Deuxième session du XVI Chapitre Général

04/Nov/2010

Six mois après les événements que peut-on dire encore du Chapitre? Pas des choses extraordinaires sans doute. Mais il faut penser à l'Histoire!

La photo prise pendant la première Session a été complétée dans le coin gauche par le groupe des Nouveaux Capitulants. (Voir p. 126-127).

Le F. Maximino (Chili) décédé pendant l'intersession, est remplacé par le F. Angel Llobet.

Le F. Léo Sylvius Coté, qui a donné sa démission de Provincial d'Esopus pour raison de santé, est remplacé par le F. Norbert Coté.

Quatre autres Frères ont dû aussi se faire remplacer: F. Vicente Lorenzo (Madrid) par F. Sabino Pérez; F. Francisco Alvarez (Mexique Occidental) par F. Ambrosio Bon Ramos; F. Marie-Gobrien par F. Aleixo Maria Autran; F. Waldomiro Soares par F. Osvaldo Colombo.

Enfin le Mexique Central, ayant perdu deux représentants devenus, l'un Supérieur Général, l'autre Conseiller Général, il lui est accordé d'être représenté par un observateur: F. Gabriel Ibáñez.

Un ancien Assistant, F. Roque Maria, n'a pas pu revenir, mais il n'avait pas à être remplacé.

Il y a donc 157 Capitulant! et 1 Observateur qui vont jouer suivant leur tempérament, un rôle effacé ou brillant, calme ou impétueux, dans ce second acte dont on ne sait pas au départ quelle sera la durée, Travailleront aussi dans les coulisses 54 auxiliaires qui onc accepté d'être logés parfois dans des conditions bien peu confortables, pour libérer les Capitulants de tous les soucis inutiles, en remplissant les fonctions jugées nécessaires a la Première Session. Il s'y est ajouté une équipe de journalistes.

C'est aussi dans les coulisses que travaille la Commission centrale dès le dernier tiers du mois d'août 1968. Les autres acteurs arrivent à la fin du mois.

 

I – PREMIERS JOURS

Le rideau se lève le dimanche 1ier septembre. Les capitulants ont dû faire une retraite personnelle, car il n’est pas prévu comme mise en train qu’une récollection, avec d'ailleurs des conférenciers remarquables : le Cardinal Garrone, le P. Vasey, le P. Voillaume et R P Fréhen. Les textes de ces conférences ont été publiés.

A son tour, allait parler le R. Frère proposant un regard lucide sur l'avenir. En dépit d'une baisse des effectifs qui est certaine, ne serait-ce que par suite de l'allongement du temps de la formation avant le noviciat, il faut conserver l'optimisme et le dynamisme.

 

Il – CONSTITUTIONS

Et maintenant, attention! La bataille pour les Constitutions va commencer. La méthode semble d'une rigueur excessive, mais il faudra en passer par là, car la Commission des Constitutions ne semble pas disposée à transiger.

Chaque texte va donc avoir à franchir, une série impressionnante d'étapes qu'on peut rappeler:

 

1. – Plan

1.1. La commission propose un plan qui est distribué à tous.

1.2. Au moins 24 heures pour que chacun y réfléchisse, en discute avec la commission, trouve quelque chose à amender.

1.3. La commission présente les amendements s'il y en a et le nouveau plan, s'il y en a un (Tout cela, polycopié, est distribué à tous).

1.4. Au moins 24 heures pour une nouvelle réflexion sur les plans et les modifications.

1.5. On peut désormais voter en assemblée plénière, sur le plan de la commission, sur les amendements qui ont été apportés au nouveau plan…

 

2. – Texte

2.1. La commission présente le texte distribué à tous.

2.2. Au moins 24 heures, généralement 48, pour les amen-déments. Tous ceux qui ont à en faire viennent trouver la commission, sont plus ou moins bien reçus, mais défendent leur point de vue parfois de longues heures.

2.3. La commission présente un nouveau texte amendé, où les amendements sont dûment soulignés, mais incorporés au texte; on discute les amendements et on les vote en assemblée plénière.

2.4. De nouveau 24 heures ou 48 heures pour établir un nouveau texte compte tenu de ce qui a été voté.

2.5. Vote du texte nouveau, article par article en assemblée plénière.

 

3. – echenillement du jardin des muses, ou si l'on préfère polissage littéraire

 

4. – Derniers votes

4.1. La commission présente le texte définitif du Chapitre.

4.2. 24 heures pour l'étude.

4.3. Vote global de chaque Chapitre ou Section. Puis vote global de tout le volume des Constitutions.

N.B. L'étape 4 ne comporte plus de possibilité de marche-arrière, mais évidemment si quelqu'un est mécontent pour telle ou telle raison, il peut le manifester par un vote négatif ou une abstention.

