Comment amener la jeunesse Ă  la pratique saine du renoncement et de la mortification

F. Elie-Victor

31/Oct/2010

XIV.

Revenons maintenant à notre projet1 de vous mettre, d'une manière un peu plus explicite, en garde contre certaines erreurs d'optique pédagogique auxquelles nous expose notre caractère de religieux2, sans toutefois pour autant vouloir perdre de vue ni minimiser les incontestables et précieux avantages qu'offre notre genre de vie pour quiconque entend se dévouer à l'éducation chrétienne de la jeunesse. « Je veux que vous soyez libres de préoccupations, nous dit l'Apôtre Paul. Celui qui n'est pas marié se préoccupe de ce qui regarde le Seigneur, comment il plaira au Seigneur » (Ep. de St.-Paul aux Corinthiens).

Il existe particulièrement deux domaines importants et délicats où, si nous n'y prenons garde, nous sommes exposés à commettre force maladresses d'envergure pouvant nuire gravement et parfois de façon définitive, suivant le tempérament et le caractère de l'enfant, à l'évolution saine et harmonieuse de sa vie morale. J'ai nommé le domaine de la formation à la chasteté et celui de l'éducation de la liberté. Le monde ne manque pas d'éducateurs amateurs de paradoxes. Ils savent que l'enfant doit devenir adulte mais ils s'ingénient à le maintenir dans l'état d'enfance3 :

— sexuellement, c'est la hantise du sixième commandement ou « sexomanie » ;

— intellectuellement, ils imposent des idées toutes faites;

— moralement, ils ne tolèrent aucune liberté.

Mais écoutons à ce sujet des voix autrement autorisées que la mienne. « La société et la morale se sont unies pour charger la vie sexuelle dans toutes ses manifestations, même les plus légitimes, d'une culpabilité grave. En matière de pureté, nous disait un prédicateur en 5e latine, tout est péché grave. Il avait tort, mais nous l'avons cru pendant quelques années » (A. Perrière).

« On vous aura mis en garde là-bas contre les dangers moraux de la vie militaire, et, comme de coutume, quand il s'agit de semblables avertissements, on aura identifié pratiquement la morale avec la morale sexuelle. Je ne m'épuiserai pas à vous expliquer quelle immense et regrettable erreur se cache derrière pareille identification. Depuis plus de 100 ans, le catholicisme européen souffre de cette interprétation étriquée de la morale. Certes, théoriquement, dans les manuels, la morale chrétienne ne se réduit pas à la morale sexuelle, mais bien pratiquement, dans la conscience du catholique moyen. Or, si, de fait, la morale catholique se rétrécit exagérément à la morale sexuelle, et si elle est dominée par de morbides ou anormaux sentiments d'angoisse et de culpabilité, dans ce cas nous avons en réalité affaire à une morale inauthentique, fausse, infantile et même franchement non chrétienne. Tirons de cette constatation la douloureuse conclusion qui s'impose: une lacune effrayante s'est fait jour dans l'enseignement de la morale chrétienne, un vide effarant dans notre pratique pastorale qui n'a pas réussi à briser ce rétrécissement de la conscience morale et à porter remède aux détresses morales » (Heinrich Böll)4.

« Trop souvent, on se borne, en matière de chasteté, à une éducation négative, par voie d'interdictions; or, éducation négative équivaut à absence d'éducation. Des vertus négatives ne sont pas des vertus. Une chasteté, qui ne consiste qu'à ne pas faire telle ou telle chose, une honnêteté qui ne consiste qu'à ne pas voler, et une charité qui ne consiste qu'à ne pas nuire, ne sont ni de la chasteté, ni de l'honnêteté, ni de la charité. Toute formation doit être positive. C'est d'ailleurs psychologique: les jeunes demandent qu'on développe en eux ce qu'ils ont de meilleur et de plus généreux, au lieu de ne parler que de défenses et d'interdictions » (S. E. le Card. Suenens).

