Brésil. Syndicaliste chez les Gauchos

Fr. Gabriel MICHEL

11/Jun/2010

SINDICALISTA ENTRE LOS GAUCHOS

En la zona de Porto Alegre, el H. Miguel ha reagrupado a unas 500.000 familias en una organización sindical denominada Frente Agrario Gaucho. El trabajo comenzó en 1962, a instancias del Episcopado de Brasil Sur, que quería llevar a la práctica la «Mater et Magistra». Se benefician de esta organización, principalmente campesinos de economía débil y poco favorecidos en algunos aspectos, como el escolar, a causa de las distancias. Como objetivo, se pretende hacer cobrar conciencia a esas gentes de que el hombre es un ser social que debe colaborar en la promoción de su comunidad. La burocracia ha quedado simplificada al máximo. Cuando lo exigen las circunstancias, no se rehuye la ayuda de especialistas, aunque se prefiere resolver los problemas aprovechando la capacidad polivalente del personal de la zona. La dificultad mayor consiste en eludir el riesgo de anquilosamiento en un organismo que comenzó con tanto entusiasmo. Varios Hermanos y un buen número de maestros y maestras colaboran actualmente con el H. Miguel, llevando la dirección de grupos escolares rurales que gozan del aplauso del público.

 

PEOPLE'S PEASANT FRONT

In the region of PORTO ALEGRE Br. Miguel has grouped half a million families into an organisation called the People's Peasant Front. The project began in 1962 at the instances of the Bishops of Southern Brazil in an attempt to implement Mater et Magistra.

The beneficiaries of the scheme are mainly poor, uneducated country folk living in isolated areas. They have to be trained to develop a social and fraternal mentality. Where necessary, specialists will be brought in, but the aim is rather to harness the rich natural talent of the local population. The problem will be to maintain interest after the initial enthusiasm has worn off. Several Brothers and a good number of lay teachers of both sexes are helping out in country schools that have won popular support.

* * *

O Ir. Miguel organizou, na regiao de Porto-Alegre, urna obra corporativa que se chama Frente Agraria Gaucha, contando urnas 500.000 familias. O trabalho comecou em 1962, respondendo ao apelo do episcopado sul-brasileiro que, desejando por em prática a «Mater et Magister», apelou para o Ir. Miguel. O ambiente social é o dos camponeses de modestos recursos e que se viam desfavorecidos sob muitos aspectos, por exemplo, escolas, devido as distancias. Objetivo: fazer-lhes compreender que o homem é urna « pessoa-em-comunidade» e que deve transformar essa comunidade. Para evitar ao máximo a burocracia, recorre a especialistas dos diversos ramos quando é necessário; mas «in loco» recorre sobretudo a técnicos polivalentes. O problema está em animar constantemente um organismo que, após um inicio brilhante, pode esclerosar-se. Estao em desenvolvimento escolas familiares rurais, muito apreciadas. Nesta atividade, o Ir. Miguel é auxiliado por outros Irmaos maristas e por muitos professores e professoras civis.

 

SYNDICALISTE CHEZ LES GAUCHOS

Le Brésil a deux villes énormes: Rio de Janeiro et São Paulo qui se trouvent sensiblement l'une et l'autre au Tropique du Capricorne. Et quand on descend jusqu'au 30° degré, on trouve une autre grande ville qui est la capitale des Gauchos: Porto Alegre.

Là, les Frères Maristes sont très connus, car ils ne tiennent rien moins qu'une Université de 13.000 élèves, sans parler des autres œuvres (plus de 100 communautés au Brésil). Mais je voudrais présenter aujourd'hui une œuvre de nature très différente qui est la Frente Agraria Gaucha (FAG): Front agraire gaucho.

J'ai interviewé pour les lecteurs du Bulletin le Frère Miguel animateur de l'œuvre.

– F. Miguel, j'ai entendu dire des choses assez étonnantes sur votre action. On dit que vous vous occupez de 500.000 familles.

– Eh bien, oui. Il y a effectivement 500.000 familles qui font partie de notre association.

– Voyons. Il me semble que je vous ai vu passer à l'Hermitage il y a quelques années, mais à ce moment-là nous n'avions pas une langue commune pour nous comprendre.

– Oui, c'était en 1967. Je venais passer quelques jours à la source de notre Congrégation pour bien m'imprégner de la pensée du P. Champagnat, car je voulais bien lui être fidèle en faisant ce que je faisais. Mon grand modèle était le F. Laurent.

– Donc vous avez débuté en 1967?

– Non. Si je suis passé en France à cette époque c'est parce que je faisais une tournée en Europe pour me renseigner, trouver des idées, des appuis, etc. … Mais j'avais déjà commencé en 1962.

– Et qu'est-ce qui vous avait amené à changer de fonction? Vous étiez professeur auparavant, je suppose.

– J'étais directeur. Mais à la suite de « Mater et Magistra » et du Concile, l'évêque a décidé qu'il fallait que l'Eglise entre à fond dans le mouvement syndicaliste, et il a pensé à se faire aider par quelque congrégation. Il a indiqué mon nom au Frère Provincial et le Frère Provincial m'a transmis l'invitation.

Je dois dire que j'ai refusé assez longtemps, car créer une œuvre inexistante ne me souriait guère. Finalement, au bout de 5 mois, j'ai accepté.

– Ainsi, vous vous êtes mis au service des plus pauvres?