Après avoir poussé les hauts cris et prédit que cette méthode ferait durer la seconde session jusqu'à Noël ou même-Pâques, les « Cassandres » de l'Assemblée devaient constater que, à condition de mener de front constamment 4 ou 5 chapitres, le travail pouvait être fait dans un temps raisonnable.

 Peu à peu s'introduisaient dans les rouages quelques gouttes d'huile de bonne volonté, la commission paraissait moins rébarbative, et cette œuvre, en chantier depuis trois ans, prenait peu à peu sa tournure définitive.

 

III – TRAVAUX DES COMMISSIONS

 

Un autre problème se posait: les Constitutions ne pouvaient pas précéder les travaux des autres commissions dont elles devaient tenir compte.

Or ces travaux n'avaient atteint, dans presque tous le cas, que le stade des « feuilles roses » à la première session. Et les votes d'approbation n'avaient lieu qu'au stade des « feuilles bleues ». Il fallait donc, outre les séances plénières concernant les Constitutions, prévoir un grand nombre de séances plénières parfois très longues, pour la discussion des feuilles bleues de toutes les commissions. Quant à la troisième étape, celle des feuilles blanches, elle était généralement rapide. Les journaux du Chapitre ont signalé les principales escarmouches qui généralement ont eu lieu dans une ambiance de charité. Espérons que jamais le soleil ne s'est couché sur la colère des Capitulants.

 

IV – LE DIRECTOIRE ET LES AUTRES DOCUMENTS

Mais il est encore un autre document qui avait besoin d'être mis au point, au fur et à mesure que le travail des commissions en était aux « feuilles bleues », c'était le Directoire. Il devait contenir l'essentiel des propositions faites par les commissions. Tout ce qui était normatif dans celles-ci devait donc se retrouver polycopié pour être soumis au titre d'articles et de chapitres du Directoire à la discussion et au vote de l'assemblée. C'est dire qu'une commission avait dû être créée, chargée uniquement de ce travail.

Deux autres travaux avaient aussi été prévus: Le document marial sur la Ste Vierge dans la Vie et l'Apostolat du F. Mariste devait être le petit chef d'œuvre que l'on connaît. L'autre document concernant « le Frère mariste aujourd'hui » n'a pas pu devenir un document capitulaire. A une époque où chacun s'interroge sur son identité, les nuances amènent très vite des discussions infinies. Evidemment les « open hearing » étaient prévus pour cela, mais comme le temps pressait, mieux valait finir d'abord les documents qui étaient indispensables et laisser à une étude post-capitulaire ce qui pouvait à la rigueur attendre.

Cette session du Chapitre aura été marquée par les décisions concernant les pouvoirs du Frère Provincial, du Conseil Provincial et du Chapitre Provincial, Les vice-provinces ont été promues à un échelon supérieur par le titre de Provincial accordé à leur ci-devant Visiteur. Ce titre de Visiteur est accordé désormais aux chefs des Secteurs qui demandent d'être érigés en districts.

 

V – PLAN MISSIONNAIRE

La Session aura permis aussi de mettre au point un plan missionnaire qui comporte entre autres choses une indication dont l'échéance arrive en juin 1968, et que l'on pourra relire dans le Document capitulaire sur les Missions. No. 71, p. 263 (Doc. Capit. II).

Ce plan missionnaire, le Révérend Frère a exigé de la commission de le rendre assez précis pour qu'il ne risque pas de se fondre en littérature.

Un Conseiller Général en est particulièrement responsable, mais c'est tout l'Institut qui doit avoir à cœur de le réaliser, chacun selon ses moyens.

 

VI – TRAVAIL ET MÉTHODE

Le travail capitulaire a été sérieux, très sérieux. S'il a pu se trouver les derniers jours, à l'état de traces, cette faiblesse que Pascal appelle « le malheur de l'homme » et qui consiste à ne savoir « rester dans une chambre », par contre on peut dire que certains Capitulants on fait preuve d'une conscience de leurs devoirs au-dessus de tout éloge, s'abstenant presque de toute sortie, même les dimanches, et veillant fort tard, pour étudier tous les documents. Aussi les réactions étaient immédiates si quelque commission avait l'imprudence de vouloir sauter le mur de la procédure. La coupable devait immédiatement faire amende honorable, donner les 24 heures qu'elle avait cru pouvoir épargner, ou reprendre un texte qu'elle n'avait pas correctement amendé.

