Commencement et progrès de l?uvre des Frères Maristes á Fidji

F. Alphonsus-Mary

18/Oct/2010

Le Secrétariat Général a reçu une belle esquisse historique intitulée : The Beginning Progress and Work of Marist Brothers, in Fiji. »

Après un rapide exposé des débuts missionnaires dans l'archipel fidjien, le Cher Frère Alphonsus-Mary, l'unique survivant des fondateurs de Suva, en 1888, raconte les débuts et les développements de nos écoles en cette ville.

Le Bulletin de l'Institut, à plusieurs reprises, a renseigné ses lecteurs sur l'œuvre intéressante de nos zélés missionnaires en ce point de l'immense région polynésienne. Principalement en janvier 19141, il utilisait déjà les notes du Cher Frère Alphonsus-Mary pour un long article sur nos établissements fidjiens… En 19262, il insistait sur les écoles de Suva. En avril 19363, il présentait l'école hindoue.

En janvier 19394, à l'occasion du « golden jubilee », en parlant des collèges Saint-Félix et Saint-Columba, de nouveau, il jetait un coup d'œil sur l'ensemble de notre œuvre. Dernièrement, avril 19485, il revenait, sur l'effort éducatif des Frères de Suva en faveur de la jeunesse hindoue.

Aujourd'hui, nous signalons volontiers à nos lecteurs l'importance de l'École Secondaire des Frères Maristes.

De 1916 à 1936, les Frères préparent des élèves aux examens universitaires de Cambridge et les succès couronnent leurs efforts. En 1936, dans un esprit de large compréhension, ils admettent les étudiants de différentes races dans l'école dite secondaire, quand ils ont atteint un degré suffisant de culture. Tout d'abord, le Ministère de l'Éducation fait des difficultés à la réalisation de ce projet, mais dans la suite cette opposition cesse.

Depuis, sous la direction compétente du Frère Lambert et de ses zélés auxiliaires : les Frères Peter et Anthony, le succès aux examens préparatoires aux Facultés est très remarquable. Mais, ce qui est incomparablement mieux et d'un autre ordre, les élèves s'intéressent à la connaissance de la religion catholique et plusieurs l'ont déjà embrassée.

Après avoir obtenu le titré admettant aux Facultés, bon nombre d'étudiants vont en Nouvelle-Zélande et en Australie pour y suivre les cours professionnels. L'effectif de l'école secondaire atteint 160 étudiants. C'est beaucoup trop d'élèves massés dans un seul endroit, quand on les ajoute à ceux des collèges Saint-Félix et Saint-Columba. C'est pourquoi, un terrain de 7 acres, soit environ 280 ares, situé à un mille de Saint-Félix, a été acheté à la municipalité, au prix de 4.000 livres. Une construction en ciment, spacieuse et commode, s'achève lentement. On prévoit l'aménagement, d'un champ de sport. Après quoi, l'école secondaire sera très bien installée, sous le vocable e Marist Brother's High School Hillcrests ».

Voici un extrait du rapport annuel par le Frère Lambert. « L'expérience tentée, en mettant ensemble les diverses races en vue d'une formation secondaire, continue de s'affirmer avec succès. Nous croyons que les préjugés des divers groupes raciaux, dans la colonie, doivent être écartés et que l'opportunité est offerte d'étudier les divers points de vue et d'apprécier ce qu'il y a de bon en eux. Cela implique une certaine communauté de vie et aucun endroit n'est plus convenable, à cet effet, qu'un centre d'éducation supérieure.»

Les Frères ont toujours présentes à l'esprit les fins essentielles de leur vocation : la sanctification personnelle et celle de leurs élèves. Leurs efforts constants pour atteindre ces buts et les résultats heureux qui les ont couronnés, leur ont mérité l'approbation et la confiance de la population, on peut dire de tout l'archipel fidjien.

Quelques détails maintenant sur nos écoles en dehors de Suva.

 

Cawaci (Ovalau). — Ovalau est une petite île fertile et montagneuse, à 96 kilomètres environ de Suva et à 15 kilomètres seulement de l'île Viti-Levu (la plus grande île de l'archipel fidjien). De forme quelque peu ovale, elle mesure 65 kilomètres de côtes. La plupart de ses villages se trouvent sur les bords étroits et plats de la plage. La mission catholique a trois postes dans cette île : Levuka, autrefois capitale, située entre Loreto et Cawaci. Ces trois localités sont situées près de la mer. Cawaci se trouve sur une grande propriété de même nom d'environ un kilomètre carré de superficie. Quelques parties sont très fertiles. Pendant bien des années, cette mission fut une école normale pour les catéchistes indigènes. Ceux-ci tiraient la plus grande partie de leur nourriture de la culture du sol.

Mgr Vidal fit de Cawaci son quartier général. Il aimait beaucoup ses collines, les bois de noix de coco et la proximité de l'océan. Connaissant la puissante influence d'un chef fidjien sur ses gens, l'Évêque conçut l'excellent projet d'établir à Cawaci une école pour les fils des chefs. Entre autres matières, les élèves apprendraient l'anglais. Cela permettrait d'avoir plus tard des chefs bien éduqués, capables d'aider au développement de l'Église à Fidji. En conséquence, Sa Grandeur demanda des Frères. Ayant reçu une réponse favorable, il construisit une école, près d'une maison en pierres, à environ un demi-mille de l'église et au bord de la mer. Le site est délicieux et le panorama splendide.

