DĂ©votion aux saints Anges

F. Dalmace

03/Sep/2010

 

Chers Lecteurs,

Le C. Frère John, à qui il revenait aujourd'hui de vous adresser la parole à cette place, est actuellement dans la province des îles Britanniques, où il est allé présider les retraites ; les autres Frères Assistants sont aussi presque tous absents pour le même motif ; et c’est à votre pauvre serviteur, comme vous voyez, qu’est échu l'honneur de les suppléer, faute d'un plus compétent qui pût trouver le loisir de le faire.

J'étais donc à me demander sur quel sujet édifiant je pourrais appeler votre attention dans ce peu de pages, lorsqu'il m'est tombé sous la main un beau livre du pieux abbé Boudon, grand archidiacre d'Evreux, intitulé : La dévotion aux neuf chœurs des Saints Anges, et en particulier aux Saints Anges Gardiens. Cela m'a rappelé que, d'une part, notre Vénérable Fondateur, sur son lit de mort, nous a instamment recommandé de rendre à ces bienheureux esprits — dont nous devons imiter les sentiments et la conduite, dans nos rapports avec nos élèves un culte particulier d'amour, de respect et de confiance ; que d'autre part, notre Calendrier religieux nous les propose comme objet spécial pendant ce mois de septembre, et j'ai résolu d'emprunter soit au livre de M. Boudon, soit à d'autres auteurs qui ont écrit sur cette matière, quelques pensées essentielles pour les recommander à vos réflexions : heureux si, par la grâce de Dieu, elles pouvaient être polir votre piété à l'égard de ces intelligences célestes un aliment qui la soutienne et la fortifie !

Les Anges, comme chacun sait, sont des créatures purement spirituelles, douées à un degré très excellent d'intelligence et de volonté, et rendues immortelles par la grâce de Dieu, qui les a destinées à former sa cour et à servir de ministres à ses volontés.

Ils avaient été créés peccables, et un certain nombre d'entre eux, enivrés du sentiment de leur propre excellence, osèrent lever l'étendard de la révolte contre le Seigneur de qui ils la tenaient. En punition de leur orgueil, ils furent chassés du ciel et précipités dans l'enfer sous le nom de démons.

Les autres, en récompense de leur fidélité, furent confirmés en gr ace et mis en possession de la vision béatifique et du bonheur éternel que désormais ils ne peuvent plus perdre.

La Sainte Ecriture ne nous dit rien de précis sur leur nombre, mais les Saints Pères, en se fondant sur des raisons diverses, affirment que ce nombre doit être incalculable, égal ou supérieur à celui des étoiles du ciel et de tous les hommes qui ont été créés depuis le commencement du monde, ou qui le seront jusqu'à la fin des temps.

Ces nobles intelligences sont divisées en trois hiérarchies ou principautés, dont chacune, à son tour, se subdivise en trois ordres ou chœurs. Chaque chœur est distingue des autres par un ministère propre, une propriété particulière, et un attribut spécial, de sorte que, en montant les divers degrés de ce magnifique ensemble, on trouve les Anges du second chœur revêtus de toutes les perfections du premier, avec quelques autres dont celui-ci n'est pas doué ; ceux du troisième chœur jouissent de même de toutes les prérogatives des Anges de l'ordre immédiatement inférieur, et ainsi de suite, jusqu'à l'ordre le plus élevé, qui résume en lui toutes les perfections des huit autres, auxquelles se trouvent adjointes les plus belles, les plus merveilleuses que Dieu ait données à ses créatures.