Cette pénitence fut imposée à la Commission de la Vie Communautaire, qui, une fois accomplie l'épreuve, reçut de tels applaudissements que, de toute évidence, ceux-ci s'adressaient à « l'essence » plutôt qu'à « l'accident ». Chacun avait reconnu dans ce texte merveilleux, l'idéal, la définition du bonheur, de la ferveur et de la persévérance.

Il n'est pas possible ici d'apprécier en détail le travail de chaque commission. Les journaux du Chapitre l'ont fait, et maintenant les documents sont publiés, chacun pouvant ainsi apprécier les artisans à leur œuvre elle-même.

 

VII – SACERDOCE

Il faut pourtant dire un mot d'un problème qui inquiétait les esprits les plus sérieux. Que sortirait-il d'un débat sur le sacerdoce? Il était trop facile de se menacer réciproquement. « Moi, je connais des Frères qui sortiront si on introduit le sacerdoce ?. « Et moi, j'en connais qui sortiront si on ne l'introduit pas ». Ces épées de Damoclès déjà un peu rouillées au cours de l'hiver '67-'68 impressionnaient moins à la Seconde Session, mais enfin on risquait bien de rester dans une impasse.

Il faut se louer certainement de l'attitude très sage que le Révérend Frère a adoptée à cet égard, pour obtenir des deux tendances de la commission le calme et le désir du bien, plutôt que le triomphe personnel.

Le résultat obtenu au cours des séances laborieuses et un peu tendues a tenu compte des susceptibilités des deux camps. Il se trouve dans les Constitutions, sous la forme d'une « mens » après la table des matières, correspondant à un renvoi de l'article 3, ligne 5. Il maintient le « statu quo » jusqu'au prochain Chapitre. Dans l'intervalle mandat est donné au Révérend Frère et à son Conseil pour « qu'une étude objective et scientifique de la question soit faite dans toute la Congrégation en vue d'une solution », et il est recommandé aux Provinces intéressées et au Conseil Général de faire tous les efforts pour donner une réponse valable aux cas de vraie nécessité de service religieux, de façon que ni la vie religieuse îles Frères., ni l'éducation chrétienne des élèves n'aient à en souffrir ».

 

VIII – DERNIERS JOURS

 

Le Chapitre Gén. devait-il hâter ses conclusions en laissant plus ou moins carte blanche au Conseil Général pour ce qui resterait à faire? Certains étaient de cet avis, car déjà quelques départs avaient eu lieu à la mi-novembre. D'autres pensaient qu'il fallait terminer le plus complètement possible les travaux avant de se séparer, et ne pas prendre le risque de laisser sans solution des questions importantes. La température extérieure ne posait pas de problèmes, car la salle pouvait être chauffée.

Dès lors c'était aux capitulants à décider. La date retenue lut finalement le 21 novembre, fête de la Présentation de Notre Dame.

Les derniers jours avaient été épuisants pour le R. Frère et les nuits excessivement courtes. Il était donc prédisposé par cette fatigue à être victime d'une bronchite qui le saisissait 1rs les premiers froids et n'allait guère le lâcher jusqu'à la lin décembre.

 

IX – DANS L'ATTENTE DE « RENOVATIONIS CAUSA»

 

Malgré tout il devait venir pratiquement à toutes les réunions et plus d'une fois faire des interventions importantes. Nous rappellerons ici une des plus importantes du point de vue pratique. Elle concerne, entre autres choses, le document alors attendu et qui ne devait paraître que le 6 janvier 1969 sous le nom de: Instruction sur la rénovation de la formation à la vie religieuse. « Voici de quoi il s'agit, explique le Supérieur Général. Il y a quelque temps, un groupe de Supérieurs Majeurs a demandé de pouvoirs spéciaux au St. Siège pour régler certains cas. Le S. Siège a jugé bon de dépasser la portée de cette pétition dans le document qui est sur le point d'être présenté au St. Père. Il ne s'agit donc pas simplement de directives, mais de pouvoirs spéciaux optatifs — qui peuvent être employés ou non, évidemment pour le bien de l'Institut. Les Provinces n'ont pas à présenter des pétitions, mais c'est le Conseil Général qui, lui, a un pouvoir que, après examen des faits, il emploierait s'il le juge convenable, et dont il étendrait le bénéfice soit sur une partie plus ou moins grande de l'Institut, soit sur l'Institut entier » (vote favorable).

L'expérience a prouvé qu'il fallait plus d'une fois se rappeler ce texte d'interprétation important d'un document auquel il est fait et sera fait souvent référence.

Ceci avait lieu le 19 novembre, donc 48 heures avant le grand départ.

 

X – DERNIÈRE ASSEMBLÉE

La dernière assemblée avait lieu le 21, à 11h 30, en présence des Frères de la Maison.