Et plus loin il continue : « Répétons-le, ce n'est pas l'éducation à l'amour et à la maîtrise de soi qui est dangereuse, mais bien la non-éducation. Que nous le voulions ou non, ces problèmes sont à l'ordre du jour. On les discute ouvertement partout. Au temps de Ste Thérèse, on disait que l'étude de l'Ecriture Sainte était dangereuse pour la Foi. On a fait du chemin depuis. Mais il fallait apprendre aux chrétiens à la lire. Il en va de même ici: ces problèmes de vie doivent être abordés en pleine clarté et avec une optique chrétienne. Rien de plus nuisible qu'une demi-vérité ni que certaines étroitesses. Les pédagogues sont unanimes à dire qu'il vaut mieux en ce domaine parler un an trop tôt qu'un jour trop tard. Saint Jean de la Croix dénonçait quelque part le "péché de taciturnité " à propos de moines qui ne parlaient pas au chapitre. Il y a un " péché de silence " autrement grave à éviter ici5 ».
Enfin, voici un troisième avis, celui du R. P. du Buck, S..)., auteur de multiples ouvrages pédagogiques et qui s'élève contre la tyrannie et l'autoritarisme de maints éducateurs : « Voyez-vous on n'éduque pas les enfants et on ne les forme pas à la loyauté, à la sincérité, à la véracité, en leur défendant, d'une manière toute négative, certaines choses qui sont cependant compatibles avec leur âge, leurs principes moraux. S'il est vrai – et tout éducateur l'admettra — que certaines choses doivent être strictement et absolument défendues, il en est d'autres qui doivent être progressivement permises, sous peine de voir l'enfant échapper à l'autorité dont il relève, n'en plus faire qu'à sa tête; comme vous dites: "truquer".
Est-ce que vraiment on ne peut pas « ficher un peu la paix » aux enfants? Est-ce qu'il est vraiment impossible de leur laisser un peu de liberté, fut-ce dans leurs jeux et leurs distractions? Est-ce que l'éducation doit vraiment être une dictature à laquelle l'enfant doit se soumettre sous peine de passer pour un individu plein de défauts?
 Ce qui n'est pas normal, c'est qu'on le lui défende, alors qu'on peut le lui permettre sans inconvénient. Un adolescent, par exemple, doit être remis progressivement à lui-même, à sa propre responsabilité, à sa propre conscience, sous peine de n'en faire jamais un adulte, ce qui est pourtant le but de toute éducation.
 
Arrivons-en à la conclusion : PAS DE MORALE DE PANIQUE6.

Elle ne peut trouver sa source que dans une conception théologiquement fausse de la nature humaine. Sans pour autant verser dans l'optimisme philosophique béat de J. J. Rousseau et de ses adeptes actuels, et tout en reconnaissant, avec J. Mouroux, les déficiences et les faiblesses évidentes de notre humaine nature7, gardons-nous de considérer l'homme, à l'exemple de Luther, comme un dégénéré. Il n'est tout au plus, qu'un déclassé, un déchu, qui a eu besoin d'être relevé par la Rédemption, mais chez qui, aux dires de St. Thomas lui-même, la sagesse et la vertu restent conformes à ses inclinations essentielles, bien qu'elles ne lui soient pas données toutes faites par la nature et qu'elles n'appartiennent, avec le bonheur qui les accompagne, qu'au terme d'un labeur qu'il est tenu d'accomplir et de mener à bonne fin avec l'aide charitable et bienveillante de ces guides autorisés que sont ses éducateurs.

Mais que ceux-ci sachent qu'ils ont toujours à faire preuve d'un optimisme inébranlable, s'ils veulent réussir dans leur noble et délicate tâche. II nous faut faire croire l'enfant à la possibilité de la pratique de la vertu. Un enfant ne fera jamais que ce qu'on espère de lui, ce dont explicitement on le juge capable. « C'est en pensant aux fleurs qu'on les fait éclore ».

« En matière d'éducation, dit encore le R. P. de Buck, le pessimisme n'a jamais servi à rien. Lorsqu'on veut éduquer un enfant, il faut au moins espérer en lui, lui faire confiance, admettre qu'il peut évoluer vers un état meilleur ».

A la méfiance ne peut faire écho que la méfiance. Elle ne peut que ruiner ou rendre impossible cette œuvre essentiellement à base de respect et de confiance réciproques qu'est l'éducation. Or avec Grossouw8, reconnaissons que davantage que de simples laïcs, nous sommes exposés à verser dans cette attitude qu'il dénonce comme suit: «Il existe, dit-il, encore un autre écueil avec lequel se trouvent aux prises nombre de personnes qui, par devoir d'état, doivent se livrer à l'apostolat: c'est l'orgueil spirituel. A l'état pur, celui-ci a quelque chose de satanique. Grâce à Dieu, la chose va rarement aussi loin. Néanmoins, on en rencontre fréquemment des formes frustes, quasi inconscientes, ne rappelant que de loin l'attitude méprisante des pharisiens orgueilleux à l'égard des publicains et du peuple ignorant et grossier de la Palestine d'antan: "Seigneur, que je vous rends grâce de n'être pas comme tant d'autres hommes",… etc. …».

