De la dévotion au Sacré-Coeur

14/Sep/2010

S'il existait ici-bas une dévotion qui fût tout à la fois le résumé du dogme, la plénitude de la morale et la consommation du christianisme ; la rencontre du Créateur et de la créature dans ce qu'ils ont, l'un et l'autre, de plus beau ; tout ensemble la plus vraie pour l'esprit, la plus entraînante pour le cœur, la plus enchanteresse pour l'âme ; une dévotion telle que rien ne fût plus efficace pour élever rapidement une âme à la plus haute perfection, la jetant d'un même élan dans l'intimité la plus étroite avec Notre-Seigneur et dans l'immolation du moi sous toutes les formes ; que rien ne fût plus riche en promesses authentiques, officielles et divines ; que rien ne fût tant désiré par le Sauveur. tant demandé par ses Représentants sur la terre, tant approprié à notre siècle au point que les Souverains Pontifes aient vu là le remède aux maux présents, l'aurore de jours nouveaux, "le Labarum des temps modernes" ; si, dis-je, une telle dévotion existait, avec quels transports il faudrait l'embrasser, avec quel élan la jeter à la foule !

Elle existe. Et c'est Notre-Seigneur lui-même qui l'a portée sur la terre.

Ce fut il y a deux siècles. Dans un monastère de France, à Paray, était une religieuse d'une humilité profonde, d'une charité exquise, d'une immolation totale. Or, un jour qu'elle était en adoration devant le Saint Sacrement. Notre-Seigneur lui apparut. Il lui montra son Cœur, surmonté de flammes, entouré d'épines, et dans ce Cœur était une plaie d'où s'élevait une Croix. Et le Sauveur enveloppant sa servante et l'Humanité tout entière d'un long regard d'amour et de tristesse, dit : "Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes ; et il ne reçoit de la plupart, hélas ! qu'ingratitude ! Toi, du moins, ma fille, donne-moi cette consolation de suppléer, autant que tu le pourras, à tant d'ingratitude".

Ces paroles tombèrent comme une flèche dans le cœur aimant de la bienheureuse Marguerite-Marie, y faisant une blessure qui ne se ferma plus. Dès lors, aimer et faire aimer le Cœur infiniment bon de Jésus devint le tourment, l'idée fixe, le but, la passion de sa vie !

Zélateurs et Associés de l'Apostolat de la Prière, que ces mêmes paroles, tombant du même Cœur dans nos âmes, y fassent la même blessure, y allument le même incendie. N'ayons plus de relâche que ce Cœur divin ne soit connu, aimé et glorifié. Qu'il règne pleinement en nous, autour de nous, dans chaque âme et sur les peuples ! C'est notre devise : Adveniat regnat tuum ! C'est son désir : "Je régnerai malgré mes ennemis".

Durant le mois de juin, qui lui est consacré, nous nous demanderons ensemble pourquoi il faut ainsi amener les foules au Cœur de Jésus, et comment.

 

I.

Pourquoi ? Tout nous y pousse : la raison, le cœur, l'intérêt lui-même. Rien, en effet, n'est plus sublime que cette dévotion, rien n'est plus touchant, rien n'est glus riche en grâces et en promesses divines.

Plus sublime ! Tout est beau dans le Christ Jésus. Belle, sa majesté quand il commande à la tempête, quand de son fouet et plus encore de son regard il cingle les profanateurs du temple, quand il démasque les Pharisiens, quand il dit au jeune homme : "Lève-toi", et à Lazare : "Viens dehors".

Et pourtant il est quelque chose de plus beau ! Est-ce l'éloquence, ce don du verbe qui fait tressaillir l'âme des foules, cette puissance redoutable d'un homme qui sait jeter les paroles fascinatrices et soulever les enthousiasmes et les délires ? Si telle peut être la puissance d'un verbe humain, quelle dut être celle du Verbe de Dieu ! lin jour, raconte l'Evangile, les Pharisiens envoyèrent des hommes pour le prendre, et ceux-ci, ne le trouvant pas dans les villes, le cherchèrent dans le désert oh l'avaient suivi les foules haletantes éperdues : les enfants criant : "Hosanna au Fils de David !" les femmes : "Bienheureux le sein qui l'a nourri !" et les hommes, plus impressionnants : "Béni celui qui vient au nom du Seigneur !" Et les envoyés revinrent en disant : "Jamais homme n'a parlé comme cet homme !"

