Dimanche des Missions: Missions et Vocation

F. Isidoro Fernandez

29/Oct/2010

«Rendons grâces à Dieu de ce qu'il nous choisit
pour porter la lumière de l'Evangile aux infidèles, car
cette faveur deviendra une source de bénédictions
pour l'Institut
»
(Bx. M. Champagnat, Vie, p. 242).

« La mission : c'est l'œuvre de tous les membres
de l'Institut
»
(Vie, p. 243).

 

Tradition de famille.

Nos Supérieurs, à tour rôle, se sont efforcés de répondre, selon les possibilités, aux désirs réitérés du Vicaire de Jésus-Christ. Dès 1836, les premiers missionnaires maristes traversent les mers vers; l'Océanie: ce sont les FF. Marie-Nizier et François-Xavier formés à l'Hermitage par notre Bienheureux Père. De 1836 à la mort du Fondateur, une douzaine d'autres Frères eurent la joie de s'embarquer pour les terres lointaines. Et l'on pourrait mentionner longuement les départs successifs, constatant que la marche ascendante de la Congrégation a été marquée par des étapes-clés de notre histoire missionnaire…

Mais voici que l'appel se fait aujourd'hui encore plus pressant, les besoins des missions étant immenses. Le dernier Chapitre Général en a eu conscience. Aussi lisons-nous dans la Circulaire du 8 décembre 1958: «Le Chapitre Général souhaite que chaque Province ait sa Mission ou au moins fournisse du personnel à une Mission» (p. 251). La Circulaire du 8 décembre 1959 ajoute: «Nous ne pouvons qu'encourager nos Frères, spécialement les jeunes, à entrer courageusement dans le mouvement vers les Missions» (p. 417). C'est la réponse à l'appel de Pie XII: «Nous aimons à penser que la promptitude et la générosité de votre réponse feront luire à nouveau l'espérance au cœur de tant de valeureux apôtres1 »

N.B. Les citations sont données d'après le livre: «Le Siège Apostolique et Missions» édité par l'Union Missionnaire du Clergé, 12 rue Sala, Lyon.

Notre préoccupation doit donc être l'ouverture aux problèmes universels de l'Eglise, car, comme le dit encore Pie XII : « l'esprit missionnaire et l'esprit catholique sont une seule même chose2 ».

 

I – LES VOCATIONS AU SERVICE DE LA MISSION

A) L'appel du Vicaire de Jésus-Christ.

L'impérieuse et exaltante invitation du Christ: «Duc in altum » (Luc., V, 4), trouve toujours un nouvel écho dans l'âme de son Vicaire sur terre. Aussi voyons-nous avec quelle insistance les derniers papes ont incité les fidèles à la prière faite pour l'Eglise universelle, sur la demande du Sauveur: «Priez le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers à sa moisson » (Luc, X, 2), particulièrement en ces temps où la « moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux» (Mal., IX, 37; Luc, X, 2)3

Il s'agit, en effet, d'un véritable cri d'angoisse, devant la pénurie en missionnaires et en ressources dont souffre l'Eglise en pays de Mission.

a) Appel général:

Il y a, d'abord, un appel général adressé à tous et à chacun des fidèles de l'Eglise. Appel qui doit devenir pour tous centre d'intérêt et orientation de nos aspirations et de notre apostolat de chrétiens. Il doit illuminer toutes nos journées et chacune de nos actions. La promptitude et l'engagement personnel aux directives du Pape pour les tâches apostoliques donnent la mesure de notre amour pour l'Eglise et donc, de notre catholicisme.

b) Appel particulier:

Cet appel général à tous les chrétiens se concrétise plus spécialement, dans la pensée de Pie XII, dans les vocations missionnaires de choix qui sont pour lui, les prêtres, les religieux et les religieuses. Après avoir rappelé avec amertume les victimes de l'athéisme, des jeunes surtout, il dira: « …Autant de tâches nécessaires, pressantes, qui exigent de tous comme un sursaut d'énergie apostolique faisant se lever d'immenses phalanges d'apôtres, semblables à celles que connut l'Eglise à son aube4… ».

 

B) La vocation missionnaire dans le magistère de l'Eglise.