En juillet 1894, les Frères Vincent, Cloman et Maurice, ouvraient l'école, sous le nom de collège Saint-Jean-Baptiste. Depuis cinquante-trois ans que les Frères y travaillent, il s'y est fait beaucoup de bien. Les élèves viennent de tous les points de l'archipel et, durant l'année scolaire, ils vivent des produits de la propriété qu'ils cultivent eux-mêmes. Le nombre d'élèves, variable d'année en année, oscille autour de 200. Ils assistent chaque jour à la sainte messe, ils y récitent des prières en commun et chantent des cantiques.

Pour les récréations, ils disposent d'un terrain plat, près de l'église, oie l'on joue au cricket et au football. On s'attend à ce que, sous peu, cette école devienne, pour les Fidjiens, un centre d'éducation supérieure.

 

Naïlilili Rewa. — En 1899, l'Évêque, Mgr Vidal, demanda et obtint des Frères pour l'enseignement de l'anglais et des autres matières du programme habituel d'une école de mission, à Naïlilili, située à 10 miIles environ de Suva. Le Frère Claudius, directeur désigné, arriva de Sydney le 27 septembre. Le Frère Columba, de Suva, et le Frère Macarius, de Nouvelle-Zélande, le 29. Le personnel était au complet. Le Frère Macarius venait avec l'expérience acquise dans les écoles des îles Samoa.

L'ouverture de cette école fut saluée comme une grande bénédiction par les catholiques ; ils y vinrent en nombre et promirent de la soutenir. Naïlilili se trouve sur les bords de la majestueuse rivière de Rewa. La Mission est une des plus anciennes stations catholiques de Fidji : mais la population semble plutôt en décroissance et avoir beaucoup perdu de son importance comme centre fidjien. Cependant l'école est fréquentée par un grand nombre d'élèves venant de divers côtés pour y trouver une formation supérieure à celle des écoles élémentaires. Comme en d'autres endroits, les élèves vivent à la Mission et aident à leur subsistance en travaillant aux plantations.

Les trois fondateurs sont allés à l'éternelle récompense de leurs sacrifices, mais ils ont eu des successeurs également zélés. Une des gloires de l'école est que deux des quatre prêtres indigènes de Fidji y ont reçu leur première éducation et l'ont continuée ensuite, en grande partie sous la direction de nos Frères à Cawaci. Le travail se poursuit encore vigoureusement à Naïlilili, sous une direction expérimentée, dans un local convenable: Puisse-t-il prospérer longtemps et mettre, sur le chemin du ciel, les âmes qui viennent y puiser les principes du savoir et de la vertu.

 

Waïriki-Taveuni. — Le quatrième et dernier établissement fondé par les Frères Maristes à Fidji est situé à la Mission Catholique de Waïriki dans l'île de Taveuni. C'est à la demande de Mgr Nicolas, Vicaire Apostolique, que les Frères prirent cette école dans les premiers jours de 1941. La direction était confiée au Frère Mary-Priscillian qui enseigne à Fidji depuis plus de trente ans et possède la langue indigène à la perfection. L'école installée depuis assez longtemps dans un grand bâtiment en ciment, inachevé, ne remplit pas encore toutes les conditions convenables pour atteindre le but qu'elle se propose. Elle a souffert surtout de l'insuffisance de personnel. On espère améliorer cette situation.

Taveuni est une île très fertile à environ 120 milles à l'est de Suva, et on la considère avec raison comme le jardin de Fidji. Elle est la quatrième en étendue des îles de l'archipel. De grandes parties sont couvertes de plantations de cocotiers s'étendant, sur une largeur de quelques milles, de la plage jusqu'aux pieds des hautes collines. Le point culminant de l'une d'entre elles est d'environ 1.000 mètres. Un bétail nombreux et varié trouve à s'alimenter. Les habitants de Taveuni ont le teint plus blanc que ceux des régions de l'ouest et ils sont, à tout prendre, plus intelligents.

Un premier essai d'établissement de la foi catholique à Taveuni fut tenté en 1851 par le Père Bréheret, aidé du Frère Sorlin. Ils gagnèrent les sympathies de quelques chefs. Mais après une année d'efforts, devant de pauvres résultats, ils furent appelés à l'aide de la mission de Levuka, qui promettait davantage. Cependant, l'impression laissée sur les chefs de Taveuni fut bonne et durable, car, dix ans plus tard, ils prièrent les missionnaires de revenir…

A une centaine de mètres de l'école de Waïriki, de la maison des Frères et des dortoirs des élèves, il y a une grande et belle église. Tous les élèves, sauf quelques externes, assistent chaque jour à la sainte messe et s'assemblent également pour le chant de cantiques et les prières du soir, avant le coucher. Les Fidjiens ont de belles voix, sont musiciens et aiment le chant en parties. Près de l'école, il y a un grand terrain pour l'éducation physique et les jeux. Les journées sont bien remplies par l'étude et le travail, les récréations animées et les exercices de piété. Ainsi le corps et l'âme sont préparés pour la vie d'ici-bas et pour la vie à venir.

Que tous, avec l'aide de notre céleste Mère et des anges et des saints, atteignent le but pour lequel ils ont été créés et qu'ils louent, adorent, remercient à jamais le bon Dieu pour son amour et sa miséricorde.

                                                                          F. Alphonsus-Mary.

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1 Bulletin, T. IV, p. 21

2 Id., T. X, p. 241

3 T. XV, p. 98

4 T. XVI, p. 330

5 T. XVII, p. 109.

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