Barcelone et environs

11/Oct/2010

Ce sont des scènes analogues qui se sont passées un peu partout. Donnons, dans un abrégé aussi sec qu'éloquent, le résultat des premières journées de l'empire rouge qui a établi la terreur en Catalogne. Il suffira de raisonner par analogie pour savoir ce qui s'est passé partout ailleurs.

 

San José Oriol. Le dimanche soir, dès qu'on eût vu brûler les couvents d'ici de là, Mr le curé comprit bien ce qui allait arriver à son église et aux dépendances qui l'entourent. Il chercha donc à mettre diverses choses en sûreté.

Les Frères qui se trouvaient à la maison, pendant que d'autres étaient en promenade eurent aussitôt la même idée. Le F. Econome prit sur lui une somme de 12.000 pesetas et distribua le reste aux Frères présents en leur recommandant bien de ne pas se laisser voler.

Comme ils essayaient de sauver un peu de linge aussi, voilà que les incendiaires sont là… Aussitôt les Frères sont entraînés dans la rue et placés contre un mur.

On commence à les fouiller, en même temps que les valises qu'ils avaient préparées.

Le chef constate que le F. Econome a de l'argent, mais le lui laisse. Un de ses hommes le fouille à son tour et lui enlève la somme. Le chef averti promet qu'on rendra tout mais, pendant ce temps, le voleur a disparu.

Une fois fouillés, les Frères peuvent s'en aller, pendant qu'on va mettre le feu à la maison. Ils se dispersent chez des particuliers qui veulent bien les accepter. Un des Frères arrive pendant que le Collège brûle et, ne sachant que devenir, se réfugie à l'hôtel où, le lendemain, devait se trouver la communauté de Serra.

Le dimanche ne fut brûlée que la partie où se trouve le parloir, un peu séparée du Collège proprement dit. Le lundi, de bon matin, le F. Econome put donc revenir, pénétrer et emporter 3.000 pesetas et trois machines à écrire, ainsi que quelques habits. Mais, sur ce, les incendiaires lui intimèrent l'ordre de ne plus approcher. Le Collège fut brûlé quelques heures plus tard, ainsi que l'église et la cure.

 

Les deux Collèges de la rue Lauria N. 38 et 58. — Les Frères de ces deux Collèges furent réduits, par crainte de ce qui les menaçait, à sortir de leurs maisons. Ils purent heureusement aller où ils voulaient et même eurent le temps de retirer leur linge et du mobilier. Deux jours après les deux collèges étaient déclarés propriété de la Generalidad. Ils ne furent pas incendiés, sans doute parce qu'ils font partie d'un pâté de maisons.

Le F. Epifanio et son cuisinier, qui furent trouvés dans l'un des Collèges après cette déclaration furent conduits en prison, d'où on les relâcha quelques jours plus tard.

 

Collège San Olegario. — Dès le lundi, 19 juillet, la communauté, jugeant que le séjour dans la maison devenait compromettant, se prépara à l'évacuer. Mais, avant même d'arriver dans la rue, les Frères trouvèrent ceux qui allaient les saisir. De suite, on les mena à la Police. De là, ils furent conduits dans les cachots du Bureau central et, celui-ci étant encombré, ils furent internés sur le bateau « Uruguay ». Ils étaient 6, dont l'un français, F. Adalbéron, fut délivré par le consulat français, après un mois de détention.

 

Sans. — Cette maison est composée de deux bâtiments, l'un, beau Collège récemment construit, a été complètement détruit par le feu. L'autre, datant d'une trentaine d'années, qui comprenait deux classes et les appartements de la communauté, a été saccagé. L'église et la cure voisine ont été brûlées aussi.

Les Frères purent se sauver chez des amis et y restèrent si bien cachés qu'on n'en eut pas de nouvelles pendant plusieurs jours. Trois d'entre eux n'ont même pas reparu, il faudra probablement les compter parmi les morts.

