A JĂ©sus par Marie!

F. Michaélis

03/Sep/2010

Sans doute, chers lecteurs, vous avez déjà désigné à part vous le sujet qu'il convient de traiter dans les premières pages de ce numéro du Bulletin que mai vous apporte. Avant même de l'avoir sorti du fourreau, vous vous serez dit: il va nous parler de la Sainte Vierge. Et si vos prévisions étaient déçues, vous ajouteriez probablement, non sans raison: On a fait un oubli, il manque une fleur. Rassurez-vous ; pour une fois au moins, vous avez été bons prophètes; c'est de Marie, que vous entretiendra cet article.

Dans le courant d'une instruction, le Vénérable Fondateur dit un jour aux novices: " Voici mes amis, un petit trait qui vous fera plaisir parce qu'il y est question de la Sainte Vierge que vous aimez tant. „ Pour le même motif, ces lignes vous seront agréables aussi. Si elles ne sont pas la belle fleur que vous attendiez, elles répandront du moins, à tout instant, le doux parfum de la modeste violette, de l'humble Vierge de Nazareth.

Sous ce titre : Jésus par Marie, elles se proposent de rappeler d'abord, qu'à tout prix, il faut arriver à Jésus, en dehors de qui il n'y a ni bonheur, ni salut possible; puis de montrer que pour atteindre ce terme sublime, divin, il est très avantageux, sinon absolument nécessaire, de passer par Marie. Plus d'une fois, elles s'inspireront de l'intéressante Revue Mariale en développant ce beau thème1.

St Pierre s'adressant aux Juifs s'exprime ainsi : « Il n'y a de salut que par le nom de Jésus, car nul autre nom n'a été donné aux hommes par lequel nous devions être sauvés. » Le grand Apôtre parle en ces termes aux Romains: « Ceux que Dieu a appelés, il les a aussi prédestinés pour être conformes à l'image de son Fils. » Et le divin Maître nous dit formellement; « Je suis la voie, la vérité et la vie. Sans moi, vous ne pouvez rien. »

De là, pour tout chrétien, l'obligation d'aller à Jésus-Christ, de travailler à lui devenir semblable. Et pour le religieux, cette obligation devient plus impérieuse encore. Non seulement il a été appelé, mais il a promis de suivre de plus près le Dieu fait homme. Arriver à Jésus par la connaissance et l'amour, le faire vivre en nous par la fidélité à ses inspirations et l'imitation de ses vertus: voilà donc la fin à poursuivre, l'idéal qu'il faut constamment se proposer. C'est en Jésus-Christ que doivent se concentrer nos pensées et nos désirs. Il doit être l’objet continuel de nos recherches et de nos efforts; c'est lui seul que nous devons savoir et dire. Les affections de notre cœur lui appartiennent, comme il a droit aux accents de notre voix et aux énergies de notre volonté.

L'accomplissement de ce devoir porte d'ailleurs avec lui sa récompense. Parvenir à Jésus, le posséder, se soumettre pleinement à son empire, n'est-ce pas la paix, le bonheur, la perfection ici-bas, en même temps que le sûr moyen d'avoir part à son royaume ? Au ciel, il fait la félicité des bienheureux ; sur la terre, s'il partage sa croix avec ses amis, il les inonde aussi de douces joies. Si nous connaissions tous les biens que nous offre le divin Sauveur, de quel saint enthousiasme ne serions-nous pas épris pour accourir à lui? A l'exemple des saints, nous nous sentirions pressés de tout sacrifier à son amour.

Que rien ne nous arrête donc, quand il est question de le trouver ou de le donner. Etendre le règne de Notre Seigneur doit être la suprême ambition du religieux éducateur, l'œuvre unique de ses rêves et de ses travaux. Aller à Jésus, lui conduire les âmes, ces mots résumaient les aspirations du Vénérable Champagnat. Ils forment aussi le programme de notre saint et glorieux Pontife Pie X: Omnia instaurare in Christo; programme noble s'il en fut un. Mais comment concourir à sa réalisation?

* *

En venant à nous par Marie, le Fils de Dieu nous enseigne que nous- irons à lui par la même voie. C'est par Marie qu'il est descendu sur la terre, c’est par elle qu'il veut attirer les âmes et les conduire au ciel. Pas de moyen plus excellent pour préparer l'avènement du règne de Jésus-Christ, que la diffusion de la dévotion à la Sainte Vierge. Tout dans la vie terrestre du divin Sauveur, comme dans sa vie mystique a commencé par Marie, et cette règle, l'Eglise s'applique à la suivre dans sa liturgie. Quelques faits le rendront plus sensible.

