Catéchèse de notre temps

F. Henri-Noé.

24/Oct/2010

A Anvers, du 1 au 12 août 1956, s'est tenue une session catéchétique internationale organisée par Lumen Vitæ, centre international d'études sur la formation religieuse. Cinq cents participants environ bénéficièrent de cette organisation, splendide à tous les points de vue, personne ne peut le contester. Programme, conférences et carrefours, choix des professeurs et des directeurs des carrefours, toutes les questions d'organisation matérielle, tout fut minutieusement préparé et tout fut une réussite, le mot n'est pas trop fort. Nous laisserons de côté le récit de la vie de cette session et la présentation du cadre pour nous en tenir à quelques thèmes importants qui furent les éléments majeurs du message présenté aux délégués de 32 pays qui profiteront bien vite de ces essais d'adaptation ; car la catéchèse pour notre temps est celle qui exploite, au profit de tous, les progrès méthodologiques, et qui dirige la formation religieuse vers un développement de la vie de foi, d'espérance et de charité puisque tant d'hommes sont spirituellement sous-développés. Cette session, inspirée par le vœu du Saint-Père que les apôtres évitent de travailler « trop seuls » a donc eu pour but de confronter des expériences et de favoriser des informations mutuelles, tout en demandant aux participants : prélats, prêtres, religieux, religieuses, laïcs de se concerter pour travailler à une catéchèse plus adaptée aux besoins actuels et au monde moderne mais aussi plus conforme aux directives et vœux de la hiérarchie catholique. Il faut que disparaissent, routines, préjugés, médiocrités, manques de culture religieuse et de culture pédagogique, procédés inefficaces ou ineptes… Ne croyons pas trop vite être de bons catéchistes, ne soyons pas si sûrs que cela que nous enseignons bien. Il nous faut revoir parfois et nos principes et nos méthodes.

 

1ier thème : But de la formation religieuse.

Pour les éducateurs catholiques, toute véritable éducation comporte nécessairement un but déterminé : la Foi. Et une foi comprise non comme un simple savoir, un assentiment de l'intelligence, mais aussi comme un choix, un engagement de l'homme tout entier. Nous devons nous proposer toujours, la croissance de la foi. Cela n'est pas si fréquent qu'on le croirait ! Que de fois, nous enseignons les vérités religieuses comme de purs professeurs sans songer à être des apôtres qui visent à autre chose que des leçons sues, des apôtres qui visent à la croissance de la foi !

 

2nd thème : Le contenu de la catéchèse.

Cela paraît presque superflu. Cependant, de la conception du contenu de la catéchèse découle celle de la méthode employée. L'étude du Nouveau Testament, spécialement des Actes des Apôtres, (livre qui est à méditer par tout enseignant chrétien, livre qui devrait être un. livre de chevet pour des éducateurs religieux), une telle étude nous invite à ordonner la catéchèse selon l'histoire du salut : donc :

a) On prendra le Christ des Evangiles comme point de départ ;

b) On traitera de sa mission, on annoncera le royaume de Dieu comme lui, avec lui, par lui. En un mot, le Christ étant la voie par laquelle s'établit le royaume de Dieu, notre catéchèse doit être christocentrique. Selon la parole de saint Paul, nous nous souviendrons que nous sommes serviteurs, ministres de l'Eglise, afin d'annoncer la parole de Dieu dans sa plénitude, d'annoncer le mystère du Christ en nous. La catéchèse est donc autre chose qu'un, enseignement ordinaire : elle consiste à développer une vie et non à développer un savoir.

 

3ième thème : Les grandes voies de la catéchèse.

a) La Bible est pour l'Eglise le livre par excellence, mais il ne suffit pas ; remarquons cette dernière idée. En effet des développements de la doctrine et de la morale se sont réalisés ; il en est résulté des concepts plus clairs et plus précis dont notre enseignement doit bénéficier. Alors, le catéchiste doit instruire les enfants de la Bible, et pour cela il doit s'en rendre capable ; savoir utiliser la Bible ne s'improvise pas. Et c'est nécessaire car cela répond à un besoin du temps, mais ajoutons aussitôt cela n'est pas facile et requiert un apprentissage. De plus, le catéchiste doit ajouter à la Bible cet enseignement doctrinal et moral qui s'est développé dans l'Eglise. En d'autres termes, nous devons donner un enseignement biblique avec une orientation historique et un enseignement catéchétique avec orientation systématique.

b) La liturgie doit être pour la catéchèse un guide et un but. Elle doit imprégner l'enseignement catéchétique à tel point que la vie liturgique et donc sacramentelle soit le vrai point d'arrivée de notre éducation religieuse. La liturgie est, peut-on dire, une catéchèse éminente, car elle est concentration doctrinale, vie, action et représentation du salut. Très adaptée à notre nature, elle doit rester un des grands moyens de capter l'attention et l'intérêt de nos élèves. On devine les conséquences d'une telle utilisation de la liturgie. Nous ne pouvons avoir de pédagogie à base de liturgie que si notre propre vie spirituelle est elle-même liturgique. Si je vis de liturgie, je pourrai et je saurai l'utiliser. Ayons une piété d'Eglise et non une piété dévote, si nous voulons donner une éducation religieuse virile.

