Dans le rayonnement de Notre-Dame de Fatima

F. DĂ©sire-Alphonse, A. G.

19/Oct/2010

I. Le fait de Fatima. Durant les cérémonies commémoratives de l'année jubilaire, accordée par le Saint-Père, pour le 25e anniversaire des apparitions de Fatima, Son Eminence le Cardinal Patriarche de Lisbonne a donné à la radio un notable message, le 30 octobre 1942, d'on nous extrayons les passages suivants :

« Fatima est un fait très sérieux. Ce fait se présente à la vue de tous depuis vingt-cinq ans. C'est un fait tangible, public, permanent. L'on ne peut nier sérieusement que, pour beaucoup, il a été une source de santé pour le corps et de lumière, de paix et de renouveau pour l'âme qu'aucune science ou philosophie ne saurait donner à l'homme. La multitude de ceux qui, croyants ou curieux, accourent à cet endroit béni croît constamment, tandis que, de toutes les parties du monde, des mains suppliantes se tournent vers Fatima.

« La Foi a rayonné de la Cuva da Iria dans tout le pays, comme si, dans l'humble vallon, s'était allumé un foyer divin de splendide renouveau religieux, de triomphales et immortelles espérances en un suprême pouvoir d'exaltation spirituelle.

«Malgré la réserve de l'Église et l'opposition obstinée du pouvoir, Fatima continue à remuer la conscience religieuse du pays. Sans l'Église et contre le pouvoir de l'État, la clarté du miracle brille de plus en plus au ciel du Portugal et l'enthousiasme des multitudes se communique à la nation entière. Non, Fatima n'est pas l'exploitation ecclésiastique de l'ignorance superstitieuse. Fatima c'est la fontaine de lumière et de grâce que la Vierge a fait surgir au cœur du Portugal. Ce n'est pas l'Église qui a imposé Fatima, c'est Fatima qui s'est imposé à l'Église. »

Ces paroles de l'éminent prince de l'Église soulignent l'aspect surnaturel des événements survenus dans l'humble cadre d'une région inconnue du monde, il y a peu de temps, et dont il n'est plus possible d'ignorer la répercussion sur la piété mariale.

Un livre récent, Fatima à la lumière de l'histoire, montre le côté providentiel de l'intervention maternelle de Marie sur les destinées religieuses du peuple portugais et le message laissé aux trois petits voyants sur la puissance de la prière par le rosaire et de la pénitence pour arrêter le flot menaçant des iniquités de la terre. Un bref aperçu expliquera que Fatima appartient à l'histoire religieuse contemporaine. Affirmation du surnaturel et de la foi, les apparitions de Fatima témoignent de la fidélité du peuple portugais à l'Église et de son attachement à Marie Immaculée.

 

II. Un regard sur l'histoire du Portugal. — Dans les temps reculés de son histoire, on constate que le peuple, à l'époque où Don Affonso Henriquez fondait sa nationalité, était depuis des siècles profondément christianisé et vivait sa foi religieuse avec conviction et enthousiasme. C'était au temps où la Croix du Christ s'opposait au croissant de Mahomet. La lutte gigantesque cherchait à décider les destins de l'humanité. Le Portugal, dès sa naissance comme nation, prit parti pour la Croix du Christ et il lui échut plus tard l'honneur et la gloire de porter à l'empire arabe un coup décisif, puis de répandre la connaissance du Christ Notre-Seigneur dans le monde entier.

L'histoire de la fondation du royaume du Portugal est avant tout une page de l'histoire religieuse de l'humanité. Don Affonso Enriquez, en commençant sa vie publique, se déclare soldat de saint Pierre, capitaine de l'Église, aux ordres du Pape à qui il prête serment de vassal et qu'il promet de défendre jusqu'à la mort.

Le droit constitutionnel portugais s'appuie sur les principes de l'Église. En matière religieuse, la doctrine qui inspire le droit portugais se maintient inaltérable depuis la fondation du Royaume, au XII° siècle, jusqu'à la promulgation de la Constitution de 1822. La foi catholique de la nation respecte non seulement le droit canonique, mais place les lois divines avant toutes conclusions humaines. L'hérésie, le blasphème sont punis de peines très sévères. Il en est de même pour tout ce qui touche à l'honneur des saints et notamment à la Sainte Vierge dont les lois portugaises protègent spécialement le culte. Un décret du 25 mars 1646 porte des peines sévères contre les négateurs du privilège de l'Immaculée Conception. Peu de pays ont réussi à réaliser l'unité religieuse comme le Portugal. Pendant près de sept siècles, il reste foncièrement catholique même quand ses rois auront des démêlés d'ordre politique avec Rome. Cette unité religieuse, grand secret de l'histoire du Portugal, a résisté aux attaques de la Renaissance et a écarté le protestantisme des frontières portugaises, jusqu'à la fin du XVIII° siècle.