Certes, l'éloquence est belle, et pourtant il est quelque chose de plus beau ! Est-ce l'intelligence ? Cette beauté nous apparaît plus haute, plus fine, plus pénétrante, plus dominatrice, et la merveille de l'histoire. Nous admirons le vol de l'esprit, le génie. L'histoire compte quelques génies — quatre ou cinq — qui ont réussi à laisser après eux quelque sillage. Que sont-ils auprès de lui ? Ont-ils pu allumer une seule étoile dans le ciel noir ? Le Christ, lui, est le Soleil qui baigne l'humanité : Lux vera quae illminat omnem hominem. Ils ont fait quelque bruit, Il a changé le monde. Sans battements d'aile, Il plane. Sans efforts, de ses lèvres comme de sa source propre coule le sublime.

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Certes, l'intelligence du Christ est belle, et pourtant je sais quelque chose de plus beau !

Qu'est-ce qui est plus beau que le génie ? C'est l'amour. Plus beau que l'esprit ? C'est le cœur. Si Dieu est beau quand il suspend les astres au firmament, il est plus beau quand, infiniment grand, il s'incline vers l'infiniment petit que nous sommes ; quand, après avoir, des profondeurs de l'éternité, mesuré la distance sans limites qui sépare Dieu de l'homme et semble se dresser contre tous ses projets d'amour, et, après l'avoir cependant un jour franchie, il vient parmi nous se pencher sur toute faiblesse pour la protéger, sur toute misère pour la soulager, sur toute infirmité pour la guérir, sur toute déchéance pour la relever ; il est plus beau quand, tandis que jusqu'alors le fait dominant toute la société antique avait été l'écrasement du faible par le fort : l'écrasement du citoyen par l'Etat, l'écrasement du pauvre par le riche, l'écrasement de l'enfant et de la femme par l'homme, l'écrasement de l'esclave par le maître, Lui, prend en pitié l'esclave dont il brise les chaînes, le pauvre qu'il divinise, l'enfant qu'il serre sur son cœur, le blessé du. chemin qu'il relève dans ses bras, la veuve en pleurs à qui il rend son fils, Marthe qu'il console, Marie-Madeleine à qui il permet de baiser ses pieds, la femme adultère qu'il arrache à la mort, et le larron expirant à qui il ouvre le ciel.

Sur toute cette foule immense qui est l'humanité, lasse, sans pain, il jette le mot de son infinie compassion : Misereor super turbam ; et, quelles que doivent être les ingratitudes ou les haines de cette foule ignorante et trompée, pour elle il répandra son sang jusqu'à la dernière goutte, à elle il réserve sa chair pour la nourrir jusqu'à la fin du monde.

Au spectacle de tant d'amour, de ses divines pitiés et de ses inlassables tendresses, dites-moi pourquoi nos yeux se mouillent plus vite, pourquoi un frisson plus intime nous gagne ?….' Le cœur est le sommet de l'homme, et, si j'ose dire, le sommet de Dieu ; et de toutes les beautés du Christ Jésus, celle qui nous apparaît d'une essence plus divine, c'est l'Amour ! Voilà pourquoi saint Jean, qui avait pénétré plus avant dans la divinité, quand il a voulu définir Dieu, n'a pas dit : Il est la Puissance ou la Sagesse ou l'Intelligence ; mais : Il est l'Amour, Deus charitas est.

Or. la dévotion au Sacré Cœur c'est la dévotion à cet Amour. C'est dire sa sublimité.

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De peur cependant que cette sublimité n'échappât à quelques âmes, Notre-Seigneur, qui voulait les attirer toutes à son Cœur, nous a traités comme de grands enfants que nous sommes. Il nous a fait des promesses. Elles sont suggestives, prenantes, décisives.

Il les a multipliées. Il en a pour les familles : J'y mettrai la paix ; — Je bénirai les maisons où l'image de mon Cœur sera exposée et honorée. Il demande peu et promet beaucoup.

Il en a pour les individus : Je donnerai à tous les grâces nécessaires dans leur état ; Je serai leur refuge assuré pendant la vie et particulièrement à l'heure de la mort.

