Arlon: La LĂ©gion de Marie

13/Apr/2010

Tout à Jésus par Marie. Tout à Marie pour Jésus, (B, M. Champagnat).

« L'esprit de l'Institut est de conduire les âmes à Jésus par Marie. » (B. C, art. 49.)

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Premier contact avec la Légion de Marie.

C'est à la suite d'une visite de Miss O'Brien, Irlandaise qui lança la Légion en France, après de nombreux contacts avec d'autres præsidia de religieuses et de religieux, après beaucoup d'hésitations et de prudence humaine, que les Frères de l'Institut Sainte-Marie d'Arlon ont fondé, avec la permission du Révérend Frère Supérieur Général, le premier praesidium de religieux maristes. Ils ont répondu au vœu de leur Frère Provincial par esprit d'obéissance, pressentant tout le bien que pourrait réaliser la Légion de Marie non seulement dans la paroisse, mais aussi dans chacune de leur vie comme dans l'âme de leurs élèves. Ils ne regrettent pas cet acte de foi et d'obéissance qui porte déjà ses fruits.

La Légion de Marie nous vient d'Irlande, où Frank Duff a été l'instrument de Notre-Dame. Il fut saisi par la grâce à la lecture du livre Le Secret de Marie, de saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Avec Marie, il voulut « accomplir de grandes choses pour Dieu et pour le salut des âmes ». Le premier praesidium fut fondé à Dublin en 1921. La Légion était née et c'est par milliers que les prœsidia de laïcs se répandirent à travers 1.300 diocèses du monde, dans lesquels 20 millions de légionnaires se livrent à l'apostolat avec Marie, par Marie et pour Marie, selon la belle devise du Bienheureux Marcellin Champagnat. Il n'est pas étonnant de voir une telle similitude entre ces deux saints, ils s'inspirent à la même source : Marie. Que ceux de nos Frères qui veulent comprendre et vivre toute la richesse de la spiritualité légionnaire lisent et méditent le Manuel officiel de la Légion de Marie, et la Théologie de F Apostolat légionnaire, par Mgr Suenens. Tout est possible quand on a Marie avec soi, quand on vit en union avec Elle et qu'on prend part à sa maternité spirituelle. Marie conduit à Jésus, elle n'existe que pour Jésus, dit notre Fondateur. Comme Marie, nous devons être tout dévoués aux âmes. La Légion, c'est la maternité de Marie en marche.

 

La fondation du premier praesidium de Frères Maristes.

Des præsidia d’élèves laïcs fonctionnent à l'Institut Sainte-Marie depuis 1954 ; des aînés de 15 à 22 ans s'y dévouent. Mais aucun præsidium composé uniquement de Frères n'existait encore. C'est le 13 mars 1958 que le premier praesidium de Frères Maristes fut fondé, sous le vocable de Notre-Dame du Bon-Conseil. Il est composé de 18 membres actifs appartenant à la Communauté et au Scolasticat : Frères employés dans l'enseignement ou aux travaux manuels, étudiants de l'Ecole normale et du secondaire supérieur. Les réunions se tiennent tous les mardis, de 19 h. 30 à 20 h. 30 ou 20 h. 45, pendant la récréation et la prière du soir, les Frères étant déjà plus que surchargés. En outre, chaque semaine, une heure est consacrée à un travail actif substantiel : visites légionnaires, toujours à deux, dans les quartiers désignés par le clergé paroissial ; nous avons demandé et obtenu que le quartier le plus pauvre d'Arlon et le plus abandonné nous soit réservé, heureux de nous replonger dans l'esprit d'humilité et de pauvreté de nos premiers Frères. La réunion du praesidium est partagée entre la prière, une courte allocution du directeur spirituel, qui est un Frère et non un prêtre, et les comptes rendus que tous les légionnaires font du travail apostolique qui leur a été imposé par le président. Tout se déroule dans une atmosphère de piété, de fraternité et de franchise.

 

Le travail du præsidium.

Depuis sa fondation, 500 visites environ ont été faites aux familles désignées par le président.

Comment prendre contact avec les foyers ?

Aucune formule-clé n'est donnée ; les légionnaires doivent s'en remettre à l'Esprit-Saint et à Notre-Dame qu'ils prient en se rendant à leur travail apostolique et en revenant. Les thèmes de la conversation varient suivant les milieux, les caractères, les circonstances. Il va sans dire que la prière ne dispense pas les légionnaires de mettre toute leur imagination et leur tact, leur faculté d'adaptation et toutes leurs qualités humaines au service de Notre-Dame. Dans chaque visite, on doit aboutir, plus ou moins rapidement suivant le cas, aux problèmes religieux. Il est formellement défendu aux légionnaires de donner ou de recevoir quoi que ce soit à l'occasion de leur visite : vin, cigares, cigarettes, aumônes, etc..

