuses que les Frères des Ecoles Chrétiennes y recrutaient ». Le Père Champagnat s'est même laissé entretenir longtemps de ce sujet.

De la conversation notre homme passe à la promesse de faire venir des postulants. Le lendemain, nouvelles instances: Gardez-moi deux ou trois jours à l'essai. Mais l'essai n'est pas satisfaisant. Un moment l'aventure a pu paraître comme un clin d'œil du ciel, une réponse à cette prière instante des jours ou des semaines précédentes, qui disait à la Sainte Vierge que la famille mariste allait s'éteindre « comme une lampe qui n'a plus d'huile ». Mais il faut se rendre à la réalité: ce n'est là qu'un mirage. Ce jeune homme n'est pas fait pour la vie religieuse. Le Père Champagnat lui « signifie » l'ordre de se retirer.

L'ex-Frère ne se laisse pas décontenancer. Il a l'étoffe d'un voyageur de commerce. « Me recevrez-vous si je vous amène une demi-douzaine de bons sujets? — Oui, quand vous les aurez trouvés. — En bien! donnez-moi une lettre d'obédience afin que je sois en règle ».

Que ne ferait-on pas pour se débarrasser des fâcheux? Le Père Champagnat fait une lettre « insignifiante », mais l'accompagne d'un conseil très net: « quant à notre maison et à notre genre de vie, ils ne vous conviennent pas ».

 

b) A l'œuvre.

C'est égal: la lettre sera précieuse. Quinze lieues à faire, à pied sans doute, c'est un peu fatigant, mais aussi quel merveilleux temps de réflexion pour faire des plans! Aussi, arrivé chez lui, il passe immédiatement à la réalisation. Il a promis six recrues. Il en aura huit, et en moins de huit jours. C'est littéralement exact, car s'il faut partir du 14 mars, ajouter 3 jours d'essai à La Valla, 2 jours de voyage aller, 2 jours de voyage retour pour être à La Valla, 2 jours de mars, il ne reste pas 8 jours pour la « campagne » elle-même. Napoléon est mort l'année précédente, mais il vient de lui naître un remarquable fils spirituel. De toute évidence il y a là une volonté de puissance qui a trouvé un bon terrain d'exercice.

D'abord cette activité lui évite bien de répondre aux questions indiscrètes que ne manquent pas de poser les parents et les voisins, car enfin il y a quelque chose d'inhabituel dans ces vacances inattendues en cours de trimestre scolaire. Par ailleurs, quel bon tour à jouer à cette congrégation des Frères des Ecoles Chrétiennes qui vous chasse sans pitié, et surtout quel triomphe d'amener tambour battant aux forces rivales (?) ce contingent plus nombreux même que ce que l'on avait promis.

Il n'est pas exclu que notre homme puisse penser faire un acte de zèle et de piété, et n'ait pas la moindre idée de tous ces sentiments mêlés que nous lui prêtons. Mais enfin si la psychologie des profondeurs n'est pas encore inventée, elle existe quand même.

Comment s'est passée cette conquête « spirituelle »? C'est ce que l'on va essayer d'analyser, mais pour cela il faut faire d'abord un peu plus de lumière sur notre groupe de postulants.

 

c) Qui sont les 8 ?

Il n'est pas facile de voir clair dans ce groupe qui se fond un peu dans la brume du temps. Le Frère Jean-Baptiste a retenu le chiffre 8, et comme il en faisait partie, il est difficile de penser qu'il s'est trompé. Les Annales du F. Avit reviennent toujours à ce chiffre, mais sans grand soin de le justifier. Ceux que l'on nomme sont ou plus ou moins de huit, mais jamais huit15 (16).

1) Dans l'abrégé des Annales de l'Institut (cahier n. 1, p. 30 et 31, réf. 201.1), on trouve la liste des postulants qui ont pris l'habit en 1822. En enlevant le Frère Stanislas, il reste 9 noms que nous retrouverons ailleurs:

J. Baptiste Furet

Hilarion Giraud (= Girard)

Augustin

Joseph Poncet

Jean

Régis

Pérégrin

Euchel

Michel

De toute évidence, le F. Avit, ou un de ses secrétaires, ne connaît les noms civils que de ceux qui sont restés frères, et pour lesquels, il est plus facile de trouver les pièces officielles. Pour les autres on se souvient de leur nom de Frère.