Il en a d'ordre temporel : Je répandrai d'abondantes bénédictions sur toutes leurs entreprises — Je les consolerai dans toutes leurs peines. Combien cette dernière est particulièrement touchante ! Qui de nous est sans douleur ? Petit ou grand, frêle ou puissant, pauvre ou riche, ignorant ou savant, l'homme, dit l'Ecriture sainte, est fait pour souffrir comme l'oiseau pour voler ; et de tous les langages, le premier qu'il parle à son entrée dans la vie est celui des larmes. Et, toute la vie, les larmes lui seront tirées par les souffrances du corps ou les angoisses de l'âme. Qui nous consolera ? Les hommes ? Ils ne veulent pas. Ils ne peuvent pas. Deux systèmes dominent le monde : l'individualisme, Chacun pour soi ; l'égoïsme, Tout pour moi. Et les hommes passent sans regarder le blessé de la route. Seul, le divin Samaritain s'arrête. Il apporte son amour : "Je vous consolerai dans toutes vos peines".

Il en a surtout d'ordre spirituel. Ecoutez : Les pécheurs trouveront en mon Cœur la source et l'océan infini de la miséricorde ; — Les âmes tièdes deviendront ferventes ; — Les âmes ferventes s'élèveront rapidement à la plus haute perfection.

Qui que nous soyons, nous sommes dans l'une de ces trois catégories. Il a pensé à chacun de nous. Est-il rien de plus persuasif et de plus entraînant ?

De son côté, la confidente intime des secrets de son Cœur écrit : Il n'y a pas de plus court chemin pour arriver à la perfection, ni de plus sûr moyen de salut, que d'être consacré à ce divin Cœur et de lui rendre tous les hommages d'amour, d'honneur et de louanges dont nous sommes capables Non, je ne sache pas qu'il y ait une autre dévotion dans la vie spirituelle qui soit plus propre à élever une âme en peu de temps à la plus haute perfection, et à lui faire goûter les véritables douceurs qu'on trouve au service de Jésus-Christ.

Et elle cite comme exemple de cette merveilleuse efficacité le P. de la Colombière : C'est, dit-elle, ce qui l'a élevé si vite à une si haute perfection ; ce saint homme était lui-même tout dédié à ce divin Cœur, et ne respirait que pour le faire aimer, honorer et glorifier Cette dévotion au Sacré Cœur l'a plus élevé en gloire que tout ce qu'il avait pu faire dans le reste, pendant tout le cours de sa vie

Mais le Cœur divin réserve ses grâces les plus délicates à ceux qui se feront les apôtres de cette dévotion. Deux de ces promesses sont connues : Je donnerai aux prêtres le talent de toucher les cœurs les plus endurcis — Les personnes qui propageront cette dévotion, auront leur nom inscrit dans mon Cœur, et il n'en sera jamais effacé,,. Il assure ailleurs que ces mêmes apôtres recevront la grâce du pur amour divin, qu'ils auront l'intelligence de la croix et en comprendront le prix,.

Ces promesses et beaucoup d'autres encore sont consignées dans les lettres et les écrits de la bienheureuse Marguerite-Marie. Je ne sais rien de plus riche et de plus touchant !

 

II.

Dévotion sublime ! Dévotion sanctifiante et féconde ! Il faut la répandre dans les âmes et dans l'univers. Mais comment ?

Il importe avant tout et surtout de prier. On prie trop peu ; les hommes s'agitent, ils ont confiance dans leurs industries, ils comptent sur leur habileté. Ils pensent qu'il en va de l'ordre surnaturel comme d'une affaire profane. La grâce est chose divine, il y faut Dieu. Quand l'Eglise naissante entreprit de conquérir le monde à Jésus-Christ, son premier soin fut de se réunir tout entière au Cénacle. Là, apôtres et disciples, prêtres et fidèles, avec Notre-Dame, cum Maria mater ejus, ne cessaient de lever les bras pour faire descendre l'Esprit-Saint et amener le Règne de Dieu sur la terre. Suspendant tout autre apostolat, même celui de la parole, même celui des sacrements, l'Eglise se consacra toute et uniquement à l'apostolat de la prière : Erant perseverantes unanimiter in oratione.