A cette époque, c'est la longue et tenace campagne de juristes et de philosophes, œuvre politique du marquis de Pombal contre les doctrines de l'Église, qui sape l'unité religieuse du pays. Les rois, tout en méritant le titre de fidelissimo pour les services rendus à l'Église, se laissent séduire par les courants de régalisme en vogue et suscitent des conflits avec l'autorité religieuse. Une nouvelle constitution est promulguée. Un drame national s'engage entre deux princes frères et la guerre civile ensanglante le pays du nord au sud. La maçonnerie triomphe et la lutte a son épilogue, cent ans plus tard, dans le régicide qui prépare la proclamation de la république. Les chefs du nouveau régime déclarent avec louable franchise et cohérence que les jours du catholicisme en Portugal sont comptés. Un des hommes politiques des plus en vue prophétise qu'après deux générations le catholicisme sera éliminé complètement. Mais l'anarchie se répand partout et, quatre ans après la proclamation de la république, la situation du pays est si grave, que l'on se trouve à la veille d'une guerre civile. Un nouveau gouvernement, plus tolérant, a laissé quelque espoir aux fidèles; l'on implore partout la Vierge lmmaculée, Patronne du Portugal, d'éteindre les colères de l'impiété et de restituer la paix et la liberté au pays qui lui appartient. A ces heures sombres de la vie d'un peuple, on répète du nord au sud du pays, dans toutes les églises urbaines et les chapelles des campagnes, la même invocation de foi, d'amour et d'espoir : « Vierge Immaculée, sauvez le Portugal ! » Devant les calamités qui affligent le pays, menaçant de ruiner la foi, le culte de l'Immaculée s'est développé de telle façon qu'on n'a jamais vu prier la Mère de Dieu avec une telle ferveur et dévotion.

La Vierge Immaculée, refuge des affligés, possède dans l'histoire du Portugal une place et un rôle de premier rang.

 

III. Le Portugal, Terre de Sainte Marie. — Le culte de la Vierge Marie, au Portugal, remonte aux temps qui précédèrent la naissance du royaume. On ne compte plus les documents officiels par lesquels chaque Souverain, à l'envi et voulant mieux faire que ses prédécesseurs, vouait sa couronne à la Mère de Dieu, loi érigeait des temples, des statues et recommandait sa dévotion. Quant au culte de l'Immaculée Conception, il s'épanouit en Portugal sous le règne de Denis et de sainte Élisabeth son épouse.

En 1320, on décrète la fête du 8 décembre. L'Université de Coïmbre, par délibération propre, s'engage à assister chaque année aux vêpres et à la messe du 7 et 8 décembre. Les rois, les tribunaux proclament solennellement leur foi au privilège marial. Sur les champs de bataille de l'Indépendance, les soldats avancent au nom de l'lmmaculée Conception. On peut dire que les découvertes et conquêtes des grands navigateurs se sont réalisées sous la constante invocation de la Vierge Marie dont le nom s'est attaché aux îles, villes, ports et temples des terres lointaines où ont abordé les Portugais.

Un roi du XVI° siècle prescrit aux universités de s'adresser à Rome pour obtenir la proclamation du dogme. Un de ses successeurs en 1646, par l'organe de l'Université et des Cours, acclame la Sainte Vierge, non seulement comme la Patronne, mais comme Reine des royaumes et possessions portugaises, promettant par serment de confesser et de défendre toujours, même au prix de sa vie, que la Vierge Marie a été conçue sans le péché originel. Ce serment, prononcé le 25 mars 1646, est approuvé en 1671 par le pape Clément X qui confirme, par bref, le choix de la Vierge Immaculée comme reine du Portugal.

