Grugliasco – Sec. Noviciat

20/Sep/2010

Comme on a pu voir dans la Circulaire du R. Frère Supérieur datée du 19 mars dernier, le Second Noviciat, que les malheureux effets de la guerre avaient forcé de suspendre, a pu être repris; grâce à la démobilisation partielle, et, pendant près de trois mois, il a fait revivre sous nos yeux édifiés le réconfortant spectacle dont la privation nous avait été particulièrement sensible.

Il se composait d'une belle phalange de 29 Frères, presque tous récemment libérés du service militaire, et qui, après avoir rempli vaillamment leur rôle de circonstance, étaient accourus joyeusement, à l'invitation des Supérieurs, à ce paisible foyer de leur famille religieuse pour refaire leurs forces spirituelles et y fourbir leurs armes, selon l'expression de l'un d'eux, pour les combats d'un nouveau genre qui sont la tin spéciale de leur vocation.

En générosité, en recueillement, en ferveur — à en juger du moins par le côté extérieur qui seul nous était accessible —ils ne l'ont cédé en rien à leurs courageux devanciers; et, n'eussent été les fortes moustaches et la coiffure plus ou moins hétéroclite qui ornaient encore les régions subnasale et sincipitale du chef de quelques uns, rien n'eût pu faire soupçonner qu'on se trouvait en face de "poilus" de la veille, tant le militaire en eux s'était éclipsé pour faire place au vrai religieux.

Leurs exercices, auxquels ils s'étaient efforcés donner en intensité ce que les circonstances avaient obligé de leur retrancher en durée, prirent fin le jeudi, 29 mai, fête de l'Ascension par une belle cérémonie de clôture qui faisait penser aux plus doucement émotionnantes des années écoulées.

Comme d'ordinaire, elle eut lieu en présence de toutes les sections de la Communauté réunies dans la grande salle; et, après le chant d'ouverture, le Frère sous-directeur lut, au nom de tous ses confrères du Second Noviciat, une adresse bien. pensée et bien écrite où il exprimait au R. Frère Supérieur l'objectif de leurs efforts et les sentiments qui se pressaient dans leurs âmes:

Nous voudrions pouvoir la reproduire ici tout entière, comme elle le mériterait et comme le R. Frère, interprète de l'assemblée, en manifesta le désir ; malheureusement l'espace — ce maudit espace qui à nos meilleures intentions a déjà tant de fois opposé ses infrangibles entraves — ne nous le permet pas. Faisons-y du moins une bonne coupure qui, en édifiant nos. lecteurs, leur permettra de juger du reste.

« Pourquoi, mon Révérend Frère Supérieur, avons-nous mis tant d'empressement à accourir à, votre appel? Ah! c'est que nous avions grande hâte de revoir notre Père et nos Frères ; nous éprouvions le besoin d'épancher nos cœurs dans des cœurs sincèrement amis; nous sentions l'impérieuse nécessité de nous refaire une toilette et une mentalité maristes, car la boue et la poussière des camps avaient plus ou moins terni notre vêtement de chrétien et de religieux.

Cet asile de paix contraste singulièrement avec le tumulte des camps et le fracas des champs de bataille ; à cause de cela peut-être, et peut-être aussi, d'autre part, parce que les extrêmes s'appellent, dès le premier instant, nous fûmes, sans effort, tout entiers au silence, au recueillement, à la prière et 'au travail spirituel.

Ces trois mois de Grand Noviciat, mon Révérend Frère Supérieur, sont un trait d'union délicieux, un recueillement nécessaire entre deux guerres: la première, sanglante, a duré plus de quatre années ; la seconde, pacifique, doit se continuer le reste de notre existence; je veux dire la lutte contre le démon et l'ignorance, en nous et dans l'âme des enfants.

La bataille va donc continuer, mais sur un autre terrain, avec d'autres armes et contre d'autres ennemis. Nous avons étudié ici le terrain d'attaque, appris a connaître nos ennemis et fourbi nos armes.

