Cinéma – Rapport présenté au Chapitre par la troisième Commission

25/Oct/2010

Le cinéma présente deux problèmes :

— La fréquentation des salles de cinéma par les Frères ;

— Le cinéma et nos élèves.

 

1. Fréquentation des salles de cinéma par les Frères.

1° Dans chaque diocèse, des règles sont données par l'autorité ecclésiastique, relativement aux salles de spectacle. Ces règles s'imposent aux prêtres séculiers, aux religieux et religieuses. Nous sommes donc soumis à ces règles qui, d'ailleurs, varient d'un diocèse à l'autre.

2° Le Souverain Pontife a donné aux religieux des règles de prudence.

3° Enfin, il appartient au Frère Provincial de donner aux Frères des précisions en ce qui concerne la fréquentation des salles de cinéma. D'une manière générale, il faut tenir compte :

– De la manière de juger. Suivant les pays, il est plus ou moins admis que les prêtres et religieux fréquentent les salles de cinéma ;

– De la salle : il y a des salles paroissiales et des salles publiques. Il y a des salles publiques de bonne tenue ; d'autres de réputation douteuse dans lesquelles on ne peut se risquer, même si le spectacle est sain ;

— De la valeur morale du spectacle, donc de la cote morale, donnée dans beaucoup de pays par un organisme ecclésiastique compétent ;

— Du but que l'on recherche en allant à telle séance : simple divertissement ou souci d'étude. Dans le premier cas, il ne faut pas que se crée une habitude qui dégénère en besoin.

Il est d'ailleurs à remarquer que ce sont ceux qui vont au cinéma par simple distraction qui tournent plus facilement à l'intoxication. Si l'on considère le cinéma comme une simple distraction, on peut fixer une périodicité de fréquentation. Si l'on s'attache à voir des films de valeur, il arrivera que plusieurs soient présentés la même semaine et que, pendant des mois, rien de valable ne passe sur les écrans. On ne peut fixer de périodicité.

 

II. Le cinéma et nos élèves. — Au préalable, il faut souhaiter que les Frères connaissent et étudient les documents pontificaux ou ceux émanés des organismes d'Eglise compétents sur la question du cinéma. Citons simplement :

— L'Encyclique Vigilanti Cura de Sa Sainteté Pie XI ;

— L'Encyclique Miranda Prorsus de Sa Sainteté Pie XII (8 septembre 1957) sur les moyens modernes de diffusion : radio, cinéma, télévision ;

— Les comptes rendus et les vœux des Congrès de l’O.C.I.C. (Office Catholique International du Cinéma), spécialement ceux de Madrid (1952), La Havane (1954), Dublin (1956).

De ces divers documents, en particulier de l'Encyclique Miranda Prorsus, on peut tirer, sur les questions qui nous intéressent, les principes suivants :

Le Cinéma est d'abord un langage puis un art. — On a considéré longtemps et on considère trop souvent encore le cinéma comme un simple spectacle ou un divertissement, au même titre que le théâtre, le cirque ou un match.

Or le cinéma est d'abord un langage (au même titre que le langage parlé ou le langage écrit), c'est-à-dire un système de signes exprimant la pensée. Ces signes sont les images (comme les sons ou les mots écrits, dans les autres langages). Les images sont organisées suivant des règles — une grammaire, dit-on — qui correspondent à la syntaxe du langage parlé ou écrit.

Mais le cinéma-langage est d'une nature très différente du langage écrit ou parlé. Il s'adresse moins à l'intelligence qu'à la sensibilité, à l'imagination, aux puissances instinctives obscures. Il tend à créer, chez le spectateur, un état émotif à la faveur duquel les idées s'installent en lui sans passer par le crible de l'esprit critique et de la raison claire.

On croit communément que, pour comprendre un film et se l'assimiler, il suffit d'avoir les yeux ouverts et d'y voir clair. En réalité, la connaissance de la grammaire cinématographique est absolument nécessaire pour saisir la véritable portée d'un film et pour analyser les impressions qu'il provoque en nous, afin de rester libres de son emprise. C'est ce que dit explicitement l'Encyclique Miranda Prorsus : « Pour que, dans ces conditions, le spectacle puisse remplir sa fonction d'information et d'instruction du public, il faut un effort éducatif qui prépare les spectateurs à comprendre le langage propre à chacune de ces techniques (radio, cinéma, télévision), et à se former une conscience exacte qui permette de juger avec maturité les divers éléments offerts par l'écran et par le haut-parleur, afin de n'avoir pas — comme il arrive souvent — à subir leur influence. Ni une saine récréation, devenue désormais — comme disait notre Prédécesseur d'heureuse mémoire — une nécessité pour des gens accaparés par les affaires et les soucis de la vie, ni le progrès culturel ne peuvent être assurés pleinement, sinon par cette œuvre ' éducatrice éclairée par les principes chrétiens. »

La conséquence pour nous, est que nous devons nous préoccuper de donner à nos élèves la formation technique, artistique et morale qu'exige le cinéma, n'oubliant jamais qu'il faut, pour une bonne formation morale, une formation technique et artistique qui permette de pénétrer à fond le sens d'une œuvre. La formation cinématographique ne doit pas rester en marge de la formation générale. Elle doit s'y intégrer harmonieusement.

