Grugliasco – Nos fĂŞtes religieuses

U. T.

16/Sep/2010

L'organisation de la Maison Mère est un peu compliquée ; le personnel qu'elle renferme ne comprend guère moins d'une demi-douzaine de communautés distinctes : Régime, communauté proprement dite, grand-noviciat, scolasticat, juvénat, dont chacune, pour les occupations ordinaires de la journée, a son département particulier et sa vie plus ou moins autonome ; mais il est un endroit où elles se trouvent toutes réunies pour ne faire vraiment, au pied du tabernacle et de l'autel de Marie, qu'un seul cœur et une seule âme. C'est la chapelle, qu'on peut bien appeler, ici comme dans tous nos autres centres un peu nombreux, le vrai cœur de la maison.

Juste en tout temps, cette appellation le devient plus sensiblement encore aux jours des grandes solennités, où, les préoccupations habituelles se réduisant à un minimum laissent aux aspirations supérieures de l'âme la possibilité de s'élever plus facilement en haut, où tout concourt à les attirer. Comme on sent bien alors la vérité de cette parole du Sauveur : "Lorsque plusieurs personnes se trouvent réunies en quelque lieu pour prier en mon, nom je m'y trouve au milieu d'elles !" Et comme le sentiment de cette union commune avec le divin Maître rend sensible et douce l'union entre soi !

Aussi ne saurait-on rien trouver de plus délicieux, rien qui aille mieux au cœur et à l'âme, rien qui les élève, les dilate et les fortifie tour à tour à un plus haut degré que des fêtes religieuses comme celles où nous avons assisté, après les tristes et touchantes cérémonies de la Semaine Sainte, les saints jours de Pâques, de Saint-Joseph, de l'Ascension, de la Pentecôte, et de la Fête-Dieu.

La parure élégante de la chapelle, où l'ingénieuse industrie et le bon goût de nos sacristains ont souvent opéré des miracles pour suppléer à la pauvreté relative de leur assortiment ; les chants magnifiques, où, sur le fond majestueux et grave des voix de la communauté, les voix limpides des juvénistes déversent avec une mélodieuse profusion les notes fraîches, moelleuses, fleuries, qui débordent à flots pressés de leurs cœurs pieux comme d'une urne d'abondance ; les belles cérémonies liturgiques, où, avec une dignité pleine de modestie, de retenue et de révérence, toute une phalange d'enfants de chœur, en robe d'écarlate, en frais surplis de dentelle et en camail pourpre ou violet, évoluent harmoniquement dans l'enceinte du sanctuaire pour seconder, rehausser et honorer tour à tour le ministère auguste du célébrant : tout s'unit pour émouvoir saintement les âmes, pour les faire entrer dans les sentiments et les dispositions où la sainte Eglise désire les voir en ces jours et pour leur laisser des impressions salutaires.

Le soir, contrairement à ce qui a lieu pour les fêtes profanes, on se sent le cœur plus léger, l'esprit plus dispos, l'âme plus sereine, et l'on pense involontairement au psaume : Quam dilecta tabepnacula tua ! ou aux beaux vers du pieux cantique :

Sous les tentes des grands du monde

Courez peuple aveugle et pécheur :

Moi, j'ai choisi la paix profonde

Des tabernacles du Seigneur.

Je n'ai formé qu'un vœu : que mon Dieu l'accomplisse !

Puissé-je, au pied de ses autels,

Fidèle adorateur, passer à son service

Le reste de mes jours mortels !

Que sa demeure me soit chère !

Qu'elle plaise à mon cœur épris

Comme la maison d'un bon père

Au cœur sensible d'un bon fils !

*

*    *

Aux attraits habituels, la fête de saint Joseph, le 14 mai dernier, troisième dimanche après Pâques, en ajouta un tout spécial : l'inauguration, dans un coin retiré de l’enclos, d'une statue de Notre-Dame de Lourdes.

Le long du mur d'enceinte, du côté de l'est, s'étend, comme savent beaucoup de nos lecteurs, une ombreuse allée de charmilles limitée au fond par une maison dont les fenêtres, qui donnent vue sur cette partie du parc, constituaient une servitude désagréable.

