Instituto Alvear (fin)

11/Mar/2010

Il nous reste à voir ce qui a été organisé comme exploitation agricole dans notre vaste propriété. Il serait trop long, bien sûr, d'entrer dans tous les détails techniques, ce serait entreprendre un cours d'agronomie. Donnons donc, pour faire court, un petit tableau d'ensemble et nous toucherons ensuite, en passant, quelques uns seulement des numéros.

Notre Ecole agricole a divisé ses terrains comme suit, pour ce qui regarde les diverses cultures. Les chiffres sont en hectares.

 

 

Pâturages 108

Fourrages 64

Céréales diverses 100

Jardin potager 50

Verger 30

Pépinières 5

Bâches, châssis, semis 2

Poulailler 2

Lapins 1

Abeilles 1

 

Habitations, jeux, annexes, etc. 19

 

L'élevage des bestiaux semble être absent. C'est que le climat permet de laisser au grand air, jour et nuit, la plus grande partie du bétail. Il a donc suffi de répartir les 108 Hectares de pâturages en divers secteurs, séparés par des clôtures en fil de fer, pour loger vaches, chevaux et moutons.

Dans chacun de ces secteurs se trouvent de magnifiques abreuvoirs, où une eau toujours limpide et abondante se renouvelle constamment.

De même, pour donner de l'ombre aux troupeaux pendant les chaleurs, des plantations d'un millier d'arbres en quinconce: eucalyptus et casuarines, forment des ombrages abondants.

 

Les chevaux. — Nous n'avons guère qu'une centaine de chevaux. Malgré les progrès du machinisme, l'abondance des autos et des tracteurs, le cheval reste utile. C'est un moteur toujours employé et il va où l'automobile ne peut pénétrer. D'ailleurs nos enfants n'auront pas toujours, dans les modestes exploitations où ils auront à vivre, à employer autre chose que des attelages de chevaux en chair et en os.

Les vaches. — Tandis que les chevaux sont un peu au second plan, les vaches sont ici tout à fait au premier, comme nombre et comme qualité. Elles appartiennent á la. plus pure race hollandaise et doivent, d'ici quelques années, atteindre le chiffre prévu de 500, dont actuellement la moitié seulement est atteint.

La traite, comme on le suppose, n'est pas une petite affaire. Mais, chose curieuse, bien qu'il faille s'y prendre dès 2 heures du matin et se rendre par n'importe quel temps à travers les pâturages, c'est un travail que nos jeunes gens affectionnent tout particulièrement

I1 faut les voir allégrement partir à l'heure où il fait si bon dormir encore et revenir joyeux au petit jour, une fois la corvée faite, été comme hiver, par le beau temps ou la pluie: La charrette qui les mène et les ramène est toujours prise d'assaut. Est-ce un reste des instincts d'indépendance et d'aventures, ou la joie, que connaissent les chasseurs, de courir les champs avant l'aurore, nous n'y comprenons rien, mais nous en sommes très heureux, en attendant.

Ajoutons que de puissantes lampes électriques favorisent chez nous le travail, tandis que généralement il est accompli, dans les fermes voisines, à la lueur des étoiles ou d'une lanterne parcimonieuse.

 

Les moutons. — La race ovine ne compte guère que 400 têtes. Elle a été décimée à plusieurs reprises par des bandes de chiens sauvages, qui ont fait irruption chez nous, avant que nous n'ayons pourvu à la défense. Nous pensons nous limiter à 600 têtes. C'est la race Romey Marsh qui a nos préférences, à cause de sa rusticité, nos brebis vivant en complète liberté et n'ayant pas même les abris de feuillage fourni aux autres animaux.

 

La porcherie. — Mentionnons-là rapidement, car ses pensionnaires ne sont pas de ces personnages dont on aime la compagnie. Ils logent pourtant dans un petit palais en son genre, avec ses 28 cases séparées, tapissées de vignes vierges, chacune avec courette ensoleillée, coin d'ombrage sous les mélies ou les acacias, et services d'abreuvoirs.

Dommage que les habitants fassent une si infernale musique au moment des repas!