C'est pourquoi le Congrès de l’O.C.I.C. de Madrid a émis le vœu que la formation cinématographique soit donnée dans toutes les écoles, dans le cadre des horaires et des programmes scolaires. Les Congrès de La Havane et de Dublin ont émis le même vœu.

Le Souverain Pontife y revient dans l'Encyclique Miranda Prorsus : après avoir signalé les initiatives dont le but est. de promouvoir la formation cinématographique des spectateurs, il poursuit :

« Ces initiatives, si elles suivent les lois d'éducation chrétienne et sont données avec une compétence didactique et culturelle, non seulement méritent notre approbation, mais nous souhaitons vivement qu'on les introduise et les développe dans les écoles et dans les universités, dans les associations catholiques et dans les paroisses.

La bonne formation des spectateurs diminuera les dangers moraux tandis qu'elle permettra au chrétien de profiter de toutes les nouvelles connaissances qu'il acquerra pour élever son esprit vers la méditation des grandes vérités de Dieu. »

Par souci de fidélité aux directives du Souverain Pontife, les Frères auront donc à cœur de promouvoir la formation cinématographique de leurs élèves et, dans certains cas, de leurs anciens élèves.

 

C'est dans l’école même, par les soins des professeurs, que doit se donner cette formation cinématographique. — On considère parfois l'étude du cinéma comme intéressant seulement un groupe d'élèves, membres d'un club ou d'un mouvement d'Action Catholique. Mais tous nos élèves vont au cinéma et subissent l'emprise des films. Tous doivent être formés. C'est pourquoi, partout où cela est possible, il faut situer cette formation cinématographique non dans les moments de loisir, mais durant les heures normales de classe. L'enseignement du cinéma doit trouver place dans les horaires et programmes de nos écoles, à côté des autres disciplines, littéraires, scientifiques et artistiques.

Comme tous les autres enseignements, il doit être gradué, comporter un programme annuel et progressif, pour les divers degrés. Voir, par exemple, le « Guide-Programme du cinéma à l'école » adopté par la Direction nationale de l'enseignement libre de France (77 bis, rue de Grenelle, Paris).

La méthode d'enseignement du cinéma en est encore à ses débuts. Notons cependant qu'elle doit comporter, à côté de l'étude pratique des films, l'étude à partir de livres, de la grammaire du cinéma et des problèmes artistiques et historiques qui s'y rattachent. (Voir, par exemple, aux Editions Ligel, 77, rue de Vaugirard, Paris (VIe), les ouvrages suivants : pour l'enseignement primaire : Philippe et Brigitte, cinéastes ; pour l'enseignement secondaire : Rambaud, Initiation au cinéma; A. Vallet, Les genres au cinéma.)

 

Les Frères doivent recevoir une formation cinématographique, orientée vers le rôle qu'ils auront à jouer dans ce domaine, auprès de leurs élèves. — Il existe, suivant les pays, des ciné-forums, des sessions, des camps de vacances cinématographiques. Ils s'adressent aux membres de l'Action Catholique, aux prêtres et religieux. Ils sont intéressants, mais il est à craindre que la formation qu'ils donnent ne soit pas parfaitement adaptée aux besoins des Frères et à leur rôle d'éducateurs. Il faut dont souhaiter :

— qu'une formation adaptée soit donnée dans les scolasticats ;

— que des sessions de vacances soient organisées en vue de la formation des Frères.

 

Le cinéma, ainsi que la radio et la télévision, doit être, mis au service de renseignement. — Le Souverain Pontife déclare, dans l'Encyclique Miranda Prorsus : «Le film didactique, la radio, et plus encore la télévision scolaire, offrent de nouveaux secours, non seulement pour les jeunes, mais aussi pour les adultes. Toutefois, il faut à tout prix veiller à ce qu'ils ne s'opposent ni aux commandements ni aux droits imprescriptibles de l'Eglise, ni à la bonne éducation de la jeunesse au foyer familial… Nous désirons vivement que les moyens audio-visuels soient partout utilisés pour compléter la formation culturelle et professionnelle et surtout « la formation chrétienne, base fondamentale de tout progrès authentique ». Ainsi voulons-nous exprimer notre satisfaction à tous ceux, éducateurs et enseignants, qui utilisent sagement le film, la radio et la télévision dans un but aussi noble. »

Les paroles de Sa Sainteté Pie XII peuvent se passer de commentaires. Soulignons cependant que les séances scolaires de cinéma, radio ou télévision risquent de tourner au simple spectacle si le maître n'a pas soin de stimuler l'attention et l'activité des élèves par une étude (écrite ou orale) qui insère davantage la séance dans le travail habituel.

 

Le cinéma pose un grave problème missionnaire. — En effet, les peuples qui ont un long passé de culture intellectuelle et de civilisation sont vulnérables à l'influence du cinéma, de la radio et de la télévision. Que dire de cette influence lorsqu'elle s'exerce sur des centaines de millions d'hommes dépourvus de toute instruction.

