Collège Notre-Dame del Pilar à Saragosse

Collège Notre-Dame del Pilar à Saragosse

26/Sep/2010

Saragosse (120.000 h.), la "Reine de l’Ebre", a certes de bien beaux, bien nombreux et bien légitimes titres de gloire1. Mais celui peut-être dont elle est le plus saintement fière, est de posséder en son sein le sanctuaire de Notre-Dame Del Pilar, sans doute le premier qu'ait eu la Très Sainte Vierge en Europe, sinon dans le monde, puisque l'origine en remonte à l'année 40 de notre ère.

Une tradition immémoriale et constante rapporte, en effet, qu'a cette date, l'auguste Mère de Jésus, encore vivante, fut transportée par la main des anges de Jérusalem sur les bords de l'Ebre, où saint Jacques le Majeur était en train de prêcher l'Evangile, et que, se faisant voir à lui sur un pilier ; elle lui demanda, de la part de son divin Fils, de faire élever une chapelle en son honneur, lui promettant qu'elle serait pour la contrée un foyer de grâces. Extrêmement encouragé et consolé, le saint apôtre fit bâtir en effet, sur le lieu de l'apparition, une modeste chapelle où il plaça l'image de la divine Mère avec le pilier sur lequel elle s'était montrée à lui.

Ce fut le Sanctuaire de N.- D. del Pilar, demeuré depuis dix-neuf siècles, selon la prédiction, un foyer des plus précieuses faveurs spirituelles et temporelles, non seulement pour la cité de Saragosse, qui le regarde comme son Palladium, mais pour toute la contrée environnante, où il est l'objet d'une très grande vénération. Depuis longtemps déjà, la chapelle primitive a fait place à un temple magnifique, où les plus riches matériaux de la nature semblent avoir mis â contribution toutes les ressources de l'art pour devenir un digne hommage de la piété reconnaissante du peuple espagnol à la Reine du ciel. Et c'est merveille de voir avec quelle ferveur confiante des flots sans cesse renouvelés de fidèles se pressent aux abords de la Chapelle Angélique, où se dresse la vénérable effigie, pour offrir à l'auguste Vierge qu'elle représente le tribut de leur amour, de leur gratitude ou lui demander l'assistance de son maternel secours, dans tant de nécessités, d'embarras et de peines de toute nature qui sont le lot trop ordinaire de notre existence ici-bas.

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Sans parler, donc, de plusieurs autres puissants motifs qui militaient dans le même sens, ne paraissait-il pas convenable que, dans ce grand centre populeux qui est par excellence la cité de Marie, les Petits Frères de Marie eussent au moins une œuvre, eux qui non seulement se font gloire d'honorer et d'invoquer cette bienheureuse Vierge comme leur mère et patronne, mais dont la naissance (2 janvier 1817) coïncide justement, selon la tradition, avec le 1.777ième anniversaire du jour (2 janvier 40) où, Elle daigna se faire voir à Saint Jacques sur les bords de l'Ebre ?

Aussi, dès les premières années de notre arrivée en Espagne, nos Supérieurs avaient-ils eu la pensée et le désir d'y fonder un Collège et avaient-ils fait, à diverses reprises, des tentatives dans ce but ; mais des difficultés de plusieurs sortes, et notamment celle d'obtenir l'agrément de l'autorité diocésaine, les avaient toujours empêchés d'aboutir.

Enfin, en 1903, sur les instances du C. Frère Paul-Marie, alors Provincial d'Espagne, S. G. Mgr J. Soldevilla y Romero, nouvellement élevé sur le siège archiépiscopal de Saragosse, concéda gracieusement l'autorisation désirée, et l'on se mit aussitôt en mesure de préparer l'ouverture de l'établissement.

Comme toutes les œuvres de Dieu, celle-ci eut dès le principe à surmonter de grandes difficultés. Et d'abord la question du local à trouver ne fut pas facile à résoudre. Après bien des recherches infructueuses et des courses fatigantes, on se fixa sur une modeste maison située au n° 40 de la Grand' Rue (Calle Major) ; et le 16 juin de la même année 1903, trois Frères prirent possession de la nouvelle résidence, complètement dépourvue de mobilier.

