A lécole de la Crèche

F. Augustalis

04/Sep/2010

Chaque année, notre V. Fondateur se préparait avec soin la fête de Noël. II la célébrait avec la plus grande solennité faisait dresser une crèche pour représenter cette divine naissant de Jésus avec toutes les circonstances qui l'accompagnèrent. Puis il allait, avec la Communauté, adorer le divin Enfant et LUI adressait les prières les plus ferventes.

« Oh ! mes Frères, s'écriait-il dans une instruction sur cette fête, voyez le divin Enfant : c'est pour nous qu'il est descendu du ciel, qu'il s'est fait homme, pauvre, souffrant. Allons à Jésus mais allons à lui par la voie qu'il prend pour venir à nous : voie de l'humilité, de la mortification, de l'obéissance ; allons lui avec la foi, l'innocence et l'amour ; demandons-lui ces vertu : il ne peut rien nous refuser »

A l'exemple de notre bien-aimé Père et de nos premiers Frères, profitons de ce temps béni pour nous retremper dans la piété. Rappelons-nous que nous avons un droit spécial près de la Crèche.

La sainte ambition du Vénérable Fondateur était que tous ses enfants eussent une première place dans l'étable de Bethléem près de l'Enfant Jésus. Occupons-la, cette place de choix. Jésus nous y accorde un gracieux accueil. Il nous tend à tous ses petites mains chargées de grâces. Il est bien le Roi du monde mais il y vient rempli de douceur et dans un appareil non de grandeur, ni de puissance, ni de majesté, mais tout rayonnant de bonté, de simplicité et d'amour. Allons sans crainte lui rendre nos hommages.

Bien qu'il soit venu pour tous ici-bas, Jésus a eu pourtant des privilégiés. Quelques personnages ont eu la faveur de l'approcher de plus près et les premiers. Ils nous symbolisent les vertus que Jésus est venu apprendre au monde, vertus encore inconnues à la terre, mais que cette divine Rosée du ciel a fait germer, croître et fleurir en abondance. Jusqu'alors la corruption, sensualité, l'égoïsme, l'orgueil avaient régné en maîtres ; depuis, l'humilité, la simplicité, la pureté, la mortification, l'obéissance, la charité dans tous ses développements de ferveur et de zèle, ont changé la face de la terre et produit des fruits merveilleux de salut.

Allons à cette sublime école de toutes les vertus. Jésus, notre divin Maître, nous les enseigne non de vive voix, mais bien par son exemple et par les admirables modèles qu'il met devant nos yeux.

Soyons attentifs à ses divines leçons.

 

Jésus. – Amour.

 

L'Amour, n'est-ce pas la caractéristique de cette fête ? Voit-on autre chose que l'amour ? Respire-t-on autre chose que l'amour ? Entend-on autre chose que des cris de joie et d'amour, dans les chants qui célèbrent ce sublime mystère ?

Jésus est venu pour nous embraser du saint amour de Dieu ; car, s'il a voulu naître petit enfant, et petit enfant d'autant plus aimable qu'il nous apparaît plus humble et plus pauvre, c'est pour nous ôter toute crainte et pour gagner l'amour de nos cœurs. « Oui, dit S. Pierre Chrysologue, tel il devait apparaître puisqu'il voulait inspirer non la crainte, mais l'amour » Jésus veut, en outre, se montrer à nous sous la figure d'un aimable petit enfant, afin d'être aimé non seulement par dessus toutes choses, mais encore avec tendresse. Les enfants gagnent le cœur de tous ceux qui les approchent. Comment donc n'aimerions-nous pas, avec toute l'affection dont nos cœurs sont capables, notre Dieu que nous voyons devenu par amour pour nous un tout petit enfant, tremblant de froid, pauvre, méprisé, presque abandonné dans sa crèche, sur cette paille qu' il arrose des larmes de sa douleur.

On vit souvent S. François d'Assise, durant les fêtes de Noël, parcourir les campagnes et les forêts en se lamentant et en gémissant. Comme on lui demandait un jour pourquoi il se désolait de la sorte : « Comment voulez-vous que je retienne mes larmes, répondit-il, quand je vois que l'amour n'est pas aimé ? Eh quoi ! un Dieu pousse son amour pour l'homme jusqu'à la folie, et l'homme ne témoigne que de l'ingratitude envers ce Dieu si aimant ! Ah ! s'écriait-il souvent, transporté d'amour devant cet attendrissant spectacle d'un Dieu couché dans une crèche, aimons l'Enfant de Bethléem, aimons l'Enfant de Bethléem »

