La catéchèse au Mexique

Fr. Luis Luna Gonzalez

21/Jun/2010

Pour la ville de Mexico il faudrait une nouvelle école un nouvel hôpital, une nouvelle paroisse chaque semaine.

 

DEFI

Au Mexique, tout comme dans le reste de l’Amérique latine, les circonstances lancent un formidable défi à l'évangélisation. Elles sont plus accentuées en certains endroits, ailleurs elles sont plus particulières. La situation économique de nombreux mexicains conditionne l'évangélisation. En paraphrasant Gaudium et Spes on pourrait dire que non seulement les joies et les espoirs, mais aussi les tristesses et les angoisses des pauvres doivent trouver un écho dans notre cœur.

Comment pourrons-nous rester en paix sachant que de nombreux mexicains vont nu-pieds, qu'ils n'absorbent même pas la moitié des calories indispensables et qu'ils dorment entassés dans d'infectes taudis?

Du point de vu social, il existe des plans récents qui conditionnent la pastorale prophétique. De nouvelles structures sont nées de l'industrialisation.

Comment s'occuper de la vague des touristes, tant mexicains qu'étrangers, en continuel va et vient? Comment faire face à la grande émigration de la campagne vers la ville ou se créent des ceintures de misère? Comment suivre enfin l'explosion démographique, galopante, irrépressible1?

Il existe des maisons d'édition qui diffusent du matériel pour la catéchèse, des livres religieux, des revues spécialisées et de vulgarisation2. Ces dernières années l'on a vu surgir différents centres qui produisent du matériel audio-visuel pour la catéchèse3.

Cependant, c'est au niveau de la base que le mouvement catéchétique est le plus fort. Des milliers de laïcs vivent dans un processus de recherche incessante, se formant et s’évangélisant eux-mêmes en évangélisant les autres.

 

JALONS

De nombreux événements ont appuyé l'avance systématique de l'évangélisation au Mexique. Il faut signaler tout d'abord les 7 journées nationales de catéchèse où près de 2,500 catéchistes ont pris part. Elles ont lieu tous les 5 ans. Pour les deux dernières, tant la substance que la méthode avaient été préconisées par le Congrès de théologie dont les thèmes étaient «l'évangélisation et la catéchèse pour un Mexique en développement » et « Foi communautaire et justice évangélique ». Ce sont ensuite les 15 rencontres nationales bibliques, bisannuelles4; le Congrès national de théologie et les semaines théologiques annuelles subséquentes. Il faut citer les réunions périodiques organisées soit par le Séminaire catéchétique de l'ONIR, soit par les Secrétariats diocésains de l'évangélisation et de la catéchèse, ou ceux des moyens de communication sociale.

 

EVOLUTION DE LA CATECHESE AU MEXIQUE

« L'évangélisation doit toujours comprendre

une proclamation explicite que le salut

de tout homme est offert par Jésus-Christ,

Fils de Dieu fait homme, mort et ressuscité ».

(Ev. N. 29)

 

Pendant plusieurs années la catéchèse au Mexique est restée stationnaire, se limitant presque exclusivement à l'étude des textes, à la récitation de prières, à des suggestions moralisantes. De nos jours on observe une forte évolution qui lentement gagne tous les milieux.

 

Evolution quant à la substance.

 

Nous sommes en train de passer des résumés de théologie à la Parole révélée de Dieu, d'une conception statique, — le salut considéré comme une histoire close —, à une conception dynamique — le salut en train de se réaliser dans les événements —; d'un exposé désarticulé — credo, commandements, prières, sacrement —, à une synthèse organisée du message chrétien — Dieu, par le Christ, sauve l'homme, mais il demande une réponse5.

 

Evolution quant aux destinataires.

 

On a progressé d'une catéchèse individualiste, — Dieu s'adresse à toi —, vers une catéchèse communautaire, ecclésiale — Dieu s'adresse à nous —;

d'une catéchèse principalement enfantine à une évangélisation prioritaire des jeunes et des adultes, et même des indifférents et des non-chrétiens.

 

Evolution quant aux agents.