Ils y ouvrirent sans retard une école sous le titre d'Académie de N.-D. del Pilar pour l'enseignement des langues vivantes et n'eurent d'abord que six élèves, dont cinq pour des leçons de français et l'autre pour quelques matières de la 5ième année du baccalauréat.

Pendant les mois de juillet et d'août, ce dernier reçut 17 compagnons qui préparaient des examens officiels pour le mois de septembre, tandis que, de son côté, le nombre des élèves de français s'élevait à 16, auxquels s'ajoutèrent deux élèves d'anglais et deux d'allemand.

A la suite de la retraite annuelle des Frères de la Province, qui eut lieu à San Andrés de Palomar, huit furent désignés pour composer la communauté de Saragosse ; et au 1ier septembre, l'Académie de N-D. del Pilar, qui prit dès lors le titre de Collège, ouvrit trois classes d'enseignement primaire avec les deux premières de l'enseignement secondaire.

Les élèves ne furent, au début, qu'au nombre d'une vingtaine, mais ils augmentèrent rapidement, si bien que, durant le cours de cette première année scolaire 1903-1904, pas moins de 215 furent inscrits. La plupart suivaient les classes d'enseignement primaire. Les deux classes d'enseignement secondaire n'en eurent ensemble qu'une trentaine.

D'ailleurs, à côté de ces classes d'enseignement primaire et secondaire, étaient restées les leçons particulières de langues vivantes qui furent très fréquentées, et qui, en plus d'ajouter un appoint fort nécessaire aux ressources de la communauté, contribuèrent beaucoup à la faire connaître. En effet, parmi les 75 messieurs et jeunes gens qui venaient les prendre, il y avait, avec des élèves de l'enseignement secondaire et supérieur, des commerçants, des officiers, des prêtres, des journalistes, des professeurs de l'Université, et même des députés.

C'était, en somme, pour l'établissement, un très beau début. Malheureusement, sans qu'on l'eût cherché, sa clientèle s'était faite en grande partie aux dépens de plusieurs collèges particuliers, qui avaient vu la leur diminuer journellement. Aussi fut-ce, de leur part, l'occasion d'une véritable levée de boucliers contre les auteurs involontaires de leur décadence. Les Directeurs de trois d'entre eux se coalisèrent pour adresser au Recteur de l'Université une pétition par laquelle, sous prétexte que le dossier relatif à l'ouverture du nouvel établissement était incomplet, ils en demandaient la fermeture immédiate, et les mauvais journaux en prirent occasion pour entreprendre une campagne acharnée non seulement contre les Maristes de Saragosse, mais aussi contre ceux de toute l'Espagne, et même contre tous les religieux venus de France. El Progreso, entre tous, se distingua, par la méchanceté et le ridicule de ses accusations. Par bonheur que les journaux du bon parti, notamment El Noticiero et El Diario de Zaragoza, prirent en main, de leur côté, la cause des Frères et n'eurent pas de peine à démontrer l'inanité des reproches dont on les chargeait injustement, dans le but de soulever contre eux l'opinion publique.

 D'autre part, M. le Recteur, qu'on avait d'abord réussi à surprendre, réfuta une à une, dans sa "résolution" du 23 décembre, toutes les accusations des Directeurs des collèges privés, prouva d'une façon lumineuse que celui des Frères avait été établi conformément à toutes les dispositions de la loi, et conclut que la demande de fermeture n'avait aucune raison d'être. De sorte qu'en définitive toute cette polémique insidieuse tourna au seul détriment de ceux qui l'avaient soulevée. Elle ne servit qu'à faire connaître davantage les Frères dans le public et eut pour premier résultat non de leur enlever des élèves, mais de leur en amener de nouveaux. Nombre de pères de familles qui avaient encore leurs fils dans les collèges dirigés par les plaignants, indignés des procédés auxquels on avait recours pour les conserver, les en retirèrent pour les amener au Collège de N.-D. del Pilar : tant il est vrai que la Providence tire souvent le bien du mal même, et que tous les moyens lui sont bons pour arriver à ses fins !

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Ce n'est pas, du reste, il s'en faut bien, que, pour le Collège Notre-Dame del Pilar, toutes les causes de souci eussent disparu. Notamment, par le fait même de l'augmentation du nombre des élèves, la question du local était devenue plus aiguë et plus urgente que jamais.