De son côté, l'Université de Coïmbre décrète qu'aucun étudiant ne prendra ses grades sans avoir auparavant fait le serment de défendre l'Immaculée Conception. C'est un fait historique que, dès lors, les monarques portugais ne portent plus la couronne royale sur leur tête. Les historiens de toute nuance s'appliquent à dire que l'histoire ecclésiastique du Portugal est féconde en succès prodigieux marquant la protection spéciale de Marie sur ce royaume. Le nom de l'lmmaculée Conception paraît lié aux faits politiques et militaires les plus glorieux, aux découvertes les plus importantes. Pendant que les théologiens s'ingénient à sonder le mystère de la Vierge Marie, les poètes portugais le traduisent en rythmes admirables d'accord avec l'intuition collective. Depuis Camoëns jusqu'aux poètes contemporains, tous célèbrent Marie dans des poésies exquises, inspirées par un sens religieux profond, exprimant l'amour et l'admiration pour la Vierge. Comment exprimer la genèse d'inspirations si spontanées et universelles pour le suprême idéal de beauté de la Mère de Dieu ? Le peuple qui avait une telle foi ne fut pas abandonné par le Seigneur.

 

IV. La Croisade du Rosaire. — Nous sommes en 1916. Les organisations de caractère anarchique terrorisent le pays. Les attentats se succèdent ; les bombes explosent dans les lieux sacrés ; les profanations et les sacrilèges ne se comptent pas. Une loi de séparation votée par les Chambres dépouille l'Église. Privée de ses biens et de ses revenus, gênée dans ses mouvements, avec ses chefs poursuivis, l'Église est réduite à l'indigence et souffre le martyre. Mais le martyre, dans t'histoire de l'Église du Christ, est un prélude de victoire. Tandis qu'en cette calamiteuse année 1916, les impies croient l'Église terrassée, elle se relève plus forte et plus belle que jamais, et se lance à la reconquête de la chrétienté portugaise par l'arme singulière du chapelet.

Dans tout le pays s'organise la croisade du Rosaire à laquelle s'inscrivent dans les villes et les campagnes, des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants, tous solennellement engagés à suivre ce programme : 1° Réciter le chapelet tous les jours pour le relèvement temporel et spirituel du Portugal, de préférence en famille, toujours en commun. 2° Réciter le chapelet, une fois en semaine, en commun avec le groupe désigné, à l'église ou en public. 3° Communier aux intentions de la Croisade. Au foyer des croisés, il faut introniser une image de Notre-Dame du Rosaire. Une propagande s'organise dans tout le pays. On rappelle que la dévotion au Rosaire, qui est une arme efficace du peuple catholique, a des racines profondes au Portugal. Elle y fut introduite par les premiers Dominicains.

Au XVIII° siècle, c'est le ministre de la guerre, lui-même, qui ordonne la récitation du chapelet en commun dans es casernes. Depuis les premières persécutions religieuses du XIX° siècle, le chapelet est récité, le soir, en chœur, dans les foyers chrétiens. Dans certaines localités, la coutume s'introduit de le réciter par les habitants des maisons voisines, quand la rue est étroite et que les âmes sont animées par la foi.

La croisade du chapelet rencontre donc un champ propice à son action dans le subconscient de ce peuple dévot depuis des siècles à la Reine du Rosaire. Tous les jours, des milliers de Portugais, depuis l'Argave jusqu'au Minho, sur les cimes des montagnes, dans les plaines et champs ou dans les ruelles des villes, prient la Vierge et lui demandent le salut du Portugal. Quand la croisade commence son mouvement, la situation du pays en matière religieuse est définie par l'article de fond d'un certain périodique : « L'Église catholique en Portugal traverse une crise terrible sans égale. Elle est décisive et un dilemme se pose : ou elle résistera ou elle mourra sous peu. » Aux persécutions religieuses qui ont divisé le pays, s'allient la guerre mondiale et le fléau des épidémies, sans, parler de la faim, pour que la tragédie nationale prenne des proportions indescriptibles. Avec le mois de Marie de 1916, la vague d'impiété commence à refluer. Grâce à l'action de la croisade du chapelet, il se fait du nord au sud du pays une prière journalière à la céleste Patronne implorant la paix et la joie de vivre. Les forces de l'impiété ne restent pas indifférentes à ce réveil de vie chrétienne et réagissent violemment en augmentant persécutions et désordres. Les catholiques, une fois de plus, constatent qu'ils n'ont rien à espérer des hommes et se confient entièrement à Dieu par l'intercession de la Vierge Marie, lui demandant instamment le salut du Portugal en qualité de Patronne et de Reine. Et l'aunée 1916, bouleversée de souffrances, s'achève en un chœur puissant de voix qui adressent à la Vierge des prières quasi dramatiques. Le salut ne se fait pas attendre.

