En lhonneur de Marie

02/Oct/2010

Le Congrès Marial de Québec, qui s'est tenu récemment, s'est terminé par une belle et pieuse cérémonie en l'honneur de la Ste Vierge. On avait imaginé de porter en une imposante procession la plupart des Madones vénérées au Canada. On en avait réuni 27. *

La plus anciennement connue à Québec même est une vieille image de N.-D. de Rocamadour. Son histoire est touchante. Elle fera sûrement plaisir aux lecteurs du Bulletin et elle peut enrichir la collection des traits de protection de la Ste Vierge envers ses serviteurs, dont Marie enseignée à la jeunesse a réuni déjà tant d'exemples et que les Frères se plaisent à raconter aux enfants.

Chacun sait que Jacques Cartier, capitaine malouin, au service de François Iier, roi de France, fut un peu le Christophe Colomb de l'Amérique du Nord et en particulier du Canada, où il fit plusieurs voyages de découvertes. Ce qu'on connaît moins, c'est sa grande piété envers Marie. En voici une preuve entre plusieurs, que la plupart des Manuels d'histoire ont soigneusement oublié de nous transmettre. En quittant St Malo; après une belle cérémonie religieuse, Jacques Cartier ne manqua pas d'aller se mettre, avec tout son équipage sous la protection de N.-D. de Rocamadour. Il y avait, en effet, un sanctuaire sous ce vocable Camaret-sur-Mer, près de Brest, rappelant celui trop lointain de Rocamadour, au sud de la. France. Ce fut sa dernière escale en quittant la terre d'Europe.

Il emporta avec lui l'image, précieusement conservée, jusqu'à nos jours et dont il est question ci-dessus.

Ce n'allait pas être sans besoin. En effet, ce second voyage débuta mal. Malgré toute son activité la petite expédition n'avait pu se mettre en route que le printemps déjà presque écoulé. De plus, des vents contraires avaient retardé sa marche et fatigué les navires qui faillirent se perdre. Aussi, quand Jacques Cartier eut remonté le St Laurent, bien avant dans les terres, et qu'il fut arrivé près de l'endroit où s'est élevée depuis la ville de-Québec, il dut constater que la saison trop avancée l'ui interdisait le retour, pour cette année-là.

Des voiliers, surtout ceux dont il disposait et dont le plus petit n'avait que quarante tonneaux ne pouvaient affronter les tempêtes de la mauvaise saison.

Il prit donc ses dispositions pour hiverner. Le confluent on la petite rivière Lairet se jette dans la rivière St Charles, tout juste eu face du promontoire où s'est bâtie Québec, lui parut un endroit favorable.

Les trois petits navires, la Grande Hermine, la Petite Hermine et l'Emerillon, jetèrent l'ancre près de la rive à laquelle une glace épaisse allait les unir tout l'hiver et les 110 hommes d'équipage se mirent à l'œuvre avec courage et entrain.

Il fallait établir un camp retranché, en prévision d'une attaque possible des Sauvages. Heureusement, le bois abondait. Par contre, l'hiver fut précoce, dura longtemps et fut extrêmement rigoureux.

Bientôt le scorbut, maladie épidémique, qui décima la plupart des expéditions maritimes de ce temps-là, et qu'on ne savait pas traiter alors, se déclara parmi les marins. La mort, en quelques semaines, emporta 25 hommes, et il n'en restait pas dix qui ne fussent plus ou moins atteints. Le découragement, à la perspective d'une mort générale, désolait les valides. Cartier, craignait surtout que les sauvages Indiens, qui avaient parfois quelques relations avec les équipages, en trafiquant du produit de leurs chasses, ne finissent par se douter du petit nombre des hommes en état de se défendre. Aussi avait-il constamment quelques marins occupés sur les navires à frapper sur des planches des coups retentissants, afin de simuler des chantiers pleins d'activité.

Toutefois, il se tournait surtout vers le ciel et, avec ses fidèles Bretons, il priait Dieu de les tirer du péril où ils se trouvaient.

Comme le danger allait croissant, il se résolut à faire un acte de religion plus solennel.