 

2) Dans la notice sur St Pal-en-Chalencon (Cahier: Etablissements fermés, n. 17 bis, réf. 213.85; p. 21) toujours en nous annonçant 8 noms, on nous a donnée la liste suivante :

 

J.B. Furet de St Pal Fr. Jean-Baptiste

Joseph Girard de Salignac Fr. Hilarion

Claude Aubert de St Pal Fr. Augustin

François Civier de St Bonnet Fr. Régis

Georges Poncet de Tyranges (sic) Fr. Joseph

Jean Fleury de Tyranges

Mathieu Conange (= Cossange) de Bas-en-Basset

 

Le secrétaire continue imperturbable à bien parler des huit postulants et à bien les distinguer de « l'intrigant ».

 

3) La notice de St. Pal-en-Chalencon est refaite une peu plus tard, et on a de nouveau une liste, avec cette fois 10 noms, sans que le rédacteur soit gêné le moins du monde de nous parler des « huit sujets » amenés par « un intrigant ».

Jean-Baptiste Furet (sic) de St Pal Fr. Jean-Baptiste

Joseph Girard de Solignac Fr. Hilarion

Claude Aubert de St Pal Fr. Augustin

François Civier de St Bonnet Fr. Régis

Georges Poncet de Tyranges (sic) Fr. Joseph

Jean Fleury de Tyranges

Mathieu Conange (= Cossange) de Bas-en-Basset

Michel Marconnet de Boisset Antoine Monier de Boisset

 

L'ex-frère des Ecoles Chrétiennes n'est certainement nommé dans aucune de ces listes, car on nous ferait remarquer alors que c'est de lui qu'il s'agit. Vu d'ailleurs la faute que signale le Frère Jean-Baptiste dans la Vie du Fondateur, il était impossible de penser à le nommer, car il pouvait très bien encore être vivant, ou avoir des enfants, 'tit le Frère Avit n'allait pas risquer d'infliger une flétrissure à sa famille.

4) De toute façon, comme on le voit, nos listes semblent incomplètes ou trop complètes16 (I7), mais par bonheur, d'autres documents vont encore nous permettre des recoupements. La liste qui donne le nom de ceux qui ont fait partie de l'Institut jusqu'en 1825, est un moyen de contrôle car son auteur semble bien un témoin des origines.

Voici donc les noms qui suivent celui du Frère Stanislas, classé 10ième.

 

11. Jean Baptiste Furet Fr. Jean-Baptiste 1822

12. Georges Poncet Fr. Joseph 1822

13. Jean Claude Aubert Fr. Jean 1822 sorti

14. François Civier Fr. Régis 1822 sorti

15. Pérégrin Fr. Pérégrin 1822 sorti

16. Monier Fr. Eucher 1822 sorti

17. Michel Marconnet Fr. Michel 1822 sorti

18. Mathieu Cossange Fr. Augustin 1822 sorti

19. Jean-Louis Aubert Fr. J.n-Louis 1822 sorti

20. Joseph Girard Fr. Hilarion 1822

 

Et dans la liste des novices:

 

1. Augustin Vertor 1822 décédé

2. Jean Fleury 1822

3. Dantony 1822 décédé

 

Dans tous ces cas, l'origine que nous connaissons par ailleurs de ces candidats, nous indique bien qu'il s'agit d'un groupe du même secteur géographique, mais enfin nous avons plus de huit noms, et si nous sommes sûrs que tous sont venus en 1822, on ne nous précise pas si c'est en mars 1822.

 

5) Mais voilà que deux autres documents vont encore nous aider. Ce sont deux livres de comptes du P. Champagnat: un cahier de 295 pages, format 24 x 36, réf. Registre n. 1, et un cahier, format 20,5 X 28,5, 92 pages, réf. 112.4.

La première page du Registre n. 1 nous permet de retrouver notre équipe, et de vérifier que le F. Jean-Baptiste dit des choses finalement très précises. Nous trouvons en effet 7 noms en face desquels est notée une somme payée au 28 mars 1822. Ces 7 noms sont les numéros 11, 12, 13 et 14 de notre liste précédente, plus les numéros 1, 2, 3 de la liste des novices, et le cahier 112.4 donne aussi au 28 mars les mêmes noms répartis sur diverses pages. Si nous y ajoutons le mystérieux Pérégrin (dont nous pouvons supposer qu'il n'a rien pu payer, ce qui expliquerait son absence du livre de comptes), nous avons bien nos 8 Postulants (18).