Considérés uniquement dans leur propre nature, et indépendamment de tout ce que la grâce peut y ajouter, les Anges sont doués d'une beauté dont n'approchent pas toutes les idées que nous pouvons nous en faire. Toutes les splendeurs dont la terre et le ciel nous présentent le merveilleux spectacle, ne peuvent être mises en comparaison avec l'éclat dont brillent ces créatures privilégiées, même celles qui sont placées aux derniers échelons de la hiérarchie céleste. Quant à leur puissance, elle est également supérieure à tout ce que nous pouvons imaginer :

Les œuvres les plus grandioses et les plus admirables, que le génie de l'homme produit au prix de pénibles efforts, seraient à peine des jeux pour l'ange qui, par un simple mouvement de sa volonté, peut en produire de mille fois plus extraordinaires et plus difficiles.

Leur nature étant purement spirituelle, les Anges n'ont aucune forme que nous puissions percevoir au moyen des nos sens.

Cependant la sculpture, la peinture et la poésie ont coutume de les représenter sous la figure d'enfants ou de jeunes hommes au beau visage, les épaules pourvues d'ailes, et le corps revêtu de robes blanches, enrichies de pierreries. C'est pour rappeler que parfois ils ont apparu sous cette forme, et pour symboliser au moins mal quelques-unes de leurs qualités. Ainsi leur âge tendre exprime l'éternelle jeunesse et la grâce divine dont ils sont remplis ; la blancheur de leur vêtement représente la pureté sans tache qui est le plus bel ornement de leur noble nature, et les ailes dont ils sont pourvus sont l'emblème de leur agilité, et de la promptitude avec laquelle ils se portent à l'exécution des ordres de Dieu.

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Les rapports si nombreux que les Anges ont avec le reste de la création et particulièrement avec les hommes, les font entrer dans l'admirable unité qui se remarque dans l'ensemble des œuvres de Dieu. Sans nous en faire une obligation, la sainte Eglise nous permet de croire, á la suite de graves docteurs, que c'est à leur ministère que Dieu a confié le maintien et l'équilibre des lois qui régissent le monde physique ; que certains d'entre eux président au mouvement des astres ; d'autres à la combinaison des divers éléments qui entrent dans leur composition , aux grands phénomènes de l'atmosphère, à la conservation, à la diffusion, ou à la restriction dés diverses espèces d'animaux, ou de plantes, aux destinées des royaumes, des empires, des cités, etc. … Ce qui est certain, en tout cas, c'est que chacun de nous en particulier est spécialement confié à la garde d'un de ces esprits célestes, qui, depuis l’heure de notre naissance jusqu'à celle de notre mort, nous accompagne d’une manière invisible, sans nous quitter un seul moment, et nous rend avec une discrétion qu’on ne saurait trop admirer les services les plus signalés. C'est notre Ange Gardien.

Oui, c'est ainsi que Dieu a aimé les hommes. Non content de les créer, de les racheter par Jésus-Christ, son Fils unique, de leur ouvrir, par l'institution des Sacrements, les inépuisables. sources de sa grâce, et de leur donner dans les saints des avocats et des intercesseurs auprès de lui, il a donné pour compagnon à chacun d’eux un prince de sa cour pour le garder, le conduire et le protéger pendant tous les jours et à tout instant de sa vie !

Et avec quelle bonté, quel amour, quelle sollicitude, quel admirable dévouement ce bienheureux esprit ne s'acquitte-t-il pas de la mission — bien ingrate, parfois, cependant — que le Seigneur lui a ainsi confiée ! Les yeux continuellement ouverts sur nous, il nous suit en tout temps et en tout lieu, et veille avec un soin aussi touchant qu'inlassable à la sûreté de notre corps et de notre âme, nous préservant, à notre insu, de mille périls divers, physiques et moraux, auxquels, sans son intervention bienfaisante, nous ne pourrions que succomber, et disposant discrètement toutes choses pour qu' elles tournent à notre véritable bien. N'ayant ni le droit ni le pouvoir de violenter notre liberté, condition absolue de notre mérite, il concentre tous ses efforts à bien diriger la spontanéité de nos sentiments, à illuminer nos pensées, à nous détourner des mauvais sentiers, à nous montrer la vraie voie que nous n'apercevions point, à susciter des occurrences qui y tournent nos pas.