A la mi-juin 1903, comme on a vu plus haut, les Frères avaient dû se résoudre à s'établir, faute de mieux, au n° 40 de la Grand' Rue, dans une maison très mal située, sans cour, et si mal conditionnée pour un collège qu'un officier supérieur l'appelait, par hyperbole, une écurie où il n'eût pas osé, disait-il, loger ses chevaux. Et pourtant, il y envoyait un de ses fils et beaucoup d'autres familles aisées faisaient comme lui tout en déplorant cet état de choses. La location d'un petit appartement situé au 3ième étage d'une maison qui faisait face au Collège avait momentanément permis, il est vrai, de dégager un peu celui-ci ; mais ce ne pouvait être là qu'une solution provisoire, et toutes les diligences en vue de trouver mieux demeuraient sans effet !

Enfin, cependant, Notre Dame del Pilar, à qui l'on faisait neuvaine sur neuvaine pour l'obtention d'un local où l'œuvre pût se continuer et se développer, en fit rencontrer un bien modeste encore, sans doute, mais à peu près suffisant pour qu'on pût y installer sans trop de gêne la communauté et les élèves. Situé au n° 13 de la rue Saint-Georges, il était occupé par une éciole municipale et par sept autres locataires.

Le 5 janvier 1905, la communauté, composée de 10 Frères, et le Collège, qui comptait 270 élèves, se transportèrent dans la partie délaissée par l'école municipale et peu de temps après un contrat fut passé avec le nouveau propriétaire2 pour cinq années, à raison de 5.000 pesetas de loyer pour toute la maison.

En comparaison de ce qu'on venait de quitter, on se trouvait à l'aise. Dès qu'on put disposer d'une salle capable de contenir tous les enfants réunis, Monseigneur l'Archevêque, à qui les Frères languissaient de pouvoir témoigner publiquement leur gratitude pour le bienveillant accueil qu'il leur avait fait dans sa ville métropolitaine, fut invité à venir faire une visite à l'Etablissement. Il fut très sensible aux démonstrations de vénération filiale qu'il y reçut, et avant de se retirer, il donna aux maîtres et aux élèves une paternelle bénédiction que Dieu et Notre-Dame del Pilar daignèrent ratifier largement. Grâce à leur céleste influence, le Collège put voir, dans une atmosphère de piété, de bon esprit et d'ardeur studieuse, sa population s'accroître régulièrement d'année en année. De 270 élèves qu'elle était en 1905, elle passa graduellement à 319 en 1906, 349 en 1907, à 431 en 1908, 483 en 1909. Heureux si le local, moins rigide et plus facilement transformable, avait pu s'amplifier dans les mêmes proportions ! Mais il n'y avait pas eu moyen.

Pour faire place aux nouveaux arrivants, on avait eu beau congédier peu à peu tous les sous-locataires : l'espace manquait de nouveau sans compter qu'une bonne partie de la maison avait un besoin urgent de réparations,… et impossible de trouver ailleurs quelque chose de plus ample. La seule solution pratique eût été une reconstruction de plein pied ; mais le propriétaire se refusait à en assumer la dépense, malgré la proposition qu'on lui faisait de lui en payer les intérêts sous la forme d'une augmentation du prix du loyer. Il aurait préféré qu'on lui achetât son immeuble, et il laissait même entrevoir qu'il se montrerait accommodant pour les facilités de payement.

Sur ces entrefaites, le R. Frère Stratonique, élevé depuis peu à la charge de Supérieur Général, étant venu en compagnie du C. Frère Bérillus, A. G., ils se rendirent compte que vraiment les choses ne pouvaient plus rester en l'état où elles se trouvaient, qu'une amélioration était devenue urgente ; et comme, M. Santiago Sainz, le propriétaire de la maison, se montrait plus que jamais disposé à vendre, ils conseillèrent d'entrer en négociation avec lui.

Ces négociations, aussitôt entreprises, aboutirent à un contrat provisoire d'achat3 au prix de 70.000 pesetas, payables en 12 annuités ; et peu de temps après il fut décidé, avec l'approbation du Conseil Général, que la partie de la maison occupée par les classes serait démolie et remplacée par un bâtiment neuf à rez-de-chaussée et deux étages, où pourraient être établies quinze belles classes rendues indépendantes les unes des autres par une galerie extérieure à chaque étage.