– Non. Pas exactement. La classe sociale dont je m'occupe a été longtemps et est encore assez défavorisée, parce qu'elle n'était pas organisée. Mais ce n'est pas la classe misérable des bidonvilles.

Dans le Rio Grande nous avons beaucoup de petites fermes (petites par rapport aux fazendas), qui ont à leur tête un propriétaire d'origine européenne. Ce sont des descendants d'Italiens, d’Allemands, de Polonais qui, au siècle dernier, sont venus s'établir au Brésil. Ils n'ont pas trouvé la richesse, mais une toute petite aisance. Ils ont 15-30 hectares, 10-20 animaux. Vous voyez que dans un pays de grand élevage, où la viande n'est pas chère ce n'est pas une fortune.

Les paysans aujourd'hui risquaient de se laisser gagner par les doctrines athées et faire le jeu du communisme.

– Et alors vous les avez amenés à se grouper en syndicats?

– Oui; la lutte a été dure de 1962 à 1964. Mais à partir de 1964, nous n'avons pratiquement plus eu d'opposition. Nous avons actuellement 229 unités syndicales, qui, comme je vous l'ai dit, correspondent à 500.000 familles affiliées aux « Trabalhadores Rurais ».

– Mais pouvez-vous m'expliquer un peu ce que vous faites dans cette activité syndicale?

– Notre but est de faire prendre conscience à l'homme qu'il est une personne-en-communauté et qu'il doit à la fois penser à ses besoins et à ceux des siens, mais aussi concourir à la transformation progressive de la communauté plus large où il vit.

Il s'agit de mobiliser toutes les ressources de la communauté rurale et aussi celles qui peuvent venir de l'extérieur (gouvernement ou autres) afin de les mettre en état de marche.

– En somme, il s'agit d'amener les gens à se remuer.

– Oui, il faut étudier avec eux une politique d'action, planifier, coordonner les activités, être toujours par monts et par vaux pour voir comment vont les choses, pousser ce qui a démarré, activer ce qui fonctionne déjà.

– J'ai toujours peur que, dans des affaires de ce genre, on aboutisse à la bureaucratie.

– C'est justement là ce que nous essayons d'éviter. Nous organisons les agriculteurs de telle façon qu'ils puissent faire appel aussi souvent qu'ils le veulent aux spécialistes: agronomes, vétérinaires, économistes, etc. … mais sans que ceux-ci aient à assurer une présence permanente ni un travail rémunéré de fonctionnaires locaux.

– Les paysans ont peut-être à leur portée plus immédiate des techniciens plus moyens et polyvalents?

– C'est exactement ça: sur place ils ont des techniciens polyvalents et au centre de Porto-Alegre nous avons une équipe technique de haut niveau pour la planification, la coordination, le contrôle, etc. …

– Mais maintenant que vous avez organisé il n'y a plus qu'à laisser aller. Vous êtes devenu le grand « patron » de tout, ça, presque ministre de l'Agriculture.

– C'est aussi un autre écueil qu'il fallait essayer d'éviter. Je n'ai ni physiquement, ni intellectuellement, ni spirituellement de hautes qualités. J'essaie tout simplement de donner une âme à ce mouvement. Donner une âme, ça veut dire constamment réveiller les autres et se réveiller soi-même. Je vois le Père Champagnat comme quelqu'un qui se disait chaque jour: Qu'est-ce qu'il faut faire de plus et de mieux?

– Et vous faites vous aussi plus et mieux?

– En bien, en particulier si j'ai fait en Europe la tournée dont je vous ai parlé c'était pour prendre des idées et les appliquer. A partir de mon retour, c'est-à-dire, en 1968 nous avons commencé les écoles familiales qui s'inspirent assez largement de l'expérience française que vous connaissez. Les fils d'agriculteurs peuvent y faire, quand ils ont 18 ans, un stage de 5 mois, chaque mois d'école étant suivi d'un mois en famille où l'élève peut réfléchir et appliquer.

– Quel est le programme? Techniques de l'agriculture?

– Oui, sans doute, mais surtout nous cherchons à former des leaders, qui soient capables d'avoir le sens de la communauté.

– Qui paie les professeurs, animateurs, conférenciers les frais de fonctionnement, etc. … ?

– Actuellement nous nous arrangeons avec des subventions du gouvernement central et des cotisations des agriculteurs eux-mêmes et nous sommes en train de lutter pour arriver à faire passer une loi qui améliore cette situation.

– Vous-même avez un salaire important?

– Non, c'est un salaire symbolique. Je crois que c'est une des valeurs de la vie religieuse de pouvoir lancer une œuvre et la soutenir dans ses premiers pas alors qu'elle ne rapporte rien. Aussi longtemps que c'est nécessaire, ma Province prend à sa charge ce qu'elle m'a demandé de faire.

– Où avez-vous fondé vos écoles?

– Cela dépend. La première a été fondée, en 1968 au lieu même où les Frères Maristes avaient commencé dans notre Province en 1902, c'est-à-dire à Bom Principio. Mais celle qui va démarrer très bientôt sera dans les locaux disponibles d'un petit séminaire.

Et maintenant, les écoles familiales rurales pour filles commencent aussi.

– Avec le progrès rapide de l'instruction votre organisation actuelle va-t-elle se modifier?

– Sans doute. Nous verrons bien. L'essentiel est que nous fassions un travail humble mais qui communique la vie.

Fr. Gabriel MICHEL

RETOUR

Silver jubilee year - Philippines...

SUIVANT

Equipe mariste interprovinciale de réflexion...