La confiance en Dieu et labandon filial Ă  sa Providence

F. S.

18/Sep/2010

Quand on songe sérieusement à la sagesse de Dieu, à sa puissance et surtout à son infinie bonté, on a peine à concevoir que notre confiance en Lui puisse avoir des limites, et que, le connaissant tel qu'il est, nous puissions moins faire que de nous en remettre entièrement à son bon vouloir de tout ce qui nous regarde et de nous sentir mille fois plus en sûreté dans les bras de sa Providence que ne l'est un enfant entre les bras de son père.

Dieu, en effet, n'a pas seulement pour nous, en tant que ses créatures privilégiées, un amour sensible aussi étonnant que mystérieux, dont la tendresse et l'indulgence ne trouvent rien parmi les affections terrestres qui leur ressemble : il ne s'est pas contenté d'identifier, pour ainsi dire, nos intérêts avec les siens en nous créant à son image et ressemblance et en faisant de nous autant de reflets de sa divine majesté : il a voulu prendre à notre égard le titre de Père : il nous appelle ses enfants : et quelle parole humaine saurait exprimer ce qu'il y a d'ineffable et de consolant dans cette pensée ?

Dieu est notre Père ! Il l'est au sens le plus vrai, le plus réel et le plus étendu que nous puissions attribuer à ce mot : et il en remplit la signification de telle manière que tout ce qu'il y a de tendre, de doux et d'aimable dans la paternité d'ici-bas n'est qu'une pâle image de ce que nous trouvons en Lui. Quand une mère oublierait son enfant, nous fait-il dire par son prophète, je jure par moi-même que je ne vous oublierais pas. Il veille sur nous, selon l'expression du Psalmiste, comme sur la prunelle de ses yeux. Il commande à ses anges de nous avoir continuellement sous leur garde pour nous préserver de toutes sortes d'accidents, et nous savons avec quelle céleste sollicitude ces bienheureux esprits s'acquittent de cette mission auprès de nous, nous suivant partout, nous portant pour ainsi dire dans leurs mains pour nous garantir de toute meurtrissure, nous couvrant de leurs ailes comme d'un bouclier, supportant avec une patience qui nous confond les mille irrévérences que nous nous permettons chaque jour devant eux, se faisant, en un mot, depuis notre naissance jusqu'à notre dernier soupir, nos tuteurs, nos guides, nos amis, nos conseillers et nos intercesseurs. Cependant leur tendresse, tout ineffable qu'elle est, n'est encore qu'une ombre de celle de Dieu, qui veut être lui-même, selon l'expression du Psalmiste, notre lumière, notre salut, le protecteur de notre vie, notre consolation et notre suprême récompense.

Et si, d'autre part, nous pensons qu'en plus d'être infiniment bon, ce divin Père, qui nous aime ainsi, est la sagesse même, la science infinie, et que de toute éternité il connaît de la manière la plus certaine et la plus précise ce qui, à tel ou tel moment de notre vie, peut vraiment nous être utile ou nuisible : si nous tenons compte qu'il est la toute-puissance et qu'il n'a qu'à faire le moindre acte de volonté pour que tout se passe comme il l'aura voulu : qu'il sait jusqu'à un près le nombre des cheveux de notre tête et que pas un ne tombe sans sa permission, quelle raison avouable pourrions-nous avoir d'être dans l'inquiétude ou le souci à propos de ce qui doit nous arriver, et de ne pas nous reposer filialement de tout sur sa Providence en disant simplement: fiat voluntas tua ?…

Et pourtant, quoi de plus commun dans notre vie que ces craintes et ces inquiétudes ? C'est que trop souvent, par malheur, nous avons dans notre conduite aussi peu de foi que de logique. D'un côté, nous ne sommes pas assez pratiquement convaincus de cette paternité, cependant si incontestable, de Dieu envers nous, et de l'autre nous oublions de réfléchir. Quand nous y pensons à tête reposée, l'inquiétude immodérée sur notre sort, la défiance de Dieu nous paraît souverainement déraisonnable : mais vienne la moindre épreuve, la moindre disgrâce, la moindre occasion de montrer du calme, de la patience, et nous voilà tout déconcertés : malgré tant de bienfaits que nous avons reçus de Dieu, malgré les signes admirables dont sa Providence a marqué tous les jours de notre vie, malgré ses promesses catégoriques dont l'effet ne saurait faillir, nous oublions sa puissance, nous oublions sa sagesse, nous oublions sa bonté et nous regardant comme abandonnés de Lui, nous sentons s'attiédir les ardeurs de notre courage, nous nous laissons envahir par le trouble, la crainte, l'abattement, la défiance et la tentation de murmurer.