Peu après la visite de l'ange Gabriel, Marie ayant appris que sainte Elisabeth allait devenir mère dans sa vieillesse, se rendit à Hébron pour féliciter sa cousine. Et, entrant dans la maison de Zacharie, elle salua sa parente. Aussitôt qu'Elisabeth l'eut entendue, son enfant, qui devait être St. Jean Baptiste, tressaillit dans son sein ; il adora le Sauveur que la Sainte Vierge portait en elle et fut sanctifié. Sainte Elisabeth, remplie du St Esprit, s'écria: Vous êtes bénie entre toutes les femmes et le fruit de vos entrailles est béni. Ces prodiges que le Sauveur opère avant sa naissance, il les accomplit par l'entremise de Marie ; C'est par elle qu'il fait porter à son Précurseur les premiers fruits de la rédemption.

La fin de sa venue sur la terre, c'est l'immolation et l'offrande d'une victime agréable à son Père, pour le salut du monde. Remarquez de quelle manière va s'inaugurer le sacrifice. C'est la jeune Mère qui apporte au temple le nouveau-né, son fils unique, et qui offre à Dieu cette victime parfaite. Jéhovah, par la bouche de Siméon, manifeste à Marie que son sacrifice sera réel, que son Fils lui sera enlevé et que le glaive de l'immolation transpercera son âme. Et voilà comment Jésus ébauche par Marie, au jour de la Purification, l'acte réparateur du salut qu'il devait consommer plus tard, sur la croix du Golgotha.

Transportons-nous à Cana. Là encore, Marie prépare et inaugure le ministère public de son divin Fils. Il a réuni quelques disciples ; mais il n'a pas encore publiquement prêché sa doctrine ni révélé sa puissance par des miracles. Il attend que son heure soit venue. Marie intervient en faveur d'une famille pour lui épargner une humiliation. A la demande de sa Mère, Jésus abrège les temps; il ouvre la période des merveilles et des bienfaits qui, pendant trois ans, étonneront et consoleront les hommes; l'eau est changée en un vin délicieux. En accomplissant ce premier prodige, qui manifesta sa gloire et affermit la foi de ses disciples, à l'intervention de Marie, le Sauveur ne nous dit-il pas combien il lui est agréable de conquérir les âmes par sa Mère?

Au Cénacle, il envoie son Esprit qui doit transformer les cœurs des Apôtres, leur enseigner toute vérité, changer leur timidité en courage et 'renouveler la face de la terre. Mais cet Esprit sanctificateur, d'après une tradition, se repose d'abord sur la tête de la Vierge Immaculée, son épouse, et de là, se répand en langues de feu sur taus les Apôtres. C'est encore de sa Mère que Jésus se sert pour illuminer ses disciples. Puis, l’Eglise fondée, Marie a pour mission d’éclairer et de soutenir les pasteurs, comme d'édifier et de fortifier les premiers fidèles.

* *

En parcourant l'histoire, nous voyons par la liturgie que, dès l'aurore du christianisme, le culte de Marie a accompagné, presque précédé, en certaines contrées, celui de son Fils. Le Carmel l'honore de son vivant. Les églises les plus célèbres se réclament toutes d'une image ou d'une statue de la Mère de Dieu que les Apôtres ont présentée à leurs premiers disciples.

Il en est ainsi d'Alexandrie, d'Antioche, d'Ephèse, de Constantinople, de Venise, des catacombes de Rome, de Saragosse, de Lyon. Les Vierges de Saint Luc ont parcouru la terre. Si nul Apôtre n’est là .pour implanter le culte de Marie, les anges apportent sa statue comme à Boulogne-sur-Mer.

Dés que sa radieuse image a charmé les regards, les murs deviennent dociles et Jésus est adoré. L'Apôtre St Jacques ne peut rien pour la conversion de l'Espagne, tant qu'elle n'a pas honoré N-D del Pilar, et St Pothin n'attire les bateliers du Rhône et de la Saône que par la vénération d'une icone mariale.

Le fait constaté au berceau de l'Eglise se continue à travers les âges. Au XVIII° siècle appartient l'honneur d'avoir inauguré le mois de Marie. Le XIX° a été comme une longue période de prédications, de pèlerinages, de louanges perpétuelles à la Mère de Dieu, au point qu'on peut se demander s'il est possible de donner plus d'accroissement à ces pieux exercices. Mais ce culte n'est qu'une préparation, une introduction à un autre culte plus élevé encore, au culte du Sacré Cœur, par lequel notre société chancelante et malade sera régénérée et sauvée. Les hommages rendus à la Vierge Mère annoncent le règne du Christ-Roi sur les nations qu'il a reçues en héritage de son Père.

Marie est la voie qui mène à Jésus, et c'est la voie la plus douce, la plus directe et la plus sûre. Comment, en effet, pouvons-nous aller au divin Sauveur? De trois manières: par nous- mêmes, par les Saints, par Marie. Il est facile de se convaincre que la voie mariale est la plus avantageuse.