Il n'y a aucune vraisemblance que la liste tienne compte de l'ex-Frère des Ecoles Chrétiennes qui n'est resté que 15 jours et qui a dû être renvoyé pour une faute grave (Vie p. 118).

Le F. Jean-Baptiste écrit encore (p. 119): « Dès qu'il fut arrêté que les Postulants seraient admis, M. Champagnat envoya chez leurs parents un de ses principaux Frères pour prendre quelques renseignements sur leur compte et pour faire payer la pension du noviciat. « Et voilà nos comptes du 28 mars 1822.

On peut donc donner comme certaine la liste de 8 Postulants: Aubert Claude de St Pal-en-Chalencon

Civier François de St Bonnet-le-Château (à la limite de la Haute-Loire)

Dantony Jean de Boisset

Fleury Jean de Tiranges

Furet Jean-Baptiste de St Pal-en-Chalencon

(Frère Pérégrin) ?

Poncet Georges de Tiranges

Vertor Jean-Pierre de Tiranges

 

d) Et les autres?

Ces postulants écrivent chez eux qu'ils sont contents; « ce qui, ajoute le F. Jean-Baptiste, décida encore quatre nouveaux sujets à embrasser le même genre de vie17» (119). Et les livres de comptes nous donnent en effet 4 noms de plus au mois d'avril:

23 avril: Michel Marconnet et Antoine Monier de Boisset;

25 avril: Mathieu Cossange de Bas-en-Basset;

28 avril: Joseph Girard de Solignac.

 

Nous ne nous attarderons pas sur les groupes suivants: 3, deux mois après, nous dit le F. Jean-Baptiste, puis encore plusieurs autres, moins de 6 mois après, ce qui porte l'effectif à plus de 20. Les livres de comptes sont en effet très clairs. L'ensemble des sujets des années 1822 et 1823 viennent de la Haute-Loire, et surtout du secteur de St Pal-en-Chalencon.

Le Frère Jean-Baptiste, quand il écrit sa Vie du Père Champagnat en 1856, sait d'ailleurs très bien que le temps a fait des coupes sombres dans ce groupe auquel il appartenait, et il note: « Il est vrai que tous ne persévérèrent pas ». Nous avons là un euphémisme, car si l'on considère le groupe des 8 premiers, 2 seulement sont restés Frères, soit 25%; si l'on considère les 12 premiers, 3 seulement, soit de nouveau 25%, proportion qui tomberait ensuite encore plus bas.

Mais limitons-nous aux 8 premiers, puisque nous pensons être arrivés à les distinguer des autres, et, pour revivre un peu leur épopée, essayons de faire connaissance avec eux.

 

e) Gros plan sur les 8.

1) J.B. Furet (Frère Jean-Baptiste) est assez connu. Sa biographie est écrite dans « Nos supérieurs ». Il reste essentiellement le modèle de l'esprit sérieux et l'homme que le Père Champagnat a chargé de consigner les souvenirs qui, maintenant comme alors, nous sont si chers. On peut regretter qu'il ait eu une idée un peu étroite peut-être de l'hagiographie, et qu'il n'ait pas eu le culte de la conservation des documents, tel que nous le concevons aujourd'hui, mais c'est tout de même à travers lui que s'est diffusée pendant un siècle toute la spiritualité du Fondateur18. Il a 15 ans en 1822.

 

2) Joseph Poncet19 (20) (F. Joseph) est plus âgé, étant né en avril 1797. Il a donc sensiblement 25 ans lorsqu'il vient à La Valla. Sa vie a dû être assez effacée; sa mort a été tragique.