Essentiel, cet apostolat est ouvert à tous. Enfants, femmes, tous y sont conviés. Ne dites plus : Que puis-je ? La prière peut tout. Elle met à notre disposition la force de Dieu. — Mais je ne suis qu'une femme ! , — Avez-vous vu au Panthéon le tableau de sainte Geneviève veillant et priant sur Paris ? Elle est debout, dans son habit pauvre et de couleur sombre, les mains et les yeux vers le ciel couvert de nuages. A ses pieds, la grande ville. On aperçoit les silhouettes de ses clochers s'estomper en traits puissants sur le ciel noir. A travers la nuit on croit voir les éclairs jaillir des casques d'acier, des lourdes haches d'armes et du fer des lances. On pourrait croire que la vraie sauvegarde de Paris est dans ces guerriers à la stature colossale et au courage indomptable, debout, dans leur armure de fer, pour la défense de leurs autels et de leurs foyers. Non, la force viendra de cette faible femme. Comme Moïse sur la montagne, elle lève ses mains vers Dieu, et ces mains qui prient sont plus puissantes pour la victoire que celles qui brandissent la lance et soulèvent la lourde francisque.

Si la prière d'un homme seul a suffi un jour pour tenir en échec la toute-puissance de Dieu, si la prière d'une femme seule a pu sauver tout un peuple, que ne pourra pas la supplication, non plus de deux ou trois réunis en son nom, mais de cette grande armée de vingt-cinq millions de Priants qu'est l'Apostolat de la Prière, armée officiellement organisée dans l'Eglise, par l'Eglise et pour l'Eglise, avec, pour Chef, pour Idéal et Principe infini de fécondité, le Priant divin que l'Evangile nous peint montant le soir, après la journée faite, s'éloignant du bruit, même de celui de sa propre vie, laissant le geste du semeur incliné pour se retourner vers les hauteurs : Celui que l'Apôtre nous représente encore dans le ciel intercédant sans cesse pour nous, semper vivens ad interpellandum para nobis !

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Mais prier ne suffit pas, il faut s'immoler. On l'oublie plus encore. Rien de grand cependant ne se fait sans la Croix, sans souffrir, que dis-je, sans mourir. On voudrait toujours arranger les choses autrement : on fait des plans superbes où tout réussit, tout est grand, noble, beau. Dieu ne nous a pas sauvés comme cela. Quand il descendit dans le sein de Marie, son premier acte, au témoignage de saint Paul, fut un holocauste : Vous n'avez pas voulu, Seigneur, des sacrifices de l'ancienne loi ; alors, je viens moi-même. Plus tard, il compte surtout sur la Croix : Quand j'y serai cloué, j'attirerai tout à moi.

Si le grain de froment ne meurt, il est stérile. La douleur est le sceau des œuvres divines et la rançon des âmes. Les âmes saintes le savent et s'offrent, petites hosties à côté de la Grande et pour la Grande. Victimes volontaires, elles entrent entièrement dans la participation à JÉSUS crucifié et dans le vrai rachat du monde.

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Suffit-il de prier et de souffrir ? Dieu attend encore une chose des siens : l'action. Il aurait pu achever lui-même toute son œuvre, Il ne l'a pas voulu. Il a eu cette douceur de nous laisser presque tout à faire, et c'est le privilège de l'âme aimante de lui prêter son aide : Dei adjutores sumus. Je puis être le bienfaiteur de Dieu ! Laisserons-nous à un autre cet honneur ? C'est avec un saint empressement que nous ferons aimer autour de nous ce Cœur divin. Nous saisirons toute occasion de dire ses beautés et ses tendresses et d'exposer de cette dévotion sublime les plus belles pratiques.

Celles-ci sont multiples. Les unes furent demandées par Notre-Seigneur lui-même ; les autres ont été sanctionnées par l'Eglise.

Les premières nous seront encore plus sacrées. C'est d'abord la Communion. Notre-Seigneur la veut fréquente et réparatrice. Fréquente : Tu me recevras dans le Saint Sacrement autant que l'obéissance voudra te le permettre, quelques mortifications et humiliations qui doivent t'en arriver, lesquelles tu dois recevoir comme des gages de mon amour. Réparatrice : Je veux que tous les adorateurs de mon divin Cœur lui manifestent leur amour en se proposant pour fin de le dédommager des ingratitudes dont Il est abreuvé dans la divine Eucharistie.

C'est ensuite le Premier Vendredi. Notre-Seigneur demande spécialement la Communion de ce jour : "Je t'ordonne de faire la Communion tous les premiers Vendredis du mois". Il y attache même une grâce extraordinaire, tellement unique qu'elle a effrayé et scandalisé quelques faibles. Mais les travaux des plus sûrs et des plus éminents théologiens1 ont prouvé qu'elle doit être prise au pied de la lettre, et qu'elle signifie tout ou rien. Ecoutez : "Dans l'excessive miséricorde de mon Cœur, je promets que mon amour tout-puissant accordera à tous ceux qui communieront neuf premiers Vendredis du mois à la suite, la grâce finale de la pénitence".