 

V. La maternelle intervention de Notre-Dame. — L'année 1917 s'était levée pleine de promesses pour les catholiques portugais. La force merveilleuse de la prière collective, qui avait rempli le pays d'ondes de lumière et d'amour, commençait à faire sentir ses effets dans les âmes ouvertes aux mystères de la foi. Cependant l'impiété continuait ses actes de terrorisme. Les autorités diocésaines durent prendre des mesures de préservation. C'est dans cette atmosphère lourde que commença le mois de mai 1917 et les chrétiens firent les exercices du mois de Marie avec une ferveur toute particulière, suppliant la Vierge de rétablir la paix dans le monde et de venir au secours de leur pays déchiré par tant d'infortunes.

Le 13 mai, quand toute la nation catholique ne formait qu'un chœur de prières aux pieds de l'Immaculée Conception, le bruit courut parmi la population simple des villages de Villa Nova de Ourem que Notre-Dame était apparue à trois petits pasteurs, dans un lieu désert de la Serra de Aire, appelé Cova da Iria, paroisse de Fatima, district de Santarem, province d'Estremadura.

Le récit des apparitions a été narré dans ses moindres détails. Les contradictions n'ont pas manqué aux humbles voyants. Les foules se sont précipitées aux pieds de la Vierge d'une manière qui tient du miracle. A partir de 1923, l'on peut dire que la foi du peuple portugais a rallumé sa vitalité au foyer de Fatima, sans que les forces de l'impiété puissent empêcher la magnifique renaissance chrétienne du pays. Et les gouvernements de la nation, vaincus par la force surprenante de la Cova da Iria, s'approchent de plus en plus de l'Église tout disposés à reconnaître le catholicisme comme base fondamentale de la vie nationale.

En 1940, le chef du gouvernement d'Oliveira Salazar, en concluant le Concordat et l'Accord Missionnaire avec le Saint-Siège pourra dire : « Nous n'avons pas eu l'intention de réparer les trente dernières années de notre histoire, mais d'aller plus loin ; et, dans le retour à une meilleure tradition, réintégrer le pays, sous cet aspect, dans la direction traditionnelle de sa destinée. Nous revenons avec la force et la valeur d'un État renouvelé, à une des grandes sources de la vie nationale et, sans laisser d'être de notre temps par tout le progrès matériel et les conquêtes de la civilisation, nous sommes, dans les domaines élevés de la spiritualité, les mêmes qu'il y a huit siècles.

Cependant Fatima, après avoir mobilisé le pays entier, soulevant les mouvements de foi qui ont conduit des millions de fidèles à la Cova da Iria, passait les frontières, illuminant le monde de ses lueurs spirituelles. En 1942, le Souverain Pontife Pie XII, pour commémorer le 25ième anniversaire des apparitions de la Cova da Iria, consacrait le monde au Cœur Immaculé de Marie et adressait au peuple portugais, dans la langue harmonieuse de Camoëns, un message radiophonique significatif, pendant que l'image de la Vierge visitait Lisbonne au milieu de transports indescriptibles d'enthousiasme.

 

VI. Les enseignements de Fatima. — Pour nous religieux consacrés au service de la Vierge, quel est le sens de Fatima ? Prière et pénitence, ces deux mots qui résument l'ascèse chrétienne expriment aussi le message de Fatima. N'est-ce pas le grand miracle de la miséricorde divine, pendant la guerre mondiale de 1914-1918 ? Et c'est Marie qui en est l'instrument. Ces apparitions sont une manifestation éblouissante de l'amour et de la bonté de la Très Sainte Vierge. Elles rentrent bien dans son rôle de médiatrice du genre humain, car Marie est la Toute-Puissance suppliante auprès de Dieu en faveur de ses pauvres enfants de la terre ; et auprès de ces derniers pour que la cité d'en bas ne se peuple pas au détriment de la cité d'en-haut. C'est ce dernier office que la Mère de Dieu vient remplir à Fatima : supplier trois petits enfants et nous avec eux, de prier pour les pécheurs et de faire pénitence afin qu'ils se convertissent et que la paix descende sur le monde.

C'est le 13 mai 1917 que Notre-Dame se montre aux enfants pour la première fois. Ce qu'elle leur demande, c'est qu'ils acceptent d'être victimes volontaires pour réparer les offenses commises envers son divin Fils et son propre Cœur. Lorsque les généreux enfants ont prononcé leur fiat : « Vous allez avoir beaucoup à souffrir, reprend la Sainte Vierge, mais la grâce de Dieu vous assistera et vous soutiendra toujours. » Entrés de plain-pied dans leur voie, les petits se livrent entièrement à l'amour qui les enchaîne dans la prière et la pénitence. La garde de leurs brebis ne sera pas négligée pour autant. C'est leur devoir d'état en attendant que Dieu leur en présente un autre. Fait digne de remarque : c'est l'accomplissement même de ce devoir qui protège davantage et facilite de façon merveilleuse l'élan de leurs oraisons et la multiplicité de leurs mortifications.