Et d'abord, une constatation. Pie XI, dans son encyclique Rerum Ecclesiae, écrira : « Personne n'ignore que si la vocation sacerdotale ou religieuse n'est pas moins fréquente que par le passé, le nombre de jeunes gens qui répondent à l'appel divin est cependant aujourd'hui bien moins grand5 ».

a) Les missions, œuvre d'amour:

« La mission est l'histoire spirituelle du monde. L'histoire considérée du point de vue de l'Esprit de Dieu. Le seul point de vue qui vaille la peine d'être considéré. Qu'est l'histoire, en effet, pour une âme croyante, sinon l'ensemble des efforts de Dieu pour pénétrer, pour sauver le monde qu'il a créé et qu'il a racheté? La mission est un appel d'amour à l'homme, une tentative pour rattacher l'homme à Dieu, pour le faire entrer dans le cycle de l'amour de la Trinité… Les hérauts de Dieu ont pour tâche de faire connaître et de rendre efficace cet Amour du Père qui est à l'origine de tout, qui se manifeste dans l'Eglise… » (P. Rétif).

b) Dignité de la vocation missionnaire:

Ici encore les Documents pontificaux sont bien explicites. Voici d'abord la pensée «le Benoît XV dans son encyclique Maximum illud: «Ne perdez jamais de vue l'importance et la grandeur de la vocation à laquelle vous vous sacrifiez. La mission qui vous a été confiée est une mission vraiment divine qui dépasse de très haut la petitesse «les intérêts humains6… ».

c) Le choix des sujets:

Vu la grande nécessité des vocations missionnaires et les pressants appels des Papes pour un effort missionnaire plus efficace et plus éclairé, on serait porté à croire que le nombre des sujets destinés aux missions doit primer sur toute autre considération. Il n'en est cependant pas ainsi. Dans la pensée des Papes, la qualité, malgré l'importance du nombre, doit primer sur la quantité.

Les hommes font la Mission, certes; mais Dieu les appelle et les y prépare : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis ». Les sujets qui conviennent le mieux pour les missions, les voici: « …quant aux Supérieurs des ordres religieux ou des sociétés qui possèdent des Missions, écrit Benoît XV dans son Encyclique Maximum illud, Nous les prions et Nous les supplions de ne destiner à cet apostolat que des sujets parfaitement choisis, de ceux qui se distinguent par la pureté de leur vie, la ferveur de leur piété, leur zèle apostolique7… » 7.

 

Il – LES MISSIONS, SOURCE DE VOCATIONS

A) Esprit missionnaire et vocations:

a) Fécondité de l'esprit missionnaire :

Nous avons vu plus haut que la manifestation concrète de notre esprit catholique se mesure à notre adhésion et à notre ouverture d'âme aux problèmes universels de l'Eglise, ou en d'autres termes, à notre esprit missionnaire. Quels fruits en retirons-nous, en retour? Notre vie intérieure même s'enrichit par cette participation personnelle à la mission. Le principe est clair. Pie XII l'énonce ainsi: «Au progrès du dévouement pour les missions répond un égal progrès de la piété8 ».

L'ouverture aux préoccupations universelles de l'Eglise fera encore naître le désir et la floraison de beaucoup de vocations missionnaires. Ecoutons Pie XII : « Une communauté chrétienne qui donne ses fils et ses filles à l'Eglise ne saurait mourir. Et, s'il est vrai que la vie surnaturelle est une vie de charité et qu'elle s'accroît par le don d'elle-même, on peut affirmer que la vitalité catholique d'une nation (d'un Institut religieux) se mesure aux sacrifices qu'elle consent pour la cause missionnaire9 ».

b) Une expérience de Pie XI:

En 1926, Pie XI écrivait dans son Encyclique Rerum Ecclesiae: « Si l'occasion vous en est donnée, d'un cœur ferme, pour l'amour du Christ et des âmes, faites le sacrifice d'un des vôtres. Mais peut-on parler de sacrifice? Celui que vous n'aurez plus pour vous aider et pour être votre compagnon dans vos labeurs, le divin Fondateur de l'Eglise le remplacera certainement, en répandant des grâces plus abondantes sur votre diocèse ou en y suscitant d'autres vocations10 ».

Sur ce sujet, Pie XI aimait à apporter son expérience personnelle, que nous reproduisons ici d'après une allocution au Chapitre général des Dames du Cénacle, en 1938. « Quand le Pape actuel, écrit l'Osservatore, Romano de 1938, fut envoyé par Benoît XV en Pologne, il y trouva une grande et méritante famille religieuse menacée par une crise des vocations. Ayant su que la Province de cet Ordre ne possédait pas encore de missions parmi les infidèles, il lui conseilla d'en faire la demande. On la fit après quelques hésitations, et l'on reçut la charge d'une mission difficile. Non sans résultat: une miraculeuse surabondance de vocations sauva la Province.