Non pas en théorie, bien sûr, mais pratiquement, dans son comportement, maint prêtre ou religieux semble considérer les laïcs ipso facto comme dénués, ou peu s'en faut, de sens moral. Notre grande tentation consiste à vouloir juger de nous-mêmes d'après l'idéal de vie que nous avons embrassé, comme si d'ores et déjà nous l'avions réalisé, et de n'apprécier les laïcs ou nos élèves que d'après leurs faits et gestes, sans tenir aucunement compte de leurs bonnes intentions ni de leurs efforts généreux, non plus des multiples et graves dangers auxquels ils sont constamment exposés et contre lesquels nous sommes si bien protégés. N'est-ce pas déraisonnable, voire même injuste, de vouloir appliquer au monde laïc les normes de la vie conventuelle, particulièrement en matière d'obéissance et de chasteté?

Concrètement et pour en finir avec ce chapitre :

 

I – En matière d'éducation sexuelle :

a) Evitons, comme dit M. A. Lussier, d'injecter la notion de mal au sein même de l'essence de la sexualité et non seulement de son exercice. Il faut que nos élèves sachent que la vie sexuelle est bonne en soi et voulue par le Créateur, mais que, bien sûr, vu son extrême importance pour l'espèce humaine, l'usage de la faculté génésique doit être soumis à des conditions strictes de lieu, de temps et de personnes.

b) Nous devons savoir faire montre de beaucoup de sérénité et d'objectivité en traitant ces problèmes devant nos élèves, évitant scrupuleusement toute étroitesse d'esprit, toute exagération pouvant induire en erreur la conscience de nos élèves. Cela est moins aisé qu'on ne le croit: ayant renoncé par vœu, et dès notre jeunesse, à tout plaisir sexuel, ce qui exige de notre part prudence continuelle et des luttes toujours renouvelées et parfois très pénibles, facilement tout ce qui se rapporte à ce domaine prend à nos yeux figure d'ennemi. Si dès lors nous n'y prenons pas garde, nous serons inconsciemment portés à condamner la chose en soi et nous nous hérisserons en face des moindres manifestations de la vie sexuelle chez nos élèves: signes d'affection sensible, intimités, amitiés trop marquées, etc. …

N'est-il pas vrai qu'après avoir fait le vœu de chasteté, il nous faut beaucoup de temps et même la vie toute entière pour l'assumer pleinement et garder notre sérénité en face de ce que nous avons sacrifié?

Et puis, il y a plus. Mais ici, je cède une fois de plus la parole à M. A. Lussier : « Il faut, dit-il, une âme aux frontières de la magnanimité pour que le religieux enseignant encourage sainement chez celui dont il a la charge, des niveaux et des modes de satisfaction et d'épanouissement qui l'obligent, lui, à une perpétuelle mise en garde, qui l'obligent à un détournement presque toujours à renouveler. Chez l'éducateur immature ou incertain de sa montée personnelle, le danger est très grand de voir dans l'enfant une extension de son propre moi, extension à travers laquelle il poursuivra son propre conflit intime. C'est le danger de la projection de soi dans l'autre, sans en être conscient; c'est le danger de prêter avec excès aux enfants des inclinations auxquelles l'éducateur lui-même a au fond mal renoncé. C'est le danger de faire porter à l'enfant le poids de ses propres difficultés d'adultes, dès qu'il y a un peu trop de résistance à s'ouvrir à soi-même. C'est la poutre dans l'œil… ».

Conséquences : surveillances soupçonneuses, interrogatoires serrés, chantages et peut-être… effraction de consciences enfantines, en un mot, « sexomanie ».

De grâce, ne dramatisons jamais les problèmes sexuels à l'école. Sans vouloir minimiser d'aucune façon la gravité objective de certaines fautes éventuelles contre la chasteté, sachons tenir compte de toutes les circonstances atténuantes : première éducation, violence des instincts, inversion sexuelle9, faiblesse, ignorance, inexpérience des enfants et des jeunes gens… (voir article XI du Bulletin de juillet 1964).

