Action catholique à lécole

12/Oct/2010

Une des dernières circulaires du Rév. Frère Supérieur Général, celle du 25 décembre 1936, pp. 570 à 584, nous a longuement entretenus des intentions du Souverain Pontife, touchant l'Action catholique et du rôle de l'Ecole chrétienne, dans cette réorganisation de la société. Il signalait quelques ouvrages pouvant nous être utiles dans ce domaine. Sans vouloir revenir sur ce qui a été si bien dit, qu'il soit permis au Bulletin de signaler un ouvrage récent qui ne peut manquer de nous aider à marcher dans cette voie indiquée par nos chefs.

Il est certain qu'à notre époque, il ne suffit plus d'être bon personnellement, comme on pouvait se contenter de l'être jadis, dans un milieu pénétré de christianisme. Il faut, de plus, se grouper pour agir-sur un monde qui se paganise.

L'avenir est aux associations puissantes, s'imposant par leur nombre, par leur action disciplinée, par leur claire vue des buts à atteindre et des moyens à employer. Il faut, pour reprendre un mot bien connu, être conscients et organisés.

 

Dès l'Ecole. — Enfin, il ne faut pas croire qu'il suffise d'admirer et d'applaudir les jeunes gens et les adultes qui se dévouent à l'Action catholique. L'École doit, de son côté, orienter les esprits, recruter les troupes, préparer les enrôlements. Le fait-elle ? En tous cas, elle peut le faire.

L'expérience, conduite avec le plus grand succès, en divers pays, pour grouper les enfants, dès leurs premières années, en associations sportives, patriotiques ou religieuses, montre que les éducateurs sont surs de réussir dans la voie qui leur est tracée, s'ils y mettent un peu d'entrain et de dévouement.

La consigne est formelle. Sa Sainteté Pie XI écrivait, le 27 octobre 1935, à l'épiscopat du Brésil, en parlant des religieux et même des religieuses : « Ils prépareront à l'Action catholique, dès l'âge le plus tendre, les petits garçons et les petites filles… », paroles qui ont été redites sous d'autres formes, en bien des circonstances.

Il ne s'agit pas, d'ailleurs, d'abandonner les œuvres déjà établies, parfois non sans peine : croisades eucharistiques, congrégations mariales et autres, mais simplement des les orienter vers le but que leur fixe le chef de l'Eglise. Elles seront ainsi un début et non une fin, comme cela arrive malheureusement trop souvent, au sortir de l'Ecole.

 

L'Action catholique à l'école primaire. — C'est ici le titre de l'ouvrage annoncé plus haut (in-8°, 390 p. Librairie Lafolye, Vannes, 16 francs). Son auteur, le C. F. Célestin-Auguste, Assistant des Frères de Ploërmel, épuise, théorie et pratique, la question qu'il traite. Ce que c'est que l'Action catholique, comment elle est possible et même nécessaire dès l'Ecole et quel bien elle y fait, tels sont les chapitres du début. Ensuite vient tout ce qui regarde le choix des militants, les soins spéciaux à leur donner et la formation du sens social. Une deuxième et une troisième parties s'occupent de tout ce qui regarde l'organisation et la marche des groupes scolaires d'élite, entraînés à l'action, soit sur eux-mêmes, soit sur leur entourage. On trouve là des plans d'instructions toutes prêtes et des développements merveilleusement adaptés au milieu scolaires. L'allure conquérante et enthousiaste soulèvera même les Maîtres.

Comme rien ne vaut une citation pour donner une idée précise d'un livre, voici quelques pages qui pourront, mieux qu'une analyse, faire prendre contact avec l'ouvrage. Elles sont tirées du Ch. V, Choix et formation des militants.

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Importance de cette formation. — Les chefs ! les cadres ! qui n'en connaît l'importance pour une armée, pour une congrégation religieuse, pour une société quelconque ? « Une communauté est chancelante, dit le Concile de Trente, si les qualités qui doivent être dans les membres ne sont pas dans le chef ».

