Ceylan

26/Oct/2010

Pour comprendre la suite du récit, une courte digression sur Saint Mary's College ne sera pas inutile. Fondé en 1870, par la Mission des Pères Oblats moyennant des fonds recueillis dans toute la région, il passa entre nos mains en 1917, sous la haute direction, cependant, du curé, représentant de Mgr l'Archevêque de Colombo. En 1921, le transfert d'un certain nombre de classes dans le nouveau collège éveilla des craintes dans la population qui redoutait la suppression des bourses d'étude. Des réclamations furent adressées à Mgr l'Archevêque, lequel n'eut pas de peine à rassurer tout le monde en assurant que rien ne serait changé dans le régime des bourses.

L'année suivante, d'autres classes furent transférées au Maris Stella College. Les Frères y intronisèrent le Sacré-Cœur et purent s'y installer à demeure. Bien des choses manquaient, mais on se sentait bien chez soi.

Cette même année, le C. F. Elie-Marie, à son retour de Chine, fit la visite de l'établissement. Il autorisa le port de la soutane blanche et, par une meilleure distribution du personnel, imprima au collège une vigueur nouvelle. Les classes qui fonctionnaient encore dans l'ancien local rejoignirent le Maris Stella et un petit pensionnat fut installé. De plus, une belle chapelle fut solennellement inaugurée par Mgr Marques, archevêque de Colombo. Les dames bienfaitrices qui avaient fait don du terrain pour sa construction, coupèrent le ruban symbolique aux couleurs du collège.

La guerre de 1939 ne manqua pas de causer d'assez grandes difficultés : en particulier, l'armée anglaise occupa une partie des locaux, ce qui ralentit momentanément la prospérité du collège. Mais, depuis, l'établissement n'a cessé de prospérer, le nombre des élèves est allé en constante augmentation, ce qui a exigé de nouvelles classes. On a pu en construire trois spacieuses qui, à l'occasion, peuvent se transformer en une magnifique salle de fêtes. Au-dessus, on a aménagé un dortoir pour pensionnaires dont le nombre augmente sans cesse. Ces dernières constructions furent inaugurées par le R. F. Léonida, lors de son passage à Ceylan, en 1952.

D'autres améliorations sont en vue. Elles se feront au fur et à mesure des possibilités financières. Déjà on espère pouvoir inaugurer d'autres classes dès le commencement de 1960.

Maris Stella Collège compte aujourd'hui parmi les meilleurs établissements scolaires de l'île. Il a donné des fruits consolants et encourageants. En particulier, bon nombre de vocations sacerdotales sont sorties de ses rangs et les Frères mettent tout leur zèle à en augmenter le nombre.

 

BANDARAWELLA

Notre seconde fondation à Ceylan fut le collège Saint-Joseph de Bandarawella, petite ville, en plein massif montagneux, au sud de l'île. Située à une altitude de 1 500 m, eue jouit d'un climat agréable qui contraste avec celui humide et épuisant de la côte.

Le Bulletin a déjà fait, par la plume du C. F. Jean-Emile, A. G., une vivante description de la région : de ses sites merveilleux, de son climat, de ses activités…

Nous avons déjà dit que nos Frères, en arrivant à Ceylan, passèrent par Bandarawella pour se rendre à Batticaloa, leur premier champ d'apostolat. Ils y reçurent l'aimable hospitalité des Frères des Ecoles Chrétiennes dans une maison qui devait être un jour la nôtre. Ces bons Frères y dirigeaient une école de 120 élèves. Les difficultés des temps de guerre et le manque de personnel les obligèrent à fermer. Après leur départ, l'établissement continua, tant bien que mal, sous la direction d'un personnel laïc catholique.

