Bénédiction de lécole catholique de Libin

04/Sep/2010

Libin est un joli bourg de 1.500 âmes, situé dans la province belge du Luxembourg, sur le plateau des Ardennes, au milieu de campagnes admirablement cultivées. Grâce au zèle de ses prêtres et au dévouement des vaillantes religieuses qui depuis 47 ans dirigent l'école des filles, la foi s'y est conservée profonde et agissante, de sorte que la belle église ogivale, malgré ses vastes proportions, est à peine suffisante pour contenir la foule de fidèles qui s'y presse, les jours de dimanche et de fête. Mais, pour l'éducation des petits garçons, il n'y avait que l'école communale, dont l'enseignement, au point de vue religieux, était loin de répondre aux sentiments de cette population catholique.

Monsieur l'abbé Miniamy, le digne pasteur de la paroisse, souffrait depuis longtemps, dans son cœur de prêtre, d'une situation qui mettait en péril la foi de cette intéressante partie de son troupeau, et il résolut d'y porter remède à tout prix. Confiant dans la Providence, il entreprit, il y a deux ans, et mena à bonne fin, avec le concours généreux de ses paroissiens, la construction d'un bel établissement scolaire qui, sous le rapport de l'hygiène, de la commodité, de l'agrément et de toutes les autres conditions désirables, n'a rien à envier aux meilleurs de la région.

Pour le diriger, il désirait avoir de nos Frères, et l'œuvre à laquelle il les appelait était trop intéressante et trop conforme à l'esprit de nos Constitutions pour que les Supérieurs n'eussent pas été heureux de lui en donner ; mais il fallait les trouver et ce n'était pas chose facile, car plusieurs autres fondations déjà faites la même année avaient épuisé tout le personnel disponible. Cependant tout finit par s'arranger au mieux, et les classes purent s'ouvrir le 4 octobre, au grand contentement de la population, qui, dès les premiers jours entoura la nouvelle école de toute sa confiance. Six mois après, les Frères avaient la grande majorité des enfants du pays.

Dès le mois de novembre, ils ouvrirent même des cours d'adultes qui ont été fréquentés durant toute la saison d'hiver par un bon nombre de jeunes gens de la campagne, dont l'assiduité, l'ardeur au travail et la bonne volonté ont donné pleine satisfaction.

Le moment était venu d'appeler les bénédictions solennelles de l'Eglise sur l'œuvre si heureusement commencée ; et, le 28 mars dernier, lundi de Pâques, Monseigneur l'Évêque de Namur, qui s'était vivement intéressé à sa création, voulut bien venir en personne procéder à cette belle cérémonie.

Vive Monseigneur ! Ce n'était pas seulement l'inscription de circonstance — si bien choisie d'ailleurs — qui se détachait en grandes lettres au-dessus de la porte d'entrée du presbytère : c'était le cri du cœur de toute la paroisse, heureuse d'acclamer la venue de son Évêque bien-aimé, dont les bénédictions et les sympathies sont acquises d'avance à toute bonne œuvre de quelque genre qu'elle soit, mais qui en a de toutes spéciales pour les œuvres d'éducation, d'enseignement. Partout flottaient les drapeaux et les oriflammes aux couleurs pontificales et nationales. En face de l'école se dressait un arc de triomphe orné de drapeaux et de trophées et surmonté des armoiries de Sa Grandeur. Le temps, dont on avait d'abord redouté les intempéries, s'était mis lui-même de la fête, et le beau soleil de printemps brillait au ciel de tout son éclat.

Après sa messe, Monseigneur avait bien voulu rendre à la Communauté une visite tout intime et apporter aux Frères les conseils de son expérience avec ses paternels encouragements.

Au cours de la grand' messe, après l'évangile, il monta en chaire, et adressa à la nombreuse assistance qui remplissait l'église une belle allocution, où se traduisit avec l'éloquence du cœur sa sollicitude pastorale pour le maintien et l'accroissement de la foi et de la piété dans l'âme de la jeunesse.

Il y a cinq ans, dit-il, quand vous m'avez reçu avec un enthousiasme et une cordialité dont je n'ai pas perdu le souvenir, je vous exprimais le désir de voir s’activer parmi vous l'œuvre des écoles catholiques. Aujourd'hui mon désir est devenu une réalité ; et, à côté de l'école, où depuis longtemps vos bonnes religieuses font tant de bien à vos petites filles, vous avez maintenant une autre école où les dévoués Frères Maristes feront de vos petits garçons de bons chrétiens en même temps que des hommes instruits. C'est pourquoi je suis heureux de vous dire comme saint Paul aux fidèles de Thessalonique, que je rends grâces à Dieu le Père à la vue des œuvres de votre foi et des travaux de votre charité »

Puis, développant ce texte de la Sainte Écriture : Le jeune homme ne s'écartera point dans sa vieillesse de la voie qu'il aura suivie dans ses jeunes années, il montra l'importance de l'enseignement chrétien, fit ressortir avec délicatesse le bien opéré par les Frères Maristes dans le diocèse de Namur ; adressa des félicitations bien méritées à M. le Curé, dont le zèle et le dévouement sans bornes avaient réussi à surmonter les nombreuses difficultés qui s'opposaient à la réalisation de cette œuvre, remercia les généreux paroissiens qui l'avaient aidé de leur concours, et termina en exprimant l'espoir que cette école sera pour la paroisse un gage des bénédictions de Dieu en même temps qu'une source de précieux avantages spirituels et temporels.

* *

A l'issue de la messe, an chant du Veni Creator, les cloches s'ébranlent, et la procession, composée des élèves des Frères et des Sœurs, d'un long cortège de fidèles et d'un clergé nombreux se met en marche vers le bâtiment de l'école. Monseigneur y est reçu par M. le Curé, qui, avec la chaude éloquence qu'on lui connaît, le remercie, en son nom et en celui de ses paroissiens de sa bienveillante sympathie et de ses générosités en faveur de l’œuvre ; puis un élève de l’école lui exprime en termes délicats sa reconnaissance avec celle de ses Maîtres et de ses condisciples.

La cérémonie de la bénédiction terminée, Sa Grandeur est reconduite à l'église, entourée de la même foule enthousiaste et l’on se donne rendez-vous pour l’après-midi, dans la salle des fêtes de l'école. Les membres de la société dramatique de Libin avaient préparé avec autant de soin que de goût une intéressante séance à l'occasion de la fête. Monseigneur voulut bien leur faire l'honneur d’assister à toute la représentation, qui fut admirablement réussie. Les musiciens et les acteurs furent l'objet, à diverses reprises, de chaleureux applaudissements de la nombreuse assistance qui se pressait dans la salle. C'est d'un heureux augure pour leurs succès de l'avenir.

Nous faisons des vœux pour que ce beau jour soit aussi, pour la chère école de Libin, le point de départ d'une prospérité plus grande encore ; et pour que, moyennant la grâce de Dieu, elle réalise les généreuses espérances des cœurs pieux qui se sont dévoués à sa création.

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