Historial Ă  Notre-Dame de lHermitage

24/Oct/2010

Le dernier Bulletin (avril 1957) a donné la description de l’Historial réalisé par M. Crépin dans les cryptes et les salles situées sous la chapelle de l'Hermitage. Le présent numéro tient à présenter à ses lecteurs le commentaire complet qui accompagne les scènes et qui donne aux visiteurs une idée sommaire mais exacte de la vie du Bienheureux Fondateur et des activités de l'Institut dans le monde.

 

1. — Samedi 6 juin 1840. Après une vie de durs labeurs consacrée spécialement à la formation des Frères Maristes, Marcellin Champagnat rend son âme à Dieu alors que la communauté chante à la chapelle le Salve Regina matinal. Tous les objets qui lui ont appartenu deviennent alors de précieux souvenirs, conservés avec une piété filiale.

Voici les simples meubles de sa chambre : un lit, un prie-Dieu qu'il a façonnés sans doute de ses mains, témoignage de sa pauvreté… La discipline et le cilice aux dures pointes par lesquels il meurtrissait sa chair, voulant, pour gagner la première place au pied de la croix, ajouter encore aux fatigues quotidiennes et aux souffrances de la maladie.

 

2. — « La grande, et je puis dire, l'unique condition qu'il faut pour entrer dans notre maison, avec la santé, c'est une bonne volonté et un sincère désir de plaire à Dieu. Venez avec cette disposition et vous serez reçu à bras ouverts. Vous ferez le bien dans notre maison, Marie notre bonne Mère vous protégera et après l'avoir eue pour première supérieure vous l'aurez pour reine dans le ciel. »

Cette lettre simple et directe, à l'image de son caractère, le Bienheureux Marcellin Champagnat l'écrivait le 29 août 1831 à celui qui devait devenir son deuxième successeur, le R. F. Louis-Marie. Combien de lettres semblables n'a-t-il pas écrites, assis à ce bureau, devant son crucifix, avec pour compagnons les livres où il puisait la doctrine spirituelle qu'il enseignait à ses Frères : la vie de Saint Louis de Gonzague, le Pensez-y bien, le Traité de l'amour de Dieu du bon saint François de Sales, son bréviaire, guide de son incessante prière… Et l'on y trouve aussi des souvenirs du Frère François, son premier successeur, ce petit Gabriel Rivat qui lui fut présenté à 10 ans par sa mère.

 

3. — 1824. Accrochée à une branche, la cloche tinte. Tout à l'heure le Père Champagnat et ses Frères reprendront leur ouvrage : il faudra construire la maison de l'Hermitage, transporter les pierres, gâcher le mortier, façonner la charpente… Maintenant la cloche les rassemble autour de ce modeste autel, dressé dans le petit bois de chênes… Le calice, les ornements sacerdotaux, tout est prêt… « Prenez les premières places à l'autel, leur a recommandé le Père Champagnat, en aimant la sainte messe, la sainte communion, les fréquentes visites au Saint-Sacrement. »

Marie, première Supérieure, veille sur sa famille. Dans le cœur d'argent suspendu à son cou elle porte le nom de ceux qui se consacrent à elle dans l'Institut des Frères Maristes.

 

4, — Quittons les souvenirs authentiques du Bienheureux Marcellin Champagnat pour évoquer en quelques scènes l'activité mondiale de l'œuvre qu'il a fondée.

« Je ne puis voir un enfant sans éprouver l'envie de lui faire le catéchisme, sans désirer lui apprendre combien Jésus-Christ l'a aimé et combien il doit aimer à son tour ce divin Sauveur », disait-il.

Le voici visitant la première école de La Valla, accueilli avec joie. Les enfants savent le dévouement qu'il leur témoigne et les Frères ont été conquis par son zèle enthousiaste. Ils ont été d'abord catéchistes dans les hameaux de La Valla. Chaque semaine, Frère Laurent se rendait au Bessat. Puis, très vite, des écoles ont été fondées : Marlhes, Saint-Sauveur-en-Rue… Actuellement les Frères Maristes dirigent 44 écoles dans le diocèse, 121 en France, écoles paroissiales, pour la plupart, ou collèges secondaires, avec un total de 18.000 élèves.

 

5. — 1836. Après onze mois de navigation, le vaisseau, La Delphine, aborde en Océanie. Il amène dans ces îles, alors sauvages, de vaillants missionnaires : 4 Pères Maristes (l'un d'eux est mort au cours de ce voyage épuisant) et 3 Frères Maristes.

