Ecole St. Vincent de Rheins

29/Oct/2010

Le Bulletin a déjà entretenu ses lecteurs de cette sympathique école paroissiale (V. Bull. Vol. 22. p. 515), dont les origines remontent au temps du Vénéré F. François.

C'est une de ces écoles de campagne, bien dans le style de celles du commencement de l'Institut. Deux ou trois Frères s'y consacrent à longueur de journée, à l'instruction et à l'éducation chrétiennes des enfants d'une paroisse et, par leur action silencieuse autant qu'efficace, contribuent à maintenir, à travers les générations qui se succèdent, l'esprit chrétien et les solides traditions.

Saint-Vincent-de-Reins est un riant petit village du département du Rhône, situé dans une région toute en collines couvertes de bois sombres et de vertes prairies. Sa population intelligente et industrieuse se livre au travail des champs et au tissage du coton. Mais, chose bien plus précieuse, elle a conservé rattachement à sa foi et à la pratique religieuse. Deux écoles libres, l'une de garçons, tenue par nos Frères, l'autre de filles, dirigée par les Sœurs de Saint Joseph, s'y dévouent à l'éducation des enfants. Les vocations religieuses et ecclésiastiques qui y naissent nombreuses montrent le bon esprit qui y règne. On peut v dénombrer aujourd'hui trois prêtres, sept Frères Maristes, sept religieuses el quatre aspirants à la vie sacerdotale ou religieuse.

  

Historique de l'école des Frères.

L'établissement de nos Frères à Saint-Vincent remonte à l'année 1848. Les autorités locales obtinrent, non sans peine, de nos Supérieurs, trois Frères pour leur école, grâce à l'intervention du CF. Louis-Marie, alors assistant Général et natif d'un village voisin. La commune n'était pas riche et les Frères durent se contenter d'un traitement minime: 400 francs par mois par Frère. Mais après quelques années, les Frères purent adjoindre à leur école un petit pensionnat, ou plus exactement une « besacerie », les pensionnaires apportant dans une besace, pommes de terre, lard et pain qui formaient la base de l'alimentation à l'époque.

Cela dura jusqu'à 1890. La formation assurée par les Frère- donnait pleine satisfaction aux autorités et aux familles. Cependant lorsque les lois de laïcisation furent volées en France entre 1880 et 1890, cette école fut la première du département à en subir les effets: Les Frères durent éloigner, au grand regret de la population. Ils devaient rester absents jusqu'en 1912. A cette époque, le curé de Saint-Vincent-de-Reins, M. l'abbé Royer, prêtre zélé et actif, pensa à la fondation d'une école libre et au retour des Frères Maristes. Son projet conquit d'emblée ses paroissiens qui j collaborèrent avec enthousiasme. Non sans peine, monsieur le Curé obtint le retour des Frères de Saint-Genis-Laval qui, en octobre de cette année, reprirent la direction de la nouvelle école libre ou accoururent à peu près tous les écoliers de la localité. Puis la guerre de 1914 vint tout compromettre: Tous les Frères moins un durent répondre à l'appel militaire cl abandonner l'enseignement. Un seul Frère resta à la tête de l'école. La guerre finie, ce Frère, seul et âgé, donna sa démission et se retira. Par qui li remplacer? Le Frère Provincial de Saint-Genis, à court de personnel, ne semblait pas disposé à reprendre l'école de Saint-Vincent. C'est alors que M. l'abbé Trambouze, natif de ce village, directeur de la coopérative Rhône-et-Loire et qui, à ce titre, avait rendu de grands services aux Frères Maristes, intervint d'une façon fort originale: «Vous nous donnez, dit-il au F. Provincial, deux Frères pour Saint-Vincent-de-Reins qui s'engage à vous procurer huit à dix bonnes vocations maristes. Bénéfice certain pour vous: six à huit religieux, ce qui représente du 400 à 500 pour cent. C'est une occasion ! » L'affaire fut conclue et se réalisa suivant les prévisions du bon prêtre. Les Frères reprirent leur labeur, mais les difficultés ne manquèrent pas. On raconte que le F. Valla, nommé Directeur de l'école en 1926, trouva à son arrivée la caisse vide, des dettes et un traitement de famine. Ce Frère était la joie incarnée, malgré ses 71 ans. Il se dit: "On affirme que le crime paye. Si j'essayais pour voir si la vertu ne paierait pas aussi». Il adressa à l'Académie de Lyon une demande appuyée de plusieurs certificats élogieux pour le Prix de Vertu Lombard-de-Buffières. On lui adjugea un beau diplôme de «Vertu » que personne ne vit Jamais, et 600 francs qu'il prénomma: « Dieudonnés ».