C'est encore l'Heure Sainte. Entendons la confidente du Sacré-Cœur : pour m'accompagner dans cette humble prière Glue je présentais à mon Père parmi toutes mes angoisses au jardin des Oliviers, tu te lèveras dans la nuit du Jeudi au Vendredi, entre onze heures et minuit, pour te prosterner, pendant une heure, avec moi la face contre terre, tant pour apaiser la colère divine que pour adoucir l'amertume que je sentis de l'abandon de mes apôtres.

C'est la Consécration au Sacré-Cœur. Quand on parcourt les écrits de la bienheureuse Marguerite-Marie, il n'est pas de pratique qu'elle ait autant recommandée de la part de Notre-Seigneur : "Si vous voulez être du nombre des amis de ce divin Cœur, dit-elle, et faire une chose bien agréable à Dieu, il faut vous consacrer à ce Sacré-Cœur si vous ne l'avez déjà fait. Il faut communier un premier Vendredi du mois et, après la sainte Communion, lui faire le sacrifice de vous-même en lui consacrant tout votre être pour vous employer à son service et lui procurer toute la gloire et l'amour qui sera en votre pouvoir". Pareil engagement dépasse, on le voit, la récitation d'une formule. Mûrement pesé, cet acte implique une obligation d'honneur. Il doit donner sa signification à toute une vie ; il doit, d'une certaine façon, livrer tout.

C'est la Fête du Sacré Cœur. Cette demande est plus connue. Voici les paroles mêmes de Notre-Seigneur : "Je te demande que le premier Vendredi après l'Octave du Saint Sacrement soit dédié à une fête particulière pour adorer mon Cœur. Ce Cœur se dilatera pour répandre ses grâces avec abondance sur ceux qui lui rendront cet honneur et qui procureront qu'il lui soit rendu".

Il existe d'autres pratiques sanctionnées par l'Eglise. Ici comme partout les actes de l'autorité ont été préparées par les désirs intimes des âmes, mues elles-mêmes par l'Esprit de Dieu.

Beaucoup de ces pratiques sont déjà en germe dans les écrits de la bienheureuse Marguerite-Marie et implicitement contenues dans les révélations de Notre-Seigneur.

Nommons les Offices envers le Sacré Cœur2, les Messes réparatrices, les Visites eucharistiques, la Nuit sainte, les Litanies du Sacré-Cœur, les Neuvaines et les Triduums en l'honneur du Sacré-Cœur, le Petit Office du Sacré-Cœur, les Oraisons jaculatoires, les Offrandes spirituelles, les Pèlerinages ; les images et Scapulaires, le Mois du Sacré-Cœur, les Chapelles, les Eglises et les Autels érigés en l'honneur du Sacré-Cœur, et combien d'autres !

Aimer et faire aimer ces pratiques, c'est étendre toujours le Règne de ce Cœur divin,

Mais le moyen incomparable n'est-il pas de faire entrer les âmes dans les grandes Ligues et Confréries instituées en son honneur ?

Celles-ci sont spécialement l'Apostolat de la. Prière, la Garde d'Honneur, le Sacré Cœur de Montmartre, le Cœur agonisant. Lesquelles aimerons-nous ?

C'est de l'ensemble de toutes les œuvres et de leur concours mutuel que sortira la gloire de Dieu et le Règne définitif du Sacré-Cœur. Si donc nous sommes limités dans notre activité, ne le soyons jamais dans notre sympathie. A toutes, adressons un grand hommage et nos vœux les plus ardents

Que sera le siècle qui se lève ? Que porte-t-il dans les plis mystérieux de son avenir ? Triomphes ou ruines ? Est-ce le Christ, est-ce la mort ? Il y a des raisons de craindre, n'y en a-t-il pas d'espérer ?

De ce XX° siècle on a dit le mal profond ; le bien en est plus immense encore. Vous étalez ses haines, contemplez ses amours !

Je ne sais pas si, de longtemps, il fut une époque où les fidèles se soient plus amoureusement approchés de Jésus-Christ, de son Cœur, de sa Table, et aient versé sur ses pieds divins plus de saints baisers, de parfums et de larmes. N'en pouvons-nous point présager qu'une grande miséricorde sera faite à sa grande Misère, et qu'il sera beaucoup pardonné à qui aura tant aimé3 ?