C'est dire que l'Action catholique vaut ce que valent les militants. Les militants sont des entraîneurs: donc il faut qu'ils aient la force; ce sont des éclaireurs: donc il faut qu'ils soient lumière; ce sont des soutiens de la vertu : donc il faut qu'ils soient « le sel de la terre » ; ils doivent rayonner autour d'eux le Christ: donc ils doivent en être remplis.

Aussi bien, on ne donne pas ce qu'on n'a pas. Si l'un de nos militants ne garde pas habituellement la vie divine en son âme, il sera, non pas une aide, mais une entrave au succès du mouvement…

 

Que faut-il penser de cette objection: « On ne trouve pas de militants ? ». — Qui ne l'a entendue, cette objection, sous de multiples formes, depuis que s'élaborent partout les organisations d'Action catholique ?

Un ne trouve pas de militants !

C'est vrai, les militants ne se trouvent pas : il faut en faire !

Cela s'impose principalement et plus que partout ailleurs à l'école primaire où forcément tout, jusqu'à la fin de la scolarité, reste ébauché, inachevé, en voie de formation.

Ce qu'on trouve, si l'on veut se donner la peine de chercher, ce sont des enfants aptes à devenir de bons militants.

Il faut être raisonnable en tout, et ici le bon sens devrait nous éclairer. Dans tous les domaines, on est obligé de former des chefs, des dirigeants. Les officiers militaires ne se trouvent pas: il y a des écoles pour en former. De même, les religieux ne se rencontrent pas tout préparés; on s'adresse à des sujets qui semblent réunir les qualités requises pour la vie parfaite. Mais un long apprentissage s'impose à chacun.

 

Qui choisir ? — La question est délicate et sa solution de la dernière importance. On ne transforme pas une nature; tout au plus réussit-on à l'améliorer et à l'adapter. Si notre choix tombait sur des indignes ou sur des incapables, nous irions à un échec certain. Et un échec, au début surtout, est pis que si nous n'avions rien essayé; il peut compromettre le succès pour plusieurs années.

De grâce, que notre choix soit objectif, très objectif, tout objectif ! Cela suppose que, pour les observations et les recherches, on consulte beaucoup plus sa tête que son cœur… Si le cœur nous proposait des noms avant tout examen des qualités requises, nous devrions réagir énergiquement; autrement gare à l'échec !…

En vain donnerions-nous le titre de militant à un garçon bon et gentil mais sans influence; les meneurs auraient vite fait de le perdre dans l'opinion générale, et le soutien que nous lui apporterions n'aboutirait qu'à engendrer le mauvais esprit.

 

Qualités essentielles des militants. — Nos candidats doivent être intelligents, généreux, influents.

Quand nous rencontrons ces trois qualités dans un élève, nous pouvons le prendre comme militant, dix-neuf fois sur vingt nous n'aurons pas lieu de regretter cette élection.

L'intelligence ne suffit pas, même si elle est unie à la vertu ; il faut de toute nécessité l'ascendant qui s'impose et en impose.

Dans notre groupe cherchons d'abord à discerner les enfants qui ont de l'influence sur leurs camarades et qui en sont estimés, ceux vers qui tout le monde se tourne, comme d'instinct, pour organiser un jeu, pour recevoir un mot d'ordre.

Au besoin, profitons de certaines circonstances pour faire voter: presque toujours le vote tombera sur des enfants influents, sur des meneurs. S'ils sont, en outre intelligents et bons, n'en doutons pas, nous avons sous la main les coopérateurs que nous cherchons.

Ne rejetons pas trop vite les meneurs dont la conduite laisserait quelque peu à désirer. S'ils sont bien doués, surtout s'ils ont l'estime de leurs camarades, nous avons tout espoir de les gagner à la cause du Christ, pour peu que nous sachions leur présenter cette cause dans ce qu'elle a d'aimable et de passionnant pour un cœur généreux. S'ils ne sont pas meilleurs, c'est que trop souvent, comme les ouvriers de la parabole évangélique, « personne ne les a loués », personne n'a songé à s'emparer de leurs énergies pour les appliquer à une noble et grande cause.