Les travaux de démolition furent commencés le 26 juillet 1909 et, malgré les tristes événements de Barcelone, qui éclatèrent à ce moment même, la reconstruction fut menée assez vite pour qu'au mois de janvier les classes pussent s'y installer. Pendant le premier trimestre de l'année scolaire, elles avaient fonctionné péniblement dans la partie restante du vieux bâtiment et dans deux maisons du voisinage ; mais cette gêne fut bien compensée par la joie et le plaisir de se trouver enfin au large, dans des salles commodes où abondaient l'air et la lumière. La restauration avait été coûteuse, mais bien réussie.

Restait maintenant à s'occuper de la communauté, dont le logement, en plus d'être étroit et incommode à l’excès, commençait à menacer ruine. En février 1912, à l'occasion de la reconstruction d'un mur mitoyen, un projet de remaniements et de réparations fut concerté pour être soumis au Conseil Général. Il ne comprenait que les améliorations les plus urgentes ; mais on sait ce que c'est que toucher aux vieux bâtiments : une démolition en appelle une autre, ce qu'on voudrait laisser ne cadre plus avec ce qu'il faut construire à neuf, et, d'une amélioration à une autre, on est conduit comme fatalement à refaire presque tout. C'est du moins ce qui arriva dans la circonstance ; et, somme toute, il n'y a pas à le regretter, car autrement il n'y aurait guère eu moyen de faire quelque chose de pratique et surtout de durable ; tandis que cette bonne amélioration, ajoutée à celle de 1909, finissait de mettre le Collège dans des conditions matérielles d'où le luxe, sans doute, demeurait sévèrement banni, mais qui, pour l'espace, l'air, la lumière, etc. …, rendraient tout de même moins héroïque la confiance des familles qui y plaçaient leurs enfants.

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Cette confiance, en effet, depuis dix ans, c'est-à-dire depuis la fondation, s'était montrée véritablement touchante, comme le prouve la progression constante du nombre des élèves, qui durant cette courte période avait passé de 7 à plus de 500, nonobstant l'étroitesse et la pauvreté presque nazaréenne du local aggravée des attaques dont, à un moment donné, les Frères furent l'objet de la part des mauvais journaux. A quoi l'attribuer ? La communauté se plait à y voir un effet de la maternelle bénédiction de Notre-Dame del Pilar, à qui, dès le début, elle avait confié le patronage de l'œuvre naissante, et en cela elle a pleinement raison ; mais il va sans dire que, de leur côté, les Frères ne manquèrent pas de faire tout ce qui était en leur pouvoir pour se rendre dignes de cette faveur céleste comme pour justifier les espérances que voulaient bien mettre en eux les familles chrétiennes qui leur amenaient leurs enfants.

La divine Mère dut voir avec des yeux de particulière complaisance, dans la nouvelle communauté qui venait s'installer à l'ombre de son célèbre sanctuaire, le même esprit de piété, de régularité, de charité, de courageuse endurance qu'Elle avait autrefois béni à La Valla, et qui, tout en édifiant le public, faisait compter pour rien les privations et les incommodités plus ou moins inhérentes à tous les débuts.

Et quant aux parents, ce qui les impressionna dès l'abord d'une façon très favorable, ce fut, avec le bon esprit qu'ils voyaient régner parmi les élèves, le soin qu'on prenait d'eux, non seulement en classe, mais même au dehors par la pratique de les accompagner dans les rues, à la sortie de l'école, et au Lycée pour ceux qui suivaient les cours de l'enseignement secondaire. En attendant que de remarquables succès aux examens vinssent démontrer la valeur de l'enseignement qui s'y donnait, le Collège n'eut pas de meilleure recommandation auprès des familles, sinon peut-être, pour celles qui sont demeurées bien chrétiennes — et Dieu merci elles sont encore nombreuses à Saragosse — l'assurance que la foi et l’innocence de leurs enfant y seraient entourées d'une protection efficace.