Le Pape parle ici de son expérience personnelle. Il répète qu'il ne veut pas faire autre chose que donner corps à une idée personnelle: il faut la laisser mûrir. Si elle est de Dieu, tôt ou tard elle arrivera à son but, sans nous donner trop de peine, trop de préoccupations accablantes en des choses où nous pouvons si peu…» (Osservatore Romano, 17 juillet 193811.

c) Moyens de faire naître les vocations missionnaires:

Les Encycliques en indiquent quelques-uns, dont les principaux sont: l'habitude de la prière pour les missions dès l'enfance (pp. 72, 222), la sainte communion (p. 157), une ambiance apostolique (p. 306), la visite d'une exposition missionnaire (p. 75), l'admiration pour les héros de l'apostolat (p. 177), la réflexion sur les besoins de l'apostolat (pp. 299, 300), l'ouverture d'âme aux préoccupations universelles de l'Eglise…, etc. …

Voici à ce sujet deux témoignages du Magistère :

— Au sujet de l'exposition missionnaire organisée en 1925, Pie XI dira : « Des jeunes furent touchés des premières étincelles de la vocation missionnaire quand s'offrit à leurs yeux, comme un spectacle, la grâce divine alliée à la grandeur et à la noblesse humaine… ».

Plus explicite encore, Pie XII affirmera dans Fidei Donum: « Une génération formée à des perspectives vraiment catholiques tant dans la famille qu'à l'école, à la paroisse, dans l'Action Catholique et les œuvres de piété, une telle génération donnera à l'Eglise les Apôtres dont elle a besoin pour annoncer l'Evangile à tous les peuples ».

Faisons donc prendre à nos élèves l'heureuse habitude de prier bien et souvent pour les missions et pour le salut des âmes, par de fréquentes oraisons jaculatoires telles que: « Jésus, Marie, je vous aime, sauvez les âmes! ». Et cette autre si mariste : « Dieu tout en tous par la Vierge Marie »…

d) Comme « religieux enseignants » :

Le thème capital de «l'enseignement chrétien», revient très souvent dans les Encycliques missionnaires. Elles indiquent la beauté, l'importance et l'efficacité de la vocation des maîtres chrétiens, surtout s'ils sont «religieux». Pie XI et Pie XII ont à ce sujet de très beaux passages: « La jeunesse, écrit Pie XII, surtout celle qui a accès à la culture des belles-lettres, aux études supérieures et aux arts libéraux, prendra demain la tête de sa génération et des affaires. Aussi personne ne se refuse à voir l'extrême importance de la question des écoles élémentaires et primaires, ainsi que des collèges. Nous exhortons paternellement les chefs de mission à n'épargner ni peines ni ressources pour développer les établissements d'enseignement ».

Pie XI, dans un beau passage de son Encyclique Rerum Ecclesiæ, que reprendra plus tard Pie XII, s'adresse en ces termes aux évêques et aux chefs des missions : « …N'hésitez donc pas. Dans un diocèse normalement constitué, on rencontre des religieux, prêtres ou laïques, de toutes sortes d'Instituts, des religieuses de nombreuses congrégations, qui y viennent en aide à l'Evêque. Faites de même dans l'intérêt de l'avance de la foi chrétienne. Cherchez-vous des aides pour l'éducation de la jeunesse indigène et les autres services de même genre. Recevez chez vous des religieux et des missionnaires d'une autre société que la vôtre, qu'ils soient prêtres ou qu'ils appartiennent à des Instituts de Frères12».

e) Autour de notre vocation d'enseignants:

L'encyclique Princeps pastorum de S. S. Jean XXIII, nous donne, à ce sujet, une série d'instructions qu'il serait bon de méditer, et de faire pleinement nôtres dans le but d'une concrète efficacité de notre enseignement. Nous les résumons brièvement:

— La profession de la foi chrétienne ne se conçoit pas sans un large et vif désir d'apostolat (p. 23).

— L'école aura atteint son but et sa mission dans la mesure où elle aura, par ses maîtres, réussi à former d'authentiques chrétiens (p. 29).

Nos organisations d'apostolat doivent inculquer le devoir d'apostolat aux jeunes, dès l'enfance et l'adolescence (p. 27).

— Il faut donner une formation doctrinale traditionnelle, complète et solide; une initiation et ouverture d'âme aux valeurs légitimes de la culture du pays… (p. 17).

— Enfin, en parlant du prêtre autochtone, le Pape cite une phrase de l'encyclique Maximum illud qui veut dire toute l'importance du recrutement local: «Le prêtre (le Frère) autochtone que tout: naissance, mentalité, sensibilité, préoccupations, rattache à ceux de son pays, peut énormément pour les amener à la foi; mieux que quiconque il saura trouver les moyens de les convaincre » (p. 14).

 

B) L'exemple de notre Bx. Père Fondateur.

