FĂŞte de vingt jubilaires

F. H.

09/Sep/2010

Après les émotions de la première heure, en ce jour à jamais béni que devait être pour l'Hermitage le 21 septembre dernier, les heureux Frères de cette Maison devaient en éprouver d'autres non moins agréables en adressant leurs félicitations à un groupe nombreux de vétérans de la Province, qui célébraient leurs noces d'or ou de diamant.

La clôture de la retraite annuelle vient de se terminer avec l'impressionnante cérémonie de la "Rénovation des Vœux" prescrite par nos saintes Règles. A la vieille horloge du bien-aimé couvent, 9 heures sonnent. C'est le moment désigné pour une réunion intime et toute fraternelle; on est heureux de s'y rendre.

Sous l'influence de la grâce divine qui a pénétré l'âme tendre et sensible des privilégiés de ce jour solennel, la Communauté tout entière gravit le grand escalier de la sainte Maison et se rend à la salle où doit se dérouler un inoubliable tableau de mœurs patriarcales.

Dès l'entrée de ladite salle, les yeux sont émerveillés, éblouis par les bannières aux vives couleurs et les non moins fraîches guirlandes festonnées que des mains agiles et délicates ont multipliées h profusion. Bref! le décor est féérique, et si nous ne craignions point de blesser la modestie des décorateurs improvisés de cette superbe salle, nous leur dirions qu'ils ont opéré des prodiges d'organisation et de bon goût. Tels devaient être, en petit, les ordonnateurs des fêtes impériales, la veille des acclamations réservées aux vainqueurs et aux athlètes de l'antiquité! Quoi qu'il en soit de cette hypothèse, l'enceinte de cette salle qui rappelle avec les paroles toujours chaudes, toujours éloquentes et pathétiques du R. F., les prières ferventes d'une jeunesse forte et virile, sera donc digne des vétérans et des héros de ce jour à jamais mémorable. Mais! taisons-nous, les voici qui arrivent accompagnés du cher Frère Angélicus, Assistant Général de l'Institut. La liste en est longue, ils sont 20!

Salués d'enthousiasme, les vénérables Jubilaires sont munis, dès leur entrée dans la dite salle, d'un exemplaire de la Cantate qui leur est destinée. Graves et silencieux, ils s'avancent à pas lents vers le fauteuil qui leur a été préparé. Dans l'attitude d'une stèle assise sur des bases inébranlables, ces preux de la plus sainte des causes, en hémicycle autour du Lieutenant du R. F., notre sympathique Frère Assistant, forment une couronne à nulle autre pareille. Les vieilles barbes des ardents et courageux lutteurs s'harmonisent merveilleusement avec la chevelure blanche des robes noires, que nous affectionnons malgré leur allure modeste. Ne sont-elles pas, notre vêtement de prédilection ?…

Mais pourquoi nous laisser captiver par le saisissant tableau dont nous jouissons en ce moment? N'entendons-nous pas le Cher Frère Directeur, soucieux d'ouvrir la séance, s'écrier: Une! deux! trois!, et dire de tout cœur avec nous:

Salut, Vénéré Frère!

Notre bien tendre Père,

Puissent nos doux accords

Témoigner des transports, etc. … etc. …

Ce chant, exécuté avec âme et suavité, a été écouté avec la plus grande attention et la plus grande sympathie. Sensible à nos souhaits de bienvenue, le Ch. F. Assistant s'empresse de nous exprimer les regrets du R. F. de ne pouvoir être au milieu de nous, Il le fait avec tout son cœur de Père et d'Ami; mais par crainte de n'exprimer qu'imparfaitement les sentiments de notre Vénéré Supérieur Général, il nous donne lecture de la lettre suivante qui vient de lui arriver.

 

Mon bien Cher Frère Assistant,

Tout bien considéré, je pense que la volonté de Dieu est que je fasse le sacrifice du bonheur que j'aurais à. me trouver au milieu de nos bons Frères jubilaires le 21 courant.

Vous serez mon digne remplaçant auprès d'eux. Vous voudrez bien leur dire de ma part que je m'associe de tout coeur à la joie commune et aux sentiments de vive reconnaissance qui, ce jour-là, monteront de l'Hermitage vers le Seigneur et la Bonne Mère du Ciel.

Quelle insigne faveur que celle d'avoir persévéré pendant cinquante mis dans la sainte vocation qui nous est commune!

On ne saurait trop l'apprécier.

Nous unirons tous nos ferventes prières pour demander au bon Dieu par l'entremise de Marie, du Vénérable Fondateur, du vénéré Frère François et de tous nos Frères qui nous ont devancés au paradis de répandre ses meilleures bénédictions sur nos chers jubilaires.

Et moi-même, de tout cœur, je leur envoie ma bénédiction de Supérieur et d'ancien jubilaire.

Ad multos annos!

Fr. Stratonique.

 

Interprète fidèle de la pensée de notre T. R. S., le cher Délégué nous parle a la manière des Apôtres et des Evangélistes du débonnaire Sauveur. C'est dire qu'il le fait à la grande satisfaction de ses 70 à 80 auditeurs.

« Jour de doux Souvenir pour les Jubilaires » tel est le titre du ‘’Chœur à 3 voix" que nous leur dédions et que nous interprétons de notre mieux. Les deux solos finals méritent d'être mentionnés, tant pour les virtuoses qui les ont chantés et accompagnés, que pour les Jubilaires à qui ils s'adressent si justement.

Cinquante ans de travaux ont passé sur leur tête;

Ce lourd fardeau peut-être a ralenti leurs pas,

Mais leur cœur reste fort: l'épreuve, la tempête,

La terre ni l'enfer ne l'ébranleront pas.

 

Saluons les héros de la belle phalange!