 

Là aussi, l'évolution va d'une évangélisation presque exclusivement dispensée par des prêtres et des religieux, vers une ample participation des laïcs à la pastorale prophétique. Jadis le catéchiste était préoccupé de bien posséder la théologie, maintenant le souci de connaître la psychologie, la sociologie, les sciences de la communication, pour être davantage animateur, le mobilise bien plus. La transmission s'opérait unilatéralement du haut vers le bas; aujourd'hui le sens est horizontal et réciproque: catéchistes et catéchisés, chacun donne et reçoit tour à tour dans un véritable dialogue.

 

Evolution quant à la méthode6.

 

Au lieu de retenir des formules difficiles à traduire ensuite dans la vie, on préfère essayer de découvrir le plan de Dieu dans les faits de la vie en les illuminant par la Parole de Dieu, dans le but ensuite de s'intégrer dans ce plan. Délaissant de plus en plus l'exposé magistral de vérités abstraites, on s'oriente vers l'échange à l'intérieur du groupe où l'on s'efforce de découvrir, à travers le vécu personnel et collectif, les intentions divines. Plutôt que de mettre l'accent sur la doctrine à transmettre, on se préoccupe davantage de la personne et des conditions de vie de celui qui doit la recevoir, la filtrant, si nécessaire, pour la rendre acceptable. Enfin la présentation, de purement verbale qu'elle était, devient plus sensorielle par l'usage des moyens modernes de communication. Evolution quant à la finalité.

L'objectif traditionnellement visé par la catéchèse était la connaissance de certaines vérités. Mais à l'heure actuelle il est de faire naître une adhésion totale au Christ, à sa personne, à son message. Mais il est d'autres buts plus partiels que la catéchèse actuelle se donne, à savoir que le catéchiste et la communauté fondent leurs existences sur une vision chrétienne du monde, que l'on établisse une hiérarchie chrétienne des valeurs, que l'on crée une dynamique d'application des passages de l'Evangile, de la théologie et du magistère adaptés aux situations concrètes de la vie. Enfin le catéchiste doit tendre à découvrir le plan de Dieu dans sa vie personnelle, mais aussi dans celle de l'Eglise et de la société s'engageant dans l'une et l'autre personnellement et communautairement.

 

LA PART DES FRERES MARISTES

Plus que jamais l'Eglise entend résonner les paroles du Seigneur: « Allez enseigner! » Un nouveau souffle de l'Esprit passe. Il n'est pas possible que les Frères Maristes restent en marge de ce mouvement qui draine des secteurs entiers de la chrétienté.

Notre mission première est l'annonce du message. Or, l'évolution dans nos pays s'est faite à une cadence si rapide que nous devons revoir la manière de faire cette annonce. Une certaine portion de la population s'est tellement gonflée, celle des pauvres, qu'une nouvelle orientation s'impose à nous: l'évangélisation du pauvre. Les intentions de notre Fondateur sont pour nous d'une brûlante actualité qui nous fait une obligation de plus de leur être fidèle.

Aussi, les Frères qui travaillent en Amérique latine sont-ils profondément engagés dans une manière plus authentique de vivre l'Evangile parce qu'ils ont une conscience plus claire des paroles du Seigneur.

Dans nombre de nos collèges on est sur le pied de guerre pour ouvrir des voies nouvelles, toutes des expériences prometteuses. D'heureuses initiatives ont été prises. Dans tels collèges de Mexico, par exemple, on a su mobiliser la plupart des enseignants laïcs pour la catéchèse, au prix d'une formation sérieuse en ce domaine et d'une aide hebdomadaire pour la préparation immédiate.

Il s'agit aussi d'organiser des communautés scolaires qui seront comme des centres de rayonnement. Par une catéchèse plus poussée, les élèves sont lancés dans la vigne du Seigneur pour évangéliser à leur tour de plus jeunes ou de moins favorisés qu'eux. D'autres vivent la charité du Christ en s'offrant comme manœuvres sur un chantier de construction, de travaux publics et autres.

De plus, est-il nécessaire de dire que les Frères profitent largement des congrès, et des rencontres dont on a parlé ci-dessus. Plusieurs collaborent avec les secrétariats diocésains ou nationaux de catéchèse et d'évangélisation. D'autres sont à la direction d'instituts de catéchèse. D'autres encore ont donné des cours ou des conférences dans plusieurs villes. Dans certains pays on organise des rencontres de catéchèse avec la participation des Frères de différentes provinces maristes, notamment pendant les vacances.