D'aucuns ont pensé que trois mois étaient insuffisants pour nous assimiler un programme aussi vaste : qu'ils se tranquillisent; nous avons suppléé par l'intensité du travail au manque de temps. Prières, conférences, méditations, lectures, études se sont succédé presque sans trêve ni merci.

Nos devoirs envers Dieu nous ont été solennellement rappelés, ainsi que les grandes vérités dans la retraite préparatoire, prêchée avec tant de talent, et d'onction par le R. P. Scharpenel.

Guidés par le Cher Frère Directeur, notre maître en tactique religieuse, nous avons poussé nos investigations plus ou moins profondément dans tous les domaines de la spiritualité. Les vertus religieuses, les obligations des Règles et des vœux ont été étudiées en des entretiens journaliers qui nous ont remis en face de notre idéal de Petit Frère de Marie. Pour cela nous avons puisé largement dans notre trésor de famille : Directoire Général, Avis, leçons, sentences, Vie du Vénérable Fondateur et de ses premiers disciples, Circulaires si belles, si instructives, si pleines de haute stratégie ; à la lueur de ces flambeaux, nous avons découvert les points faibles de notre place d'armes et dressé notre nouveau plan d'attaque et de défense pour l'avenir, La compagnie du Vénérable Père Champagnat, celle du Frère François, du R. Frère Louis-Marie ont excité en nous d'ardents désirs de les imiter et d'être comme eux de saints religieux, de vrais chevaliers du Christ.

Egalement sous l'inspiration de notre cher Frère Directeur nous avons cherché à nous pénétrer plus profondément de l'importance de quelques points que, dans son expérience, il nous signalait comme capitaux dans la vie religieuse. Tels sont ceux

1° – D'être des hommes de prière, d'abnégation, de règle, de zèle, et de dévouement.

2° – De persévérer dans le saint exercice de la présence de Dieu, dont le souvenir doit animer tous les. actes de notre journée.

3° – D'aller toujours â Jésus par Marie, de donner tout à Marie pour Jésus; de placer sous la protection spéciale de cette divine Mère, nos personnes, les enfants qui nous sont confiés, et de mettre entre ses mains, pour qu'elle en dispose selon son bon plaisir, toutes nos bonnes œuvres présentes et futures avec tous les mérites qui y sont attachés.

4° – D'être fidèles à la pratique de l'examen particulier qui joue dans la stratégie spirituelle un rôle analogue à celui d'observation aérienne dans la stratégie militaire en nous permettant de surprendre les ruses de satan…

Dans quelques heures, nous allons quitter à regret cet asile de poix où nous avons goûté tout ce qu'il a de fortifiant et de doux dans la charité fraternelle pour aller combattre sur un autre front ; mais nous en partirons, grâce à Dieu, avec la plus grande confiance armés de pied en cap, sous l'égide de Notre Dame de Bon Conseil et la protection de notre Vénérable Père, que nous avons le ferme espoir de voir bientôt élevé au rang des Bienheureux ».

Le rapporteur termine en remerciant tour à tour, pour lui et pour tous ceux dont il est l'interprète, le Révérend Frère Supérieur; les membres du Régime ; le Frère Marie Odulphe, leur cher et dévoué Directeur; le Frère Amphiloque, leur sympathique et éloquent conférencier ; le Frère Directeur de la Maison… et tous ceux enfin qui, par leurs services, leurs exemples et leur prières, les ont aidés dans la tâche de sanctification qu'ils étaient venus entreprendre. Le Frère à son tour, remercie et félicite les partants, leur donne ses derniers conseils; et après un chant à la Bienheureuse Jeanne d'Are — cela convenait à des guerriers d'hier — on récite le Sub Tuum pour réunir tous les cœurs sous la protection de la Bonne Mère.

Dimanche prochain, fête de la Pentecôte, on chantera le Veni Creator pour inaugurer une nouvelle période. Puisse-t-elle être —comme tout le fait espérer — aussi édifiante et aussi visiblement bénie de Dieu que celle qui vient de finir!

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