Gymnase Notre-Dame du Rosaire á Porto Alegre

21/Sep/2010

De tous les établissements que la province du Brésil Méridional a dirigés ou dirige encore depuis sa fondation en 1900, aucun n'est arrivé à une prospérité aussi grande, après avoir passé par d’aussi humbles débuts. Plusieurs, en effet, ouverts sous de hauts et puissants patronages humains, soutenus par des commissions scolaires dévouées, établis dans des locaux de meilleure apparence, ont dû fermer leurs portes ou ne font guère que végéter, alors que la petite école paroissiale placée sous l'égide bienfaisante de N.-D. du Rosaire occupe aujourd'hui la première place parmi les établissements scolaires de la capitale du Rio Grande do Sul et parmi tous ceux de notre province du Brésil Sud : tant il est vrai, selon la remarque du Vénérable Fondateur, que, dans le succès et le développement des œuvres chrétiennes, les moyens humains importent bien moins que la bénédiction céleste, et qu'on travaille toujours plus ou moins en vain, sous quelques heureux auspices que semblent d'abord se présenter les choses, si l'on n'a pas Dieu et ses saints pour collaborateurs.

L'Ecole Notre Dame du Rosaire fut fondée en 1904 dans la paroisse du même nom, à la demande du P. Hippolyte Costabile, qui en était le Pasteur, en faveur des enfants pauvres de ce quartier ouvrier. Elle s'ouvrit dans les sacristies ou dépendances de l'église, sans résidence pour les Frères, qui demeuraient avec ceux de la communauté d'Anchieta.

A cette époque, les Frères étaient encore peu connus dans la contrée ; mais, obligés, pour se rendre à leurs classes, de traverser une partie très fréquentée de la ville, ils attirèrent l'attention des habitants ; on s’enquit de ce qu’ils étaient, de ce qu'ils faisaient, et ce fut leur première et meilleure réclame, tant pour l'Ecole du Rosaire que pour la congrégation elle-même dont elle révéla l'existence et le but aux nombreux étrangers qui visitaient la capitale. Bientôt, de toutes les régions de l'Etat arrivèrent au Frère Weber, premier Supérieur de la province, des demandes de fondation d'écoles. Partout ou désirait avoir de ces nouveaux "Padres de peito branco" qui ne disent la messe ni ne confessent, mais qui se dévouent exclusivement à l'éducation chrétienne de la jeunesse.

Entre temps, le petit peuple, d'abord assez restreint, de l'Ecole du Rosaire s'accroissait rapidement de mois en mois, si bien qu'au bout de deux ans il ne lui était déjà plus possible de tenir dans ses classes, passablement vastes pourtant mais, en trop petit nombre. Force fut de chercher quelque chose de plus ample ; mais il fallut faire bien des tournées et des visites pour découvrir un immeuble qui, sans être à beaucoup près l'idéal d'une maison d'école, offrait du moins l'espace nécessaire pour aménager un logement aux maîtres et mettre deux classes de plus à la disposition des élèves.

On l'accepta faute de mieux ; mais à peine y était-on depuis trois mois qu’on s’y trouvait déjà les uns sur les autres. Et l'école, devenue collège, devra y vivre sept ans dans la gène en attendant une occasion favorable qui s’obstine à ne point se présenter !

Pour comble de malheur, en 1912, le propriétaire sans vouloir faire à sa maison ni réparation ni agrandissement, demande un loyer presque double, que les ressources de l’école, avec le nombre d'élèves qu'elle a, ne pourrait arriver à payer. On ne pouvait cependant se faire à l’idée d’abandonner une œuvre qui, après avoir exigé de durs sacrifices, commençait à donner de belles espérances et l’on était en proie aux plus pénibles perplexités, lorsque la divine Providence laissa entrevoir tout à coup une solution inespérée.

Don Claudio Ponce de Leâo, archevêque de Porto Alegre, venait de résigner ses fonctions; et son successeur, Don João Becker, ci-devant évêque de Santa Catherina , ne fit point sa demeure au palais épiscopal où se trouvait également installé le Séminaire. Ce vaste bâtiment, avec ses longs corridors, ses salles spacieuses, sa belle cour intérieure et sa chapelle toute meublée allait se trouver en grande partie vide. Si on pouvait obtenir de Monseigneur la location d'un quartier, on pourrait y installer très confortablement le collège, pour lequel on cherchait vainement un autre abri. Des négociations furent entamées dans ce but et on eut la joie de les voir aboutir.

En 1913 on put donc y ouvrir les classes dont le nombre fut augmenté d'une unité, et l'année suivante le nouvel établissement prenait le nom de Gymnase de Notre-Dame du Rosaire, titre auquel lui donnait droit la préparation de ses élèves à tous les examens académiques et commerciaux.

