A lécole de Scutari

F. J.-E.

06/Sep/2010

Chaque vendredi, qui est le dimanche des Musulmans, le Sultan se rend solennellement à une mosquée de son choix, pour y faire sa prière. C'est une cérémonie religieuse qui attire toujours beaucoup de Turcs, et même d'étrangers, curieux de voir le Souverain.

Celui-ci se rend à la mosquée, en voiture. Il est suivi de quelques hauts dignitaires et entouré d'une escorte imposante. Il reste environ une demi-heure à prier et se retire avec sa suite.

On avait annoncé, pour le vendredi 5 mai, que Mehmed V se rendrait à Scutari pour y faire ses dévotions à la principale mosquée. Or, comme il y avait fort longtemps, qu'aucun Sultan n'avait visité notre ville, elle voulut lui faire une réception solennelle, à l'occasion de sa première visite.

Décoration des rues, pavoisement des maisons, haies de soldats, arcs de triomphe, rien ne fut ménagé. De plus, les écoles turques furent invitées à venir se ranger sur le parcours du cortège.

En cette circonstance, les écoles catholiques françaises crurent devoir s'unir à la manifestation publique dont le Souverain était l'objet, et se mêler aux autres écoles.

Portant une quinzaine de beaux drapeaux, notre Collège se mit en route vers 11 h. ½ pour se rendre auprès de la Caserne d'Artillerie, que le Sultan devait inspecter après sa sortie de la mosquée. Deux drapeaux français entouraient le drapeau turc en tête de la colonne et les autres s'échelonnaient sur la longueur des rangs. Nos 200 élèves se disposèrent en bon ordre à la place qui leur avait été réservée. L’école des Sœurs bordait l'autre côté de la rue.

Il y eut un peu à attendre, mais bientôt parurent des estafettes au galop, puis des chevaliers plus nombreux et des officiers plus chamarrés. Enfin l'approche de Sa Majesté fut signalée.

Derrière un piquet de lanciers à cheval, la voiture impériale avançait lentement. Quand elle fut près de nous, tous les drapeaux s’inclinèrent jusqu'à terre par trois fois, tandis que de leur côté les enfants des Sœurs jetaient des fleurs sur le landau. Le Sultan répondit par de gracieux saluts, et envoya un officier demander le nom de nos Ecoles, puis le cortège continuant sa marche, il entra à la Caserne où il était attendu. Nous demeurâmes un moment et nous reprîmes le chemin du retour pensant que tout était fini.

Mais notre démarche devait avoir une suite. Quelle ne fut pas notre surprise, le surlendemain, de voir arriver chez nous Son Excellence le gouverneur de Scutari, Faïk-pacha.

Le Frère Directeur lui fit le meilleur accueil et répondit aux questions par lesquelles Faïk-pacha montrait l'intérêt qu'il porte à notre Collège. Avant de se retirer, le Gouverneur remit au Frère Directeur un don d’environ 200 francs, comme témoignage, dit-il de la bienveillance impériale.

L’école des Sœurs fut honorée d’une visite analogue. Nous avons pensé qu’il serait bon de faire profiter la Chapelle de Rome d'une partie de ce don qui nous arrivait d'une façon si imprévue. C’est pourquoi nous partageons volontiers. Et ainsi nous ferons participer à la glorification de notre Vénérable Fondateur le chef même de l'Islamisme, qui apprécie hautement, comme on le voit, les Petits Frères de Marie qu'il possède dans son Empire.
                                                                                                                                                         F. J.-E.

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