c) EducInternational et Education en Afrique

08/Jun/2010

EDUCATION POUR UN MONDE JUSTE (en AFRIQUE)

 

Une Association de conseillers pour l'éducation dans les congrégations religieuses internationales s'est constituée il y a deux ans, et a organisé du 16 au 19 novembre 1970 un Séminaire qui a été une réussite. Une brochure a été éditée sous le titre: l'Avenir Commence Hier, qui donne l'essentiel des conférences et panels de ce séminaire. On peut se la procurer, soit en français soit en anglais, pour la somme de 1 dollar.

Mais Educ-International continue et envisage pour 1972 un autre séminaire avec comme thème: Education pour un Monde Juste.

Nous offrons à nos lecteurs quelques extraits des considérations faites par le groupe dirigeant au sujet des Congrégations Religieuses au Service des Africains en Matière d'Education (il s'agit de l'Afrique au Sud du Sahara).

Si nous devons trouver des réponses convenables aux besoins humains, il faut poser les vraies questions. Pour poser les vraies questions, il faut avoir le courage de cesser de faire profession d'ignorance et d'incompétence, afin de suggérer des hypothèses de travail, de les mettre un peu à l'épreuve de la discussion et puis de nous demander quel sens elles ont pour nous, familles religieuses.

 

* * *

 

Nous partons du fait, largement admis aujourd'hui, que les schémas éducatifs de la plupart des pays au sud du Sahara, tirent leur origine d'Europe, spécialement de Belgique, Angleterre et France.

Le traité de Berlin en 1885 partageait l'Afrique entre 14 puissances coloniales. A mesure que les gouvernements coloniaux s'installaient, créant un besoin d'employés de bureau et de fonctionnaires, le but d'une éducation spécifique consistait de plus en plus tant pour l'Africain que pour l'Européen à équiper une petite minorité de cols-blancs.

Pour la langue, on peut dire ce qui suit: Dans la zone d'influence française, on enseigne le français dès le premier jour de classe, sans aucune attention aux dialectes. Dans les zones d'influence anglaise ou belge, on débute en dialecte; l'anglais ou le français ne sont étudiés que plus tard.

Les Belges mettent l'accent sur l'enseignement primaire. Français et Anglais établissent aussi des écoles secondaires d'où un tout petit pourcentage continuera à l'université dans la métropole. Le résultat, c'est que vers 1965, le pourcentage des enfants en âge d'être au primaire qui fréquentaient réellement l'école était de 36.5% dans les territoires ex-britanniques, 42% dans les territoires ex-français et 70% dans les territoires ex-belges.

Tel est l'héritage qu'ont reçu les jeunes nations africaines. Et voilà comment l'apprécient et le critiquent des penseurs comme Julius Nyerere, Président de Tanzanie ou Ki-Zerbo, ministre de l'Education de Haute-Volta.

Ce dernier dit que l'école des pays en voie de développement court le danger de devenir à son tour un facteur de sous-développement.

 

EXPLICATION

 

Fardeau financier. En Haute-Volta, 5% du Produit National Brut de la décade 1960-1970 a été employé pour instruire seulement 9.1% de la population, (alors qu'en Russie 5% du P.N.B. permet l'enseignement de toute la population au niveau primaire et une large majorité du secondaire). Et encore, parmi ceux qu'on instruit en Haute-Volta, il y a un fort pourcentage qui n'aboutit à rien et reste pratiquement illettré.

L'Afrique au sud du Sahara est agricole à 80%. Et l'école prépare à penser et à vivre pour une situation quasi-urbaine: Grands bâtiments, programmes pour Européens, standards d'hygiène personnelle aussi bien que de constructions d'un autre continent, tout cela étonne d'abord l'étudiant. Puis, il s'habitue à la vie de son « île bienheureuse » jusqu'à ne plus du tout se sentir chez lui dans le vaste océan de sa brousse natale. Et l'île bienheureuse n'est d’ailleurs bien souvent utilisée qu'une partie de l'année et une partie de la journée. Les adultes, ni ceux qui 'abandonnent trop vite l'école n'entrent dans le saint des saints; encore bien moins risquent-ils de l'employer comme un centre où ils étudieraient ces matières qui leur paraissent importantes: de meilleures récoltes, un peu de mise à jour dans leurs lectures, un coup de main pour ne pas oublier ce qu'ils ont appris, etc..

