Couronnement de N. D. de la Garde

05/Oct/2010

Les grandioses manifestations de foi et de piété catholiques abondent, fort heureusement, de nos jours. Aussi, le Bulletin serait bien embarrassé s'il voulait donner d'ordinaire le compte-rendu des divers Congrès, centenaires, inaugurations, pèlerinages et autres cérémonies remarquables qui se succèdent en tous pays.

Il va faire pourtant une petite exception pour le couronnement de Notre Dame de la Garde. Et d'abord, en raison de leur embarquement à Marseille, un nombre imposant de nos Frères missionnaires sont montés sur la sainte colline où s'élève la basilique de Notre Dame de la Garde pour lui recommander leur voyage, Ensuite, Marseille a été longtemps la ville où notre Institut avait le plus grand nombre d'écoles. On en compta jusqu'à vingt-trois. Aussi le souvenir des Frères Maristes n'y est pas éteint.

C'est pourquoi Monseigneur Dubourg, évêque de Marseille, a insisté pour que l'Institut fût présent, par quelques Délégués, aux fêtes du couronnement qui eurent leur apogée le dimanche 21 juin. Et effectivement, le C. F. Emery Procureur Général, accompagné du C. F. Constancien, à titre d'ancien Directeur du Collège St Joseph de Marseille, et du C. F. Marie-Charles, Provincial, nous y ont dignement représentés.

 

Les Fêtes. — Ce furent des fêtes magnifiques, au milieu de ces enthousiastes populations méridionales qui font bien les choses. Marseille s'était mise en frais ; de toutes les régions voisines les foules étaient accourues.

Corporations, paroisses, syndicats, confréries, s'étaient groupés. On estime à 300.000 personnes la masse populaire qui participa à la manifestation finale où la Vierge couronnée parcourut les rues de sa bonne ville et les flots du port.

Ce ne fut pas une procession; elles sont interdites à Marseille. Ce ne fut pas non plus un cortège, car, après quelques hésitations le maire l'avait aussi défendu. Mais il y a toujours moyen de tourner les difficultés. Ce fut un défilé, populaire et triomphal, au milieu des chants et des prières, des fanfares et des acclamations d'un peuple enthousiasmé et vibrant.

Disons un mot de la partie la plus pittoresque des fêtes: le retour de la statue de la Bonne Mère, nom populaire sous lequel tout bon Marseillais invoque la Sainte Vierge. Cette belle statue d'argent avait été descendue à la cathédrale qui est située sur le quai du port. Et là, le cardinal légat l'avait couronnée devant une foule immense, puis, on l'avait triomphalement promenée en mer, avant de la remonter jusqu'à son palais grandiose : la Basilique qui domine la plus haute colline de Marseille.

Sortie de la cathédrale. — Voici que la Vierge apparaît, portée par les brancardiers volontaires de Lourdes. Elle est dressée sur une haute plateforme, et, du peuple, monte une solennelle ovation.

Des gardians de la Camargue, à cheval, sont sur les marches du parvis. Sous leurs tridents garnis de rubans bleus et blancs qui forment une voûte, s'avancent les corps de métiers, les tambourins et les fanfares, les chapeaux et les consuls des puissances étrangères, et enfin les évêques et le Légat du Pape qui, d'un geste large, bénit la foule.

Une fois sortie de la cathédrale, la foule s'organise en un imposant défilé. Les gardians ouvrent la marche. Derrière eux viennent les Scouts, les Noélistes, les Pénitents aux uniformes variés, noirs et blancs. Ensuite ce sont les pêcheurs, les calfats et toute une foule bigarrée de costumes de la vieille Provence, du Comtat de Nice et même de la Corse.

Des applaudissements éclatent : le drapeau du Syndicat des Poissonnières se dresse, précédant cette corporation essentiellement locale, et ce sont ensuite, revêtues de costumes locaux, portés avec tant de grâce et de goût, des Marseillaises, jardinières et bouquetières. Toutes ont les bras chargés de fleurs, et s'inclinent au fur et à mesure de leur arrivée, devant la Vierge couronnée.

 

En mer. — Mais voici un féerique spectacle. Le bassin de la Joliette est plein de centaines de barques pavoisées, qui circulent en tous sens. Sur les quais, des milliers de personnes sont alignées, on en voit d'autres milliers sur les parapets de l'esplanade de la cathédrale, à la Tourette, au phare Sainte-Marie. On eu verra autant le long de la Corniche et dans le Vieux-Port.