Tantôt il agit seul, directement par lui-même, faisant naître en nous une intuition soudaine, envoyant à notre cœur une heureuse inspiration, nous inclinant à dire telle parole, à prendre telle détermination, à faire telle démarche qui semblent indifférentes en soi, mais dont il sait la portée future, et qui sont le premier anneau de la chaîne de faits et de causes secondes qui doit nous tirer de l'abîme.

Tantôt, se sentant insuffisant, cet invisible frère de notre âme fait appel à d'autres Anges Gardiens et tous ensemble concertent une sorte de plan de campagne célestement élaboré pour parvenir à la bienfaisante victoire qu’ils méditent de remporter. C'est alors que l’heureuse inspiration nous arrive par le conseil d'un ami, par un livre qu'on riens prête, par une rencontre imprévue, par la nécessité d'un voyage qui nous amène inopinément et contre toute prévision, en tel lieu, à telle heure, chez telle personne dont l'influence fera presque à coup
. sûr pencher notre libre arbitre.

Habituellement cette action de notre bon Ange se cache avec soin sous des apparences toutes naturelles : jeu normal de la vie, concours fortuit des affaires, hasard des relations : Tout ce qu' il' accomplit semble s’être fait de soi-même, tant il touche avec délicatesse les ressorts qui nous déterminent. Son bras puissant est impalpable, sa présence invisible, ses immenses bienfaits anonymes ; il gouverne, dispose et pondère tout en silence et, pour ainsi dire, incognito.

Mais après coup, lorsque son œuvre est achevée, il arrive souvent, que l'étonnante succession des faits, la concordance de tous les accidents vers le même but, la minutieuse juxtaposition des circonstances et mille autres particularités frappantes, dévoile sa secrète intervention avec autant de certitude que les mouvements coordonnés d'une armée dénotent la présence du général, et que l'aspect d'un monument construit rend évident le plan de l'architecte1.

Dans les combats journaliers que nous avons à soutenir contre l'ennemi du salut, il est constamment à nos côtés, prévenant ses surprises, dissipant ses illusions, déjouant ses ruses et opposant sans cesse aux perfides manœuvres de la stratégie du mal les saintes industries de la stratégie du bien.

Enfin, à l'heure de la mort, lorsque le prince des ténèbres redouble ses assauts pour nous perdre, notre bon Ange redouble aussi de soins et d'efforts pour assurer à notre aine l'heureuse entrée du port du salut. Il nous fortifie contre les. angoisses de ce dernier moment ; il demande à Dieu pour nous la patience et la résignation nécessaires pour que nous puissions supporter nos souffrances avec mérite ; après que notre âme a quitté notre corps, il l'accompagne au tribunal de Dieu, où il se fait son avocat ; si elle est condamnée aux flammes du purgatoire, il y descend avec elle pour la consoler, provoque des suffrages en sa faveur et ne la quitte pas qu’elle ne soit en : possession de la gloire éternelle.

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Ne s'ensuit-il pas de là que nous avons les motifs les plus justes et les plus pressants de rendre à tous les saints Anges en général et à nos Anges Gardiens en particulier un culte spécial d'honneur, de respect, d'amour, de reconnaissance et de confiance ? Leur dignité et leur excellence, la gloire de Dieu et les bienfaits sans nombre dont nous leur sommes redevables sont d'accord pour nous en faire un devoir.

Comme on a déjà pu le voir, les Anges sont, après la Très Sainte Vierge, les créatures les plus excellentes de Dieu. Princes de la cour céleste, ministres des volontés du Tout-Puissant, objet .des complaisances du Père céleste, dont ils trouvent leur félicité à contempler la face adorable, ils ont donc droit au premier chef, non pas au culte de latrie, réservé à Dieu seul, ni au culte d’hyperdulie, privilège de l'Auguste Vierge Marie, qu’ils vénèrent comme leur reine, mais au culte de dulie, dont l'Eglise honore tous les autres habitants du ciel.