Dans l'Abrégé des Annales de l'Institut, n. 6, réf. 201.6, le Frère Avit nous raconte ses démêlés avec le Frère Castule: « Vers 1845, le F. Joseph surnommé Joselou, un des 8 qui étaient arrivés à Lavalla, en 1822, était cuisinier des Pères Maristes, à Valbenoîte. Il allait lui-même acheter ses provisions sur les marchés publics de St Etienne, sa soutane crasseuse et relevée jusqu'au-dessus des genoux. Les femmes du marché l'appelaient à l'envi, dès qu'il paraissait, tenant à lui vendre du beurre, du fromage, des œufs, des fruits, etc. Le F. Castule, cuisinier des frères, allait parfois lui demander quelques objets. Il en recevait toujours cette réponse: « Gardera ce qu'aura, garderons ce qu'aurons! » Surpris un jour à lui prendre des œufs, f. Castule prit la fuite, passa lestement un bras du Furens sur une planche mobile et se mit à gambader dans un pré. Poursuivi par le F. Joseph qui voulait rattraper ses œufs, il repassa adroitement la même planche et la tira à lui: le volé fut forcé d'implorer sa pitié et de lui abandonner les œufs » (p. 537).

Notre Joselou devait périr dans l'incendie de St Genis, en 1863. C'était la nuit du 6 au 7 septembre. « A l'appel qui fut fait après l'extinction du feu, les deux frères Joseph et Maximin ne répondirent pas. On avait cependant vu le second dehors, pendant l'incendie. Ils couchaient tous les deux dessus de la boulangerie. Il paraît que frère Maximin alla voir si F. Joseph était levé et périt avec lui. Leurs squelettes furent trouvés enlacés et calcinés dans les décombres. Ce fut un spectacle terrifiant pour les spectateurs20 (p. 544-45) (21).

3) De Jean-Claude Aubert, on peut penser qu'il n'est pas resté longtemps. On ne se souvient plus même bien de son nom de Frère qui, dans la liste des Annales du F. Avit est Augustin, alors que dans la liste il est Jean.

En tout cas, Jean-Claude Aubert est resté au plus jusqu'en 1826, car en cette année-là, c'est Jean Cholleton qui devient Frère Jean.

Sur une liste du registre 112.4, p. 83 et suivantes, des âges sont indiqués qui doivent vraisemblablement être les âges d'entrée dans la maison, car cette liste donne 15 ans au F. Jean-Baptiste. Or cette liste donne 17 ans à Jean-Claude Aubert.

4) François Civier, Frère Régis, est resté plus longtemps. Il est sur le registre des vêtures, et, comme on voit, il n'a pris l'habit que deux ans après son arrivée. Le texte de ce registre aussi bien que celui des vœux amène à penser qu'il a 16 ans à son arrivée à La Valla, et c'est aussi le chiffre que donne la liste du registre 112.4.

Le 2 octobre 1831 il renouvelle ses vœux pour 6 ans, mais en 1833, il a sûrement quitté la congrégation, car un autre Frère Régis fait ses premiers vœux en novembre 1833.

Sans doute François Civier appartenait-il à une famille ou bien riche ou bien généreuse, car il donne une pension plus forte que les autres (400 francs au lieu de 100 ou 200). Peut-être a-t-il été d'un tempérament un peu hésitant. Il ne prend l'habit qu'en 1824, alors que les autres, J.B. Furet par exemple, l'ont pris en 1822. Au lieu de vœux perpétuels, il fait des vœux pour 6 ans. Peut-être était-il de ceux.qui n'arrivent pas à s'engager.

5) On n'a strictement rien à dire du Frère Pérégrin. Il n'apparaît que dans la liste. Est-ce un nom de famille qui est aussi devenu nom de Frère? Est-ce par oubli qu'on a négligé de mettre l'un ou l'autre?

6) Quant aux trois novices, le livre de comptes nous indique que Vertor (ou Vertore) Pierre, de Tiranges, est parti du noviciat dès le mois de juin 1822. La liste du registre 112.4 lui attribue l'âge de 16 ans à son arrivée à La Valla (p. 91).

7) Dantony Jean, de Boisset, avait, lui, 20 ans (p. 85). Si son nom se trouve aussi écrit Dantogne, c'est qu'à son arrivée on * lui écrit son nom à peu près comme il le prononce. Puisqu'on ne le classe que comme novice, il n'a pas dû rester bien longtemps.

 

8) Enfin, pour Fleury Jean, de Tiranges, nous apprenons par la liste du registre 112.4 (p. 87) qu'il a 17 ans.

 

f) Sur la route avec eux.

On le voit, ce ne sont pas des enfants qui sont partis sur les routes qui joignent le Velay et le Forez, le 24 ou 25 mars 1822.