Sous cette nouvelle forme, l'établissement comprend trois parties :

L'Ecole Dom Sebastido, où sont reçus les enfants pauvres, qui sans aucune rétribution y reçoivent l’instruction primaire pendant quatre ou cinq ans. Leur nombre dépasse toujours la centaine.

2° Le Collège, qui compte actuellement plus de 300 élèves divisés en 8 classes, pour les enfants des familles de condition moyenne. Ils payent des mensualités relativement élevées.

3° Enfin l'Institut, composé des jeunes gens des familles aisées de la capitale et de tout l’Etat, qui viennent préparer leurs examens de Baccalauréat, donnant entrée aux Ecoles Supérieures de droit, de médecine, d'art militaire, etc. Ils sont présentement plus de 200, divisés par cours. C'est, chaque année, à plus d'une centaine que se monte le nombre de leurs réussites. Aucun autre établissement scolaire du pays ne peut entrer en comparaison, bien que plusieurs bénéficient de grandes faveurs et privilèges de la part du Gouvernement.

Combien sont édifiés et agréablement impressionnés les nombreux visiteurs de la Camera Ecclesiastica qui, souvent pendant la journée, traversent les cours et galeries du grand établissement où, comme dans une ruche bien ordonnée, chacun butine avec courage le miel savoureux de la science unie avec la sagesse chrétienne ! Quelle vie! quelle activité, dans ces hauts murs où l'on voit alterner les prières, les leçons et les chants pieux avec les bruyantes récréations, et même, à certains jours, le silence du cloître avec le tapage résonnant des tambours et des clairons des bataillons scolaires, dans la cour transformée en quartier!

Le Gymnase, en effet, a deux groupes militaires : l'un composé des Petits, qui font leurs "premières armes", et l'autre composé des Grands, qui perfectionnent leur instruction militaire et préparent un examen passé à la fin de l'année devant une commission nommée par le Gouvernement. S'ils sont reconnus suffisamment instruits, les jeunes gens, à partir de 16 ans, reçoivent un livret militaire qui le constate et les dispense du service au cas où le sort leur serait défavorable, les délivrant ainsi des soucis et des dangers moraux de la caserne.

Aux jours de fêtes nationales, c'est en outre un bel et sympathique spectacle de voir défiler au son d'airs martiaux tous ces petits soldats, avec bottes et fusil, marchant en bel ordre et en très correcte tenue sous les ordres de leurs officiers imberbes.

Mais il va sans dire que ce qui distingue surtout le Gymnase de N.-D. du Rosaire comme d'ailleurs tous les établissements d'instruction dirigés par nos Frères c’est le soin donné à la formation religieuse. Non seulement l'enseignement de la doctrine chrétienne est à la base du programme des études et en pénètre et vivifie toutes les parties ; mais un aumônier, un Père de la Compagnie de Jésus, est spécialement chargé du service religieux, qui tient une grande place dans la vie de l’établissement. Les offices du dimanche et des fêtes sont fréquentés avec assiduité et, d'une manière générale, avec une piété édifiante. Beaucoup d'élèves s'approchent des sacrements tous les huit jours ; le premier vendredi de chaque mois réunit à la Sainte Table presque tous ceux qui sont en âge de communier, dont, deux ou trois fois dans l'année, un nouveau groupe bien préparé de premiers communiants vient accroître le nombre.

Aussi peut-on dire que, par la grâce de Dieu et la bénédiction de Notre Dame du Rosaire, les travaux de nos Frères du Gymnase, joints à ceux de nos deux autres communautés de Porto Alegre ont déjà produit une notable amélioration, au point de vue religieux, sur la société de la grande capitale "riograndeuse", et tout porte à espérer que, moyennant les 1.200 élèves ou plus que réunissent les trois établissements, cette amélioration deviendra de jour en jour plus sensible. Et il en est de même; à des degrés divers, dans toute la province.

Même en dehors de tout autre résultat, il y aurait là certes bien de quoi largement consoler de leurs peines et de leurs fatigues les méritants religieux qui n’ont pas hésité à quitter sans esprit de retour tout ce qu'ils avaient de phis cher en Europe pour aller porter à cette lointaine contrée le bienfait de l'éducation vraiment chrétienne que ses écoles officielles ne se soucient malheureusement plus de donner. Un groupe relativement nombreux de jeunes Frères brésiliens, formés par eux au véritable esprit de notre saint Fondateur, leur apporte déjà dans leur œuvre un concours très apprécié. Puisse le petit ruisseau, par les soins de la Providence et la bénédiction de Marie, devenir rivière, en attendant d'être grand fleuve !

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