Nous aussi, comme les saints, comme notre V. Père, aimons Jésus Enfant. Prenons cette première place dans l'étable de Bethléem qu'il sollicitait pour tous ses enfants. Embrasons-nous d'amour à ce foyer si incandescent. A l'exemple des riches du monde qui changent d'habitation suivant les saisons, allons habiter, pendant ce saint temps de Noël, la cellule de l'étable ; nous nous y renfermerons pour méditer sur l'ineffable mystère d'amour de l'Incarnation, pour y contempler l'Enfant Jésus et lui répéter à satiété, mais avec vérité : Je vous aime, ô Jésus ! .le veux toujours vous le dire : Je vous aime. Je veux vivre désormais en vous disant sans cesse : Je vous aime. Et un jour je veux mourir en vous disant encore une fois cette douce parole : Je vous aime.

 

Marie. – Pureté

« Nous appelons Marie, Vierge des vierges, et c'est avec une souveraine raison, dit Albert le Grand, parce que Marie ayant la première, sans le conseil ni l'exemple de personne, offert sa virginité au Seigneur, elle lui donna toutes les autres vierges, enfantées en quelque sorte à son école dans la virginité ». Mais qui donc, s'écrie S. Bernard, qui donc, ô Marie, vous a révélé combien la virginité plaît au Seigneur et comment on mène ici- bas la vie des Anges du Ciel ? » S. Sophrone répond : « C'est que J.-C. a voulu se choisir pour mère cette très pure Vierge afin d'en faire pour tons un modèle de chasteté, de pureté ». Voilà pourquoi S. Ambroise décerne à Marie ce titre de porte-étendard de la virginité.

J.-C. en se choisissant une Mère vierge nous enseigne donc par là combien il aime la pureté, combien il désire qu'à l'imitation de sa mère nous nous efforcions d'exceller en cette vertu qui ravit le cœur de Dieu.

Oui, elle est grande la puissance de la pureté sur le cœur de Jésus. C'est à cette vertu qu’il prodigué ses plus délicates faveurs. S. Antoine de. Padoue dut à sa pureté de posséder plusieurs fois dans ses bras l'Enfant-Jésus et de jouer avec lui. S. Bernardin de Sienne dut à sa pureté les prodiges immenses de conversions qui s'opéraient à sa parole. S. Thomas d'Aquin devint par sa pureté l'Auge de l'école, le Docteur Angélique. S. Jean Berchmans, S. Louis de Gonzague, S. Stanislas Kostka et bien d'autres furent sur cette terre des Anges par leur pureté et acquirent en peu d'années une sainteté consommée. Bienheureux les cœurs purs, car ils voient Dieu. Ils le voient partout et en tout : sous les langes de la Crèche, sous l'Hostie du tabernacle, dans les 'humiliations de la Croix. Et dans le Ciel, ils forment le cortège de l'Agneau.

Cette vertu, enseignée à l'école de Jésus, sur le beau modèle de sa Mère, est la marque distinctive et propre de cette Religion qui se glorifie d'avoir pour souveraine et pour protectrice une Vierge plus pure que la lumière, plus blanche que la neige. Combien d’âmes se sont efforcées d'imiter ce beau modèle ! Aucun siècle dans l'Église, aucune contrée dans le monde catholique qui ne se glorifie de posséder un nombre incalculable de ces grandes âmes qui ont imité Marie, Reine des vierges. Combien nous devons être fiers et heureux d'appartenir à cette classe choisie ! ! Combien nous devons nous efforcer de garder la chasteté avec toute la perfection possible ! Combien nous devons veiller sur les pensées de notre esprit, sur les affections de notre cœur ! Combien nous devons prendre un soin vigilant d'user de toutes les précautions que nous recommandent si fortement nos Règles pour ne pas ternir une si belle vertu !

O Mère de Jésus, Reine des vierges et leur modèle, je place sous le manteau de votre protection, mon cœur, mon corps, mes sens, toute ma personne : gardez-moi, défendez-moi comme votre bien et votre propriété.

 

Joseph. — Obéissance

La vie de S. Joseph a été une pratique constante de cette précieuse vertu. Ouvrons l'Évangile. Joseph obéit partout. Pour se conformer à l'édit de César, il se rend de Nazareth à Bethléem. II obéit aux Anges qui lui annoncent la volonté de Dieu quand il songeait à quitter Marie, son épouse, quand il faut fuir en Egypte, quand il en faut revenir. Il obéit à la loi dans ses diverses prescriptions : pour la circoncision, la présentation au temple, etc. Voilà l’obéissance de S. Joseph. Elle est entière ; elle s'étend à tout. « Oh ! combien est admirable, dit S. François de Sales, cette parfaite obéissance de notre patriarche ! Voyez comme il a été, dans toutes les occasions, toujours parfaitement soumis aux ordres du ciel. Voyez comme l'Ange le tourne de toutes mains ».