C'est surtout dans les temps d'épreuves et de calamités prolongées comme ceux que nous traversons aujourd'hui que nous sommes exposés à nous laisser aller à ce malheureux état d'âme. De quelque part autour de nous que nous portions nos regards, ils n'offrent à notre imagination plus ou moins surexcitée que des visions navrantes : les vies humaines sont sacrifiées par millions : la dévastation et la ruine prennent partout des proportions effrayantes : la crise des choses les plus nécessaires à la vie devient chaque jour plus aiguë, et dans le lointain on commence à entrevoir le spectre de la famine. La barbarie semble vouloir prendre sa revanche sur une civilisation orgueilleuse qui prétendait l'avoir vaincue ou du moins reléguée dans les confins inaccessibles du globe : de toutes parts les idées subversives battent en brèche le principe d'ordre' et s'insurgent contre les institutions établies : le vent emporte les trônes et les couronnes : la force brutale s'installe sans pudeur à la place du droit : elle affiche sa prétention d'être la seule base de la justice sociale :toutes les énergies de l'esprit humain semblent tendues vers de nouveaux et plus horribles moyens de destruction, etc. …, etc. …

A notre insu, ces visions douloureuses ont une fâcheuse répercussion sur notre système nerveux, qui nous incline aux idées tristes, aux sombres pressentiments, aux craintes chimériques ou excessives : et le démon du découragement, qui aime à pêcher en eau trouble, trouve là un milieu à souhait pour travailler à l'accomplissement de ses desseins.

Sans doute il nous suffirait d'un peu de réflexion calme et de bonne foi pour nous apercevoir que ces visions qui nous troublent ne sont au fond qu'un des aspects du tableau, un des éléments de la réalité : que partout, à côté du mal, le bien sa grande place : que si les temps de guerre et de calamité sont un terrain propice à la perpétration des grands crimes, ils sont aussi, grâce à Dieu, un milieu propice à l'éclosion des plus belles et plus excellentes vertus : qu'à la vérité ils comportent une grande somme de souffrances, mais que, bien loin d'être nécessairement mauvaise, la souffrance acceptée avec courage et pureté d'intention est salutaire et bienfaisante à l'homme : qu'enfin de l'excès même du mal, Dieu sait, quand il veut, faire sortir le bien" : que si dans sa sagesse sans bornes et dans sa bonté infinie, il permet ces événements alors qu'il aurait toute facilité de les empêcher, c'est que sûrement, tout compte fait, il les juge propres à procurer sa gloire, le bien de ses élus, et que partant il y a lieu de l'en bénir comme de tout le reste.

Malheureusement, c'est à quoi nous sommes trop rarement disposés: au lieu de rendre un humble hommage à la Providence et aux autres perfections infinies de Dieu par notre filial acquiescement à tout ce qu'il ordonne ou permet, nous avons peine à concevoir, pauvres insensés que nous sommes, que ses vues souverainement sages puissent différer des nôtres, pourtant si courtes. Nous voudrions qu'il les pliât docilement à nos mesquines conceptions, à nos manières de voir si bornées. Nous nous scandalisons qu'il ne fasse pas constamment des miracles pour condescendre à nos moindres désirs ! Autant vaut dire que, pour lui garder notre confiance, nous prétendrions souvent exiger de lui qu'abdiquant ses divins attributs il se fît le serviteur de nos caprices les plus injustifiés et parfois même l'instrument de nos rancunes.