Lorsque, en 1927, le C. F. Elie-Marie, A. G., fit la visite canonique de Négombo, il pressa la fondation d'un second établissement. On jeta alors les yeux sur l'école de Bandarawella qui, à d'autres avantages, ajoutait celui de pouvoir procurer aux Frères un lieu idéal pour passer les vacances dans un climat réconfortant. Les Frères des Ecoles Chrétiennes, prévenus par délicatesse, ne s'y opposèrent nullement et, dès 1928, quatre de nos Frères se rendirent sur place pendant les vacances de Pâques pour remettre la maison à peu près en état d'être habitée. La besogne fut rude, adoucie cependant par la douceur du climat et par les espoirs qu'éveillait la nouvelle fondation.

L'école n'avait fait que végéter depuis le départ des Frères des Ecoles Chrétiennes. Nos Frères durent, au début, faire face à bien des difficultés. Ils se mirent cependant courageusement à l'œuvre, pleins de confiance en Dieu, et malgré les pronostics pessimistes de plusieurs, les élèves ne tardèrent pas à affluer nombreux. Les 63 premiers enfants virent leur nombre s'accroître de jour en jour jusqu'à atteindre les 900 d'aujourd'hui. Les locaux s'avérèrent bientôt insuffisants. On construisit d'abord deux classes, puis deux autres. Il est juste de remarquer, comme nous l'avons déjà fait, que la construction en fut facilitée par la douceur du climat : pas de portes, pas de fenêtres et un mobilier peu encombrant. On a continué ainsi à construire au petit bonheur des circonstances et des besoins, d'autres classes, une cantine, une belle salle de fêtes, des laboratoires, un modeste bloc pour l'administration et la bibliothèque. Le tout forme un vrai petit village, d'une douzaine de bâtiments, le terrain très accidenté, ne permettant pas un ensemble bien ordonné. Le pays est bilingue, ce qui complique la tâche des enseignants et des éducateurs. Dans l'enseignement primaire, on a dû établir deux groupes bien distincts : la section tamoule et la section cinghalaise. Dans l'enseignement secondaire, on prépare au Senior Certificate et les résultats ont toujours été encourageants. La demande d'admission a toujours été très élevée. A l'ouverture de 1960, par exemple, plus de 300 candidats se sont présentés au concours d'admission pour 120 places disponibles. On peut se demander comment une ville relativement petite, 3.000 habitants, peut fournir un tel contingent d'élèves. Mais il faut savoir que le pays, enrichi par la culture intensive du thé, possède un réseau de communications rapide et abondant. Les élèves affluent de partout ; la soif du savoir est grande et la nécessité des diplômes pousse tous les jeunes aux études.

Au point de vue religieux, la population est en grande majorité bouddhiste. Les catholiques ne représentent que le 10 %. On y trouve aussi des musulmans et des hindous. Nos Frères s'efforcent de répandre de plus en plus l'influence chrétienne et de faire le plus de bien possible à ces populations hétéroclites et en grande partie, au fond, païennes.

 

WENAPUWA

A dix milles, au nord de Négombo, se trouve un gros bourg, catholique en majorité, où nous dirigeons, depuis 1934, le Joseph Vaz College. Joseph Vaz était un zélé missionnaire goannais, de la Congrégation de l'Oratoire, grand apôtre de la région, à l'époque où les Hollandais calvinistes persécutaient violemment le catholicisme. Un auteur protestant, Sir James Emerson, fait son éloge en ces termes : « Parmi les plus distingués des missionnaires catholiques romains, il faut compter Joseph Vaz qui jouit, parmi les catholiques de Ceylan, d'une vénération semblable à celle que l'on rend aux Indes à saint François Xavier. Nommé vicaire général par l'évêque de Cochin, il travailla avec tant de vigueur qu'il rétablit la communion catholique dans les anciennes citadelles de Jaffna et de Manaar et convertit plus de 30 000 païens». La Cause de cet ardent missionnaire est en Cour de Rome et les catholiques ceylanais aspirent au jour où ils pourront invoquer comme bienheureux cet apôtre de leur pays.