Nous connaissons tous l'ardeur conquérante et le zèle ardent de notre Bx. Fondateur pour faire connaître et aimer Jésus-Christ. C'est pourquoi il voyait grand. Son désir de partir pour les missions lointaines n'était pas la conséquence d'un moment d'enthousiasme ou d'une ferveur passagère. Ce désir était intense, sincère, profond. Il était comme le résumé de toute son activité apostolique, l'aspiration la plus sainte de son âme de prêtre; c'était la logique de sa vocation. Il a toujours vu grand dans sa vie, mais surtout dans ce domaine. C'est qu'il était pleinement « catholique», c'est-à-dire «saint», c'est-à-dire encore, «âme missionnaire». Tout cela, c'est tout un. Pie XII le dira: «L'esprit catholique et l'esprit missionnaire, c'est une seule et même chose ».

Dans une phrase célèbre, notre Bx. Père nous a légué le fond de son cœur: «Tous les diocèses du inonde rentrent dans nos vues!». Que de perspectives et de belles applications dans cette courte sentence de notre Bx. Fondateur! …

 

C) Esprit missionnaire et vocation mariste.

Il s'agit maintenant pour nous, d'entrer courageusement dans ce beau sillon, dans ce mouvement d'esprit missionnaire que notre Bx. Père nous a tracé par sa vie, ses paroles et ses exemples.

Par vocation, tout Mariste doit être missionnaire. C'est le désir de notre Père, l'exigence de notre vocation. Que nous sommes heureux d'être Missionnaires, oui, mais chacun dans son cadre et selon les désirs des Supérieurs. « Gardez-vous de croire, nous dit notre Bx. Fondateur, que cette tâche n'est que pour ceux qui ont le bonheur d'être choisis pour aller dans ces pays lointains: c'est l'œuvre de tous les membres de l'Institut. S'il ne nous est pas donné d'y consacrer nos travaux et nos forces, nous n'en sommes que plus obligés d'y contribuer par nos prières et nos bons exemples. Que chacun de nous se regarde donc comme chargé de la conversion de ces peuples et qu'il la demande sans cesse à Dieu dans ses prières. Si nous sommes de bons religieux, si nous nous tenons bien unis à Notre-Seigneur, si nous lui disons souvent, avec une grande ferveur et une grande confiance: « Que votre Nom soit sanctifié! » il nous accordera le salut d'un grand nombre d'infidèles. Peut-être verrons-nous au jour du jugement plusieurs Frères des plus pieux, avoir contribué davantage à la conversion de ces peuples et avoir gagné plus d'âmes à Dieu que ceux qui auront été spécialement choisis pour cette mission » (Vie, p. 243).

 

Conclusion.

En guise de conclusion donnons ce beau texte que Pie XII adresse à tous les missionnaires. Nous le dédions tout spécialement à nos missionnaires maristes dont nous connaissons tous le dévouement et l'enthousiasme, mais aussi les peines et les sacrifices de chaque jour:

«A vous tous, missionnaires, apôtres de Jésus-Christ, en quelque poste lointain et ignoré que vous soyez, Nous redisons Notre gratitude et Notre espérance. Persévérez avec confiance dans l'œuvre entreprise, fiers de servir l'Eglise, attentifs à sa voix, pénétrés toujours davantage de son esprit, unis par les liens d'une charité fraternelle. Quelle source de réconfort pour vous, chers Fils, et quelle assurance de victoire, dans la pensée que l'obscur et pacifique combat que vous menez au service de l'Eglise n'est pas seulement le vôtre, ni même celui de votre génération ou de votre peuple; il est, en vérité, le combat permanent de l'Eglise entière, auquel tous ses fils auront à cœur de participer plus activement, redevables qu'ils sont à Dieu et à leurs frères du don de la foi reçu au baptême ».

                                                       F. Isidoro Fernandez

_________________

1 Fidei Donum, p. 295.

2 Fidei Donum, p. 302.

3 3 Cr. Encyclique «Princeps Pastorum », p. 12 et Enc. «Rerum Ecclesiae », p. 86. N.B. – Les références pour l'Enc. «Princeps Pastorum» sont celles de l'Edition B.P.

4 Fidei Donum, p. 214.

5 Rerum Ecclesiae, p. 86.

6 Maximum illud, p. 36.

7 Maximum illud, p. 42.

8 Evangelii praecones, p. 222.

9 Fidei Donum, p. 307.

10 Rerum Ecclesiae, p. 80.

11 Cf., «Le Siège Apostolique…», p. 80; p. 41; p. 181.

12 Rerum Ecclesiae, p. 94.

 

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