L'école traditionnelle contribue à désintégrer la société: car seule l'élite peut continuer; le grand nombre doit s'arrêter après avoir appris juste assez pour ne plus supporter un niveau de vie trop bas. Ceux qui continuent jusqu'au bout ne peuvent plus accepter la vie trop close du village et, souvent encouragés par leurs parents, saisissent la première occasion de chercher fortune en ville où ils découvriront qu'ils n'ont pas ce qu'il faut pour les postes où l'on a besoin d'eux.


Il faut chercher: DE NOUVELLES DIRECTIONS

 

Exemple: Une Conférence de l'Unesco en 1961 fait un plan pour aboutir vers 1980 à 100% d'enseignement primaire, 23% de secondaire et 2% de Supérieur. Mais alors, il faut consacrer de 15% à 25% des budgets nationaux. Et encore, il faut compter sur beaucoup de déchets et sur la fuite des cerveaux.

Mieux vaut donc chercher des solutions du genre de la Tanzanie, ou celle qu'évoque la réunion de Nouakchott de 1970. L'accent est mis sur l'école de campagne, considérée comme centre où la communauté peut prendre de mieux en mieux conscience de son pouvoir de progresser. En termes économiques, l'éducation à tous niveaux doit être comprise comme un investissement pour une croissance productive, plus que comme une marchandise de consommation.

Donc, il faut faire des programmes permettant, autant que possible, d'utiliser ce qu'on apprend en classe pour élever la communauté. Le savoir en tant que puissance au service des parents, des voisins, des citoyens, peut être très séduisant si on en voit la liaison avec les changements dont la communauté sent le besoin. Quand parents et enfants étudient par ex. les maladies contagieuses qui se transmettent par l'eau polluée, ils voient aussi le point d'ébullition de l'eau… Quand les enfants apprennent la dignité du travail par les frais mêmes de scolarité, leur respect traditionnel pour leurs parents et la loyauté envers eux en sont renforcés. A leur tour, les parents sont encouragés à suivre le progrès de leurs enfants parce qu'ils le comprennent de mieux en mieux.

Il faut aussi faire attention à l'architecture: bâtiments fonctionnels, adaptés à l'environnement et construits à l'aide, autant que possible, de matériaux locaux. Dans l'éducation des adultes, penser aux fermes coopératives.

 

Rôle des CONGREGATIONS RELIGIEUSES

 

Dans le passé, à partir surtout du traité de Berlin, on peut voir le travail fait à peu près sous l'angle suivant:

Chaque mission établissait une ou plusieurs écoles catéchistiques et élémentaires, où l'on enseignait la Bible, le catéchisme, le chant religieux, la lecture, l'écriture, le calcul et quelques travaux pratiques. On formait un peu mieux les plus doués pour en faire des maîtres, des catéchistes, des prédicateurs.

Le besoin d'employés et de fonctionnaires amène à un enseignement plus européen. Ce qui va aboutir à des études presque exclusivement académiques. Et peu à peu aussi les gouvernements commencent à subventionner les écoles.

Ce serait odieux de laisser entendre que les religieux du passé ont été des bâtisseurs d'empires, attentifs à leur seule prospérité qui était le critère du choix des œuvres plus que les besoins humains. Il est clair cependant qu'avant les indépendances des années 50 et 60, les congrégations religieuses avaient une grande liberté pour le choix de leurs œuvres. A la période pré-œcuménique la rivalité entre Protestants et Catholiques en éducation aiguisait le sens de la différence entre « eux » et « nous ». Mais, finalement presque tous les éducateurs missionnaires mirent l'accent sur les droits humains de l'individu, plus que sur l'harmonie de la tribu ou de la communauté.