 

Le poulailler. — Il se compose actuellement de 14 pavillons, ayant chacun 50 mètres de long. Un pavillon comporte 5 divisions qui, à leur tour, contiennent 200 compartiments pour les pondeuses. On peut, en faisant un petit calcul, voir ce que cela donne pour le nombre des poules que nous ne connaissons guère qu'approximativement. Nous devons être autour de 20.000.

Celui qui n'a jamais vu l'ensemble de cette charmante fourmilière qu'est un élevage de mille poussins à la fois ne peut guère se faire une idée des soins assidus et minutieux qu'exige ce petit monde. Il faut remplacer la maman, c'est tout dire.

Il va de soi que les couveuses artificielles, donnant chacune 12 à 1500 poussins d'un coup, remplacent ici le procédé classique des poules échauffant leurs œufs.

Température très exactement maintenue à 40 degrés centigrades, œufs retournés deux fois par jour par un moyen automatique, état hygrométrique soigneusement dosé pour que le poussin, au moment de l'éclosion, brise facilement sa coquille et exécute en de bonnes conditions le passage de la chambre close à l'air libre, tout est savamment réglé.

Nous sommes arrivés avec quelque peu d'exercice à un pourcentage de 15 %, dans nos dernières couvées. Les poules elles-mêmes n'en font pas toujours autant et elles ont pourtant hérité d'une plus longues expérience que nous.

Nos poules sont de deux et la Leghorn blanche et la Island Red.

 

Les lapins et les abeilles. — Pour les lapins, ce sont l'Argenté de Champagne et le Chinchilla Argentin que nous élevons. Nos lapinières ne sont actuellement qu'au nombre de 6. Chacune mesure 22 m. de long et est surélevée de 90 centimètres pour éviter l'invasion de certains ennemis. C'est donc un chiffre plutôt restreint.

Il en est de même pour les abeilles, car nous n'avons qu'une trentaine de ruches… une misère! Mais ce nombre ira en augmentant. Des centaines d'arbres à fleurs mellifères ont été introduits intentionnellement dans la propriété et le rucher est prévu sur un terrain d'un hectare, réservé à cet effet.

Tels sont les principaux points de l'élevage, car inutile de faire autre chose que mentionner comme détails de moindre importance les sections: pigeons, canards, oies, cygnes, dindons, pintades et faisans qui n'auront jamais qu'un rôle de complément dans la basse-cour, comme la section des chiens qui n'aura jamais que le rôle de la gendarmerie dans l'Etat.

 

Horticulture. — Passons maintenant à la section horticole. Bornons-nous, pour donner une idée de l'entreprise, à relever quelques chiffres sur les registres où tout ce qui touche au rendement du terrain est consigné. Nous y trouvons pour 1932: 17.778 douzaines d'oignons, 10.201 melons, 136.164 têtes de choux-fleurs, le reste à l'avenant, et pour ce qui se compte en kilos 72.650 kilos de patates et de pommes de terre.

Cela peut donner une idée de notre jardinage.

Pour ce qui est du verger, un petit tableau montrera le nombre des différents arbres en état de production, non compris un nombre au moins égal disséminé dans différents endroits de la propriété, ni ceux encore en pépinières, ni le menu fretin des noisetiers, framboisiers, etc. … ni même les pieds de vigne.

 

 

 

Pêchers 1845

Pruniers 853

Poiriers et pommiers 1.501

Figuiers 360

Orangers 122

Cerisiers 138

Oliviers 280

Cognassiers 290

 

On a eu la précaution de choisir des variétés différentes, de façon à échelonner la production sur la. plus longue période de temps possible. Il y a par exemple 39 variétés de pêchers et 13 de pommiers.

 

Jardin d'agrément et pépinières. — Les fleurs ne sont sûrement pas de première nécessité pour vivre, mais elles embellissent le séjour de l'homme et portent facilement notre cœur à bénir le bon Dieu qui nous donne à la fois l'utile et l'agréable.

Notre chère Ecole a des jardins toujours fleuris, de riants parterres, des platebandes variées, des allées artistement plantées.