Profitons des fautes commises non pour troubler la conscience des coupables, pour les accabler et les abattre en les dégradant à leurs propres yeux, mais pour les relever en les instruisant et en leur inspirant confiance en eux-mêmes et dans leurs possibilités pour pratiquer la belle vertu. Bref, en pareils cas, imitons Notre-Seigneur en personne et non pas les pharisiens hypocrites.

 

II – En ce qui concerne l'entraînement à l'autonomie10 .

« La notion de personnalité implique celle de totalité et celle d'indépendance. Dire qu'un homme est une personne, c'est dire que, dans la profondeur de son être, il est plus un tout qu'une partie et plus indépendant que serf » (J. Maritain).

« L'éducateur a le devoir de libérer l'enfant, en l'orientant vers son individualité et vers son initiative propre, et même de le pousser dans cette direction et de l'y habituer » (R. Guardini).

« Ce que tout disciple est en droit de demander à son maître, c'est ceci: aide-moi à agir seul » (Mme Montessori).

« La force de l'éducation n'est pas dans les règlements et procédés qui maîtrisent l'enfant; elle est dans la vie et les ressources vitales qui se trouvent dans l'âme de l'enfant… Il faut, non pas travailler l'enfant, mais l'amener à se travailler; il faut, non pas l'instruire, mais l'amener à s'instruire; non pas le courber sous un règlement, mais l'amener à vouloir ce que veut le règlement » (M. l'Abbé Kieffer).

Soyons fermement convaincus que l'éducation consiste bien moins à former l'enfant qu'à l'aider à se former. « Il ne s'agit pas de réduire sa nature en sujétion mais de la libérer. Parents et maîtres n'ont qu'un seul droit: celui d'aider les jeunes gens à découvrir en eux-mêmes le fondement posé par la nature pour les acheminer vers telle voie que leur indiqueront leurs propres tendances. Prétendre que, pour acquérir vertu et savoir, une seule et même route doit être empruntée par tous, c'est ignorer la complexité et la variété de l'esprit humain» (Mgr. Cento).

Et enfin : « La tâche principale de l'éducation étant de former dans l'enfant la personnalité, c'est-à-dire l'être raisonnable et libre, il importe souverainement, dans l'entreprise éducationnelle, de faire un constant appel à l'intelligence et à la volonté libre de l'enfant. Et cet appel, convenablement proportionné à l'âge de l'enfant et aux circonstances, doit se faire le plus tôt possible et être de tous les instants. N'oublions pas, en effet, que les principales aspirations de la personne sont des aspirations à la liberté, à cette liberté qui est spontanéité, expansion, autonomie, et à laquelle on n'arrive que moyennant un long et constant effort et un combat continuel » (J. Maritain).

Après cette longue série d'avis concordants, nous pouvons être bref.

a) Pas d'autoritarisme11.

«Dieu créa la liberté, l'homme inventa l'esclavage».

Comme nous venons de l'entendre, ce qui compte le plus dans l'entreprise éducationnelle, c'est un appel perpétuel à l'intelligence et à la volonté libre de l'enfant.

Et de fait, si nous sommes d'accord pour affirmer que l'éducation au sens strict du mot signifie formation à la vertu (vir, virtus, virilis), il faut admettre que la première place dans cette œuvre doit nécessairement revenir à l'enfant lui-même: on ne dresse pas les gens à la vertu. Celle-ci requiert avant tout l'exercice des actes intérieurs de l'intelligence et de la volonté, actes essentiellement personnels et qui échappent à toute emprise extérieure. Il n'y a d'acte moral, bon ou mauvais, que là où il y a la liberté. L'éducateur se trompe lourdement s'il s'imagine pouvoir, dans ce domaine, se substituer à la personnalité de celui qu'il éduque et lui inculquer (le vilain mot) la vertu comme de force.

Pas d'éducation valable qui ne vise la libération progressive de l'enfant de la tutelle de ses éducateurs.

Tout autoritarisme est un abus de pouvoir, une spoliation morale inqualifiable et criminelle, car il empêche l'enfant de devenir lui-même, et n'aboutit d'ailleurs, la plupart du temps, qu'à provoquer la révolte dans le cœur de ses victimes, ce qui a pour effet de transformer fréquemment en faute morale un acte qui de sa nature doit être un acte de vertu: la soumission à l'autorité. Que de révoltes, de rancœurs, de fautes graves engageant parfois la vie entière, résultent d'une première punition ou d'un ordre arbitrairement et brutalement imposé.

b) Pas de paternalisme.