Pour l'enseignement, comme nous avons déjà dit, le Collège mit dès le principe des classes élémentaires qui réunissaient la plus grande partie de sa jeune population, et des classes secondaires4. D'après un système qu'on avait déjà essayé avec succès dans nos collèges de Gérone et de Burgos, les élèves qui fréquentaient ces dernières suivirent en même temps les cours de l'Institut ou Lycée. Le rôle pédagogique des Frères, dans ces conditions, consiste principalement à accompagner leurs élèves à ces cours ; à leur faire apprendre et réciter les leçons données par les Professeurs officiels en y ajoutant, au besoin les explications opportunes ; à pourvoir, en un mot, à ce que l'enseignement reçu à l'Institut soit bien retenu et bien compris. Mais, tout modeste qu'il semble, ce rôle n'en garde pas moins une grande importance. A la vue de l'heureuse différence dont ont coutume de se comporter, aux examens, les élèves du Collège et ceux qui n'ont reçu que les leçons du Lycée, Parents et Professeurs officiels n'ont en général qu'une voix pour affirmer que, même à ce seul point de vue, l'organisation adoptée par les Frères a de très réels avantages ; et de là vient que la section d'enseignement secondaire s'est toujours maintenue relativement nombreuse, de manière à former à peu près le tiers du Collège.

Il faut dire que ces succès aux examens de fin de cours ont été jusqu'ici remarquablement brillants. On sait qu'à la fin de chaque année scolaire, chacun des enfants qui la constituent doit, pour être admis à l'année suivante, subir autant d'examens qu'il y a de matières dans le programme, et la gamme descendante des notes qu'il peut obtenir est la suivante : matricula de honor (excellent), sobresaliente (très bien), notable (bien), aprobado (passable) et suspenso (ajourné). Or, il suffit de jeter un coup d'œil sur le tableau ci-après, où se trouvent résumées ces notes des cinq dernières années pour voir immédiatement quel magnifique ensemble elles représentent. Et la moyenne des années précédentes, depuis la fondation, n'est pas inférieure, comme le prouve la belle phalange de bacheliers sortie chaque année des classes du Collège pour entrer dans les grands centres d'enseignement ou dans le mouvement de la vie sociale5.

D'ailleurs, ce n'est là qu'un des aspects — et non sans doute le plus important — de l'œuvre éducative poursuivie par nos Frères au Collège de Notre-Dame del Pilar, où tous leurs efforts concourent à promouvoir, en même temps que la bonne orientation des intelligences, la formation vraiment chrétienne des volontés, des cœurs et des caractères. Ils y parviennent, grâce à Dieu, dans une très réconfortante mesure par le maintien d'une discipline ferme sans rudesse, par la mise en honneur des devoirs de la piété, et par les encouragements à la pratique des vertus évangéliques : le zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, la charité discrète envers les pauvres, la sympathie pour les faibles et les délaissés, la générosité sous toutes ses formes, etc. … Ce leur est une grande consolation de voir, aux jours de dimanche et de fête, et souvent même les jours sur semaine, ces enfants et jeunes gens s'approcher pieusement des sacrements sans autre pression que l'inspiration de leurs cœurs6, donner généreusement pour la Conférence de St. Vincent de Paul7, pour la Propagation de la foi, pour la Sainte Enfance ; s'éloigner par conscience des compagnies ou des occasions dangereuses, et, dans l'ensemble, Continuer à se comporter chrétiennement après leur sortie du Collège, dont ils conservent un reconnaissant souvenir. Leur désir, pleinement partagé par les Frères, serait de se constituer en Association organisée ; malheureusement des difficultés matérielles n'ont pas permis jusqu'à présent de le réaliser d'une façon pratique, mais il y a lieu d'espérer qu'elles disparaîtront un jour et que ce trait d'union souhaitable entre le présent et le passé du Collège, devenu un fait accompli, lui permettra d'amplifier et de consolider son œuvre.

Le local, devenu déjà très convenable à la suite des restaurations, ou, pour mieux dire, de la reconstruction complète dont il fut l'objet, comme nous avons dit, en 1909 et en 1912, a reçu, au cours de ces dernières années, d'autres améliorations importantes. Le mur de clôture de la rue Saint-Georges, qui menaçait ruine a été reconstruit. Une vieille maisonnette donnant sur la rue de la Red, s'avançait dans la cour et la déparait beaucoup, sans parler d'autres inconvénients plus graves auxquels elle donnait lieu ; elle a été acquise et démolie. Sur le côté d'en face se trouvait une sorte d'enfoncement ou d'entaille qui était également de mauvais effet ; il a été très heureusement utilisé comme emplacement d'une petite construction servant de remise pour le charbon et pour les jeux.