Ils n'ont pas plus boudé les réunions internationales, comme celles qu'organise le département de la catéchèse du CELAM. Un Frère participe activement à la préparation du Congrès international de Munich, tandis que d'autres ont prêté leurs services au Congrès interaméricain de Dallas, au congrès international de moyens de communication sociale pour l'évangélisation de la Nouvelle-Orléans.

Au Mexique particulièrement, les Frères sont présents dans diverses rencontres, par une effective collaboration, comme par exemple aux semaines nationales de catéchèse à San Luis Potosi, Torredo, Puebla, Monterrey, Oaxaca. Durant des années ils ont travaillé à l'Oeuvre nationale d'instruction religieuse qui organise de fréquentes réunions de trois jours pour planifier la catéchèse. Ils ont aussi prêté main forte à l'organisation des rencontres bibliques nationales qui se tiennent tous les deux ans.

Les initiatives des Frères s'étendent aussi sur le domaine de la création. Des ouvrages de pédagogie catéchistique sont nés sous leur plume, ainsi que des manuels, notamment pour les classes primaires. Ils ont enrichi l'immense capital du matériel audio-visuel pour la catéchèse qui rend service à tant de catéchistes et de pasteurs à travers tout le continent latino-américain. Trois Frères, particulièrement spécialisés dans la catéchèse, ont mis sur pied, d'une part, ce qu'on a convenu d'appeler la catéchèse par objectifs, et, d'autre part, la catéchèse de l'événement qui fait une large place à la dimension horizontale à côté de la verticale dans la méthode catéchétique.

Avant de clore ces lignes, une question se pose: avons-nous su choisir la bonne place? Si Marcellin Champagnat se trouvait dans notre situation, que ferait-il? Lui qui ne pouvait voir un enfant sans éprouver le désir de lui faire le catéchisme que ferait-il pour relever le défi que notre civilisation latino-américaine lance à l'évangélisation? quel rôle choisirait-il dans ce monde où s'élabore une nouvelle culture, où naît un nouveau type d'homme qui croit pouvoir se passer du Christ et de sa rédemption? Comment ferait-il face à cette masse de jeunes qui nous assaille? quel écho donnerait en son cœur le cri de tant de pauvres et de miséreux sous tous les aspects? Ne prendrait-il pas des positions tellement inattendues que l'arbre mariste en ressentirait la secousse jusqu'en ses racines?

Quoi qu'il en soit, catéchistes par profession, nous avons à faire face, à être présents dans ce monde en évolution grâce à une formation sans cesse reprise et toujours poussée plus avant, plus profond.

Nous, Frères Maristes, nous sommes au centre de cette merveilleuse renaissance pour avoir été choisis à travailler dans ce champ. Comment ne pas être fiers d'appartenir à cette congrégation qui a pour mission de proclamer la Bonne Nouvelle? En pensant à l'immense soif que le Seigneur donne aux hommes d'entendre sa Parole, qui n'accepterait de lutter, voire de souffrir pour désaltérer cette immense foule? Que la contagion de notre Fondateur nous gagne! Comme Marie qui conçut son Fils et lui prodigua par la suite tout son amour, sa tendresse et ses soins, puis l'offrit au monde pour qu'il le régénère, nous avons mission de donner tout ce que nous avons de plus cher. Avec Marie, pour un même destin!

Fr. Luis Luna Gonzalez, F.M.S.

Traduit de l'original espagnol.

1 Voici quelques données intéressantes: Dans la seule ville de Mexico la population augmente de 1500 personnes par jour. Les moins de 20 ans forment au moins 55% de la population du pays. Parmi les indigènes on compte 35 groupes différents parlant chacun sa propre langue. Dans 40% des familles les parents sont divorcés.

2 On publie entre autres les revues suivantes: Christus, Servir, Contact, Signal, Vie pastorale, CIP Documents, Etudes indigènes, Alerte missionnaire.

3 Sonoramas éducatifs A.C. (institution mariste), Communication éducative (de la Compagnie de Jésus), Sonoviso du Mexique, Editions paulines, etc. …

 

4 (14) La dernière de ces rencontres avait pris la « Libération » comme thème.