Jusque-là les membres des congrégations n'étaient pas appelés à chercher comment étendre leur service hors de l'école. Mais maintenant, face aux réalités économiques, la question se pose constamment: Comment servir le mieux possible la société avec nos ressources limitées?

L'attitude de base des religieux, en quelque lieu que ce soit, doit être de servir ses frères, images de Dieu, avec une prédilection pour les faibles et ceux qui sont dans le besoin. Ce qui ne veut pas nécessairement dire travailler directement avec les plus nécessiteux. Mais cela veut dire: mettre toute son énergie — que l'on travaille avec les riches, les puissants ou les pauvres — pour créer une société juste et humaine pour tous. Dans la coopération avec des planificateurs du gouvernement et des collaborateurs œcuméniques, même un petit nombre d'innovateurs peuvent avoir une grande influence…

Mais que connaît-on du conditionnement des esprits, de la création des stimulants, du comment décider les jeunes à s'engager dans la transformation de l'agriculture? Quel est le genre de formation qu'il faut donner à un jeune pour en faire un responsable de village? Dans les programmes, qu'est-ce qui peut créer l'enthousiasme en faveur d'une activité coopérative? De quelle organisation a-t-on besoin pour aboutir à une transformation rurale? Et par-dessus tout que peut l'éducation pour créer une mentalité décidée au changement?

Les congrégations religieuses dans leur politique d'éducation doivent chercher un « effet multiplicateur » chaque fois que c'est possible: à l'Ecole normale, aux centres de formation de leaders pour développement communautaire, dans les coopératives, dans les centres de diffusion radio ou télévision, dans les fermes modèles. Un groupe d'étude international pour l'Afrique recommandait récemment aux gouvernements et aux organisations d'assistance de concentrer « tous leurs fonds sur des buts d'éducation afin que les animateurs de coopératives soient formés et que finalement les leaders locaux reçoivent la formation pour diriger et organiser leurs propres coopératives ».

 

AUTRE QUESTION

 

Que signifie: « Africanisation de la vie religieuse? ».

On n'est pas d'accord sur beaucoup de points, mais cependant, on est d'accord que le but est d'avoir des Africains complètement responsables de leurs propres affaires.

On est aussi à peu près d'accord sur 3 autres conclusions:

1) Il faut à cette question encore bien des études et des recherches qui demandent la participation d'Africains et de non-Africains.

2) Les non-Africains qui veulent vivre plusieurs années dans un secteur, devraient apprendre comme il faut le dialecte, sans quoi, ils ont peu de chances de pénétrer le cœur du peuple. C'est surtout vrai des femmes dont peu parlent une langue européenne. Mais, outre la facilité que donne une langue, la connaissance de l'histoire et des schémas socio-psychologiques d'un peuple d'adoption, il y a cette inexprimable culture du cœur qui aide à se trouver à l'aise parmi des coutumes et des mœurs différentes. Plus que dans le passé, le religieux qui s'expatrie dans l'Afrique d'aujourd'hui a besoin de cet esprit de sympathie (ou mieux d'empathie).

3) La formation et l'éducation de base des religieux africains doit se faire en Afrique. Ce n'est qu'à des niveaux supérieurs et seulement quand c'est nécessaire qu'il faut envisager de les faire à l'étranger.

 

CONCLUSION

 

Les congrégations religieuses en tant qu'organisations composées de membres individuels fleurissent en proportion du service qu'elles rendent à la famille humaine. Or, les besoins en éducation dans l'Afrique d'aujourd'hui sont écrasants. Une nouvelle stratégie et un meilleur usage des ressources limitées sont essentiels. Les Congrégations religieuses peuvent servir de centres dynamiques dans le développement et la mise en œuvre de nouvelles stratégies. C'est leur VOCATION.

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