Voici en bref quelques activités de notre præsidium :

— visites en vue d'un retour à la messe dominicale ou pratique dominicale plus fidèle ;

— campagne pascale auprès d'incroyants ;

— Visites à des membres auxiliaires ou priants (voir manuel) ;

— visites en vue du recrutement de membres actifs ou auxiliaires ;

— prière en famille à remettre en honneur ; plusieurs légionnaires l'ont faite avant de quitter certaines familles très indifférentes ;

— dévotion au Sacré-Cœur, à Notre-Dame ; rosaire perpétuel (œuvre paroissiale), pratique des trois Ave, médaille miraculeuse ;

— régularisation de certaines situations matrimoniales ; quelques-unes nous semblent momentanément sans issue ; ces visites font cependant un très grand bien, sont demandées par ces familles irrégulières et maintiennent le contact avec l'Eglise et avec Dieu ;

— rectification de nombreuses erreurs concernant la messe,

l'Eglise, les prêtres, la souffrance, les formes superstitieuses d'une religion mal comprise, caricaturale ;

— visites en vue d'obtenir la participation de militaires à des retraites fermées ;

— campagnes en faveur de la bonne presse ;

— recrutement indirect pour les écoles catholiques en signalant aux professeurs ou à l'Action catholique des hommes, les familles où les légionnaires ont repéré des enfants en âge d'école ; jamais nous ne recrutons directement nous-mêmes ;

— visites à l'hospice et à l'hôpital de la ville ;

— projet de fin d'année : chants de Noël par la chorale des Rossignols de Sainte-Marie, en aube blanche, à l'hospice, à l'hôpital, dans les rues du quartier pauvre de Saint-Donat tandis que d'autres jeunes gens rappellent aux gens, aux malades et aux blessés le vrai sens chrétien du mystère de Noël et les invitent à le célébrer saintement ; les Frères offriront leur aide aux prêtres des petites paroisses afin de rehausser les offices de Noël : culte, lectures, commentaires des cérémonies, chants, etc..

Après ce premier stade, le praesidium acceptera des membres laïcs, professeurs de préférence, et lors d'un troisième et dernier stade, les religieux déborderont dans un apostolat permanent qu'ils devront animer d'un souffle plus surnaturel : J.E.C., Croisade eucharistique, patros, Cadets, Plaines de Jeux, direction d'autres præsidia de jeunes laïcs d'où nous espérons voir sortir des vocations. Cette évolution se fera incessamment selon les directives des autorités légionnaires du senatus.

 

Le retentissement dans la vie spirituelle des Frères légionnaires.

La condition essentielle pour recueillir les fruits de l'activité légionnaire est de s'y donner totalement, généreusement, « d'entrer dans le jeu ».

Après huit mois d'activité, il nous est possible d'affirmer que, tant par la réunion hebdomadaire que par les visites qu'elle impose, la Légion de Marie est une école d'initiation à l'apostolat concret pour les jeunes religieux… et pour beaucoup d'anciens ; une école de prière et de confiance malgré tous les obstacles ; une école de charité et de patience envers les âmes ; une école de douceur et d'humilité face à notre impuissance devant certaines résistances ; une école d'audace apostolique et de domination de sa peur.

Instinctivement, les légionnaires s'interrogent sur leur propre vie intérieure, sur leur apostolat auprès de leurs élèves et ils décident de travailler davantage les âmes, de se pencher sur leurs difficultés, de les préparer à la vie, d'animer les activités apostoliques existantes.

Voici quelques témoignages de jeunes religieux qui montrent que la Légion de Marie est une bonne initiation à l'apostolat :

« La Légion ouvre les yeux sur les misères matérielles et morales des familles ; je vois la vie telle qu'elle est et non telle qu'on la montre ou la chante si souvent. »

« Je me rends mieux compte des difficultés que rencontrent les prêtres dans leur apostolat ; j'essaie de les aider au lieu de les critiquer. »

« A présent, je comprends, l'apostolat parce que je le pratique moi-même ; il y a un monde entre la pratique et la théorie, car le formalisme nous menace tous. »

« Certaines situations matrimoniales ont amené le président de la Légion à éclairer certains d'entre nous, en toute franchise et sérénité au cours de la réunion du præsidium ; cela nous est d'une grande utilité pour notre formation à la vie. »

« Il me faut du courage pour recommencer chaque semaine. Le succès n'est pas toujours tangible. Une longue patience est nécessaire. »

