La « Conférence du Doux Nom de Marie » au Collège de N.-D. del Pilar, à Saragosse

F. N.

06/Sep/2010

Nos lecteurs connaissent déjà le Collège de N.-D. del Pilar, à Saragosse. Le Bulletin, dans son numéro de Mai 1910, lui a consacré une petite notice à laquelle voudront bien se reporter ceux qui auraient besoin de rafraîchir leurs souvenirs sur son origine, ses progrès et son action bienfaisante.

Nous espérons leur être agréables en mettant aujourd'hui sous leurs veux la lettre suivante, où sont retracés les débuts d'une œuvre de jeunesse qui s'est formée dernièrement dans ce même Collège et qui commence à y produire d'heureux fruits. C'est un des Frères de la Communauté, qui l'écrit au C. F. Provincial :

Saragosse, le 6 juin 1911.

Mon Cher Frère Provincial.

Je suis heureux de vous envoyer aujourd'hui les quelques détails que vous m'aviez demandés au sujet de l'œuvre de jeunesse qui s'est fondée dans notre Collège, et dont vous avez pu constater par vous-même les encourageantes prémices.

Il y a déjà longtemps que la nécessité et la possibilité de fonder au Collège une association du genre de celle qu'avec plus ou moins de justesse on est convenu d'appeler œuvres de jeunesse, œuvres postscolaires, etc. …, revenait souvent dans nos entretiens ; mais ce n'est guère qu'au début de la présente année solaire que le projet prit définitivement corps.

Dès le principe, nos pensées et nos désirs étaient unanimes sur les points suivants : nous voulions en premier lieu que la future association fût religieuse et pieuse de la base au sommet, car nous sommes heureusement convaincus que toute autre fondement, pour une œuvre de ce genre, est illusoire et vain ; nous voulions en second lieu qu'elle fût sociale, car c'est sur le terrain social que se livre actuellement et se livrera probablement pendant longtemps encore le grand combat entre le Christ et Bélial ; enfin nous voulions qu'elle fût modeste, sans faste et sans éclat, soit parce que nous sommes Petits Frères de Marie, soit parce que nous désirions mériter les bénédictions du Seigneur qui vont de préférence aux humbles, soit parce nous tenions à éviter, dans la mesure du possible, d'éveiller les susceptibilités des hommes et de nous attirer leurs tracasseries. Il s'agissait de chercher parmi les diverses formes que peuvent revêtir les associations à peu près similaires, celle qui serait la plus propre à réaliser cette triple condition. Le Frère Directeur s'en chargea. Il réfléchit, il consulta, il examina en détail plus de trente espèces de sociétés établies dans divers collèges, et il arriva à la conviction que la forme qui correspondrait le mieux au but que nous nous proposions serait celle des Conférences de S. Vincent de Paul. Ce fut aussi notre avis à tous quand il nous en parla un jour à la lecture spirituelle ; et il n'en pouvait guère être autrement, car les raisons sur lesquelles il se basait étaient vraiment décisives.

Outre qu'ainsi elle répondait pleinement à nos désirs, une œuvre établie sur ces bases pouvait devenir le berceau d'une Société d'Anciens Clèves, qui se trouverait pour ainsi dire toute fondée le jour où les élèves actuels quitteraient le Collège. Ils n'auraient pour cela qu'à continuer à faire partie de la Conférence, dont ils formeraient une section spéciale.

Il fut donc résolu qu'on s'occuperait au plus tôt d'en réunir les premiers éléments, et quand on s’ouvrit du projet à Don Santiago Arana, président du Conseil Central d'Aragon, où il jouit, aux yeux de tous, de la réputation d'un saint, ce bon Monsieur tressaillit de joie à cette nouvelle, et peu s'en fallut qu'il ne chantât son Nunc dimittis.

« C'était là, dit-il, mon désir ardent, et pour ainsi dire, mon rêve d'or depuis de longues années ! » Sa joie fut si grande que dans le Bulletin de 1910-1911, il la laissa comme déborder, et employa toute une longue page en expressions de bonheur, d'actions de grâces à Dieu pour la fondation des Petites Conférences. — Il va sans dire qu'il nous a donné toute faculté d'incorporer la nôtre à la Société de Saint Vincent de Paul.

Nous avons trouvé aussi un aide précieux dans la personne de Don Antonio Martinez, qui est un prédicateur de grand renom, et ; ce qui vaut mieux encore et pour lui et pour nous, un apôtre dans toute la force du terme. Dès qu'il apprit que nous tâchions de fonder une Conférence, il se mit spontanément à notre disposition et nous offrit son concours sans réserve. Il est le Président honoraire, et jusqu'à présent l'âme de l'Association.

Celle-ci fut inaugurée, le 5 mars dernier, par une messe de communion pour tous ses membres. Elle prit le nom de Conférence du Doux Nom de Marie, et sa première réunion eut lieu ce jour-là même. Depuis lors, une réunion semblable s'est tenue, selon les dispositions du Règlement, tous les dimanches, dans la classe de sixième année, à 11 heures du matin. Cette heure a été choisie de préférence parce qu'elle est très facile ment compatible avec les devoirs du Collège et avec les dévotions particulières des autres sociétés comme celle de St. Louis de Gonzague, de St. Tharsice, etc., sans compter qu’elle est souvent une source d'occasions dangereuses pour les enfants de la ville.

