Apologétique de Lourdes

22/Oct/2010

Bernadette annonce au monde les dix-huit apparitions de Lourdes. Le peuple s'étonne ; les médecins l'observent ; les pouvoirs publics l'interrogent et la menacent.

L'évidence est là : cette illettrée sans mémoire, sans imagination, n'est ni menteuse ni folle. Nul être humain ne lui dicta son rôle. Elle l'a reçu du Ciel. Déjà, elle apporte ses preuves. Elle est candide, loyale et de sain jugement.

Elle transmet, dès le début, une haute spéculation théologique qu'elle ne peut tirer de sa subconscience d'ignorante.

La Dame, avec elle, égrène son chapelet. Elle glorifie le Seigneur par un beau signe de croix, lui adresse l'action de grâces du Gloria Patri, mais ne lui adresse pas les demandes terrestres du Pater. Elle ne se salue pas, ne se prie pas elle-même par l'Ave Maria. C'est bien Notre-Dame. Elle va affirmer son glorieux privilège par un vocable inconnu de Bernadette, Je suis l'Immaculée Conception, que l'abbé Peyramale va comprendre, et bientôt l'Evêque et l'Église avec lui.

Le miracle confirme sa venue, avec la source, miraculeuse en ses effets comme en son jaillissement.

Monseigneur Laurence reconnaît la loyauté, le désintéressement, les vertus de la voyante dont les dires confirment les vérités acquises sans y ajouter de l'inédit.

Ils s'appuient sur les miracles et portent des fruits de salut.

Selon les règles de Benoît XIV pour le discernement des apparitions, l'évêque proclame, le 21 janvier 1862, la vérité des apparitions de Lourdes.

Pie IX en reconnaît, dès 1869, la lumineuse évidence et, après lui, tous les Papes.

Quelle créance accorder à cette affirmation ?

Nous admettons de foi divine les vérités de la Révélation, contenues dans nos Livres Saints et dans la Tradition.

L'Église en garde le dépôt, le fait valoir, et, selon les besoins des temps, en explicite d'opportunes vérités. Selon le non novum, sed nove de saint Vincent de Lérins, elles ne sont point nouveauté, mais simplement affirmées de façon nouvelle.

Telles sont les définitions solennelles de l'Immaculée Conception, de l'Assomption, oracles du Pape infaillible. Nous les acceptons de foi divine et catholique.

Mais, puisque, les révélations privées ne sont point exclues de la vie de l'Eglise, « non pas pour révéler une doctrine nouvelle, dit saint Thomas, mais pour la direction de la conduite humaine », elle peut les accepter quand elles apportent leurs preuves.

Elle en autorise la croyance par persuasion, non par ordre.

Nous les admettons de foi humaine sans que l'admission s'en impose à tous.

Le bénéficiaire d'une révélation privée doit l'accepter s'il est certain de l'avoir reçue.

Le fait de Lourdes s'impose à moi par un demi-siècle d'études. Le rejeter me serait une faute contre la lumière.

Celui qui n'en a pas perçu l'évidence peut demeurer dans l'expectative.

Mais, s'il est vrai qu'au témoignage de tant d'hommes et de faits, le surnaturel à Lourdes afflue et déborde, il est sage d'en mesurer le cours, de remonter à sa source première.

L'homme qui souvent raisonne selon ses préjugés et ses désirs secrets m'objecte : « Le Lourdes de 1858 est lointain, et depuis, quelle part de légende y ont ajouté des ferveurs naïves… En a-t-on fait la critique suffisante ? »

Déjà saint Chrysostome a répondu : « Si vous ne croyez pas aux paroles, croyez aux faits ».

Depuis un siècle, guérisons corporelles et spirituelles s'affirment en cette terre de prodiges, unique depuis l'Évangile.

Or notre Dieu est le Dieu de Vérité. S'il n'y avait eu ici au début qu'une invention d'enfant, Dieu n'en autoriserait pas l'erreur par tant de miracles. Il serait le Dieu de mensonge. Il ne serait plus Dieu.

Saint Augustin a écrit lumineusement : « Puisque Dieu n'est plus reconnu, dans la munificence de sa création, Il s'est réservé de faire, en dehors du cours de la nature, non pas des œuvres plus grandes, mais des œuvres inaccoutumées par lesquelles II réveillerait l'attention des hommes et se démontrerait plus facilement à eux. »

Telle est la signification des prodiges de Lourdes dont 'la continuité confirme la vérité des Apparitions et le message de Notre-Dame.

Quels en sont les enseignements majeurs ? Ils glorifient tout d'abord les vertus cachées de l'humble Bernadette.

La Dame ravissante lui promet le bonheur, non pas en ce monde, mais dans l'autre.