Combien son obéissance aussi fut prompte ! Considérons-le dans les circonstances les plus graves et les plus pénibles de sa vie, nous verrons que toujours et partout il obéit généreusement, sans retard, sans réplique. « Son âme, a dit un saint, était comme un métal en fusion, prête à revêtir tontes les formes qu'il plaisait à Dieu de lui donner ». Faut-il interrompre les paisibles labeurs de Nazareth pour obéir à Auguste et faire un long voyage au milieu d’un rigoureux hiver, il part promptement avec Marie. Faut-il, dans la nuit, dérober Jésus aux fureurs d’Hérode et prendre le chemin de l'exil, Joseph se lève sans attendre la lumière du jour, sans faire de préparatifs et fuit en Egypte. Faut-il retourner en Judée malgré la crainte qu'il avait d'Archélaus, fils du tyran, aussi cruel que son père, Joseph revient avec le même empressement. Que d'objections n'eût pas faites un esprit moins soumis ! Mais en S. Joseph pas un instant d'hésitation, pas un mot de réplique. Il obéit à la manière des Anges, avec la même promptitude, le même empressement. A chaque ordre qui lui est donné, il répond : Je suis prêt, Seigneur, me voici !

Notre obéissance est-elle entière, universelle et prompte comme celle de notre glorieux modèle ? Obéissons-nous à nos Supérieurs, à nos Règles, sans exception, sans réserve ? N'y a-t-il pas quelque prescription que nous négligeons ? Ne mettons-nous pas quelquefois de l'hésitation dans l'obéissance ? Rappelons-nous qu'une obéissance différée aussi longtemps qu’on peut, à laquelle on se résigne après de longs retards et de longues représentations, une obéissance plutôt arrachée que donnée, est une fleur fanée qui n'a plus ni parfum ni fraîcheur, qui ne peut être agréable à Dieu.

Heureux serons-nous, au contraire, si à l'exemple de notre admirable Modèle et Patron, S. Joseph, nous faisons de la volonté de Dieu la règle invariable de notre conduite : nous y trouverons une source de délices et de félicité.

 

Les Anges. — Union à Dieu. Ferveur

A la naissance de Jésus, une multitude d’esprits célestes descendirent du ciel et vinrent dans la pauvre étable de Bethléem faire la cour à leur divin Roi descendu sur la terre pour sauver les hommes. Ils furent des premiers et des plus fervents à adorer ce petit Enfant qui, quoique dans un état si misérable, était cependant le Fils de Dieu.

Les mauvais Anges n'avaient pu comprendre ni admettre un tel abaissement et ils s'étaient révoltés ; mais les bons Anges, dans ce petit enfant, couché sur la paille, grelottant de froid, reconnaissent leur Roi, leur Dieu. Ils lui offrent leurs adorations, leurs hommages ; et, dans un instant, ils vont être ses premiers missionnaires. Quelle est leur ardeur, leur ferveur ! " Entrez en possession du trône de votre pauvreté, dit Bossuet, s'adressant au divin Enfant. Les Anges vous y viennent adorer. Quand Dieu vous introduisit dans le monde, ce commandement partit du haut du trône de sa majesté : Que tous les Anges de Dieu l'adorent ! „

Un ange se détache de la troupe des adorateurs et va annoncer aux bergers la bonne nouvelle : « Une grande joie pour tout le peuple car il leur est né un Sauveur ». Puis, après leur avoir donné les marques auxquelles ils reconnaîtront ce prodige, cet ange missionnaire rejoint la troupe céleste, et le chant de l'allégresse retentit dans les airs.

Nous aussi, en unissant nos accords aux cantiques des Anges, volons au berceau de Jésus pour mettre à ses pieds tous les tributs de notre fervent amour. Apprenons à cette sublime école de Bethléem, à être comme les Anges adorateurs de Jésus, bien pieux, bien fervents dans nos prières et, comme eux aussi, bien pénétrés partout et toujours de la sainte présence de Dieu.