 

5 (15) Ceci pourrait s'expliciter brièvement.

Nous remplaçons l'image anthropologique et déformée de la divinité par une conception biblique de Dieu, d'un Dieu personnel, Père, Fils, et Saint-Esprit, plein d'amour accessible à nous, vivant et vrai, ce Dieu de l'Ecriture Sainte qui conclut alliance avec l'homme et l'accomplit fidèlement tout en pardonnant, dans sa grande miséricorde, les transgressions dues à la faiblesse humaine. Le Christ

D'une catéchèse qui met le Christ dans l'ombre, utilisant seulement certaines de ses paroles pour appuyer la doctrine, les vidant ainsi de leur contenu, les désincarnant, nous progressons vers une catéchèse qui place en son centre le Christ, messager de la Bonne Nouvelle aux pauvres. Une catéchèse qui présente Jésus dans l'intégralité de sa personne et de sa vie, de telle façon qu'il puisse enthousiasmer les jeunes, que ceux-ci l'intègrent dans leurs propres valeurs, l'accueillent comme le Seigneur, le Sauveur, le Maître de l'histoire et de leur propre existence. Le Salut.

La notion purement eschatologique du salut – s'en aller au ciel après la mort -, fait place à celle d'un processus en marche déjà dans le temps par la libération de l'esclavage sous toutes ses formes, de l'ignorance, de la misère, de l'infirmité, de la crainte, de l'angoisse, de l'injustice et surtout de la cause même de tous ces maux, l'égoïsme et le péché. Cette conception nouvelle implique la promotion de l'homme, sa pleine réalisation sous tous les aspects, cosmique, sociologique, historique, psychologique, et tout particulièrement sous l'aspect transcendantal, sa participation à la vie divine qui certainement commence en cette vie pour s'accomplir dans l'au-delà. (Ev. N. 21; 31, 34). L'homme.

Considéré jadis comme l'objet d'un salut purement transcendant, l'on préfère aujourd'hui le regarder comme le sujet qui se sauve, s'affranchit, par la vertu du Christ, en union avec ses frères, ici et maintenant jusqu'à la transcendance. L'homme donc considéré dans sa situation concrète avec ses espoirs et ses désirs, ses angoisses et ses difficultés, ses entraves et ses possibilités. L'Eglise.

A partir d'une Eglise institutionnelle et triomphaliste hors de laquelle il n'est point de salut, nous cheminons vers une Eglise, peuple en diaspora, signe universel de salut. La notion d'une autorité hiérarchique évolue vers celle de l'autorité service. L'idée d'une Eglise comme communauté de ceux qui acceptent le salut avec la conscience d'être à leur tour instruments de rédemption fait son chemin. Les fidèles, en acquérant la maturité, découvriront leur place, prendront conscience de leur responsabilité, recevront l'autorité du magistère et seront prêts à témoigner du Christ ressuscité. Les Signes.

L'évolution va d'une notion très limitée et sacralisée des signes du salut, rites et cérémonies, vers une conception plus ample, dynamique et historique qui conçoit les sacrements comme des signes efficients de salut, la Bible comme la parole actuelle de Dieu à l'homme, les événements comme des signes des temps par lesquels Dieu nous révèle ses desseins. Nos réponses.

La catéchèse entend susciter la conversion qui demande à l'homme une réponse en acceptant la foi, le changement de mentalité, le dépassement du péché, l'intimité divine, la joyeuse participation à la pâque du Christ dans sa mort et sa résurrection, jusqu'à la perfection totale du Christ.

 

 

6 Au Mexique une nouvelle méthode de groupe a été mise au point: « la catéchèse de l'événement ». C'est une méthode de participation basée sur l'analyse de la réalité. On y considère les faits comme une parole de Dieu qu'il faut essayer de comprendre en communauté. Nous en avons tiré des résultats concrets, même dans des milieux sociaux différents car elle s'avère bien adaptée au tempérament mexicain. Nous regardons comme une chance de l'avoir adoptée. Car, en effet, l'on ne peut pas facilement transmettre un contenu si la méthode est imparfaite, pas plus qu'une bonne méthode n'est efficace si la substance est mauvaise.

 

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