Deux lettres du jour de l?an

08/Oct/2010

Les Recueils de Lettres sont généralement. des livres estimables, mais qu'on ne lit pas. La première lettre est ravissante, la deuxième n'est plus que jolie… à la troisième on commence à tourner les pages. Même celles de Madame de Sévigné dorment dans les bibliothèques. Il y en a trop et elles se ressemblent. Aussi les commentateurs se bornent à en célébrer huit ou dix toujours les mêmes, et tout est dit.

Combien de Frères savent seulement qu'on a publié un Choix d'une trentaine de lettres du R. F. Louis-Marie?

Malgré ces conditions défavorables, tirons de l'oubli celles qui suivent en nous bornant à deux, afin de ne décourager personne en dépassant la mesure; l'une est du C. F. Jean-Baptiste adressée au R. F. Nestor encore jeune professeur à La Seyne, où il resta dix ans. Le C. F. Jean-Baptiste, qui avait deviné sa valeur et peut-être entrevu son avenir, lui envoyait alors, en réponse à sa lettre du jour de l'an, cette page qui peut être encore profitable à d'autres, après trois quarts de siècle.

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V. J. M. J. St Genis, 21 janvier 1863.

Mon Cher Frère,

Tant que je vivrai, vous serez l'enfant chéri que mon œil n'a jamais perdu de vue depuis le jour que vous m'avez été donné, que mon cœur a toujours aimé et que mes soins ont élevé et conservé pour Jésus- Christ.

Ce que je vous ai désiré, ce que je vous désire et demande sans cesse, c'est que vous croissiez toujours en connaissance, en amour de Dieu et en progrès spirituels de toutes sortes.

N'oubliez pas, mon cher Frère, que l'homme est perfectible, que son modèle est Dieu et conséquemment qu'il doit toujours se tailler et se polir, s'avancer et s'élever.

Les élèves que vous avez dans votre classe ne passent auprès de vous que quelques mois ou un petit nombre d'aimées. Mais il est quatre élèves que vous garderez toute votre vie, auxquels vous devez des leçons tous les jours et que vous devez faire avancer constamment.

Ces quatre élèves sont : votre esprit dont il faut développer l'intelligence, la raison et le tact ; votre cœur qu'il faut rendre bon, généreux, doux, brûlant comme un séraphin; votre conscience qu'il faut former, éclairer, polir comme un miroir, rendre diaphane comme un cristal; votre volonté qu'il faut rendre forte, constante, flexible aux impressions de la grâce et aux observances de la règle, douce comme le coton, à l'égard de ceux sur qui elle pèse et en même temps forte comme le fer.

L'éducation de ces quatre élèves doit durer toute votre vie. Vous ne devez jamais les négliger, pas même les laisser se reposer et surtout ne jamais les laisser à eux-mêmes, si vous ; voulez devenir un homme complet et surtout un saint religieux.

Si peu que vous négligiez ces quatre élèves, qui sont vos instruments de salut et de perfection, vous ne serez qu'un homme tronqué et un religieux imparfait.

N'oubliez pas cette leçon, méditez-la souvent, elle est pour vous de la dernière importance.

Allons, mon petit Frère soyez là-bas une lumière qui éclaire et qui échauffe toute la maison. J'attends cela de vous et vous assure de toute mon estime et de toute mon affection.

F. Jean-Baptiste.

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A son tour, le R. F. Nestor, ayant mis à profit les conseils reçus et devenu Assistant, répondait quatorze ans plus tard au Maître des Novices de Saint Paul-trois-Châteaux qui lui avait fait écrire par ses petits Frères une adresse de souhaits respectueux :

 

V.J. M. J. St Genis-Laval, le 6 janvier 1877.

Mon Cher Frère,

Veuillez croire à ma vive et bien cordiale gratitude et au grand désir que j'éprouve de vous voir passer l'année la plus sainte, et par conséquent la plus heureuse, la plus méritoire et la meilleure sous tous les rapports.

C'est ce que je demande au bon Dieu et à la bonne Mère de toute l'ardeur dont je suis capable. Si vous le voulez bien, nous unirons nos efforts dans le même sens et nous demanderons, l'un pour l'autre, de n'a voir d'autre ambition, en ce monde, que la gloire de Dieu et notre propre sanctification personnelle, que nous rechercherons en tout, toujours et partout.

Comme étrennes spirituelles, je vous adresse les cinq bonnes pensées qui suivent. Notez-les; faites-en fréquemment le sujet de vos méditations, et conformez-y surtout votre conduite. Elles sont pleines de vérité et bien propres à nous inspirer parfaitement.

Qui a Jésus a tout. (Imitation de N.-S.).

Voulez-vous mourir en paix, vivez saintement. (Livre d'or).

Le plus grand saint est celui qui s'attache le plus à faire la volonté de Dieu, fût-ce même dans les moindres choses. (Livre d'or).

L'homme sage n'a garde de faire ce qu'un jour il aurait un regret infini d'avoir fait. (Livre d'or).

Nous ne sommes rien de plus que ce que nous sommes aux yeux de Dieu. (St François de Sales).

Je vous remercie aussi; mon Cher Frère, de la lettre que vous avez dictée au F. Pol-de-Léon : vous avez eu là une excellente pensée, non pour ce qui me regarde personnellement, car je sais très bien que je ne mérite ni compliment, ni rien de ce genre, mais à cause de l'autorité qui doit toujours être respectée, quel que soit celui qui la représente. Inspirer ces sentiments-là aux novices, c'est faire preuve de sens et acte de bon esprit.

Veuillez dire à ces chers enfants que je suis très sensible à leurs souhaits exprimés d'une manière si affectueuse et que je prie le bon Dieu de leur accorder, avec la santé nécessaire pour son œuvre, la persévérance dans leur vocation et la préservation des trois grands vices que je leur ai déjà signalés bien des fois, savoir : la paresse, l'orgueil et le sensualisme.

A mon retour à Saint Paul, je compléterai dans une conférence, ces quelques lignes que je vous prie de leur communiquer. En attendant, donnez-leur comme bouquet spirituel de ce qui précède l'oraison jaculatoire que voici:

O Cœur de mon Jésus, donnez-moi pour partage

De vous aimer toujours, et toujours davantage!

Bien ils feront, et nous aussi, de la redire souvent.

Je vous renouvelle, mon Cher Frère, l'expression de mon sincère attachement et de toute mon affection en N.-S.

F. Nestor.

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Le Bulletin, au début de la nouvelle année, pense bien faire en rappelant ces vœux, conseils et étrennes de nos illustres prédécesseurs. Puissent-ils produire de nouveau les fruits qu’ils ont donnés la première fois!

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