Vouloir par nos propres forces nous élever jusqu'à Dieu, serait une prétention aussi sotte que dangereuse. Engendrés dans le péché, nous sommes condamnés à rester toujours odieux au Seigneur, si la grâce, méritée par Jésus-Christ, ne vient nous purifier, nous transfigurer. Or, c'est Marie qui en est le canal et nul ne la reçoit que par elle. Le plan immuable de Dieu' admis par les docteurs et les théologiens, est que Marie ayant été choisie pour être la Mère du Verbe, tous les biens de la grâce nous soient donnés par elle. Aussi l'Eglise l'appelle-t-elle Mère de la divine grâce.

Même avec le secours de cette grâce, nous sommes exposés à nous perdre par infidélité ou abus- Il nous faut un modèle sur lequel nous puissions régler nos actes, un guide pour nous montrer le chemin, un appui pour nous soutenir. Ce modèle, ce guide, ce protecteur, nous est offert dans les Saints dont nous portons le nom, il est vrai. Mais tous ne sont pas à notre mesure. Chacun d'eux a une physionomie particulière qui ne convient qu'à lui et certaines vertus caractéristiques spéciales à sa mission providentielle.

Il en est autrement de la Sainte Vierge. Les multiples circonstances de sa vie offrent des points de ressemblance avec tous les états, toutes les situations. Marie est restée dans le temple et a vécu dans le monde. Elle a connu les plus grandes joies et les douleurs les plus vives. Elle est illustre par la naissance et humble par la pauvreté. Toutes les extrémités des choses divines et humaines se rencontrent dans son existence. Le modèle qu’elle nous présente est clone le plus en rapport avec notre condition et nos besoins.

De plus, les saints, si grands soient-ils, sont loin d'égaler Marie en intelligence, en dévouement et en puissance. Elle sait mieux nos infirmités et les remèdes à nos maux; les biens qui nous conviennent et les moyens de les conquérir. Sa science est infaillible. Avec elle, on ne risque pas de s'égarer ou de prendre un chemin détourné. Comme la plus tendre des mères, elle s'intéresse à nos moindres pas, nous prodiguant secours et consolations, en toutes circonstances. Et non contente de nous aimer jusqu'à sacrifier son Fils pour notre rédemption, elle use encore en notre faveur de sa puissance illimitée. Le pouvoir des saints est proportionné à leurs mérites, celui de la Sainte Vierge n'a pas de bornes. Les docteurs ont célébré à l' envi son crédit comme sa bonté et l'ont appelée une toute-puissance suppliante. Dès que Marie prie, tout cède à ses désirs. Dans l’apparition déjà citée, elle nous l’exprime par ces paroles : « Ces grâces sont de mon Fils, je les prends dans son cœur ; il ne peut me refuser. Rien ne se fait de grand dans le monde des âmes sans Marie. Jésus s'est étroitement associé sa Mère dans l'œuvre de la Rédemption; il se l'associe encore dans l'application de ses mérites' aux hommes et dans la distribution de ses grâces. »

Et s'il fallait d'autres motifs pour engager le Petit Frère de Marie à toujours passer par sa céleste Patronne, il les trouverait dans l'exemple du Vénérable Champagnat et l'esprit de son Institut. Tout à Jésus par Marie, était la devise de notre Fondateur et on peut dire que toutes les actions de sa vie en ont été la pratique et la confirmation. Il entreprend son œuvre pour faire connaître Jésus et sauver les âmes, mais après avoir dit à N.-D. de Fourrières qu'il compte uniquement sur elle pour la réussite. Plus tard, 'désirant des Frères pour leur apprendre à aimer Notre Seigneur et en faire des Apôtres de l'enfance, il s'adresse à N.-D. de Pitié. Quand la défiance ou la persécution menacent de compromettre les projets qu'il a formés pour la gloire de Dieu, il tend les bras vers celle qu'il appelle sa Ressource ordinaire. Et cette médiation infaillible dont il a éprouvé tant de fois l'efficacité, il la recommande à ses disciples de tous les temps. Enfin, la Sainte Eglise, interprète de la volonté divine, nous a donné la dévotion à la Bienheureuse et Immaculée Vierge Marie, comme moyen souverain de conserver I'Institut et d'y maintenir la ferveur.

Recourons donc avec empressement et confiance à sa puissante intercession et pour faire régner Jésus-Christ plus parfaitement en nous, et pour conduire l'enfance à ce divin Sauveur.

Aimons notre bonne Mère, travaillons avec elle, répandons son culte et les trésors du Cœur de Jésus nous sont assurés.

Ad Jesum per Mariam I

F. Michaélis.

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1 La Revue Mariale, organe officiel des Congrès mariaux nationaux et internationaux. — Rue François-Dauphin, 18, Lyon.

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