Il y a donc un autre monde, d'où vient la céleste vision. Nous y pourrons être heureux ou malheureux.

« Ce bonheur promis, il faut que je me le gagne », dit Bernadette. Il nous faut le mériter à sa suite par nos vertus. Enseignement qui illustre la révélation du 25 mars : « Je suis l'Immaculée Conception ! » Jésus a aimé sa Mère plus que ne le pourraient tous les enfants des hommes.

Dans son immense amour, il ne lui a donné ni l'or, ni la puissance, mais le seul bien éternel, ineffable, participation aux richesses divines. Il l'a, à jamais, délivrée du péché.

Pour que nous la puissions suivre de loin, sur le chemin de la perfection, Notre-Dame nous lègue, à Lourdes, la loi du salut : Prière et Pénitence.

Nous ne nous sauverons pas sans lutte, sans pénitence.

Pour en accomplir le rude effort, il nous faudra la prière, l'appel aux lumières et au secours de Dieu.

Les rites extérieurs n'y suffiront pas. Il nous faudra les vivifier par la loi de charité en sauvant les autres avec nous : Priez pour les pauvres pécheurs.

Qui nous gardera de notre sens personnel en ce devoir difficile ?

Allez dire aux prêtres, annonce la Vierge à Bernadette… comme pour affirmer que dans l'Eglise, le Prêtre, l'Évêque et la Hiérarchie doivent sauvegarder la morale et la Foi et commander au culte.

A Lourdes donc, les prêtres ont édifié les temples, amené les foules qu'ils jugent et absolvent au tribunal de la Pénitence, qu'ils conduisent à l'Hostie dans l'adoration et la communion de ce sacrement d'unité.

Et le miracle confirme la doctrine. « Monsieur l'Abbé, me disait un jour l'éminent docteur Juge de Marseille, je communie tous les jours. J'ai vu et palpé de mes mains un miracle eucharistique chez Mme Augault. »

Deux pasteurs protestants m'écrivaient naguère du Jura : « Nous acceptons les miracles de Lourdes, récompense de la foi ».

Je les remerciais, quand ma méditation dépassait la leur.

Il est chez nos frères séparés des âmes nobles, ferventes, pleines de mérites.

Pourquoi donc une telle gerbe opulente de miracles ne se récolte-t-elle que dans notre climat catholique, où nous cultiverions, selon le protestantisme, tant d'erreurs et de superfétations : l'Immaculée Conception, la confession privée, la Présence réelle, le Rosaire, le culte des images et des Saints, aux églises comme au Calvaire ?

Dieu favorise-t-il donc solennellement les superstitions ! Je demande aux âmes éclairées d'y réfléchir plus avant.

Pour nous catholiques, Lourdes confirme nos hiérarchies, nous attache davantage à l'Eucharistie, à Notre-Dame, Toute-Puissance d'intercession, à l'Infaillibilité doctrinale du Pape, si heureusement appuyée par la révélation du 25 mars.

Ces vérités ont éclairé, ramené bien des âmes sur les chemins de Dieu, malgré que, parfois entrevues et goûtées à demi, elles n'aient pas fixé tous les cœurs à son service.

Pour y parvenir il faut la grâce efficace. Dieu ne la refuse pas à celui qui obéit à sa conscience.

Que demande cette conscience à nos sincérités ?

Qui facit veritatem, venit ad lucem, accepter la loi morale qu'elle nous dicte.

Des sirènes dangereuses parlent au cœur de l'homme : passions basses, égoïsmes pervers et, chez de nobles esprits, l'orgueil d'une raison qui se cabre devant le mystère et le refuse.

Ernest Psichari l'a écrit : « Pour accepter le surnaturel, il faut se faire une âme de cristal, la dégager de ses sophismes, de ses convoitises et la rendre ainsi perméable à la lumière. »

Il faut aller au vrai avec toute son âme ; et, pour y conduire nos frères, de toute notre âme aussi, leur apporter le don de nous-mêmes.

En une vigile d'Assomption, une miraculée me disait devant un intime témoin : « Pour ramener à Dieu une âme très chère, je veux bien souffrir à nouveau et mourir au bout ».

Le 16 au matin, un prêtre accourait nous raconter la communion du 15 et la joie débordante du converti qui, en cette vigile d'Assomption, à l'heure même où s'offrait un filial sacrifice, s'était confessé.

Étonnante rédemption dont Lourdes nous a donné plus d'un exemple !

Pour que l'apologiste conduise à la vérité, il faut plus que des argumentations subtiles ou fortes. Il y faut ajouter charité, prière et pénitence. C'est la voie intégrale qui conduit à Dieu.

                          Joseph Belleney,

(Article paru dans la revue canadienne « Marie »,

janvier-février 1954, p. 80-81.)

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