Soixante ans parmi nous honorent le vieillard;

Près du Chef vénéré chacun de nous se range;

Soyons unis toujours près de son Étendard!

 

PRIÈRE:

O Jésus, Roi des Cœurs, Ami plein de tendresse,

Que votre doux regard les soutienne toujours!

Votre divine main a béni leur jeunesse;

Que votre main encore bénisse leurs vieux jours (ter)!

 

Après l'audition de ce chœur écouté avec la même attention sympathique que le précédent, le C. F. Marie-Vincent, chargé de complimenter les héros de ce jour, le fait avec un art et un talent que nous ne lui connaissions point encore. Pendant une heure et demie, il nous tient sous le charme de sa parole aussi féconde que variée. Tour à tour gai, spirituel, humoristique et sagace, il provoque de véritables éclats de rire et de nombreux applaudissements. Par des aperçus un peu ironiques parfois, mais toujours empreints de la plus grande charité, reconnaissons-le, voire même de cette verve gauloise qui déride les fronts soucieux et chagrins, il se plait â nous faire savourer à. loisir le parfum des vertus que tous déjà nous constations chez nos chers et bien aimés Confrères. Il est vrai de dire que la tache lui en est rendue facile par la valeur, le savoir et les aptitudes même de ces modèles de vertus religieuses, sociales et patriotiques.

Les noms seuls de Fr. Antonius, Fr. François-Marie, Fr. Gentien, Fr. Ludovic, etc. … etc. … ne sont-ils pas synonymes de piété solide? de zèle ardent et éclairé? de dévouement à toute épreuve ? Outre de saints religieux aussi modestes que méritants, n'avons-nous pas encore en face de nous, des professeurs émérites? des littérateurs de premier ordre? des musiciens consommés? J'ai nommé les FF. Callixte, Marie-Félix, Almaque, Jean-Félix, etc. … etc. …, dont le souvenir sera précieusement conservé par la survivance de leurs œuvres, de leurs travaux et de leurs écrits.

Bien que longue déjà de près de deux heures, cette admirable fête de famille vient encore s'agrémenter de nouvelles surprises. Du fond de la Calabre, les Orphelins de Polistena employés à l'imprimerie, inspirés par leurs Maîtres, ont eu la délicatesse d'adresser à chacun des heureux Jubilaires, une très belle gravure-image de leur composition, on l'on admire, avec une dédicace du meilleur goût, le véritable programme du religieux Mariste: "le Sacré-Cœur à honorer, la Très Sainte Vierge à invoquer, S’Joseph à imiter, le chapelet à réciter, le Fondateur à vénérer et la récompense à mériter’’.

Si belle et si précieuse que soit la magnifique image que nous venons de décrire, une faveur toute spéciale était encore réservée aux privilégiés de cette émouvante journée. Par une de ces attentions dont il a le secret, le Cher Frère Assistant avait eu la bonne pensée de solliciter du St Père la "Bénédiction Apostolique", faveur que le Souverain Pontife a étendue aux anciens Jubilaires présents à la cérémonie.

Comme souvenir de cette pieuse et solennelle réunion une médaille bénite par Sa Sainteté et offerte par le cher F. Candidus, a été remise à chacun des heureux Jubilaires en gage de charité fraternelle.

Pour en perpétuer la mémoire, nous donnons ci-après le texte de la Supplique adressée au Souverain Pontife glorieusement, régnant, le 14 septembre 1912.

Au dessous d'un Médaillon d'où se détache la noble figure de Pie X, on lit, imprimé en gros caractères:

 

Très Saint Père,

Le Frère Angélicus, Assistant Général des Petits Frères de Marie, humblement prosterné aux pieds de Votre Sainteté, sollicite très respectueusement la Bénédiction Apostolique, à l'occasion du cinquantenaire de vie religieuse des Frères de la Province de N. D. de l'Hermitage dont les noms suivent: Frère Antonins provincial, Frère Almaque, Frère Agéricus, Frère Angelus, Frère Callixte, Frère Epiphanie, Frère Euchariste, Frère Fergeux, Frère François-Marie, Frère Gordien, Frère Jean-Félix, Frère Lellis, Frère Ludovic, Frère Marie-Felix, Frère Marie-Saturnin, Frère Maurin, Frère Pontique, Frère Tiburce, Frère Sauveur.

Que cette Bénédiction s'étende aussi, Très Saint Père, sur tous les Frères de la même province qui ont déjà célébré ce même Cinquantenaire.

« Juxta preces peramanter in Domino1 ».

Le 14 Septembre 1912.

Pius PP. X.

 

La lecture émue de celle paternelle supplique et la Bénédiction accordée de si bonne grâce, par l'auguste signataire firent couler des larmes de joie des yeux de plusieurs. Il était 11 heures et un quart et tout n'était pas fini. Un succulent dîner nous attendait au réfectoire, et l'on y fit honneur. Il fut plein de gaieté et d'entrain. Divers toasts furent portés par le cher frère Assistant et par le cher frère Provincial, au cours de ce repas d'adieu. Ils furent chaleureusement applaudis par l'assemblée tout entière.

Et maintenant qu'arrive le moment de la séparation, les vénérables Confrères, désormais dispersés aux quatre vents du Ciel, se promettent un souvenir réciproque dans leurs ferventes prières et se donnent "Rendez-vous„ auprès de leur Bonne Mère, la glorieuse Vierge Marie, qu'ils espèrent voir et bénir éternellement dans le Séjour des Bienheureux! Qu'il en soit ainsi pour tous les enfants du Vénérable Père Champagnat, leur saint Fondateur!

                                                                                F. H.
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1 C'est-à-dire littéralement: Selon la supplique, avec un grand amour dans le Seigneur.

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