Etroitement apparenté à l'autoritarisme mais plus doucereux, il tend à maintenir les enfants petits et trouve sa racine dans un certain complexe de supériorité, à moins que ce ne soit une sorte de camouflage ou d'ersatz de cette paternité à laquelle, malgré ses vœux, on n'est pas encore parvenu à renoncer totalement. S'il faut en croire R. Guardini, il s'agit d'un érotisme particulier qui va de pair avec l'instinct de domination.

c) Pas de culture unilatérale des vertus passives.

Douceur, sagesse, soumission inconditionnelle, conformisme et mimétisme social, etc. … voire même une apparente humilité. Bien sûr, ce peuvent être là des vertus chrétiennes et que des adultes peuvent pratiquer parfois jusqu'à l'héroïsme. Mais chez les enfants, elles ne sont la plupart du temps que la marque manifeste d'un manque de virilité, d'une non-intégration de l'agressivité et de la peur de grandir.

Soit dit en passant, ne choisissons pas trop facilement nos juvénistes parmi pareille graine. D'après l'avis du R. P. Troisfontaines, ces enfants risquent de n'être plus tard que d'éternels pleurnicheurs qui auront constamment, et pour des futilités, recours à l'autorité, en qui, en définitive, ils veulent retrouver leur maman; ce sont des gens qui, au fond, refusent de devenir adultes et ont la frousse des responsabilités.

Résumons: N'émasculons ni l'intelligence ni la volonté de nos enfants et n'angoissons pas leur conscience.

(à suivre)

F. Elie-Victor

_______________________

1 Voir l'article X, Bulletin du mois d'avril 1964.

2 Lire à ce sujet la brochure du R. P. A. Rey-Herme: Mentalité religieuse et perspective pédagogique.

3 C'est à ce danger que sont exposés aussi les chefs de nos maisons de formation. Veillons soigneusement à ne pas conduire nos recrues à la minorité religieuse, aux vœux, en les maintenant dans la minorité biologique ou l'infantilisme. Plus que jamais auparavant, les Congrégations religieuses auront un besoin urgent d'hommes vraiment adultes, capables de prendre sur commande des initiatives fort diverses. Poursuivre une formation uniforme des membres de la Congrégation, sous le spécieux prétexte de renforcer son unité, me semble être un point de vue désormais dépassé.

4 Une fort sérieuse enquête socioreligieuse organisée dans 109 paroisses de l'agglomération gantoise (Gand, Belgique) et dont les résultats concordent avec ceux obtenus dans une quinzaine de grosses agglomérations européennes, montre comment, dans cette ville, la pratique religieuse subit une baisse considérable chez les femmes à partir du mariage (47%-23,3%). D'après les auteurs de cette enquête, il ne faut pas incriminer la sévérité de la morale sexuelle chrétienne mais l'enseignement étriqué et purement négatif qu'on en dispense au sein des établissements scolaires, pour la plupart dirigés par des religieuses.

5 En principe, l'initiation des enfants est l'affaire des parents et, en général, les éducateurs de profession ne doivent éventuellement y intervenir qu'avec l'accord préalable des parents.

6 Le terme vient de A. Lussier (voir plus haut).

7 L. Mouroux : Sens chrétien de l'homme.

8 Grossouw: auteur d'un manuel de méditations quotidiennes déjà cité maintes fois.

9 Peut-être est-ce le moment propice pour nous rappeler cette parole de J. Rostand: « Profitons de ta grossièreté de nos connaissances pour maintenir nos rigueurs morales ».

10 Plusieurs des citations qui suivent se rencontrent déjà dans les articles précédents. Nous avons préféré les reprendre ici plutôt que d'y renvoyer.

11 En dénonçant l'autoritarisme, nous n'entendons nullement nier la nécessité de l'autorité en éducation: l'accession à l'état adulte ne peut se faire que sous la conduite d'une autorité responsable. Mais les éducations ratées sont celles où l'on a excédé son autorité d'éducateur, où l'on a voulu garder l'enfant pour soi, tenir une comptabilité du « doit et avoir », c'est-à-dire où les éducateurs se sont refusés au don gratuit de soi, et enfin, où l'on a abandonné moralement l'enfant

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