Honorer ces bienheureux esprits, c'est d'ailleurs honorer Dieu même qui les a faits si beaux, si grands, si parfaits, si brillants d'amour pour lui, si pleins de charité, de condescendance et de dévouement pour les hommes. Si nous devons l'honneur, le respect, l'amour, la confiance à tous ceux qui, d'une manière plus ou moins directe, sont pour nous les lieutenants de Dieu, les dépositaires de son autorité, les dispensateurs de ses dons et de ses grâces ; si l'indifférence, la froideur, l'irrévérence qu'on aurait pour eux se rapportait indirectement à Dieu que nous offenserions en leur personne, que dire de l'honneur, du respect, de l'amour et de la confiance que nous devons avoir en vue de lui pour les Saints Anges qui sont ses favoris, ses ministres, ses ambassadeurs, ses représentants les plus directs et les plus vives images de ses perfections adorables ?

Mais, quand les Saints Anges et particulièrement les Saints Anges Gardiens n'auraient pas d'autres titres à notre culte et à notre dévotion que les bienfaits dont ils nous comblent, ce serait encore plus que suffisant pour que nous ne puissions les leur refuser sans nous rendre coupables d'une noire ingratitude. Le jeune Tobie craignait avec raison de ne pas pouvoir reconnaître dignement les services relativement courts de l'Ange Raphaël en lui offrant la moitié des grands biens qu'il avait apportés de son voyage : quels témoignages de respect, de vénération, d'amour et de reconnaissance pourront donc se croire à la hauteur des services, que nous rendent toute notre vie, ces célestes compagnons de notre existence, qui non contents de s'intéresser à tous nos besoins, de ressentir toutes nos nécessités, de se tenir prêts à nous assister à toute heure et tout moment, d'être en garde autour de nous nuit et jour, se rendent encore nos ministres et nos serviteurs, depuis notre naissance jusqu'à notre mort, en présentant nos prières à Dieu et en nous apportant ses faveurs ?

Faisons du moins notre possible. Ayons, à l'égard de ces bons esprits, une piété tendre et sincère ; honorons-les comme les favoris et les ministres de Dieu ; aimons-les comme des amis fidèles et dévoués, invoquons-les comme des protecteurs puissants, toujours disposés à nous secourir ; imitons-les surtout comme des modèles incomparables de pureté, d'amour de Dieu, d'obéissance, de charité envers le prochain et de zèle pour le salut des âmes. Soyons fidèles à leurs inspirations et tâchons de ne jamais les contrister par nos résistances à la grâce ou par des actions indignes de notre qualité de chrétiens et d'enfants de Dieu. Que notre culte ne se borne même pas à nos propres Anges Gardiens, mais s'étende aux Anges Gardiens des personnes qui nous sont chères, des enfants dont l'éducation nous est confiée, des jeunes gens dont nous voulons assurer la persévérance, des pécheurs que nous désirons ramener à Dieu, des saintes âmes du purgatoire dont la délivrance nous est particulièrement à cœur : il n'est peut-être pas de moyen plus efficace pour obtenir sûrement les grâces que nous souhaitons.

Enfin, tachons de répandre autour de nous, particulièrement parmi les élèves confiés à nos soins, la dévotion à ces bienheureux esprits : ce sera non seulement faire une œuvre agréable à Dieu et payer à nos célestes protecteurs un juste tribut de reconnaissance pour leurs innombrables bienfaits, mais mettre entre les mains de ceux à qui nous aurons le bonheur d'en faire contracter l'habitude, une précieuse source de grâces pour cette vie et pour la vie éternelle.

F. Dalmace.

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1 Cf. H. Lasserre, Episodes miraculeux de Lourdes : les témoins de ma guérison, 1, 4.

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