En effet, comment ces enfants auraient-ils pu, à la maison, sous les regards de la famille réciter tant de chapelets et s'imposer des pénitences qui étonnent ? Ils respirent a l'aise dans la grande paix des champs fleuris ; leur âme monte sans entrave dans la pureté du ciel bleu qui es domine. La solitude de la grotte de Cabeço et de la Cova da Iria les enchante. François, le cénobite du trio, s'y enfermera pour « penser » à Notre-Seigneur, à la Sainte Vierge et aux pauvres pécheurs qui les offensent tant. Tous trois réciteront des rosaires à satiété entendus seulement de Dieu, de sa sainte Mère et des anges.

Des sacrifices, c'est encore leur devoir d'état qui leur en fournit les plus belles occasions. Sans la garde des troupeaux, nous n'aurions pas cette floraison de pénitences qui plonge le fait de Fatima dans une atmosphère de co-rédemption.

On apporte un goûter pour midi, les brebis l'auront ou les petits pauvres y mordront à belles dents. Pour soi, on se contentera d'olives encore vertes ou de glands que François ira chercher aux arbres ; les plus amers auront la préférence. On se privera de boire hors des repas pendant des semaines et des mois. Si la chaleur est trop forte et la soif trop ardente, on puisera bien de l'eau à une source pour se désaltérer. Mais aussitôt l'image de l'enfer que la Sainte Vierge a montrée à tous trois se dresse en l'âme de Jacinthe. Pour que moins de pécheurs y tombent, la chère petite vide son gobelet lentement dans le creux d'une pierre pour qu'une brebis s'y abreuve. Ses compagnons l'imitent. Jésus dut ainsi, à maintes reprises, se désaltérer aux flots d'amour qui coulaient de ces cœurs naïfs et purs.

Par mégarde, un jour, la main frôle une ortie. Ça pique, ça boursoufle, ça brûle, ça dure. Incontinent les jambes entières passent au supplice. Une vieille corde attachée autour des reins, les fera souffrir jusqu'au sang. Personne ne saura rien de tout cela, sauf Dieu, la Sainte Vierge et les anges.

Admirable vertu cachée dans l'accomplissement du devoir d'état ! Comme tout cela est méritoire et bienfaisant ! Quel est le religieux qui ne puisse en faire son pain quotidien, aux seuls regards de Celui à qui rien n'est caché ?

Lorsque François et Jacinthe auront été marqués par la grande souffrance, on les verra s'élever jusqu'à l'héroïsme de la sainteté. Leurs âmes s'illuminent, s'embrasent. Plus de partage aucun, on ne choisit même plus entre les pénitences possibles. « Je choisis tout », disait Jacinthe, sûre ainsi de ne pas se tromper dans son choix. François n'en fait pas moins. C'est au point de ne jamais savoir si tel ou tel remède, tel ou tel breuvage lui déplaît. Et ce petit bonhomme n'a que dix ans, et cette fillette n'en a que sept !

Lorsque la Sainte Vierge demande à Jacinthe de souffrir encore davantage et de mourir seule dans un hôpital, loin de ses parents chéris, son petit cœur éclate et saigne. Cette pensée de mourir seule la tourmente, mais ne la bouleverse pas. Plus elle y pense, plus elle souffre… mais c'est précisément la souffrance qu'elle cherche en y repensant. « J'aime tant souffrir pour Notre-Seigneur et Notre-Dame. Ils sont contents que je souffre pour les pécheurs. » Les grands mystiques ont-ils mieux dit leur soif d'amour et de souffrance ?

Les enfants de Fatima resteront des modèles d'âmes réparatrices. En se vouant à la perfection par l'imitation des vertus de Notre-Seigneur et de la Très Sainte Vierge, tout religieux ne devient-il pas aussi une âme réparatrice, une âme rédemptrice de ses frères humains ? Nombreuses sont les intentions qui sollicitent nos prières et nos pénitences. Celles de Fatima n'ont pas vieilli, faisons-les nôtres, car elles sont d'une actualité plus impérative encore qu'en 1917. A nous religieux, de continuer, près de Notre-Seigneur et de la Sainte Vierge, l'office de consolation et de réparation, si généreusement pratiqué sur les coteaux d'Aljustrel, par Lucie, François et Jacinthe. La grâce de Dieu ne nous manquera pas non plus.

                                                               F. Désire-Alphonse, A. G.

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