 

Les Bergers. – Humilité, simplicité

L'Ange dit aux bergers : « Voici le signe pour vous : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche ». — « Repassons ces paroles de l'Ange, dit Bossuet : vous trouverez un enfant dans des langes, sur une crèche ! Allez dans la cour des rois, vous reconnaîtrez le prince nouveau-né par ses couvertures rehaussées d'or et par un superbe berceau dont on voudrait bien faire un trône. Mais pour reconnaître le Christ qui vous est né, on ne vous donne pour signal que la crèche où il pleure et les pauvres langes dont est enveloppée sa faible enfance, c'est à dire, qu'on ne vous donne qu'une nature semblable à la vôtre, des infirmités comme les vôtres, une pauvreté au dessous de la vôtre. Qui de vous est né dans une étable ? Qui de vous, si pauvre qu'il soit, donne à ses enfants une crèche pour berceau ?… Jésus est le seul qu'on voit délaissé jusqu'à cette extrémité et c'est à cette marque qu'il veut être reconnu…. ! ».

Il fallait des cœurs simples, humbles et dociles comme étaient ces pauvres pasteurs, pour accueillir. ce message. Aussi l'Ange ne le porta ni aux docteurs ni aux grands, mais aux bergers. Leurs âmes naïves s'ouvrirent à ces paroles, de même que leurs yeux s'ouvrirent aux clartés célestes. « Allons, se dirent-ils, l'un à l'autre, allons à Bethléem et voyons ce que le Seigneur nous a fait connaître ». Ils accoururent en toute hâte, dit l'Évangile ; et ils trouvèrent l'Enfant. En le voyant, ils reconnurent ce qui leur avait été dit de lui et leur foi ne chancela point devant tant de pauvreté et d’humiliation ; ils se prosternèrent devant lui et l'adorèrent. Puis, après lui avoir offert quelques humbles et modestes présents, ils publièrent ce qu'ils venaient de voir ; ils devenaient ainsi les premiers prédicateurs de l'Evangile et ils le firent si bien que tous ceux qui entendirent leur récit furent dans l'admiration. "Il fallait, dit encore Bossuet, de tels témoins à Celui qui devait choisir des pêcheurs pour être ses premiers disciples et les docteurs futurs de son Eglise. Tout est de même nature dans les mystères de Dieu. C'est bien la vérification entière de cette parole : Dieu résiste aux superbes et il donne sa grâce aux simples et aux humbles de cœur".

A l'école de Jésus et à l'exemple des bergers, comme aussi de S. Joseph, de Marie, la plus humble des créatures, de Jésus lui-même qui fut si humble, apprenons à pratiquer l'humilité, la simplicité, la modestie, ces vertus caractéristiques de notre Institut, vertus tant recommandées par mis Règles, par notre Vén. Fondateur et qui doivent être le cachet de tout véritable Petit Frère de Marie.

Avec ces vertus si peu éclatantes, nous serons néanmoins, comme les bergers, les préférés de Jésus et les premiers admis„ à lui faire la cour.

 

Les Mages. – Foi. Fidélité à la grâce. Zèle

Voyons encore clans les Mages de beaux modèles à étudier et imiter.

Les Mages ne furent pas seuls à voir l'étoile ; mais seuls ils crurent à ce qu'elle annonçait et ils se déterminèrent à faire ce qu'ils comprenaient que Dieu leur demandait. C'était un voyage long, difficile, pénible, incertain ; c'était la séparation d'avec leurs familles, leurs occupations, leurs habitudes, leur pays ; c'était la contradiction, la raillerie auxquelles ils s'exposaient ; n'importe, ils voient l'étoile, eux seuls disent : « Voilà le signe du grand Roi » ; et ils partent à sa recherche pour lui offrir leurs présents et leurs hommages.

Quand ils le trouvent sous des dehors si humbles, si pauvres, leur foi grandit encore. Ils se prosternent, eux, des rois, devant un enfant si peu ressemblant à un roi ; ils le reconnaissent pour, leur Dieu. Quelle foi !

Comme ils sont fidèles à la grâce ! Dieu les appelle au berceau, de son Fils, ils lui obéissent, quelques sacrifices qui leur soient- demandés ; sacrifice de leur repos : que de fatigues ils entrevoient dans un si long voyage et dans une pareille saison ; sacrifice de leurs inclinations les plus 'chères : patrie, famille, amis, il faut tout quitter ; sacrifice de leur réputation : ils passent pour sages et leur conduite va être taxée de folie. Les Mages n'écoutent que la voix de Dieu : ils suivent promptement la lumière de la grâce et ils la suivent constamment. Beau modèle de fidélité !

Ils sont encore des modèles pour le zèle avec lequel ils annoncent la naissance du nouveau Roi. D'abord avant leur départ, puis sur leur route et à Jérusalem même, en plein palais d'Hérode ; mais surtout au retour dans leur pays qu'ils évangélisèrent.

