Frères jubilaires – Grugliasco

30/Sep/2010

Il serait vraiment difficile de se figurer une fête plus délicieusement sympathique que celle qui eut lieu à la Maison Mère, le 2 février dernier, jour de la Présentation de Notre Seigneur au Temple et de la Purification de la T, Sainte Vierge.

C'est qu'en plus de cette double solennité, déjà si touchante par elle-même, nous célébrions d'une part le 70ième anniversaire de l'entrée en religion de notre très cher doyen d'âge, le vénérable et vénéré Frère Amphiloque, ancien Provincial de Syrie, plus ancien Maître des Novices de Varennes, d'Arfeuilles et de Saint Paul-3-Châteaux; encore plus ancien Directeur de la Machine, de Montfrins et de La Verdière, ou son nom est resté inoubliable, et pourtant, malgré ses 87 ans commencés, toujours jeune de cœur, d'esprit et de bonne humeur et d'autre part, le 50ième anniversaire de la prise d'habit du C. Frère Orentius, depuis plus de 20 ans notre bon, dévoué, habile et toujours si accueillant Infirmier.

Tout s'unissait donc pour inviter, en même temps qu'a la piété, à la sainte joie, au bonheur de goûter le quam bonum et quam jucundum habitare fratres in unum chanté, par le Psalmiste, et… l'on s'y laissa aller à plein cœur.

Dès les prémices de la journée, au Salve Regina, à la Prière, à l'Oraison, à la Sainte Communion, tout en bénissant Notre Seigneur et sa Très Sainte Mère de l'insigne marque d'amour qu'ils nous ont donnée à pareil jour l'un et l'autre en acceptant d'avance pour notre salut les contradictions, les amertumes et les souffrances qui leur furent .prédites par le saint Vieillard Siméon, chacun se fît un pieux et agréable devoir de leur demander leurs plus précieuses faveurs pour les chers Jubilaires, aux intentions desquels tout le monde était uni.

Peu de temps après la Grand-messe, qui revêtit le caractère solennel des plus grandes fêtes, avec Kyrie, Gloria, Sanctus et Agnus de la messe ‘’Marie Reine des Cœurs’’ de Van Durme, chantes à ravir par les Scolastiques et les Juvénistes, eut lieu la séance familiale de la présentation des vœux, qui devait être comme le clou de cette démonstration de sympathie fraternelle.

Elle débuta par un sonore morceau de fanfare, où nos Juvénistes, encore à leurs débuts, donnèrent une preuve de leurs rapides progrès; puis vint la lecture d'une cordiale adresse où furent rappelés — parfois avec une pointe d'humour — les principaux titres des sympathiques jubilaires à l'affection reconnaissante de tous les membres de l'lnstitut (particulièrement de ceux qui ont été en plus immédiat contact avec eux) et à la belle couronne que le Bon Dieu leur réserve au paradis, après qu'ils auront acquis, pendant d'autres longues années passées ici-bas, beaucoup plus de mérites encore.

Ce qu'avait dit en termes un peu généraux le porte-parole, le Révérend Frère Supérieur le reprit en détail, avec la délicatesse qu'il sait mettre à tout, précisant, complétant, commentant lorsque besoin était, et de cette façon, il trouva encore, à l'adresse des deux chers objets de la fête, bien des choses importantes et édifiantes à dire;

Car ce champ ne se peut tellement moissonner

Que les derniers venus n'y trouvent à glaner.

 

Et le Révérend Frère Supérieur, comme on sait, est un glaneur émérite…

C'était au tour des jubilaires à prendre la parole; et le Frère Amphiloque, en qualité de doyen, avait à parler pour deux; mais cette tâche, on le devine bien, n'était pas pour l'effrayer. Avant la fin de ses 28 ans, Victor Hugo pouvait déjà' se vanter d'avoir, pour les temps à venir,

                      … lorsque la nuit douteuse

Ferait parler, les soirs, sa vieillesse conteuse,

des choses si surprenantes et en si grand nombre que

plus d'un vieillard sans flamme et sans cheveux

pâtirait s'il voyait, comme un gouffre dans l'onde,

Son âme où sa pensée habitait comme monde.

 

Mais il va sans dire que ce n'est pas l'ancien Directeur de La Verdière, de La Machine, et surtout de Montfrin qui se reconnaîtrait dans ces vieillards. Sans compter qu'il n'est pas "sans cheveux'' et encore moins sans flamme, il a dans sa tête une telle quantité de souvenirs que, loin de "pâlir" devant ceux qui bouillent comme dans une fournaise dans le cerveau surchauffé de l'auteur des Feuilles d'Automne, il pourrait presque, au besoin, lui rendre des points.

Aux applaudissements de tout le monde, il monta donc sur l'estrade, remercia aimablement, pour lui et pour son méritant co-jubilaire, de la manifestation sympathique dont ils venaient d'être l'objet; tira de la circonstance qui l'avait motivée une raison de vives actions de grâces envers Dieu et notre céleste Mère, et mn devoir d'y correspondre par une fidélité plus constante et plus filiale. Puis, comme tout ce qu'il affirme s'appuie toujours sur des faits concrets, il tira de l'inépuisable arsenal de ses "histoires", quelques-unes des plus jolies et des plus probantes pour faire toucher du doigt combien grande à notre égard est la bonté de Dieu, du Sacré Cœur, de la T. Sainte Vierge, et combien, par conséquent, nous devons les aimer et avoir confiance en eux.

Sur ce thème favori, il aurait, quoiqu'il ne fût pas alors très bien portant, parlé longtemps sans fatigue et on l'aurait écouté plus longtemps encore avec plaisir; mais l'horloge impitoyable poursuivait silencieusement sa course rapide, de sorte qu'il fallut couper court pour aller dîner; non cependant sans avoir distribué à tous les assistants une belle image-souvenir.

Mais la fête se continua dans la soirée, au Chapelet, aux Vêpres, à l'Office, où chacun eut à cœur de s'unir d'intention aux Jubilaires, et ne se termina que le soir, avant le souper, par le Salut du Saint Sacrement, au cours duquel fut chanté un solennel Te Deum Laudamus.

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