C’est ordinairement Don Antonio qui préside, entouré des Frères qui peuvent y assister, et du Président et du Secrétaire que les Enfants se sont choisis parmi eux. Quand D. Antonio ne peut être présent, c'est le Frère Directeur qui le remplace. La séance débute par le Veni Sancte, le Pater et l'Ave Maria, selon le Règlement ; puis on lit un article de celui-ci, qui est d'une piété et d'une édification incontestable ; on y ajoute parfois un chapitre de l'Imitation de Jésus-Christ, et le Président fait aux assistants une courte instruction pour les encourager et les animer à tirer de leurs travaux quelque avantage spirituel pour leurs âmes. Cela fait, le Secrétaire lit le procès verbal de la séance précédente, et ceux qui ont à faire quelques observations sur les divers points du Règlement ou sur les besoins des familles qu'ils visitent prennent librement la parole pour les exposer.

Vient alors le moment le plus intéressant de la séance ou celui de la quête. Dès qu'elle a été annoncée par le président tous les jeunes gens présents se mettent en devoir de contribuer, selon leurs moyens et leur générosité, à l'entretien du capital de l'Œuvre, qui doit servir au soulagement des indigents ; mais pour que la charité soit vraiment évangélique et que la main gauche ignore pour ainsi dire ce que fait la droite, un d'eux passe sa casquette à travers les rangs, en la tenant assez haut pour qu'on ne puisse pas voir dedans, et chacun, la main fermée, y dépose discrètement ce que son cœur lui inspire. C'est du moins ainsi que les choses se faisaient au début, car aujourd'hui la casquette primitive est avantageusement remplacée par une jolie bourse de soie donnée par une âme généreuse. Dieu le lui rende ! En terminant, le président désigne ceux qui, deux par deux, devront aller faire les visites et les familles qu'ils devront visiter. Afin de ne pas séparer la charité d'avec la prudence, il est de règle que chaque groupe, dans ses visites, soit toujours accompagné par un membre adulte de la société dont la nôtre dépend.

Pour la même raison, et parce que la charité est ingénieuse, le secours n'est point donné ordinairement en espèces, mais en bons qui consistent en tickets ou cartes spéciales qu'on donne aux pauvres à leur domicile, et en échange desquelles ils reçoivent, dans certains magasins convenus, certaines rations de comestibles, tels que pain, riz, pois-chiches, lard, etc. …

Comme on le voit, la création et le fonctionnement d'une ‘’Conférence’’ dans ces conditions, ne sont pas choses infaisables ni même très difficiles. L'important est d'obtenir l'assiduité aux réunions dominicales ; mais, grâces à Dieu, nous avons la joie de constater que contrairement aux craintes de quelques-uns, les enfants viennent non seulement avec exactitude mais volontiers et avec plaisir.

Présentement, ils sont environ 35, tous assez grands et appartenant pour la plupart à l'enseignement secondaire, spécialement aux cours de 4°. 5° et 6° année. Plus de la moitié des enfants de ces trois classes font déjà partie de la Conférence ; plusieurs de ceux qui n'y sont pas encore, désirent y entrer et tous n'ont pour elle que de la sympathie et même de la vénération. Un fait entre beaucoup d'autres le montrera. Lorsque la fondation de la Conférence fut un fait accompli, et qu'on l'annonça publiquement, on dit qu'elle recevrait avec plaisir des vêtements usés pour les distribuer aux pauvres, et il suffit de cette seule invitation pour qu'au bout d'une semaine on mit réuni deux grandes caisses de vêtements qui sans être neufs étaient propres et encore en bon état.

Des faits de ce genre sont vraiment consolants. Ils prouvent, en dépit des apparences contraires, que la sympathie, l'affection pour le prochain, chez la plupart des hommes et particulièrement chez les jeunes gens, croît et se fortifie bien plus par les services rendus que par les services reçus. Ils prouvent surtout que la race des coeurs généreux n'est pas encore éteinte, et que les enfants et les jeunes gens sont capables de plus de vertu qu'on n'a coutume de le supposer.

En terminant, je vous prie, mon cher Frère Provincial, de nous aider à remercier Notre-Dame del Pilar des faveurs qu'elle a répandues et qu'elle continue à répandre sur la Conférence et sur le Collège ; car c'est à Elle, nous n'en doutons pas, que l'une et l'autre sont redevables de leur bonne marche, et de tout le bien qui s'y fait. Moyennant sa bénédiction nous nous proposons d'aller de l'avant dans la même voie, et nous ne désespérons pas d'y réaliser une bonne étape, car la charité est très féconde et notre désir de bien faire très grand.

Dans la confiance d'avoir répondu à votre désir dans la mesure de mon petit possible, je vous prie d'agréer, etc. …

                                                                                                                            F. N.

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