Oh ! laissons là ces folles chimères, et élevant plus haut nos esprits et nos cœurs, tâchons de concevoir sur Dieu des pensées et des sentiments moins indignes de Lui et de nous. N'essayons pas de le façonner à notre fantaisie, mais acceptons-le loyalement tel que nous le montre la foi : avec sa toute puissance qui ne connaît nul obstacle et à qui le néant même obéit : avec son infaillible sagesse, qui voyant à la fois l'universalité des choses, dans le passé et dans l'avenir comme dans le présent, avec toutes leurs relations et leur dépendances, sait à tout moment, sans possibilité d'erreur, ce qu'il y a de mieux et de plus expédient : avec sa justice éternellement sereine, qu'aucune passion n'est capable d'influencer, et qui, pesant dans la balance d'une indéfectible équité non seulement les actions elles-mêmes, mais encore les motifs et le degré de responsabilité de ceux qui les font, peut seule déterminer le tempérament qu'il convient de tenir entre la rigueur et la miséricorde : avec son infinie bonté, enfin, qui le porte incessamment à répandre sur toute créature, non pas aveuglément, mais selon l'ordre d'une souveraine sagesse, une profusion de bienfaits dont nous ne pouvons nous faire une idée.. C'est dans ce Dieu-là, dans le seul et unique Dieu, que nous ne saurions mettre vainement notre confiance pourvu cependant qu'elle soit compatible avec ses adorables attributs.

Il est évident, en effet, que, Dieu étant la sagesse infinie, la justice suprême et la sainteté par essence, il rie saurait répondre à une confiance qui impliquerait une dérogation à l'une ou l'autre de ces divines perfections, comme il arriverait, par exemple si, sous prétexte de confiance en lui, nous nous croisions paresseusement les bras devant les difficultés au lieu de nous ingénier à les éluder ou de nous efforcer de les vaincre : si, nous reposant sur son assistance, nous nous lancions témérairement dans des entreprises disproportionnées avec nos moyens sans avoir la certitude qu'elles entrent dans ses vues : si, dans notre ignorance de ce qui nous convient réellement, nous comptions qu'il exaucera des demandes qui sont en opposition avec nos véritables intérêts, et à plus forte raison, si nous attendions que pour nous favoriser il fit tort au prochain, qui a les mêmes titres que nous à sa protection et à ses faveurs.

Notre confiance doit donc être active, patiente, pure dans ses motifs, juste dans son objet, et subordonnée à la sagesse de Dieu pour la manière d'être satisfaite : mais, à. cette condition elle ne saurait être vaine. Il est certain qu'elle obtiendra toujours son effet soit par l'obtention de ce qui fait l'objet de son attente, soit de quelque chose de meilleur pour nous.

Nous ne pouvons par conséquent la rendre trop ferme ni trop entière : et ce serait assurément, de notre part, faire preuve de bien peu de sagesse et de logique de nous décourager et de nous croire abandonnés de Dieu parce qu'il tarde selon nous trop longtemps à nous exaucer ou parce que, à notre sens, les événements de ce monde ne prennent pas la tournure qu'ils devraient prendre. Les vues de Dieu étant si vastes, si élevées, si parfaites, quoi d'étonnant qu'elles ne concordent pas toujours avec les nôtres si étroites, si terre à terre et remplies de tant d'autres imperfections ? Comment lui qui embrasse d'un seul regard la largeur de l'univers et la longueur des temps et qui pose aujourd'hui la cause dont l'effet ne se produira peut-être que dans des siècles pourrait-il ne pas avoir, dans son gouvernement, des raisons inaccessibles à sa faible créature dont l'horizon en tous sens est si borné ?…

Ce qui aurait bien plutôt le droit de nous surprendre, ce serait que dans le gouvernement de sa Providence, il n'y eût pas souvent des mystères, des problèmes dont la solution nous échappe complètement et des événements qui déconcertent notre prudence, toujours courte par quelque endroit, selon l'expression de Bossuet. C'est pourquoi, en face de ces mystères, de ces problèmes, de ces événements, le seul bon parti à prendre est de nous résigner, quelque sacrifice qu'il nous en coûte, et de dire en élevant notre âme au-dessus d'elle-même: "Mon Dieu se cache : mais il n'en est que plus adorable à mes yeux. Je sais de source certaine qu'au fond de tous ses secrets il y a de l'amour : et plus mon Père se montre impénétrable plus je me sens en droit d'espérer qu'il sera bon’’.