Le F. Commissaire s'excusait auprès de ceux qui avaient posé des questions non résolues faute de temps, et dans ses remerciements très détaillés s'arrangeait pour n'oublier personne. A son travail à lui, l'un des plus harassants du Chapitre, il allait trouver un étrange repos: une visite canonique de près de six mois: le plus long billet d'avion que la compagnie RAPTIM ait donné.

C'est ensuite le tour du F. Vicaire Gén., sa « dernière apparition sur la scène ». Il rappelle ce qui est le plus vital dans les découvertes du Chapitre. « Il faut, non seulement se soucier des structures; mais la dignité des personnes — libres, conscientes et responsables doit être sauvegardée ». Et, s'adressant alors au F. Supérieur Gén., il n'hésite pas à dire: « Votre préparation pour votre charge n'a pas été celle que suit habituellement tout F. Mariste ordinaire. Mais l'ordinaire est un terme statistique qui signifie la moyenne et annonce la médiocrité. Nous ne vous avons pas choisi d'après ce critère et Dieu en soit remercié. Nous espérons que notre choix sera un présage que la Congrégation considérera toujours la qualité avant les titres, la valeur personnelle avant les réalisations personnelles.

… Puis ce sont des conseils parmi lesquels ceux-ci: « Ne perdez jamais le sens de l'humour dont Dieu vous a gratifié. Rendez-lui grâce pour cette « excellent absurdity » qui rend capable de jouer des rôles importants sans orgueil, des rôles humbles sans abattement.

« Ne vous découragez jamais. Il se peut que vous déceviez. Nous vous décevrons. Mais Dieu ne déçoit jamais. Puissiez-vous trouver chez tous vos Frères, particulièrement chez ceux que l'Institut a placés près de vous pour le gouvernement, le soutien et l'encouragement que vous méritez. Nous nous y engageons solennellement ».

Le Rév. Frère répond alors remerciant tout d'abord le Commissaire et le Vicaire, constatant ensuite les faits: de la bonne volonté et des limites; et essayant de préciser les lignes maîtresses du Chapitre. On peut au moins les énoncer:

— Renouveau spirituel par un retour aux sources et l'adaptation.

— Appel des pauvres et des missions.

— Rayonner l'amour dans nos communautés et de par le monde.

— Nouveaux principes de gouvernement.

— Redécouverte de Marie.

Suit un nouvel appel à la réflexion. Le Concile a été une parfaite Pentecôte, mais il a été suivi d'une crise. Il est nécessaire de transmettre aux Frères une nouvelle conscience institutionnelle… Si les Frères ne reçoivent pas de la part des Supérieurs l'aide nécessaire, il se produira une crise. Si les leaders qui créent l'ambiance de la Province sont orientés dans une bonne ligne, ce sera au contraire magnifique. … Il faudra prêter grande attention au manque d'union et d'amour, au choc des générations… Brûler les étapes, c'est tuer le Chapitre. Prenez la mesure de vos Provinces et agissez en conséquence.

Le R. Frère suggère alors qu'il serait convenable d'entreprendre une enquête scientifique et anonyme dans la Province et plus tard une autre de même caractère, après la période expérimentale afin de pouvoir apprécier les résultats et donner une réponse au St. Siège et au prochain Chapitre Général.

Enfin le R. Frère remercie Dieu et lui demande pardon, et déclare terminé le Chapitre qu'il laisse dans les mains de la Stc. Vierge et du Bx. Marcellin Champagnat.

Dans quelques jours, il pourra enfin aller un peu se reposer. Le T.R.F. Léonida a dû partir se reposer lui aussi avant la fin du Chapitre. Le T.R.F. Charles-Raphaël, par contre, qui maintenant a retrouvé sa santé des grands jours, va se mettre sans tarder à une refonte du Directoire avec l'aide du F. Simon-Henri, pour que ce document, composé trop hâtivement, se présente à son tour dans une forme impeccable.

 

XI – ET MAINTENANT, SEIGNEUR…

Telles ont été ces grandes assises où l'Institut a essayé de se remettre en question en face de l'Evangile et de la Vie de notre Fondateur. Après un semestre, déjà nombre de Chapitres provinciaux ont essayé de monnayer la pensée du Chapitre Général.

Une trentaine de Provinciaux ont été élus op réélus bien décidés à entrer dans cet esprit, même s'ils n'avaient pas été eux-mêmes capitulants. Mais, comme dans le rêve du P. Champagnat, c'est sans doute surtout aux Directeurs qu'il revient de faire inventer à leurs Frères un vrai style de ferveur et de communauté, dans une vie de prière créatrice et contemplative, un zèle qui, sans recherche de l'extraordinaire, soit adapté à notre temps et suscite l'union très cordiale des générations.

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