« L'effort, le sacrifice, le courage nécessaire pour accomplir le travail légionnaire prescrit par le président, ne saurait rester sans fruit, car les visites sont loin d'être toujours agréables ! Que de fois la peur me prend avant de sonner au numéro indiqué… Et en ce moment comme je préférerais donner une causerie emballante sur l'apostolat. J'y pense parfois dès le matin et je prie pour ceux que je contacterai… La conversation une fois engagée, toute peur disparaît. Et quelle joie quand la visite est terminée et que le travail apostolique a été fructueux, bien qu'il n'y ait pas d'échec à la Légion… mais un succès remis. Beaucoup de mes Frères légionnaires préféreraient rester au couvent à faire les plus dures besognes !… Certains, il est vrai, disent n'éprouver aucune crainte, mais c'est l'exception ! Moi, je l'avoue, j'ai encore peur… »

« A la fin d'une visite particulièrement émouvante chez des chrétiens qui, pour des raisons d'ordre moral, avaient abandonné toute pratique religieuse mais avaient promis (et ils ont tenu parole) d'être désormais fidèles, nous avons récité ensemble la prière en famille. Plusieurs fois nous nous sommes permis de prendre cette initiative qui a fait une profonde impression. Après, nous étions nous-mêmes étonnés de notre audace… Il est vrai que le climat y était. »

— Ma prière est moins particulariste, moins égoïste ; je l'étends à toutes les âmes que j'ai rencontrées et auxquelles j'ai parlé de Dieu et de Notre-Dame. Il n'y a pas seulement « mes petits problèmes » ; à côté de moi des âmes se débattent dans des difficultés sans proportions avec les miennes… et je n'en savais rien. »

« Je suis rentré heureux de cette visite. Visiblement, la grâce travaillait ces âmes, fermées d'abord, mais qui s'ouvraient peu à peu et se confiaient à moi, jeune religieux inexpérimenté, tandis que mon frère légionnaire, silencieusement, priait à mes côtés. »

… Et quelques témoignages de Frères plus âgés :

« Je connais mieux le milieu d'où viennent et où vivent mes élèves. Que de préventions tombent. Je les vois avec d'autres yeux. »

« Les quartiers pauvres sont tout heureux de recevoir la visite des Frères, de ne pas se sentir abandonnés. J'ai pu constater de mes yeux la misère de nombreuses familles : taudis sans feu, sans lumière, locaux exigus, vêtements élimés, nourriture insuffisante. J'ai rendu visite à de vrais pauvres et je suis presque honteux du bien-être dans lequel je vis. Beaucoup de mes Frères légionnaires préfèrent les quartiers pauvres aux quartiers bourgeois. »

« Contrairement à ce que certains croient, il n'y a pas de danger pour les jeunes religieux. Toujours nous allons à deux, souvent un scolastique et un Frère plus expérimenté. De plus, le président reste prudent dans la distribution hebdomadaire. »

« Ce sont les jeunes religieux qui nous ont donné de l'allant, de l'enthousiasme, souvent ils ont plus d'audace que nous, plus de confiance, plus de fidélité. »

« Je suis convaincu de mon impuissance. C'est en vain que j'essaye de changer une âme. Elle est fermée, sensible, délicate. Seule la grâce peut être efficace. On me l'a dit… mais je ne l'ai jamais si bien expérimenté depuis que je suis légionnaire. Divorce entre pratique et théorie… »

« Chaque fois que j'entre en contact avec un ancien de l'Institut, je lui parle d'apostolat : ce que je n'aurais jamais fait avant d'être légionnaire. »

 

Conclusion.

Ce n'est que petit à petit que nous découvrons la richesse de l'apport légionnaire. Nous avons été très lents à nous rendre à la grâce… Nous nous sommes d'abord retirés derrière un paravent d'objections que nous croyions irréfutables… Nous avons résisté parce que nous ne savions pas très bien où l'on nous conduisait et surtout, avouons-le, parce que nous avions peur de ce que la Légion allait nous demander… A l'expérience, les objections sont tombées l'une après l'autre, nous avons compris et le courage nous a été donné…

Nous remercions l'Esprit-Saint et Notre-Dame de nous avoir aidés à triompher de nos prudences humaines et à poursuivre le but de cette expérience d'un an : enrichir et raviver notre zèle pour le salut de nos élèves.

Ceux qui n'ont pas fait le pas décisif ne peuvent pas nous comprendre entièrement. Qu'ils nous permettent de leur conseiller d'assister à un de ces nombreux congrès légionnaires de religieux qui se tiennent dans tous les pays du monde. Comme nous, ils en reviendront au moins ébranlés : que leur humble soumission à la grâce de l'Esprit-Saint les décide à grossir les rangs des religieux légionnaires de Marie. Et comme nous, ils remercieront Dieu et Notre-Dame de leur avoir dessillé les yeux.

Arlon, le 8 décembre 1958.

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