c) La troisième voie sera celle du témoignage. Nos contemporains sont très sensibles aux témoignages de vie, peut-être plus qu'aux exposés doctrinaux. Nos élèves ont donc besoin de notre témoignage personnel ; celui-ci vient authentiquer notre enseignement. Mais ils ont aussi besoin de témoignages communautaires. C'est une raison pour tous les éducateurs et les milieux chrétiens de donner la primauté à l'être sur le paraître, à la vie sur la parole, à l'intériorité sur l'extérieur. Nous veillerons donc à ce que nos écoles restent des milieux privilégiés de la catéchèse, c'est-à-dire des milieux où la vie chrétienne est authentique, intense et rayonnante ; par exemple, il faut que tout notre enseignement soit « informé » par la pensée religieuse.

 

4ième thème : Psychologie religieuse.

 L'éducateur religieux tirera profit des recherches psychologiques. La psychologie des caractères nous rendra plus aptes à nous adapter à chacun de nos élèves ; la psychologie du développement nous aidera à mieux comprendre chaque âge ; la psychologie clinique nous ouvrira aux problèmes strictement individuels et nous rendra plus compréhensifs. Notre pédagogie religieuse doit être basée davantage sur une connaissance plus objective des enfants ou des adolescents. Et une telle information ou étude nous porterait à procéder sans cesse à une autocritique qui nous ferait éviter soit des erreurs de méthode, soit des erreurs dans notre présentation du message lui-même. Nous chercherons à posséder des méthodes valables pour notre temps et notre milieu, tout en alimentant toujours notre foi aux sources authentiques afin de grandir en fidélité.

 

5ième thème : Pédagogie religieuse.

De tout ce qui précède, il résulte que la méthode doit être orientée résolument vers l'éveil et l'éducation de la foi. Or l'éducation et la culture de la foi exigent du maître qu'il soit lui-même dans une communion étroite avec l'Eglise et qu'il utilise les moyens dont l'Eglise se sert pour alimenter régénérer, expliciter et appliquer sa foi. Une formation religieuse est réussie, quand elle apparaît au croyant comme une initiative à l'intérieur de la fidélité à l'Eglise.

Cette formation religieuse intéresse le «tout » de l'homme ; elle s'adresse à toute la personne ; aussi bien sera-t-elle une formation intégrale de belles et droites personnalités sachant prendre des responsabilités ; et nous devons avoir grand soin d'assurer l'éducation de la volonté.

Quant à nous religieux éducateurs, nous ne devons pas oublier que la formation religieuse des enfants requiert dans toute la mesure du possible l'aide de la famille ; nous n'essayerons jamais de nous en passer, car l'influence de la famille est prépondérante. Il est même nécessaire de préparer les parents à leur tâche et de les aider à l'accomplir. C'est pourquoi nous développerons en nous un sens social très fort. Ne soyons pas coupés du reste. Reprenant l'expression de notre Saint-Père le Pape, évitons de travailler « trop seuls », « trop détachés ». Et ce sens social, plus exactement, catholique, fera que tous nous porterons intérêt à la catéchèse missionnaire : « C'est l'heure de l'Afrique » nous a dit naguère le Saint-Père.

Ce sens catholique, nous le garderons dans tout ce que nous enseignons. Une école n'est pas catholique parce qu'on y ajoute une leçon de religion au reste du programme ; elle est catholique si toutes les branches de l'enseignement sont données comme une formation religieuse indirecte. L'esprit catholique préside à tout l'enseignement, puisque tout ce qui est créé peut servir à donner le sens de Dieu. Il n'est pas question pour cela de « sermonner » à longueur de journée mais bien d'avoir soi-même assez de foi et de culture religieuse pour oser montrer que toute valeur nous rapproche de Dieu.

Concluons en disant que ces lignes ne donnent pas plus une idée de la richesse de cette session d'Anvers qu'un squelette en donnerait d'un bel homme plein de vie et de talents. Souhaitons que des Frères très nombreux se passionnent pour toutes ces questions de catéchèse et que notre congrégation ne soit pas à l'arrière-garde de ces mouvements de pédagogie religieuse. Il serait grave de croupir dans la routine : n'est-ce pas l'âme des élèves qui en subirait les conséquences ? Et puis, si nous ne nous tenons pas en alerte, sommes-nous bien sûrs, de ne pas devenir de simples professeurs, de ceux qui donnent tout simplement des leçons, alors que nous devons devenir de plus en plus des apôtres ? Le R.P. Henri de Lubac a raison de nous décocher ce petit trait : « Les professeurs de religion sont toujours exposés à transformer le christianisme en religion de professeurs. »

F. Henri-Noé.

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