Les Mages ne sont que novices dans la foi ; néanmoins ils donnent une grande leçon à beaucoup de chrétiens et même à beaucoup de religieux. Leur foi est active : ils partent de suite ; elle est agissante : ils évangélisent sur la route par leur exemple et leur parole ; elle est confiante : ils s'abandonnent à la Providence ; elle est inébranlable : ils vont au bout malgré toutes les difficultés. Bel exemple pour nous !

Devenons aussi, comme les Mages, des Apôtres ardents, courageux, forts avec le bouclier de la foi : de la foi en Dieu, en N. S. et en ses promesses, en nos saintes Règles, en nos Supérieurs, en notre sublime mission d'éducateur religieux. Nous serons capables alors de grandes choses, de faire l'œuvre de Dieu dans les âmes, si, avec cette foi vive, agissante, pleine d'ardeur et de zèle, nous avons la grâce du ciel et si nous y sommes fidèles.

* *

Nous venons d'étudier tous les personnages de la Crèche et les vertus dont ils sont pour nous les modèles. Est-ce tout ? Jetons encore un coup d'œil sur ce qui frappe nos regards. Voyant notre divin Modèle naître dans la pauvreté, la souffrance et le mépris, nous apprendrons à nous détacher des biens, des plaisirs et des honneurs de la terre.

Jésus naît pauvre. — Quel cœur ne se sentirait saisi de compassion en voyant le fils d'un puissant monarque naître dans l'indigence au point de n'avoir pour refuge qu'une caverne froide et humide, sans domestiques, sans lit, sans feu ?… C'est ainsi que Jésus veut naître, lui qui a pour père le souverain Seigneur du ciel et de la terre. Mais plus il est pauvre, plus il a de charme à nos yeux, car en embrassant cette extrême pauvreté, il ne voulait que se faire aimer de nous. S'il était né dans un palais, s'il avait eu un berceau d'or, si de nombreux domestiques s'étaient pressés autour de lui, il nous aurait imposé plus de respect, mais inspiré moins d'amour. « Plus je le vois pauvre, dit saint Bernard, plus il m'est cher ». Jésus embrasse cette pauvreté pour nous faire part de ses richesses, c'est à dire de sa grâce et de sa gloire. « II s'est fait pauvre, dit saint Paul aux Corinthiens, afin que par sa pauvreté nous devinssions riches ». La pauvreté de Jésus est donc une richesse pour nous d'autant plus qu'elle nous pousse au mépris des biens terrestres et au désir des biens célestes. A la vue de la pauvreté de Jésus, les saints ont tout quitté pour se faire pauvres avec Lui.

Jésus pleure et souffre. — Il n’en est pas des larmes et des souffrances de Jésus Enfant comme des larmes que versent les enfants des hommes et des souffrances qu'ils endurent. « Les enfants pleurent de douleur, dit saint Bernard ; mais Jésus, c'est de compassion qu'il pleure ».

Les larmes sont une grande preuve d'amour. Les juifs disaient, voyant plus tard le Sauveur pleurer sur la tombe de Lazare : « Voyez comme il l'aimait ! ». De même, en voyant les larmes de Jésus, les Anges pouvaient dire : Voyez quel amour Dieu porte aux hommes ! Combien ces premières larmes et ces premières souffrances savent plaider notre cause ! Le Père céleste fait immédiatement publier qu'il rend ses bonnes grâces aux hommes : Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté !

Jésus souffre et pleure de douleur : il voit que les pécheurs s'obstineront encore à mépriser son amour. Oh ! consolons-le et apprenons de lui à souffrir et à prier pour les pécheurs.

Jésus est méprisé et rebuté dès son entrée dans la vie. N. S. apparut un jour au bienheureux Henri Suzo sous la figure d'un voyageur qui allait de porte en porte mendier un refuge ; mais tout le monde le repoussait en l'accablant d'injures et de mauvais traitements. N'est-ce pas ainsi qu’on accueille Jésus lorsqu'il va faire son entrée dans le monde ? N'est-ce pas ainsi que nous l'avons traité quelquefois ?…

Jésus frappe à la porte : « Mon fils, ouvre-moi ton cœur ! ». N'ayons pas la cruauté de le lui fermer. Qu'il y vienne prendre naissance ; et que là, comme dans l'étable, il y soit entouré de toutes les vertus dont il nous donne de si beaux et si parfaits exemples : le pur et saint amour, la parfaite innocence de la vie, l'obéissance entière, la vie d'union à Dieu, la simplicité de cœur, la foi ardente, la constante fidélité à la grâce, le détachement complet du monde et de ses faux biens, de ses faux plaisirs, de ses faux honneurs. Combien nous aurions profité à cette divine Ecole !… Qu'il en soit ainsi pour nous tous !

                                                                              F. Augustalis.

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