N'est-ce pas là, en particulier, l'attitude qui s'impose en présence du tableau si troublant des événements actuels ? A son occasion, mille questions angoissantes surgissent devant la conscience alarmée: Pourquoi tant de maux sur la terre ? Pourquoi ce déchaînement inouï des passions humaines ? Pourquoi tant de violences et d'injustices ? Pourquoi tant de sang répandu ? Pourquoi tant de destructions irréparables ? Pourquoi tant de larmes d'épouses, de mères et d'orphelins ? Pourquoi ?… Et la raison confondue demeure muette ou ne sait que balbutier des mots incohérents qui ne donnent aucun repos à l'âme : mais le vrai chrétien trouve dans sa foi une réponse qui a de quoi le satisfaire pleinement et tenir son âme dans une paix inaltérable. Il se dit:

"Je sais qu'il y a au ciel un Dieu tout-puissant, infiniment sage infiniment juste, infiniment saint, infiniment bon, infiniment miséricordieux.

Je sais qu'en vertu de ces inaliénables attributs, Dieu ne peut pas se désintéresser de ses créatures, mais qu'il veille incessamment sur elles, les conserve et les régit par des lois qui, en y maintenant l'ordre, tendent à assurer leur bien.

Je sais que Dieu, pleinement conscient, de tout ce qui existe et connaissant de toute éternité ce qu'il y a de meilleur, de plus sage à faire en tout temps et en tout lieu, dirige en souverain quoique d'une manière invisible tous les événements de ce monde, et qu'il en est même directement l'auteur à la réserve de ceux que, par un effet de son bon plaisir, il laisse à la direction d'agents libres placés sous sa puissance.

Je sais que, dans ces conditions, rien de ce qui arrive ici-bas ne peut arriver que par l'ordre, la permission ou la tolérance de Dieu, en vue de sa gloire et du bien de ses élus.

Je sais d'autre part que Dieu m'aime d'un amour infini, qu'il veille continuellement sur moi comme sur la prunelle de ses yeux, qu'il ne permettra jamais rien qui ne tourne en définitive à mon véritable bien si je m'efforce de mon côté de correspondre à sa volonté divine.

Dès lors, quels que soient les événements, tout ne peut qu'aller bien pour moi et pour tous ceux qui sont dans les mêmes conditions que moi : sous réserve de ne point l'offenser, nous n'avons tous qu'à adorer et à rester confiants, acquiesçant de cœur à tout ce qu'il lui plaira d'ordonner, de permettre ou de tolérer, dans la persuasion que c'est pour tous en général et pour chacun en particulier ce qu'il peut y avoir de meilleur.

Si effrayants que puissent être autour de nous les efforts de la tempête, nous ne devons pas laisser le trouble envahir notre cœur, mais nous reposer en assurance sous la garde du Très-Haut. Notre seule prière, à eux et à moi, doit être celle que le pieux auteur de l'Imitation de Jésus-Christ met dans la bouche du vrai Fidèle:

Seigneur, pourvu que ma volonté soit toujours droite et demeure toujours attachée à vous, faites de moi tout ce qui vous plaira : car tout ce que vous ferez ne peut être que bon. Vous savez ce qui est le meilleur : que ceci ou cela se fasse comme vous l'ordonnerez. Que votre Volonté soit la mienne : que vouloir et ne pas vouloir me soient toujours communs avec vous. Faites qu'au mépris de tout ce qu'on a coutume de désirer je me repose en vous, et qu'en vous mon cœur trouve la paix. Je veux recevoir indifféremment de votre main, les biens et les maux, la douceur et l'amertume : la joie et la tristesse, et vous rendre grâce de tout ce qui m'arrivera. Préservez-moi de tout péché et je ne craindrai ni la mort ni l'enfer. Pourvu que vous ne me rejetiez pas pour toujours et que vous ne m'effaciez pas du livre de vie, rien de ce qui pourra m'arriver même de fâcheux ne saurait me nuire''.

" Notre refrain favori doit être celui du vieux cantique : Amen, amen, amen, amen !

Amen ! Amen ! Dans la paix, dans la guerre,

Dans le plaisir, le travail, la douleur.

Que désiré-je au ciel et sur la terre ?

Vous seul, mon Dieu : Dieu suffit à mon cœur.

Amen ! Amen ! Dans la nuit la plus sombre,

Dans les dégoûts, les craintes, l'abandon,

'Dieu voit nos maux, son cœur en sait le nombre :

Il me suffit : je bénis son saint nom.

Amen ! Amen ! Grand Dieu, permets, ordonne

J'adhère à tout, toi seul es mon bonheur :

Tout devient doux au cœur qui s'abandonne,

Et qui redit l'Amen consolateur.

                                                 F. S.

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