Tandis qu'à la Joliette, sur l'Obstiné, le nom qu'il fallait pour un bateau frété en un tel jour, par l'Evêque de Marseille, s'embarquent parmi les acclamations S. E. le Cardinal Maurin et sa suite, S. E. le Cardinal Binet, Mgr Dubourg, les évêques et les prêtres qui les accompagnent. Sur d'autres vapeurs, également pavoisés, prennent place les séminaristes, le clergé, et un certain nombre de personnalités marseillaises et provençales. Tout alentour la mer, très calme, est recouverte de canots, de barques, de vedettes, de barcasses. Tout est chatoyant de drapeaux, de bannières, d'oriflammes multicolores. Trois hydravions tout au long de la promenade en mer, survolent la flottille.

Tout à coup, d'immenses vivats retentissent et tout s'ordonne. Voici que derrière un bateau orné d'une grande croix de buis s'avance une mahonne bleue et blanche, que domine la statue de la Bonne Mère. Autour de l'immense socle fleuri sur lequel la Vierge couronnée trône triomphante, sont rangés les drapeaux des provinces qui, tout à l'heure ornaient la cathédrale. A l'avant se dresse un ange sculpté, soufflant dans une longue trompette d'argent. A l'arrière, flottent les drapeaux du Pape et de la France. Alors retentit de partout le chant de l'Ave Maris Stella. De chaque côté de la mahonne se placent, en longue file, d'abord les barques des pêcheurs qui ont revendiqué cet honneur de faire avec leur famille, escorte à Marie. Autour d'eux, innombrables, voguent les embarcations. Derrière la Vierge s'avance l'Obstiné, suivi des trois vapeurs où sont les invités de Mgr Dubourg et un grand paquebot qui, tout à l'heure, prendra le large, comme à regret.

A terre, une foule qu'on peut bien évaluer à plusieurs centaines de milliers de personnes est accrochée partout. Rien ne peut donner l'idée de la grandeur émouvante d'un tel spectacle, où la splendeur de la nature s'associe à l'art des hommes, à leurs chants et à leurs prières, pour célébrer la Vierge pure, la Sainte Mère de Dieu qui s'avance sur les flots soumis, au milieu d'une incomparable et vivante couronne.

Le trône de la Vierge de la Garde, conduit par un remorqueur, gagne la passe de la Joliette, et s'avance vers le Châteaux d'If, escorté de centaines d'embarcations de tous genres, depuis les périssoires des baigneurs qui glissent entre les chalutiers des pêcheurs, les côtres et les canots frétés pour la circonstance jusqu'aux cinq unités plus importantes qui portent les personnages officiels.

Arrivé à la hauteur d'Endoume on fait demi-tour, les sirènes sifflent et l'escadre pacifique rentre triomphalement dans le Vieux-Port, où de toutes les fenêtres et de tous les bateaux à l'ancre partent d'interminable acclamations.

 

Retour à la Basilique. — Le débarquement prend du temps. Enfin, à 14 heures et demie, la mahonne de la Vierge peut aborder. Les brancardiers de Lourdes portent alors la statue sur un char d'azur et d'argent qui s'achemine lentement vers la colline de Marie.

Les groupements qui avaient pris part au défilé font la haie sur tout le parcours, noyés d'ailleurs dans les flots d'une foule populaire qui ne cesse d'applaudir.

La Bonne Mère a beaucoup mieux qu'un cortège, elle est comme portée vers son sanctuaire par l'amour de tout un peuple.

Après une heure, la statue est placée, par les soins des infatigables brancardiers, sur un piédestal élevé, au-dessus de l'entrée de la basilique. De là, elle domine Marseille et la Méditerranée, et elle préside aux derniers hommages que sa bonne ville va lui rendre.

Ce n'est plus la foule, c'est une multitude innombrable qui a vêtu d'un manteau vivant toute la colline de la Garde. Il n'y a plus une pierre où poser le pied.

Le défilé triomphal s'achève par un sermon de Monseigneur Gerlier, évêque de Lourdes, que les haut-parleurs transmettent au loin, puis par un salut du Saint Sacrement, et enfin, dans la nuit commençante, par un feu d'artifice et. des illuminations grandioses.

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Au total, ce fut un des plus beaux triomphes de Marie, que toutes les générations, tour à tour, doivent proclamer bienheureuse.

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