Le Père Champagnat désirait ardemment partir, mais son Supérieur lui dit : « Votre tâche est de rester ici pour former des missionnaires… » Séminariste, il avait déjà éveillé une vocation missionnaire, celle du futur Mgr Epalle. Fondateur des Frères Maristes, le Père Champagnat communique son zèle à ses disciples.

Parmi les trois missionnaires de La Delphine, se trouve le Frère Marie-Nizier, compagnon, à Futuna, de saint Pierre Chanel, premier martyr d'Océanie.

La vie dans les îles est pénible et souvent dangereuse. Frère Hyacinthe sera massacré par les indigènes en 1847 et Frère Euloge en 1864.

Actuellement, la mission est prospère en Nouvelle-Calédonie : Nouméa, Ile des Pins, Paita, Port-Laguerre… L'esprit du Bienheureux Champagnat continue d'animer les nombreux secteurs missionnaires d'Asie, d'Afrique et d'Océanie.

 

6. — Tolède 1936. Un Frère vient de tomber sous les balles. La tempête sanglante qui s'est abattue sur l'Espagne va faire 172 victimes dans les rangs des Frères Maristes.

Dans un Institut d'extension mondiale, il se trouve constamment un secteur en butte à la persécution. Persécution parfois meurtrière.

En 1900, à Pékin, 4 Frères sont tués par les Boxers et 5 à Nantchang en 1S06. En 1951, Frère Joche-Albert est fusillé à Sichang et les écoles chinoises des Frères Maristes comptant 10.000 élèves sont fermées. Mais le sang des martyrs est une semence de chrétiens. Les œuvres de Chine se reconstituent en Malaisie, à Singapour où une école compte 2.400 élèves. En Espagne, les Frères Maristes très nombreux (ils sont 1.500) continuent leur mission d'éducateurs.

 

7. — Sur la piste blanche, les joueurs de hockey se livrent une lutte acharnée sous le regard intéressé du Frère. Selon la coutume, leurs jeunes camarades ont construit un château de glace… C'est le grand hiver canadien.

Dès 1885, les Frères Maristes ont ouvert des écoles sur la terre de Champlain et de Jacques Cartier qui a gardé les traditions et la foi de l'ancienne France… Et très vite les œuvres se sont multipliées : collèges, écoles techniques.

Aujourd'hui les Frères Maristes dirigent des écoles dans tous les pays du Nouveau-Monde. 8 écoles dans la seule ville de New-York, 20 écoles dans la seule ville de Sydney…

Dans les pays neufs d'Amérique Centrale et d'Amérique du Sud, Argentine, Brésil, elles ont un magnifique essor : 2.500 Frères, 160 écoles, 67.000 élèves.

 

8. — Dans le soleil de plomb, les ouvriers s'activent sous la direction du Frère. En mission, il faut s'attaquer à toutes les besognes, être tantôt professeur et tantôt architecte.

Sollicitée par des courants divers : marxisme, islamisme, l'immense terre d'Afrique, objet de tant de craintes et de tant d'espoirs, s'éveille à la civilisation technique.

Aux côtés des Prêtres, les Frères Maristes participent à cet effort de christianisation : Frères belges et français au Congo, canadiens en Rhodésie et au Nyassa, brésiliens au Mozambique et en Angola, anglais au Nigeria…

Ils dirigent des écoles indigènes, des écoles techniques. Dans les écoles normales, ils forment de jeunes indigènes qui étendront leur action dans les villages où ils deviendront instituteurs et catéchistes.

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9. — Le 2 janvier 1817, dans l'humble maisonnette de La Valla, l'abbé Champagnat réunissait ses deux premiers Frères. A sa mort, en 1840, il laissait à son successeur, le vénéré Frère François, environ 200 Frères. Aujourd'hui, les Frères Maristes exercent leur apostolat dans 54 pays du monde. Sur un point ou l'autre de la planète, à chaque instant, le soleil éclaire quelques-unes de leurs écoles. Le rayonnement mondial de son œuvre atteste la sainteté du Père Champagnat. Le Souverain Pontife Pie XII l'a solennellement proclamé bienheureux le 29 mai 1955.

« Tous les diocèses du monde entrent dans mes vues », avait-il dit. Mais ce n'était pas une parole présomptueuse car il comptait sur Dieu et sur Marie « notre Ressource Ordinaire ». Le mot qu'il aimait à répéter : « C'est Marie qui a tout fait chez nous » continue de se vérifier : Notre-Dame veille maternellement sur l'œuvre des Frères Maristes qui lui est consacrée.

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