Enfin — et c'est l'amélioration essentielle — notre immeuble, isolé de la place Saint-Pierre-Nolasque par deux maisons portant respectivement les N° 7 et 9, n'avait, sur la très étroite rue Saint-Georges, qu'une petite entrée incapable de donner accès aux voitures et ne pouvait guère aspirer à aucun agrandissement. L'acquisition des maisons désignées ci-dessus l'a délivré de ces deux gros inconvénients. Il est vrai qu'en leur état actuel elles ne sont que difficilement utilisables ; mais elles donnent accès sur la Place Saint Pierre-Nolasque et ajoutent à la surface primitive du Collège une précieuse étendue de 383 mètres carrés, sur laquelle il sera possible de construire, au besoin, un bâtiment susceptible d'abriter un bon nombre d'élèves, même pensionnaires.

Il semble donc qu'au point de vue de l'installation qui a fait longtemps le grave souci de ses premiers dirigeants, l'existence du Collège de Notre-Dame del Pilar soit désormais assurée ; autant du moins que peuvent l'être les choses de ce monde, où tout est instable et caduc par quelque endroit. Moyennant la continuation des maternelles bénédictions des sa céleste Patronne, il semble, d'autre part, qu' avec ses six cents élèves et la bonne réputation dont il jouit il puisse envisager l'avenir sous d'heureux auspices, pourvu que l'esprit de foi, de piété, de régularité, de dévouement, de zèle pour la gloire de Dieu et le bien surnaturel de l'enfance demeurent toujours, comme jusqu'à présent, le principe inspirateur de ceux qui en auront la charge. Ce doit être pour nous un motif de faire des vœux bien fervents pour que Dieu daigne ajouter cette grâce à toutes celles dont il l'a déjà favorisé ; car, selon la maxime si chère à notre Vénérable Fondateur : "si le Seigneur cessait de bâtir lui-même la maison, c'est en vain qu'auraient travaillé ceux qui la construisent".

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1 C'est la vieille Saldubæ des Cantabres, la noble Cæsaraugusta des Romains, la Saracusta des Wisigoths, la Saragostha des Arabes, l’ancienne capitale du royaume d’Aragon, justement surnommée aujourd'hui la "ville héroïque’’ à cause de la célèbre résistance qu'elle opposa en 1808 et 1809 à l'armée de Napoléon, etc. … etc. …

2 Don Santiago Sainz, qui venait de l'acheter à Don Ramon Soler de la Plana au prix de 55.000 pesetas.

3 Ce contrat fut ensuite conclu d'une façon définitive et dans les formes légales le 13 mars 1910.

4 Pendant quelques années, à côté de l'enseignement élémentaire et de l'enseignement secondaire, il y eut aussi au Collège une section d'enseignement commercial, moins nombreuse que les deux autres, mais qui donnait aussi de très satisfaisants résultats. II y a deux ans, la pénurie de personnel amenée par la guerre du Maroc, qui avait entraîné la mobilisation d'un nombre considérable de professeurs, en obligea la suppression momentanée, mais il est probable qu'elle ne tardera pas à être reprise, à la grande satisfaction de beaucoup de familles désireuses d'y retrouver, pour leurs enfants non destinés aux études secondaires, un centre de formation dont le besoin se fait vivement sentir.

5 Voir la photographie ci-contre.

6 Une très pieuse chapelle, organisée dans le local même de l'établissement à la fin de l'année 1913, leur en donne toute facilité. Tous les samedis et les veilles des fêtes, quatre ou cinq prêtres viennent se mettre à la disposition de ceux qui désirent se confesser ; et le lendemain il y a deux messes : l'une à 8 heures et l'autre à 10.

7 Cette louable association, dont le Bulletin, dans son numéro de septembre 1911, a raconté l'origine et décrit le fonctionnement, s'est toujours maintenue depuis en pleine prospérité. Outre les visites de consolation faites à domicile par ses membres, elle a distribué aux pauvres, depuis sa fondation, près de 6.000 pesetas d'aumônes et une infinité de vêtements, couvertures, chaussures, etc. …

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