Centenaire

16/Oct/2010

N'a-t-on pas constaté, avec une pointe de mélancolique regret, que dans les centenaires célébrés jusqu'ici dans l'Institut, une sourdine a été violemment imposée par des circonstances défavorables ? Le 2 janvier 1917 coïncidait avec ce qu'on appelait alors avec emphase : la Grande Guerre ! Le 6 juin 1940 arrivait dans le déchainement de la ruée hitlérienne sur l'Ouest.

L'année 1842 se détache en caractères d'or dans l'histoire de Saint-Paul-Trois-Châteaux et de Beaucamps, par l'union définitive des Frères de l'abbé Mazelier avec ceux du Père Champagnat et par la fondation si riche d'avenir de la comtesse de la Granville. En temps normal, ces fêtes centenaires se seraient déroulées, à date voulue, dans toute la magnificence disponible. En fait, comme l'a rapporté la circulaire du 25 décembre 1942, c'est en pleine guerre, avec du retard et la gêne inévitable créée par les événements que Saint Paul-Trois-Châteaux a solennisé son rattachement à Notre-Dame de l'Hermitage.

Beaucamps n'a pu fêter le centenaire de sa fondation qu'en juillet 1945. A cette commémoration, s'ajoutait une cérémonie désormais classique dans la plupart de nos provinces et dont la description, en dépit du talent des organisateurs, des orateurs, des décorateurs et autres artistes, est également stéréotypée. Il s'agit des cinquante ans, soixante ans et plus de vie religieuse de toute une phalange de vénérables confrères dont on souligne la persévérance par des cérémonies liturgiques, des discours, des chants, des débits et enfin un honnête repas. Ce schéma obligé se trouve dans tous les comptes rendus qui ne se différencient que par le style plus ou moins fleuri du rapporteur.

 A Beaucamps, c'est une troupe de vingt-cinq jubilaires qui était à l'honneur. Mais à une galerie imposante de vingt-cinq portraits brossés, dit-on, avec un art exquis, le Cher Frère Norbert, historiographe de la province, sait joindre une esquisse historique. Il évoque le souvenir de la fondation de Beaucamps en 1842, proclame la valeur des pionniers de l'œuvre et rend hommage aux incomparables bienfaiteurs que furent le comte et la comtesse de la Granville. Il rappelle les développements successifs du district, rattaché d'abord à l'Hermitage puis constituant la province du Nord avec ses Supérieurs éminents : les Frères Jean-Baptiste, Pascal, Théophane, Norbert, Climaque, Diogène et Marie-Odulphe.

« Mère pleine de vitalité, la province donne naissance à bien des filles qui ont merveilleusement grandi, tout en gardant l'esprit et les traditions de Beaucamps : Angleterre, et ses filiales, Belgique, Brésil Méridional, Congo, Allemagne. »

Puis le narrateur « fait assister aux jours néfastes de 1903, à cet exode des juvénistes, des novices et des scolastiques vers la Belgique. Une ombre passe sur le tableau avec les débuts de la dispersion, avec ses prétoires encombrés de maîtres poursuivis pour délit de fausse sécularisation. Beaucamps ne sera plus, durant quinze ans, que l'asile du silence, de la prière et de la souffrance. Mais cette maison écrasée en 1918 n'est pas destinée à périr ; 1928 la voit surgir toute jeune et toute belle de ses ruines et elle redevient, avec l'Institution Sainte-Marie, la ruche active, le pensionnat dont les murs devraient se dilater pour abriter les centaines d'élèves qui ne peuvent y trouver place ».

La présence du Cher Frère Marie-Odulphe, Vicaire Général et Assistant de la province, rehausse l'éclat de ces manifestations fraternelles. Et c'est une surprise pour son humilité quand il entend une superbe adresse qui le range parmi les jubilaires et célèbre ses vingt-cinq années d'Assistance, au grand bénéfice de la province du Nord.

Le compte rendu, avant de s'achever, ajoute cette note : « Les noces d'or et surtout celles de diamant sonnent parfois les premières vêpres de la fête éternelle. C'est ce qui arriva pour le dévoué Frère Kénerin qui s'éteignit doucement deux jours après son jubilé ! Il est allé continuer la fête au ciel où tant de travaux lui ont certainement donné entrée. » Et le récit de conclure par ces souhaits : « Le second siècle de notre histoire s'est levé. Au large ! donc dans la voie de piété, de l'abnégation, du zèle A. M. D. G. Au large ! pour de nouvelles et pacifiques conquêtes parmi cette jeunesse que l'Église et les familles nous confient. Au large ! pour intensifier la recherche et la culture des vocations qui assureront à notre famille religieuse la continuité et la prospérité des écoles. »

Un mois après ces fêtes, le 27 août 1945, le Cher Frère Marie-Odulphe, Vicaire Général, entouré des Chers Frères Euphrosin, Léonida et Paul Stratonic, Assistants Généraux, présidait celles de la province d'Aubenas, en souvenir de l'union des Frères de Viviers avec les Petits Frères de Marie, accomplie le 19 avril 1844. Le retard imposé par la guerre a permis la confection, à longueur de mois, d'un colossal bouquet de 129.997 fleurs spirituelles…

 Ce fait historique, principe d'une extraordinaire fécondité pour l'Institut dans le midi de la France, méritait ce rappel. En effet, dans cette partie des Cévennes la foi se conservait indestructible comme le basalte de ses montagnes et de nombreuses vocations, surpeuplant le noviciat primitivement installé à La Bégude, puis à Aubenas en 1878, déferlaient dans les régions plus ingrates du sud-est, zone de Saint Paul-Trois-Châteaux, et ouvraient les perspectives ensoleillées et prospères d'Algérie et de Tunisie. En 1903, Aubenas envoyait des colonies fondatrices au Brésil Nord et de renfort substantiel en Afrique du Sud.

Mais il semble que les détails de la solennité voulaient surtout mettre en relief le dévouement persévérant des « jubilaires » de la province au nombre de 28. La musique et la poésie rencontraient en cette circonstance, un interprète qui a longtemps habité le pays où chantent les cigales…. et le soleil du midi répand volontiers la joie sur les fronts et dans les âmes…

Multiples sont les témoignages de fraternelle et admirative affection, organisés en diverses provinces, en l'honneur des Frères chargés de travaux, de vertus et de mérites. Des échos nous sont parvenus de Belgique, du Canada, du Mexique, d'Espagne, de Varennes, de Notre-Dame de l'Hermitage, etc. A tous ces vétérans, assurés des prières quotidiennes de leurs confrères, on ne peut que souhaiter une montée courageuse sur la route du bon plaisir divin qui les mènera très haut dans la gloire du paradis !

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