Collège de Rancuaga

15/Sep/2010

Au paragraphe intitulé Education et Enseignement, nous avons déjà donne une traduction de la belle conférence faite par l'éminent Recteur de l’Université Catholique de Santiago du Chili à l'occasion de l’ouverture de l'Instituto O'Higgins, à Rancagua ; mais nous aimons à croire que les lecteurs du Bulletin ne nous en voudront pas d'ajouter ici quelques détails sur cette solennité.

Rancagua, chef-lieu de la province chilienne d'O'Higgins est une jolie petite ville de douze à quinze mille habitants, située à environ 65 Km. au sud de Santiago, sur la voie ferrée qui unit cette capitale aux provinces Méridionales.

Il y a déjà longtemps que les Catholiques de ce centre important et progressiste caressaient le rêve d'un Etablissement d'Education où leurs enfants pourraient aller puiser les éléments des connaissances humaines sans être exposés à sucer en même temps le poison de l'erreur et de l'impiété, si souvent dissimulé, au Chili comme ailleurs, sous les étiquettes de laïcisme, d'irréligion et de neutralité ; mais sa réalisation se heurtait à des obstacles difficiles à surmonter.

Cependant au cours de ces dernières années, soutenus et encouragés par Mgr l'Archevêque, et dirigés par le zélé Pasteur de la localité, S. R, don J. Domingo Cabrera, ils se mirent à l'œuvre, et, grâce à de généreux efforts, ils parvinrent à édifier et à doter un beau Collège, dont la direction a été confiée à nos Frères.

Le Dimanche, 21 mars dernier, ce magnifique Etablissement, objet de si légitimes désirs et de si chères espérances de la part de la chrétienne population du pays, fut inauguré sans faste mondain, mais avec cette solennité sereine et grave que la sainte Eglise sait mettre à toutes ses fêtes, par le T. l, Don Martin Rucker, Recteur de l'Université Catholique du Chili, en présence d'une assemblée aussi nombreuse que distinguée. Il a pris le nom de Instituto O'Higgins en l'honneur du grand patriote dont le souvenir est une des gloires de la contrée.

Après la bénédiction de l'édifice et de ses diverses parties, donnée par Mr le Recteur, selon les formes du Rituel, commença la séance oratoire, musicale et littéraire d'après le programme préalablement dressé. La fanfare municipale et l'orchestre habilement dirigé par le maestro Lucares prêtaient leur bienveillant concours.

Ce fut Mr l'avocat Uldarico Lopez qui ouvrit le feu, par un discours remarquable et très applaudi, sur l'action bienfaisante ou néfaste qu'exerce presque toujours un établissement d'éducation suivant que l'esprit qui y domine est bon ou mauvais, suivant qu'il continue et corrobore l'enseignement chrétien donné par la mère au sein de la famille on qu'il se met en lutte avec lui.

« L'école moderne, dit-il avec beaucoup de justesse, en éliminant Dieu et ses enseignements, élimine par la même la juste notion du but de la vie et la consolation dans le malheur ; de là vient qu'elle aboutit, en somme, à priver l'ordre social du pivot qui est sa condition de stabilité, et à susciter des multitudes altérées de haines, de vengeance et de destruction, comme on ne l'a que trop vu récemment dans divers pays de l'Europe.

C'est donc pour nous un grand motif de joie, que l'ouverture de ce Collège, qui va continuer auprès de nos enfants les enseignements de leurs mères chrétiennes, de ce foyer de science et de vertu où, conjointement avec les vérités d'ordre scientifique, on enseignera les principes traditionnels que nous tenons de nos pères et qui, de génération en génération, remontent jusqu'aux martyrs qui les ont scellés de leur sang.

Je vous félicite donc, mes enfants, Vous qui, les premiers allez recevoir ces enseignements, et j'aime à augurer dès aujourd'hui que d'ici à quelques années, lorsque vous serez devenus des hommes, vous vous ressouviendrez avec amour de cette maison où se seront formés vos esprit et vos cœurs, et que plus d'une fois, dans les luttes et les contrariétés de la vie, vous la chercherez du regard pour connaitre le devoir, comme le navigateur cherche le phare au milieu de la tempête ».