Ici l'ouvrage cite une belle histoire de jeunes communistes, retournés par un prêtre zélé et qui sont devenus l'espoir de sa paroisse. Ce n'est pas l'un des moindres mérites de l'ouvrage que les nombreux exemples dont il est émaillé.

Citons-en un, parce qu'il est court: celui d'un jeune ouvrier que les camarades s'amusent à « blaguer ». « Qu'est-ce que c'est que ton insigne J. O. C. ? Ça doit vouloir dire Jocrisse ! » « Non pas ; ça veut dire : Jésus, Ouvrier, Charpentier ».

 

Age de nos militants. — Certains maîtres ne disent-ils pas avec conviction : « Que voulez-vous faire avec des mioches ? C'est perdre son temps et sa peine ! » Ils ne s'expliquent pas qu'on puisse même songer à faire de l'Action Catholique dans les petites classes.

Ceux qui parlent ainsi obéissent à de misérables préjugés ; mais ils sont en contradiction formelle avec le Pape de l'Action Catholique et avec les principes les plus élémentaires de la pédagogie.

S. S. Pie XI compte beaucoup, pour le succès de l'Action Catholique, « sur l'aide des nombreuses familles religieuses de l'un et de l'autre sexe », aide qu'il qualifie de « plus valide et de plus large que toute autre ».

Cette aide, ils la donneront, explique-t-il, « tout particulièrement en préparant à l'Action Catholique, dès l'âge le plus tendre, les petits enfants… Il ne sera pas difficile d'entreprendre ce travail salutaire en s'occupant particulièrement et avec un intérêt affectueux des tout-petits ».

D'autre part, il est trop évident que plus l'enfant est jeune, plus il a de facilité à se faire une mentalité et des habitudes chrétiennes. La grâce baptismale est très active dans un enfant de sept à huit ans. N'est-ce pas le moment de lui révéler un grand idéal et de jeter dans son jeune cœur la semence d'idées généreuses ?

A cet âge encore tendre, l'élève fera de l'Action Catholique à sa petite taille, c'est entendu; mais il en fera, et de très authentique; car l'Esprit-Saint se plaît à agir dans les « petits » et par les « petits ». Qui sait même si, une fois ou l'autre, ce « petit » ne nous donnera pas — à nous qui sommes « grands » — une rude leçon ?

.Mais le plus grand avantage de cette formation précoce, c'est que l'enfant, devenu adolescent, aura une mentalité d'Action Catholique, et qu'il sera une recrue toute préparée pour les sections des jeunes gens… »

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Arrêtons ici ces extraits qui suffiront à donner envie de lire tout l'ouvrage. Il aidera à continuer plus habilement ou du moins à commencer l'œuvre tant de fois recommandée par le Souverain Pontife.

Ah ! si toutes les directives des Papes étaient, chaque fois, suivies avec ensemble, et exécutées avec discipline, le monde irait-il comme il va ?

Si toutes les écoles chrétiennes, celles de France, par exemple, avaient, par une action concertée, versé chaque année l'ensemble de leurs élèves dans les diverses sections de la J. O. C. ou de la J. A. C. qui sont de la meilleure Action catholique, où en serions-nous, maintenant que ces groupements, après dix ans d'existence, offrent partout les cadres voulus pour leurs adhérents ?

Comme ces écoles déversent annuellement 150.000 jeunes gens dans la société, cela ferait à ces groupements de Jeunesse Catholique un million et demi de membres. Or, il y en a cent mille. Il doit bien y avoir, dans cette affaire, des gens qui n'ont pas fait tout ce qu'on attendait d'eux.

Ne serait-ce pas ceux qui gémissent perpétuellement de l'audace des méchants ? Elle n'est pourtant faite que de l'inertie des bons. Puisse du moins l'ouvrage dont on vient de parler leur donner et les moyens qu'ils ne devineraient pas tout seuls et surtout l'envie de les utiliser !

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Table du volume XV (1935-1937)...

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