 

Fêtes du cinquantenaire.

Le 23 septembre dernier, tout Saint-Vincent était en liesse pour fêter à la fois le cinquantième anniversaire de son école libre de garçons et le quarantième de celle des filles. Journée inoubliable pour les nombreux participants, anciens et anciennes élèves, auxquels s'étaient jointes les autorités diocésaines, religieuses et municipales.

Après une messe fervente, célébrée par M. le Curé, entouré des anciens pasteurs de la paroisse, ce fut une réunion générale à la salle paroissiale où, dans une ambiance des plus sympathiques, de nombreux discours célébrèrent à l'envi ce double anniversaire.

 

Un ancien élève de Saint-Vincent-de-Reins sera-t-il placé sur les autels?

Parmi les Frères Maristes martyrisés en Chine en 1900 lors de la révolte des Boxers, et dont la Cause est en cours de Rome, figure le F. Jules-André qui, avant de devenir Frère, avait fréquenté l'école de Saint-Vincent. Nos livres relatent les circonstances de sa mort héroïque. Il ne sera peut-être pas vain cependant d'en rappeler le souvenir et de donner le récit d'un témoin oculaire, le F. Marie-Nizier, ancien Provincial de Chine, actuellement en France. Voici ce qu'il raconte:

«Le 12 août 1900, soixantième jour de siège au Pétang. (3.200 personnes protégées par une poignée de marins français et italiens sont encerclées par une foule de Boxers). La nuit a été relativement calme. A la messe de 5 h 30, nous communions, puis nous entendons une seconde messe d'action de grâces. Soudain, au moment de l'élévation, une formidable explosion ébranle le sol: tout s'écroule autour de nous, mais la chapelle résiste. Tous les assistants se précipitent dehors. La mine qui a explosé a creusé un profond cratère. Plus de 80 personnes sont ensevelies sous les décombres. On se précipite vers les victimes. Une catéchumène, à demi ensevelie, appelle au secours. Un Frère se presse pour la dégager. A peine est-il au travail que F. Jules-André l'appelle et lui demande de se porter au secours du commandant italien, probablement enseveli sous les décombres de sa chambre. Après un quart d'heure de recherches, le commandant est effectivement retrouvé, sain et sauf, miraculeusement protégé par les montants de son lit qui avaient retenu les poutrelles du plafond effondré. Sa tâche accomplie, le Frère recherche alors Frère Jules-André. Mais où le trouver? Personne ne l'a vu… Peut-être, pense le Frère, est-il auprès de la personne qui avait appelé au secours: il m'avait vu exposé aux balles ennemies… li va donc voir et trouve en effet F. Jules-André déblayant les matériaux pour dégager la pauvre femme. Je m'approche. A ma voix, il se relève. Mais comme j'étais en vue, l'ennemi me tira dessus. Et à ce moment Frère Jules-André reçut la halle qui m'était destinée. Il tomba dans mes bras en faisant un acte d'amour de Dieu que sa voix n'eut pas la force de termine! mais que ses lèvres achevèrent. II mourait en accomplissant un double acte de charité: d'abord en remplaçant un confrère en situation périlleuse, ensuite en s'exposant lui-même pour sauver une malheureuse victime des Boxers.

Sa cause de béatification, associée à celle des Pères Lazaristes, longtemps demeurée en suspens à Rome, vient de faire un grand pas en avant et on peut espérer voir bientôt F. Jules-André Brun et ses compagnons déclarés Bienheureux au titre de martyrs. Puissent les prières de nos lecteurs, associées à celles des Frères, hâter ce jour ».

Terminons cet article par un souhait sincère: Puisse l'école de Saint-Vincent-de-Reins continuer pendant de longues années encore son œuvre éducatrice en faveur de la jeunesse du pays et y voir éclore toujours de nombreuses vocations ecclésiastiques et religieuses.

(D'après divers extraits de « Jeunesse et Missions » et de l'« Essor »)

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