Les efforts d'évangélisation peuvent être gravement compromis. Voilà pourquoi Sa Sainteté Pie XII déclare, dans l'Encyclique Miranda Prorsus : « Nous voulons adresser un témoignage de satisfaction particulière aux missionnaires qui, conscients du devoir de sauvegarder l'intégrité du riche patrimoine moral des peuples pour le bien desquels ils se sacrifient, cherchent à initier les fidèles au bon usage du cinéma, de la radio et de la télévision, faisant ainsi connaître pratiquement les vraies conquêtes de la civilisation. »

Sans doute devons-nous étudier ce problème dans nos divers secteurs missionnaires.

 

Le cinéma-divertissement pose, lui aussi, des problèmes aux éducateurs. — Il est normal, en effet, spécialement dans les internats, que l'on donne des séances de cinéma, les jeudis ou les dimanches. Certaines difficultés sont cependant à signaler :

— Dans les internats, il y a des séances prévues à dates fixes : tous les huit jours, tous les quinze jours… Mais il arrive qu'on ne peut pas obtenir des films valables et que l'on projette des films de valeur morale et artistique contestable. Les Frères chargés de la programmation doivent apporter tous leurs soins à trouver des films convenant à notre jeune public.

— Il faut éviter que les séances, habituelles ou accidentelles, nuisent aux élèves (suppression de sommeil ou fatigue nerveuse pour les jeunes).

— Il ne faut pas non plus qu'elles nuisent à la vie religieuse des Frères, amenant par exemple, d'une façon fréquente, la suppression de l'étude religieuse.

Surtout il faut bien se souvenir que le problème moral du cinéma n'est pas seulement celui des bons et des mauvais films. Par sa nature, le langage imagé (images visuelles et sonores) le cinéma, sans une éducation préalable, tend à développer la sensibilité, l'émotivité, l'imagination, les facultés instinctives, au détriment de l'intelligence claire et de l'esprit critique ; par là même, il risque de contrarier l'épanouissement équilibré et harmonieux de la personnalité. Le rôle de la formation cinématographique, dont il a été question plus haut, est de permettre aux jeunes spectateurs de retrouver, en face du film, leur liberté psychologique par l'appel à l'activité de l'intelligence et du sens critique.

La formation cinématographique des élèves s'impose donc, d'une manière plus impérieuse encore, dans les maisons où nous donnons des séances régulières.

 

Le problème des spectacles pour la jeunesse intéresse tous les éducateurs. — Pie XII déclare, dans l'Encyclique Miranda Prorsus : « L'œuvre d'éducation n'est pas, d'ailleurs, à elle seule suffisante. Il faut que les spectacles soient adaptés au degré de développement intellectuel, émotif et moral des divers âges. Ce problème est devenu particulièrement urgent quand, avec la radio et surtout la télévision, le spectacle a pénétré dans le foyer familial lui-même, menaçant les digues salutaires grâce auxquelles la saine éducation protège l'âge tendre des enfants, afin qu'ils puissent acquérir la vertu nécessaire avant d'affronter les tempêtes de la vie. »

L'organisation des spectacles cinématographiques pour les jeunes est plus ou moins avancée suivant les pays. On peut signaler les initiatives du Canada et de l'Angleterre. Comme ces spectacles s'adressent à nos élèves, il se peut que nous ayons un rôle à jouer sur le plan local ou national. Le Frère Provincial sera juge de la collaboration que les Frères, ou tel Frère en particulier, doivent apporter à l'organisation des spectacles pour les jeunes.

 

Les Offices nationaux du cinéma sont mandatés par le Souverain Pontife et la Hiérarchie pour tout ce qui concerne le cinéma, la radio et la télévision.— Le Souverain Pontife l'indique avec insistance dans l'Encyclique Miranda Prorsus : « En face d'aussi grandes possibilités et d'aussi graves dangers des techniques audio-visuelles de diffusion, l'Eglise entend accomplir pleinement sa mission qui n'est pas directement d'ordre culturel, mais pastoral et religieux.

Ce fut pour répondre à ce but que Pie XI, de vénérée mémoire, recommandait aux Evêques de constituer dans toutes les nations, un « office national permanent de révision qui puisse promouvoir les bons films, classer les autres et faire parvenir ce jugement aux prêtres et aux fidèles et orienter en même temps toutes les activités des catholiques dans le domaine du cinéma. »

Après avoir constaté l'existence de nombreux offices nationaux, souhaité leur création dans tous les pays, le Souverain Pontife poursuit : « Nous vous recommandons… que les fidèles et surtout les membres des associations catholiques soient instruits comme il faut de la nécessité d'assurer, par leur appui commun, le fonctionnement efficace de ces offices. »

Il est à souhaiter que les Frères, dans chaque pays, connaissent ces offices et contribuent à étendre leur action, soit auprès des élèves, soit auprès des associations d'Action Catholique, d'anciens élèves ou de parents d'élèves qui gravitent autour de l'école. Le Frère Provincial déterminera quelles formes doit revêtir notre collaboration avec l'Office national du cinéma. Au besoin, un Frère pourra être plus spécialement chargé des rapports avec cet office.

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