Evidemment, dans ce pays presque désert et surtout païen, il n'y avait à proximité aucun sanctuaire à la Sainte Vierge, pour y entreprendre un pèlerinage, suivant la coutume des chrétiens en péril de mer.

Il en créa un, et voici comment.

Par son ordre on tira du bord la belle image de la Ste Vierge qu'il avait apportée et on l'alla suspendre au tronc d'un gros bouleau sur le rivage, "à une portée d'un trait d'arc de notre fort’"écrit le chroniqueur de l'expédition.

Puis, le capitaine ordonna que le lendemain, dimanche, "tous ceux qui pourraient cheminer, tant sains que malades'', iraient en procession à cette image.

Effectivement, au matin, Jacques Cartier, à la tête de ses hommes, se dirigea, chantant des psaumes, les litanies de la Sainte Vierge, et l'Ave Maris Stella, vers le sanctuaire improvisé. Les malades se levèrent malgré le froid et se traînèrent emmitouflés de fourrures, vers l'image de Marie. Et là, tous supplièrent avec ferveur la Mère de Dieu "qu'il lui plût prier son cher Enfant’"d'avoir pitié d'eux. Pour terminer, le capitaine fit le vœu public d'aller, avec tous ses hommes en pèlerinage à N.-D. de Rocamadour, en France, s'ils revoyaient leur pays.

Et voici comment la clémente Mère des chrétiens leur envoya le secours.

Un des sauvages, qui se rendait fréquemment au camp des Français pour affaires, et qui avait même appris quelque peu à parler leur langue, dans un séjour de quelques semaines sur un des navires, se trouva là pendant que le pèlerinage avait lieu.

Intrigué par ce cérémonial inconnu et par les chants de cette procession dans les neiges, il s'en fit expliquer la signification.

Touché de compassion pour l'état pitoyable où il voyait réduit l'équipage et le cortège lamentable des moribonds, ou peut-être alléché par l'espoir d'une récompense, il fit comprendre par paroles et par signes qu'il connaissait une espèce d'arbre, dont l'écorce, bouillie avec de l'eau, donnerait une infusion qui guérirait infailliblement les malades.

La plupart restèrent sceptiques; pourtant comme il revint le soir avec des morceaux d'écorce de l'arbre en question qu'il avait heureusement découvert dans la forêt, à quelque distance, deux matelots résolurent de tenter le remède. Leurs camarades, redoutant quelque ruse, et peut-être un empoisonnement, attendirent de voir de leurs yeux les effets du traitement. Ils furent rapides et salutaires. En peu de jours, le mieux fut sensible. Aussitôt les marins valides partirent eux-mêmes, avec le sauvage comme guide, arrivèrent à l'endroit où il avait cueilli les écorces. Dans leur enthousiasme ils coupèrent l'arbre sauveur (dont le nom sauvage d'améda a été consigné par la chronique) et l'apportèrent tout entier, les branches en fagots et le tronc lui-même, sur leurs épaules jusqu'au navire. Inutile de dire si l'on en tira des infusions, et si l'on en but. En quelques jours l'épidémie perdit du terrain, et, en moins d'un mois, tous les malades furent guéris ou bien près de l'être. L'entrain et la joie avaient reparu, on remerciait Marie publiquement.

Les glaces du St Laurent étant fondues, Jacques Cartier quitta son mouillage le 2 mai et revint en France avec ses deux plus gros navires seulement, faute d'équipages pour le troisième. Il arriva à St Malo le 16 juillet 1536.

Après avoir accompli son Vœu, il se rendit auprès du roi et c'est alors que fut décidée l'expédition suivante dirigée par François de la Roque, Seigneur de Roberval, nommé vice-roi des terres à coloniser et qui devait être l'origine, en un sens, de l'implantation du catholicisme en Amérique du Nord.

Une modeste église marque, près de Québec, l'endroit où eut lieu le premier pèlerinage à la Ste Vierge dans ce Canada encore sauvage et presque désert, qui devait, dans la suite, devenir une terre si chrétienne et si dévote à Marie. Elle a pour titulaire, avec Saint François d'Assise, Notre Dame de Rocamadour, en souvenir de la dévotion de. Jacques Cartier et de ses compagnons, sauvés par elle d'une mort certaine.

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