Le guide a sûrement plus de 20 ans et les autres s'échelonnent entre 15 et 25 (1 de 15, 2 de 16, 2 de 17, 1 de 20, 1 de 25, 1 d'âge inconnu, mais pas au-dessous de 15 ans, car le F. J.B. a dit de lui-même qu'il était le plus jeune). Sans craindre de beaucoup se tromper, on peut penser que tous plus ou moins ont dû être bergers ou valets de ferme pendant plus ou moins longtemps et peut-être dans des villages assez loin de chez eux.

Quel niveau d'instruction ont-ils? Faible, sans doute. Le Frère Avit dans sa notice sur St Pal-en-Chalencon (n. 17 bis, p. 21, 22, réf 213.85) pense que la commune « n'eut d'abord que des instituteurs ambulants venant du Briançonnais comme la plupart des communes rurales de nos parages à cette époque ». La commune ne demandera des Frères qu'en 1853. Jusque-là il y a un seul instituteur, et pourtant quand les Frères prendront l'école, ils auront pour leurs deux classes 118 élèves.

On comprend donc aisément qu'un Frère comme Poncet (Frère Joseph) qui va commencer à étudier à 25 ans n'arrivera pas vraiment à un résultat appréciable. Le F. Avit le déclare « sans instruction, mais pieux et très dévoué ».

Quelles sont leurs intentions et celles de leurs parents? Bonnes, sans doute, incontestablement pleines d'esprit de foi pour les uns; peut-être aussi y a-t-il un peu le goût de l'aventure pour d'autres.

Oh! ce n'est pas une aventure trop extraordinaire, car enfin nous ne sommes qu'à 7 ou 8 ans des campagnes napoléoniennes, et leurs aînés ou leurs parents ont les uns ou les autres connu la mobilisation et les longues marches à pied. Evidemment il y a le problème qu'on part théoriquement pour Lyon, ce qui représente plus de 100 kilomètres. Mais après tout, on fait confiance à l'ex-Frère des Ecoles chrétiennes. Sans doute promet-il qu'on prendra la diligence de St Etienne à Lyon.

Quoi qu'il en soit, on se donne un point de ralliement commun, on prépare un trousseau minime qui peut tenir dans un grand foulard au bout d'un bâton, et en route. Pas question de cartes routières. Il faut seulement prévoir où coucher la nuit, car enfin au mois de mars on ne peut tout de même pas coucher dehors, mais du moment qu'on couchera sur la paille à la grange de La Valla, on peut bien, durant le voyage, coucher dans l'écurie ou la grange de quelque paysan.

Ce que nous précise le F. J.B. c'est que le voyage a duré 2 jours (Vie 1, 113). Comme au lieu d'aller à Lyon, on va à La Valla, la distance est réduite de moitié. Il y a donc tout lieu de penser que tout le voyage s'est fait à pied. Quel a été l'itinéraire exact, c'est impossible à dire, mais qu'on soit passé par Marlhes, St Genest, Tarentaise ou par Firminy, St Etienne, Rochetaillée, toujours est-il qu'on arrive en fin de compte à la Barbanche ou au Bessat, « au sommet de la montagne qui est en face de La Valla » comme dit le F. J.B.

Le F. Sylvestre qui ne peut connaître l'histoire que par ouï-dire (surtout du Frère Jean-Baptiste ou du F. Joseph) a modifié légèrement les données du F. J.B. Parlant de la longueur du chemin il écrit: « Après le soleil couché, ils arrivent non loin de La Valla », mais il laisse un bon espace entre « après » et « le soleil couché »; donc avec l'intention d'ajouté quelque chose après vérification. Quel est celui qui a fait, au crayon, la correction, comme d'ailleurs un grand nombre d'autres, surtout d'orthographe et de style? Celui-là en tout cas (sur l'indication du F. Sylvestre ou grâce à une autre information) a complété en mettant: « Après deux fois le soleil couché ».

Ce pourrait être une indication qu'on n'a pas trouvé son chemin sans peine et que le voyage a duré largement deux jours. D'ailleurs pour les plus éloignés par rapport au point de ralliement, il fallait bien plus ou moins une partie de la première matinée, avec peut-être ensuite un repas en commun dans la famille où se faisait le rassemblement. Donc en prenant à la lettre le F. J.B. on pourrait penser deux jours allant de midi à midi approximativement, car l'arrivée à La Valla ne doit pas avoir eu lieu trop tard, puisque le Père Champagnat est alors en train de bêcher.