Puis, après un intermède musical, ce fut M. le Recteur de l'Université qui prit la parole et prononça, sur l'Education chrétienne, le magistral discours qu'on a vu plus haut, et sur lequel nous nous dispenserons de revenir. Une salve d'applaudissements salua la conclusion de l'éminent conférencier, qui, au jugement unanime de l'assistance, s'était placé au niveau des plus profonds penseurs comme des écrivains les plus distingues du Chili,

Venait ensuite le tour de Mr le Curé, Don J. Domingo Cabrera, qui devait présenter à l'assemblée le personnel enseignant du Collège et remercier publiquement ceux qui l'avaient aidé à mener à bonne fin la réalisation de la grande œuvre qui faisait en ce jour l'objet la la joie générale. Mais la Providence ne permit pas qu'après avoir été si constamment et si durement à la peine, il pût être aussi à l'honneur, Une subite indisposition venait de l'atteindre et cette partie du programme dut, bien à regret, être supprimée. Il n'en était pas moins présent, cela va sans dire, à l'esprit et à la reconnaissance de tous,

En somme la cérémonie fut très belle et très émouvante.

« J'ai senti mon coeur se dilater, raconte un témoin, à la vue de la joie sincère et des généreuses expansions de cette affluence de personnes honorables et distinguées, de l'accomplissement des plus chères aspirations de l'âme catholique, et de la perspective lointaine des pléiades de jeunes gens instruits, bien élevés et saintement fiers de leurs croyances, qui doivent sortir un jour de ces classes pour combattre généreusement et avec vaillance en faveur de la cause du Christ, et de la vraie civilisation dont son Evangile est à la fois le foyer et l'idéal divin. En contemplant en silence l'admirable local où a eu lieu la cérémonie de l'inauguration ; en entendant les paroles remplies de science et d'amour pour l'Eglise qui tombaient des lèvres de l'éminent Recteur de l'Université Catholique du Chili, en écoutant la description si vive et si frappante qu'il faisait des effets opposés de l'enseignement prétendu neutre et de l'enseignement chrétien, je me sentais pris involontairement d'une émotion intense qui élevait mon âme à Dieu.

Je me figurais déjà voir sortir de ce beau Collège, placé sous la direction d'éducateurs sages et expérimentés, une moderne Légion Thébaine destinée à détruire l'édifice vermoulu des vieilles erreurs, et à démasquer, à la lumière conquérant de la vérité, le clinquant de la fausse science propagée avec une si déplorable 'ardeur par la foule de .ceux qui ont pétri leur cerveau dans les antres du sectarisme.

“ Ici, dans l'Institut Bernard O' Higgins la science chrétienne aura son temple comme elle l'a dans toutes les villes de la République on existent des collèges et des écoles dirigées par des maîtres catholiques ; la justice, la moralité et la compétence pédagogique auront de nobles représentants dans les recommandables professeurs qui, a partir d'aujourd'hui, y donneront leurs leçons ; la vertu, le bien et le patriotisme auront une école d'où leur précieuse semence passera dans le cœur d'une centaine d'enfants ; et par dessus tout cela, comme pour l'animer et le féconder de sa vertu surnaturelle et divine, planera la foi, la foi au Christ et à son Eglise ».

Et nous, de notre part, chers Lecteurs du Bulletin, que pourrions-nous souhaitez à ce nouveau foyer d'éducation chrétienne, sinon que de si belles et si justes espérances se transforment un jour en réalités, du moins dans toute la mesure ou pourront le permettre, avec la bénédiction du Seigneur, la capacité, le bon vouloir, le dévouement et les forces de ceux à qui est échue la noble tache de promouvoir ce résultat.

Hélas ! à juger les choses au point de vue humain, il pourrait assembler que les premiers débuts ne sont pas d'un heureux augure, puisque le bon Frère Marie-Lucius, sur lequel on comptait pour imprimer à l’œuvre une heureuse impulsion initiale, est tombé sur la brèche trois jours à peine après y avoir mis la main ; mais, au point de vue de la foi, au contraire, ce doit nous être un motif de confiance, puisque, dans l'histoire des œuvres qui ont pour but la gloire de Dieu, nous voyons si souvent la croix à la base de celles qui sont destinées au plus prospère avenir.

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