Ce fut sur les instances de Mgr Marques, archevêque de Colombo, que nos Supérieurs fondèrent cet établissement, en 1934, pour sauvegarder la foi de ces populations chrétiennes. Mais, comme toujours à Ceylan, il fallut commencer petitement. Grâce aux secours envoyés par la Caisse des Missions de l'Institut et à l'aide des Pères Missionnaires, on aménagea quelques classes et un logement provisoire pour les Frères. Le tout en terre glaise et en « cadjan» ou feuilles de cocotier. Dès la première année, le nombre des élèves s'éleva à 132. Dans la suite, on construisit une chapelle vaste et pieuse. Aujourd'hui le Joseph Vaz College compte 530 élèves. L'année dernière, 3 élèves sont entrés au juvénat de Tudella et 3 autres se sont dirigés vers le séminaire.

 

TUDELLA

En 1943, sur la demande de Mgr Mason, archevêque de Colombo, nos Frères firent un effort suprême pour ouvrir, à Tudella, le Christ King College. Cette fondation empêcha l'établissement projeté d'une école bouddhiste, dans cette localité chrétienne. Tudella se trouve à mi-chemin entre Négombo et Wennapuwa. Nos Frères, aidés par la Caisse Générale de l'Institut et par les générosités de Monseigneur l'Archevêque, louèrent une humble maison d'habitation et construisirent quelques classes, toujours dans le style que nous connaissons. Mais l'année ne s'était pas écoulée que les Pères Missionnaires avaient fait l'acquisition d'un terrain de 12 acres. On y fit quelques classes en bois et en cadjan.

En 1946, le collège fut agréé par l'organisme officiel : Government Free Education. C'est dire que l'établissement est soutenu par l'Etat. Ce collège compte aujourd'hui, 22 classes, 3 laboratoires, une librairie et les installations qui assurent la bonne marche d'une école. Une chapelle est venue s'y ajouter et favoriser la piété très réelle des élèves. De plus, la vente de livres scolaires et une plantation de cocotiers procurent à l'établissement un supplément de ressources.

Le Christ King College compte actuellement 704 élèves. II a donné, dans le courant de l'année dernière, 5 juvénistes et 4 autres vocations.

En 1951, le District faisait l'acquisition, à Tudella, d'un terrain situé à peu de distance du Christ King College, en vue de l'installation d'un juvénat et d'un noviciat. Il était temps de penser à se recruter sur place. A Ceylan, le gouvernement a pris en charge tous les établissements scolaires, paye les maîtres et subventionne les écoles, mais les maîtres doivent être cinghalais et munis de leurs diplômes. Cette situation mit nos Frères dans l'heureuse nécessité d'organiser le recrutement local. Le juvénat et le noviciat n'ont pas cessé de progresser et de donner de bons résultats, jusqu'à présent. Les juvénistes suivent les cours du collège qui ne se trouve qu'à quelque 200 mètres de distance. Les vocations cinghalaises sont sérieuses et se montrent solides.

 Voici les dernières statistiques du District : Frères proies : 41, dont 16 étudiants. Novices : 3. Juvénistes : 20. Ecoles : 4. Nombre d'élèves : 3.337.

Cette île jouit de nos jours de sa pleine indépendance, après avoir été occupée par les Portugais, les Hollandais, les Français et les Anglais. Sa population de 9 millions d'habitants est composée en majorité de Cinghalais et de Tamouls. « Au point de vue religieux, dit Missi, il est regrettable que cette perle de l'Océan Indien soit une Babel de religions où les fanatismes exaspèrent les passions. Le 10 octobre dernier, le premier ministre, Salomon Bandaranaïke, tombait sous les balles d'un moine bouddhiste qui, soit dit en passant, doit, par commandement de sa religion, éviter de tuer même un moustique. Les adeptes de Bouddha sont 5.800.000 ; les hindous, 1.800.000 ; les chrétiens, 800.000 dont 700.000 catholiques, et les musulmans, 600.000. »

La situation politique, comme dans tout l'Orient, ne laisse pas d'inspirer quelque inquiétude. Mais nos Frères, forts de leur confiance en Dieu et de la protection de Notre-Dame de Lanka, patronne de l'île, continuent vaillamment leur apostolat auprès de la jeunesse du pays et regardent en face l'avenir plein de promesses qui s'ouvre devant eux.

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