 

g) A La Valla.

On sait ce qu'il advient ensuite. Il n'y a pas de place. Il faut faire coucher tout le monde à la grange sur de la paille. Ensuite on avisera. Mais de qui prendre conseil puisque la maison est vide? On fera venir les Frères les plus proches, de St Sauveur et de Bourg-Argental. D'après le F. J.B. il semble bien qu'on les ait attendus jusqu'aux fêtes de Pâques « à 10 jours de là », c'est-à-dire jusqu'au 7 avril. Le Fr. Sylvestre dit qu'ils sont venus pendant la Semaine Sainte.

On sait aussi que si les Frères n'eurent aucune peine à entrer dans les vues du Père Champagnat, il n'en fut pas de même des « amis » qui trouvèrent toutes les bonnes raisons pour dissuader le Père de garder une troupe impossible à nourrir et à loger.

Théoriquement leurs pronostics devaient s'avérer assez justes puisque, en définitive, seulement 2 des Postulants persévérèrent. Mais qui connaît les voies du Seigneur? A en croire les hommes il fallait « renvoyer les plus jeunes, d'autant plus qu'ils sont trop enfants pour connaître s'ils ont la vocation 21».

Or ceux qui allaient persévérer devaient être le plus jeune et le plus vieux. Qui donc voudrait déduire de là des critères pour l'âge idéal du choix? Le Père Champagnat reçoit le matériau humain que lui envoie le Seigneur. Il en tire le maximum. Voilà toute sa théorie.

Au fond, dans la conclusion du Chapitre (I, p. 119) le F. J.B. dit quelque chose de très juste: « Il est vrai que tous ne persévérèrent pas; mais cela n'arrêta nullement les progrès rapides de l'institut. Les frères de Marie étaient connus, d'autres sujets vinrent en nombre prendre la place des déserteurs. Mais d'où venaient ces nombreux enfants? Quel était leur pays? Ils venaient de la Haute-Loire, des montagnes du Velay, c'est Notre-Dame du Puy qui les avait préparés et qui les envoyait22 ».

 

h) Conclusion.

Oui, l'accent n'a peut-être pas été mis sur la recherche de la qualité exceptionnelle. Mais il faut le nombre pour redonner l'enthousiasme. Après cela chacun réagira personnellement, sera plus ou moins fidèle, mais il y aura eu une ambiance créée les uns par les autres qui n'aurait peut-être pas existé si le Père Champagnat avait voulu écrémer comme on le lui suggérait. Lorsque quelqu'un est nuisible, le Père Champagnat n'hésite guère, et c'est le cas pour l'ex-frère qui ne reste que 15 jours, mais en dehors de là, sa règle c'est « l'once de bonne volonté ». Du groupe il restera un Frère intellectuel et un Frère sans instruction. Le Seigneur est juge; et le Seigneur sait aussi quelle grâce a pu être pour les autres qui ne sont pas restés, cette période de leur vie passée dans la ferveur et auprès d'un saint.

Rien n'est aussi déconcertant peut-être, dans l'histoire de nos origines, que cet épisode des 8 Postulants. Il nous rappelle que la prudence des saints n'a pas les yeux de la peur, mais les yeux de la foi.

F. G.M.

 

 

 

 

 

 

1 FJ.B. ed. 1851, I, p. 109. Avit: Abrégé des Annales de l'Institut p. 30.

2 Contribution… (F. L. Laurent) dans Bulletin n. 157 janv. 1955, p. 458.

3 Etat de la maison-mère et des établissements des Frères de Marie: feuille 28×39,5 écrite per le P. Champagnat, datée d'une autre main 1832 (A.M.G.).