Or, pour obvier à cet inconvénient, quelqu'un avait eu l'idée de planter, à quelque distance du mur, un rideau d'arbustes au feuillage permanent qui ne remplirent pas mal leur rôle, et depuis lors l'allée, avec sa double rangée d'arbres dont la ramure s'entrelaçait au-dessus pour former une voûte de feuillage, avait l'air d'une nef de cathédrale où il ne manquait que l'autel au fond.

— "Qu'un petit monument à la Vierge serait bien placé là !" dit un homme de goût. Et cette idée, comme toutes celles qui sont dans l'air, fit son chemin à la façon d'une étincelle tombée au bord d'une traînée de poudre. Dès le lendemain, architecte et maçon étaient déjà à l'ouvrage ; le Révérend Frère Supérieur, de passage à Turin, fit l'emplette d'une belle statue de Notre-Dame de Lourdes ; et bientôt, de tous ceux qui sentaient brûler derrière leur os frontal un brin quelconque de la flamme du génie, il n'y en eut pas un qui ne voulût apporter aux artistes officiels son obole de concours. Ne s'agissait-il pas de préparer la Bonne Mère un trône qui ne laissât rien à désirer ?…

Aussi le samedi, 13 mai, la dernière main était déjà mise, et le petit monument se présentait dans toute sa simple, niais gracieuse beauté. Vu de l'autre extrémité de l'allée, avec son encadrement de verdure, il semblait fait exprès pour reposer agréablement les yeux, et, à mesure qu'on s'approchait, on constatait avec plaisir que les détails ne produisaient pas une impression moins heureuse que l'ensemble. Le piédestal, d'apparence rustique, simule un rocher de granit, dans les anfractuosités duquel toute une flore champêtre semble avoir poussé naturellement pour lui composer une parure vivante ; et par-dessus, la statue, d'une blancheur éclatante sur laquelle tranchent seulement la ceinture d'un bleu de ciel, les grains d'argent du rosaire et quelques sobres dorures, dresse avec une grâce modeste sa taille svelte et pour ainsi dire aérienne. Tandis que ses pieds reposent si légèrement sur le sol qu'ils paraissent à peine le toucher, ses mains jointes et ses yeux levés au ciel semblent implorer les miséricordes de Dieu sur les hommes, à qui 'elle vient de dire maternellement : Pénitence ! Pénitence ! Vers la droite, des échappées à travers le feuillage laissent entrevoir le gazon et les grands arbres du parc, et à gauche, de l'autre côté du mur, le bruit d'une chute d'eau fait penser au Gave dont les flots viennent battre en grondant le pied des roches de Massabielle. Pas d'endroit plus propice pour venir s'agenouiller en passant aux pieds de la Madone et lui dire dévotement un Ave Maria.

Mais il fallait préalablement que la pieuse image eût reçu la bénédiction de la sainte Eglise, et le R. Père Hillereau, notre dévoué et sympathique Aumônier, détermina de la lui donner le lendemain, fête de Saint Joseph, à 6 heures du soir.

Ce fut l'objet d'une belle et touchante cérémonie. A l'heure dite, on se réunit à la chapelle, d'où, sur l'invitation du célébrant, on se rendit processionnellement, au chant des Litanies laurétanes, devant le monument. Là„ après l'exécution de quelques couplets d'un beau cantique à l'Immaculée, le Rd Père fit une courte mais substantielle allocution de circonstance ; puis il bénit la statue selon la forme ordinaire du Rituel et l'on revint à la chapelle, au chant vibrant de l'Ave Maria de Lourdes répercuté à l'envi par tous les échos d'alentour, afin d'assister au Salut solennel du Saint Sacrement, qui couronné' si heureusement toutes nos fêtes.

Nous aurons là désormais le centre d'un petit pèlerinage domestique ou, sans pompe et dans l'intimité, mais d'un cœur non moins filial, nous aimerons .à venir rendre à la Vierge lmmaculée les mêmes hommages qu'elle reçoit avec tant de solennité et d'éclat dans son célèbre sanctuaire pyrénéen. Vivats et remercîments à ceux qui en ont pris l'initiative !

                                                                                                          U. T.

RETOUR

Notre nouveau Cardinal Protecteur...

SUIVANT

FĂŞte Ă  Mar del Plata en lhonneur de D. Jaci...