Nos pépinières abondent en plants de toutes sortes, qui commencent déjà, une fois nos besoins servis, à produire une vente rémunératrice. Pensez donc! l'inventaire de 1932 indique 62.132 pieds, dont 12.000 pêchers, 13.550 chênes et ainsi de suite. Il serait difficile de citer un arbre convenant notre climat qui ne soit pas représenté: cèdres, platanes, saules, pins, mimosas, frênes, ginkgos, magnolias, palmiers, érables, etc. …, se succèdent sui 5 Hectares de terrain.

De même, en fait d'arbustes pour jardins, nous avons le laurier-rose et le jasmin, la spirée et le lilas, la glycine et le cytise, les weigélies et les cydonies, etc. … à votre choix.

Au total, nous disposons en permanence d'environ 500. espèces différentes non comprises les diverses variétés de chacune d'elles. Les rosiers seuls fourniraient ce chiffre de variétés, en fleurs toute l'année, comme nos genêtières.

Malgré cela nous ne sommes pas encore satisfaits et nous avons des projets de serres chaudes destinées aux plantes des climats tropicaux, pour lesquels nos hivers ne sont pas tout à fait assez doux.

 

Fours à briques. — Les serres ne sont pas notre seul projet. La preuve en est l'installation de fours à briques, qui fonctionnent perpétuellement. Inutile de décrire ce genre de fabrication que tout le monde connaît plus ou moins : pétrissage de la terre, mise en moule, séchage et cuisson des piles, préparées par tranches mêlées de combustible.

Nous avons actuellement environ un million de briques prêtes pour les travaux futurs.

 

Les sauterelles. — Tout serait ici un petit paradis, s'il n'y avait comme partout toutes sortes d'imprévus, parfois heureux, mais plus souvent malheureux.

Voyez là-bas ce nuage noir qui rappelle de loin les stratus, et qui a peut-être 100 à 150 mètres d'épaisseur. Par temps calme, il avance à raison de 40 km. à l'heure.

S'il passe au-dessus de nous, rien à déplorer, mais si par hasard il s'arrête et crève sur la région, malheur à nous ! En une journée il ne restera pas une feuille sur les arbres ni un brin d'herbe sur le sol. Ce nuage est formé d'innombrables myriades de criquets dévorants que rien ne rassasie et que leurs ravages ont fait déclarer « plaie nationale » par le Code Argentin.

Leurs migrations et leur multiplication prodigieuse ont fait le tourment des savants jusqu'ici et on se demande si nous sommes bien plus avancés que Pline et les Pharaons, car les innombrables remèdes proposés et essayés pour combattre le mal ne l'ont pas enrayé.

 

Résultat global. — Au total l'Œuvre intéressante de l'Institut Alvear, semble avoir commencé à donner les fruits qu'on est en droit d'en attendre. Elle a fait ses preuves et si, comme on peut l'espérer, elle a de longues années devant elle, elle rendra à la société, en nombre considérable, des citoyens honorables, des ouvriers habiles et de bons chrétiens. Les sacrifices faits pour la fonder et la diriger seront bénis par Dieu et elle ne peut que gagner encore, à mesure que l'expérience rendra plus fermes les grandes lignes de son fonctionnement.

* *

Mais arrêtons-nous là, en nous excusant auprès de nos Lecteurs, de cette longue randonnée que nous leur avons fait faire dans notre vaste Etablissement où il y aurait encore tant à voir et où, grâce a Dieu, la piété et le bon esprit de toute la maisonnée font notre consolation.

Daigne Notre Dame de Luján nous bénir de plus en plus, pour que nous continuions à faire un peu de bien à nos pauvres enfants, si peu favorisés du côté des biens de la nature' Et pour qu'il en soit ainsi que ceux qui ont eu l'amabilité de s'intéresser à notre Œuvre veuillent bien avoir dans leurs prières une petite intention pour elle.

RETOUR

Incendie Ă  Coucouron...

SUIVANT

Un Jubilé de 75 ans de Communauté á POMMER...