 

Badalona. — Les Frères durent sortir en hâte et sans presque rien emporter. Le F. Directeur n'eut que le temps de prendre l'argent et quelques papiers. On put enterrer au jardin l'argent en numéraire. Le F. Julio, ayant pénétré quelques jours après, on le laissa faire, mais on le suivit et il fut saisi à son nouveau logis, ainsi que les FF. Antibe et Gumesinde. Le F. Antibe, comme Français, fut remis à son consulat qui le fit parvenir en France, les deux autres n'ont pas été revus. Le reste de la communauté, après quelques semaines, a suivi le sort des autres Frères de Barcelone, où ils se sont rendus.

 

Mataró. — Les deux maisons de cette localité ont été traitées avec plus de considération. Les FF. y sont restés tranquilles et, jusqu'au 15 septembre, ils ont pu habiter. le Collège Valldemia. Ce jour là, on leur demanda les clefs et ils durent aller se loger dans.la ville. II en fut de même à l'externat. On les a laissés tranquilles jusqu'ici, c'est-à-dire jusqu'à fin septembre. Il semble qu'ils ont été depuis emprisonnés, la plupart.

 

Canet de Mar. Dès les premiers jours de la révolution, les FF. durent se cacher. Le F. Directeur put aller à Gerona, dans sa famille. Le. F. Félix-Dionisio, qui était venu de Burgos quelques jours auparavant, passa, grâce à son diplôme de licencié, pour un professeur de l'université de Saragosse et, n'étant pas connu, fut laissé tranquille. Le Comité lui trouva même un emploi de secrétaire. Quant aux Frères Salvador-Luis et Leandro-José, ils essayèrent de se cacher dans une maison de campagne, puis à San Cipriano, puis à Celella chez le père du F. Ricardo-Jaime. Là ils furent pris, emprisonnés et finalement massacrés, probablement dans le cimetière, fin juillet.

 

Gerona. — Les FF. des deux maisons purent s'échapper et se loger en ville. Mais six d'entre eux qui furent découverts dans un hôtel furent emprisonnées. L'un d'eux, suisse, F. Grimoald. fut délivré et rapatrié par son consulat.

Les autres sortirent peu à peu, pour se cacher de nouveau.

 

Palafrugell. — Les trois Frères purent se sauver, l'un chez sa sœur, le plus jeune à Pontós, d'où il put atteindre Espira de l'Agly et le F. Directeur, ayant voulu revenir à Palafrugell, fut pris et tué à La Bisbal.

 

Sabadell. L'Ecole de la rue Belgica fut brûlée: deux Frères français purent passer la frontière, les autres vinrent à Barcelone. L'autre Ecole fut confisquée par la Generalidad, et les Frères dispersés.

 

Igualada. — Les Frères furent laissés tranquilles les premiers jours, puis on vint enlever tous les objets religieux et ceux de la chapelle. Ensuite on mit les Frères à la porte, leur permettant- tout de même d'emporter leurs effets personnels. Les Frères ont dû se loger comme ils purent chez des particuliers.

 

Villafranca de Panadès, La Garriga, Centellas. — Dans ces trois établissements il y eut à peu près les mêmes scènes : abandon de la maison, essai de se loger chez des particuliers et des parents, puis, pour la plupart, refuge à Barcelone.

 

Torello. — La communauté resta tranquille pendant quelques jours. Ensuite, les Frères durent sortir de chez eux, mais purent emporter leurs effets et le F. Directeur resta à Torello, comme chargé de la comptabilité d'une Société. F. Rodrigo se retira à Barcelone, chez ses parents, où il fut pris quelque temps après et on a, depuis, perdu sa trace. F. José-Eladio fut conduit à Avellanas chez ses parents, par la Fédération anarchiste. Les autres se dissimulèrent à Barcelone.

Arrêtons ici cette liste lugubre et passons à d'autres champs de désolation.

Disons toutefois que depuis que ces lignes ont été écrites, la situation a bien empiré. Au mois d'octobre on signalait 60 Frères environ emprisonnés à Barcelone et depuis, à en juger par quelques nouvelles plus ou moins confuses, ce chiffre a encore augmenté.

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