4 Dans l'Abrégé des Annales de l'Institut p. 30, le Frère Avit date l'ouverture de Tarentaise de nov. 1821, mais il semble alors presque ignorer le stage de Frère Laurent à Marlhes. Le remplaçant du Frère Louis n'est qu'un successeur anonyme, qui a bien fait marcher l'école. Mieux renseigné sans doute lorsqu'il rédige les annales de Marlhes, il nous apprend alors que ce successeur était le Frère Laurent et que par sa trop grande bonté il a un peu ruiné la discipline de l'école. Comme il est dit d'autre part dans les Annales de Tarentaise: a) que c'est après Marlhes que Frère Laurent se rend à Tarentaise; b) que les Frères quittent Marlhes en 1822, et comme le Père Champagnat doit pourtant bien trouver quelque part les 3 Frères qu'il envoie à Bourg-Argental, on est amené à la supposition de la fermeture de Marlhes au cours des vacances de Noël 1821. Mais le Frère Laurent aurait peut-être pu quitter en novembre et être remplacé par un autre pendant quelques mois.

5 Avit, p. 29 et FJ.B. I, 76. On pourrait opposer une raison psychologique à l'idée de situer la conversation du curé de Tarentaise à une époque où les Frères collaborent avec lui, cela paraissant une notable ingratitude de sa part puisqu'il essaie de détourner une des meilleures vocations. Mais, outre que l'attitude du Curé Allirot (J.B.I., 102) pourrait montrer la relativité du concept d'ingratitude, on n'est pas obligé de voir, chez le Curé de Tarentaise, autre chose qu'une forme bénigne d'un complexe de supériorité, d'ailleurs parfaitement conciliable avec le zèle et la ferveur.

6 Le Frère Avit fait sûrement erreur en donnant comme date d'entrée du Frère Jean-Pierre: 1818.

Une liste est conservée aux Archives de la Maison Généralice que nous reproduisons en fac-similé. C'est un feuillet (réf………..) de format 21×27, plié en deux,

qui donne l'état de la Congrégation jusqu'en 1825. Elle donne 1820 pour l'entrée au noviciat du Frère Jean-Pierre, ce qui corrobore le renseignement du Frère Jean-Baptiste, d'après lequel la conduite des Frères de St. Sauveur avait décidé de la vocation du Frère Jean-Pierre. Or les Frères n'étaient à Saint Sauveur que depuis la Toussaint 1821.

7 Registre n. I, p. 1.

8 Je soussigné, f. Bernard, né Antoine Gratallon, fils légitime de défunts Nicolas Gratallon et de Marie Ferraton, natif dans la paroisse d'Izieu, âgé de vingt-trois ans, fais foi et déclare que par la grâce de Dieu, j'ai été admis le trente novembre mil huit cent vingt-un dans la maison de Lavalla, noviciat de la Société de Marie; que le onzième jour d'octobre mil huit cent vingt-deux: j'ai eu l'honneur d'être revêtu du St habit religieux des frères de la dite Société, après en avoir fait l'humble demande au R. P. Supérieur et qu'ensuite, sous la permission de mon même Supr aussi soussigné, pour certifier sa concession; j'ai le onzième jour d'octobre mil huit cent-vingt-six, dans la chapelle de Notre Dame de l'Hermitage, avant de recevoir la Ste Communion à la Ste Messe, fait secrètement, mais volontairement et librement les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance pour le terme de cinq ans aux Supérieurs de la dite Société de Marie, selon ses status et ses fins; en foi de quoi, j'ai signé cet acte en présence de frère Antoine et de frère François qui ont signé le douze octobre mil huit cent vingt-neuf à Notre-Dame de l'Hermitage. (suivent les 4 signatures)

9 Il a alors 16 ans. Après quelques années de vie religieuse qu'il y a tout lieu de supposer bonnes, il semble bien avoir été ébranlé par la révolution des bas de drap de 1828-29 qui amène le départ immédiat des deux meneurs, et progressivement celui d'autres frères (cf. J.B., I, 203). Toujours est-il que le registre n. 1 nous apprend que le 27 mars 1829, le Père Champagnat a reçu des sommes d'argent assez importantes: revenus d'un domaine qui a peut-être récemment échu à Antoine Gratallon. « Reçu du fermier du petit domaine, paille déduite: 150, plus 200 francs dans le courant de janvier 1829, plus du fermier de la maison du village de La Terrasse: 17,75; le reste du loyer a été employé à payer les réparations faites à la maison pour une fenêtre et autres: 18, 15.

