En Rhodésie

16/Oct/2010

(Le Bulletin de l'Institut est heureux d'offrir à ses lecteurs les notes jointes à une lettre du Cher Frère Louis-Patrice, directeur des Frères de Kutama, en date du 2 juillet 1940.)

Au début de 1938, les Frères de la Province du Canada, à la demande de Son Excellence Monseigneur I. A. Chichester, Vicaire Apostolique de Salisbury en Rhodésie, acceptaient de prendre, dans ce vicariat, la direction de « Kutama Teacher Training School », en des circonstances qui manifestent l'intervention de la Divine Providence.

Le premier contingent missionnaire comprenait les Chers Frères Louis-Patrice, Antoine-Célestin, Michel-Ernest., Ernest-Victor et Victor-Dominique. Après un an passé à l'Institute of Education de Londres, dans le but de se familiariser avec les usages et les méthodes des missions africaines, ces. Frères ouvraient les classes à Kutama, le 23 janvier 1939, avec trois cent quarante pensionnaires et cinquante externes, ce qui représentait le double des effectifs de l'année précédente.

Le but de l'école est de former des maîtres catholiques pour les différentes missions du Vicariat de Salisbury et des Vicariats voisins, en particulier celui de Bulawayo. L'enseignement se donne en anglais dans les classes supérieures et en « shona », dialecte du pays, dans les classes inférieures.. Huit maîtres indigènes font partie du personnel enseignant de l'école. Le cours comprend trois degrés : Teacher Training, Central Primary et Primary ; ce dernier degré alimente deux écoles annexes servant à l'enseignement pratique des élèves-maîtres.

Le programme s'étend sur dix années d'études : huit destinées à l'anglais et aux matières académiques et industrielles et deux autres années pendant lesquelles on ajoute à la culture générale les matières professionnelles préparant au Diplôme Élémentaire d'Enseignement du Gouvernement.

L'agriculture, l'arboriculture, l'élevage, la construction font partie intégrante de l'enseignement des futurs maîtres. Un bon nombre de métiers ou arts indigènes figurent aussi au programme. La classe commence à 8 heures et finit à 13 heures. De 14 heures à 17 heures ont lieu les travaux manuels ; c'est à ce moment que se donnent la théorie et la pratique de l'agriculture et des autres matières industrielles.

Le grand nombre d'élèves présents à l'ouverture des classes en 1939 exigeait un personnel enseignant plus nombreux. Le Cher Frère Clément, Assistant Général, et le Cher Frère Osmond, Provincial de l'Afrique du Sud, ayant prévu ce besoin ont assuré l'aide du Cher Frère Walstan. Ce dernier, retardant son retour en Australie, a mis à notre disposition son expérience et son dévouement pour l'enseignement de l'anglais et l'entraînement de notre corps de cadets. Les Frères de Kutama adressent les plus vifs remerciements à ceux qui leur ont procuré ce secours opportun.

Entre temps, la Mission demandait des renforts au Canada.

Le Cher Frère Provincial prit la chose en considération et le 20 septembre, nous avions la joie d'accueillir les Chers Frères Paul-Benoît et Emile-Léon. Tandis que le Cher Frère Walstan nous quittait aux vacances de 1939, nous avions l'agréable surprise de voir le Frère Louis-Éphrem venir rejoindre ses confrères canadiens après un séjour de quatorze ans en Nouvelle-Calédonie et en Australie.

Au début de 1940, Kutama inscrivait trois cent soixante pensionnaires et soixante-huit externes ; ces élèves venaient de tous les points de la Rhodésie. L'expérience acquise, les succès remportés aux examens de fin d'année scolaire, et l'augmentation du personnel enseignant inspiraient une plus grande confiance pour commencer une nouvelle année.

Jusqu'à présent, les autorités du Département d'Éducation qui soutiennent l'école se montrent bienveillantes pour les Frères. Monseigneur le Vicaire Apostolique est satisfait des progrès de l'école et du travail accompli par les Frères. Son Excellence nous demande pour son Séminaire indigène, pour ouvrir une école d'enseignement secondaire et pour la formation à la vie religieuse de sujets indigènes. Nos Supérieurs jugeront de la possibilité d'accepter ces œuvres.

Kutama est sous un climat semi-tropical, à cause de son altitude d'environ quinze cents mètres. L'année se divise en deux saisons : celle des pluies et celle des sécheresses. Cette dernière comprend les mois d'hiver rhodésien que l'on peut comparer à l'automne du Canada : il ne pleut pas pendant cinq ou six mois et les nuits sont froides jusqu'à la gelée blanche. Durant l'année entière, le soleil est chaud. Dans l'ensemble, le climat est agréable et salubre.

La Rhodésie Sud compte environ un million et demi d'indigènes. En général, ils désirent s'instruire et acceptent volontiers le catholicisme. Le travail d'évangélisation n'est pas encore avancé dans le pays ; les ouvriers apostoliques sont trop peu nombreux. L'hérésie protestante, sous toutes ses formes, fait de grands efforts par l'école pour accaparer les pauvres noirs.

Les Révérends Pères Jésuites sont les pionniers des missions catholiques en Rhodésie. Ils possèdent, dans le Vicariat de Salisbury, un séminaire indigène, un noviciat pour les religieuses du pays et un commencement de maison de formation pour les Frères. Il y a une vingtaine de missions organisées auxquelles se rattachent des stations où se trouve une école. Plusieurs de ces stations auront leur missionnaire résident dès qu'il s'en trouvera de disponibles.

Ainsi, pour reprendre la parole évangélique, la moisson est immense et il faut prier le Divin Maître d'envoyer des ouvriers… Dieu veuille que le zèle apostolique suscite au Canada de généreux concours pour notre chère mission de Rhodésie !

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