Tant aimé ! Se dégageant des dernières glaces du jansénisme, les âmes, éprises d'idéal et d'amour, se tournent, d'un élan superbe, vers ce soleil qui est le Cœur du Christ.

Et la vague d'amour monte sans cesse ! Emportera-t-elle victorieusement les foules, les peuples et le monde ?…. Il y a des hommes très forts, je le sais, très au courant de l'opinion, qui ne verront dans cet espoir qu'un beau rêve ! Rêve ? Soit ! Impossibilité ? Soit encore. Qu'importe, si Dieu le veut ? Or, Il le veut ; Il y a engagé sa parole : ‘’Je régnerai malgré mes ennemis’’.

Et alors ?…. Alors, confiants dans cette promesse divine pour la France et pour le monde, nous espérons que le xx' siècle — s'il est permis de comparer un siècle à un homme — le xx° siècle, semblable en quelque chose au disciple bien-aimé, sera le Siècle du Sacré Cœur !

                                                  Joseph Calot, S. J.

                                        Du Messager du Cœur de Jésus, juin 1911.

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Adveniat regnum tuum !

 

Verbe incréé ! source féconde

De justice et de liberté !

Parole qui guéris le monde t

Rayon vivant de vérité !

Est-il vrai que ta voix d'âge en âge entendue,

Pareille au bruit lointain qui meurt dans l'étendue,

N'a plus pour nous guider que des sons impuissants,

Et qu'une voix plus souveraine,

Les voix de la parole humaine,

Etouffe á jamais tes accents ?

Mais la raison c'est toi ! Mais cette raison même

Qu'était-elle avant l'heure où tu vins l'éclairer ?

Nuage, obscurité, doute, combat, système,

Flambeau que notre orgueil portait pour s'égarer.

Le monde n'était que ténèbres ;

Les doctrines sans toi luttaient comme des flots,

Et trompé, détrompé de leurs clartés funèbres,

L'esprit humain flottait noyé dans ce chaos ;

L'espérance ou la peur, au gré de leurs caprices,

Ravageaient tour ã tour et repeuplaient les cieux,

La fourbe s'engraissait du sang des sacrifices,

Mille dieux attestaient l'ignorance des dieux.

Tu parais ! ton verbe vole :

Comme autrefois la parole

Qu'entendit le noir chaos

De la nuit tira l'aurore,

Des cieux sépara les flots,

Et du nombre Fit éclore

L'harmonie et le repos ;

Ta parole créatrice

Sépare vertus et vice,

Mensonges et vérité,

Le maître apprend la justice,

L'esclave la liberté,

L'indigent le sacrifice,

Le riche la charité.

Repos de notre ignorance,

Tes dogmes mystérieux

Sont un temple et l'espérance

Montant de la terre aux cieux !

Ta morale chaste et sainte

Embaume sa pure enceinte

De paix, de grâce et d'amour,

Et l'air que l'âme y respire

A le parfum des zéphyrs

Qu'Eden exhalait un jour.

O toi qui fis lever cette seconde aurore,

Dont un second chaos vit l'harmonie éclore,

Parole qui portait avec la vérité

Justice et tolérance, amour et liberté,

Règne à jamais, ô Christ, sur la raison humaine,

Et de l'homme à son Dieu sois la divine chaîne !

Illumine sans fin de tes feux éclatants

Les siècles endormis dans le berceau des temps !

Et que ton nom, légué pour unique héritage,

De la mère à t'enfant descende d'âge en âge,

Tant que l'œil dans la nuit aura soif de clarté,

Et le cœur d'espérance et d'immortalité !

Tant que l'humanité plaintive et désolée,

Arrosera de pleurs sa terrestre vallée,

Et tant que les vertus garderont leurs autels,

Et n'auront pas changé de nom chez les mortels !

A. De Lamartine.

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1 Cf. P. Vermeersch, La Grande Promesse (Etudes, 20 juin 1903) ; P. Bainvel. La Dévotion au Sacré-Coeur de Jésus, p. 79 ; P. de la Bégassière, Article Coeur de Jésus (Dictionnaire apologétique Jaugey (d'Alés).

2 A paru l'année dernière aux Bureaux du Messager du Coeur de Jésus : Les Offices envers le Sacré-Coeur, par le P. Joseph Boubée, S. J. — Prix. 1 franc,

3 Mgr Baunard, Un Siècle de l'Eglise de France.

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