Une relative richesse, dont il prend subitement conscience, a-t-elle fini de décider le religieux chancelant à regarder en arrière? Toujours est-il que l'année suivante, il quitte l'Institut et fait intervenir Monsieur Cattet, vicaire général pour récupérer ses biens. (25-2-1830): « Le frère Gratallon qui a quitté Neuville, nous adresse une requête pour réclamer l'argent et les instruments aratoires que vous avez reçus de lui, il s'appuye sur vos statuts qui disent qu'on restituera aux frères qui se retireront ce qu'on aura reçu d'eux, en retenant cependant le prix de la pension; indiquez-moi ce que vous voulez répondre ».

10 Lui aussi prendra l'habit le 25 octobre.

11 Vie, I, p. 111

12 Id., p. 111.

13 Id., p. 113.

14 Id. p. 112

15 Au début de ses Annales, le F. Avit fait de lui-même un portrait et une biographie qui ne manquent pas de piquant. Parlant à la 3ème personne, il écrit:… Le F. Avit demanda un secrétaire (car il ne pouvait lire et écrire que difficilement). Il en a déjà eu de 35 à 40 d'occasion, parmi lesquels 7 ou 8 se sont montrés assez habiles. Ils ont disparu les uns après les autres, plus ou moins formés à ce travail. La plupart avaient peu d'orthographe, peu de style et saisissaient à peine ce qui leur était dicté. D'autre part, les documents étaient absents ou disséminés ça et là difficiles à réunir et parfois plus difficiles encore à coordonner.

16 Les copistes du F. Avit, recopient des formules, sans faire attention. Avec les deux listes, qui sont, comme on l'a vu, l'une de 7 noms, l'autre de 9, on a la même formule: « Nous n'avons pas la preuve que les 3 derniers aient pris l'habit religieux », formule qui n'était évidemment valable que pour une liste.

17 Il est impossible en effet de supposer que Pérégrin vient d'un autre secteur géographique (quoiqu'on ignore tout sur lui) puisqu'il se trouve inséré dans une liste où même les 5 qui viennent après lui sont encore de ce secteur.

18 Voici sa profession perpétuelle consignée dans le Registre des vœux n. 4, p. 6. F. Jean-Baptiste Furet.

Je soussigné frère Jean-Baptiste, né Jean Bte Furet, fils légitime d'Antoine Furet et de Marie Gallet, défunts, natif dans la paroisse de St Pal Chalencon, âgé de vingt deux ans, fais foi et déclare que par la grâce de Dieu, j'ai été admis le vingt septième jour de mars, mil huit cent vingt deux, dans la maison de Lavalla, noviciat de la Société de Marie, que le vingt cinquième jour d'octobre de la même année, j'ai eu l'honneur d'être revêtu du st habit religieux des frères de la dite société, après en avoir (fait l'humble demande au R. P. Supérieur; et qu'ensuite sous la permission de mon même supérieur, aussi soussigner pour certifier la permission, j'ai, le huitième jour du mois de septembre, mil huit cent vingt huit, dans la chapelle de la maison de Notre-Dame de l'Hermitage, après avoir reçu la communion à la Ste Messe, fait secrètement, mais volontairement et librement, les trois vœux perpétuels de pauvreté, de chasteté et d'obéissance aux Supérieurs de la dite société de Marie, selon ses Statuts et ses fins; en foi de quoi j'ai signé cet acte en présence du f. Cyprien et du frère Jean-Marie, qui ont aussi signé, le quinzième jour d'octobre mil huit cent vingt neuf, à Notre-Dame de l'Hermitage.

Champagnat sup. d. f. M. f. Jean Baptiste f. Cyprien F. J. Marie

19 L'orthographe Poncet est plus probable, mais quand il arrive à La Valla il ne doit guère connaître l'orthographe de son nom.

20 Réf. Registre 23: Sépultures n° 34 du registre; F. Joseph, profès

L'an mil huit cent soixante trois et le sept septembre, nous soussigné, aumônier des Petits Frères de Marie, à Saint-Genis-Laval (Rhône), avons donné la sépulture ecclésiastique au cher frère Joseph, né Poncet Georges à Tiranges (Hte Loire) avril 1797, décédé hier à 11 heures et demie du soir, ayant 66 ans, 5 mois d'âge et 41 ans 5 mois 19 jours de communauté, en présence des chers Frères Marie et Benoit aussi soussignés.

f. Benoit Matricon F. Marie

p.m.

21 Vie, I, p. 116.

22 Id„ p. 119.

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