La foi qui chante

01/Oct/2010

L'Eglise est une fontaine de vie. C'est d'elle que jaillit tout ce que la vie a de meilleur, de plus spontané et de plus beau. C'est pourquoi, aux heures où la vie circule en nous dans toute sa plénitude, où les flots du chant s'épanchent naturellement de l'âme comme les fleurs surgissent de partout dans la plus jeune des saisons, l'Eglise nous commande de chanter. Et, même quand nous serons froids, secs, apathiques; même quand les années nous auront ravi le feu de tous les enthousiasmes, et que la vie, par ses mille assourdissants tumultes, nous aura fait perdre le sens du rythme et de l'harmonie, l'Eglise nous dira encore:

Retrouve-toi toi-même, retrouve en ton âme la foi, l'amour, l'espérance, les inspirations de l'idéal, et chante! Chante parce que devant Dieu il ne doit y avoir ni froideur, ni scepticisme, ni lassitude d'âme, ni tumulte mondain. Tout doit être beau, fervent, solennel.

L'Eglise chante par principe, parce qu'à ses yeux le chant est de soi chose bonne et sainte, bonus est psalmus. Si trop souvent les mondains le font servir à l'expression de sentiments profanes ou licencieux, c'est qu'ils le dénaturent en le détournant de sa fin. On dirait que le chant soit sa langue naturelle, si fréquent est l'usage qu'elle en fait. Elle chante non seulement pour donner libre cours à sa joie; mais encore pour affirmer sa foi, pour traduire ses espérances, pour donner des ailes à sa louange, à sa prière et à son amour, pour célébrer ses triomphes et jusque pour pleurer ses malheurs.

C'est dans cet esprit qu'aux divers temps de l'Avent, de Noël, du Carême et de Pâques elle berce tour à tour le cœur et les oreilles de ses fidèles au son de ces vieilles notes grégoriennes humbles et ingénues, mais si belles, si pieuses, si pures qu'on ne saurait rien trouver de plus céleste à mettre dans la voix d'un chœur d'anges; en les accompagnant des paroles à la fois les plus douces et les plus enflammées qui aient fleuri sur les lèvres de ses saints. Qu'on se rappelle seulement l'Attende Domine, le Jesu Redemptor omnium, l'Adeste fideles, le Vexilla regis, l'Exultet jam angelica, le Victimae paschali laudes, etc. …

Puis, lorsque, d'un cœur nouveau, d'une voix nouvelle, il faudra chanter l'insigne prodige d'un Dieu devenu par amour l'aliment de l'homme, ce sera saint Thomas d'Aquin qui, mettant de côté la lumineuse froideur des traités dogmatiques, prendra la lyre pour en tirer les célestes harmonies du Pange lingua, de l'Adoro te devote, du Lauda Sion.

Et dans le lyrisme de l'Ange de l'École la profonde pensée du théologien sera unie à l'ardeur impétueuse et au tendre amour du mystique. Ce sera la poésie d'un génie et la prière d'un saint, et les ascensions eucharistiques de son âme seront répétées, à son époque comme aujourd'hui et dans les temps à venir, revêtues et fleuries de notes mystérieuses, elles pénétreront du divin amour des milliers et des milliers de cœurs.

Que d'âmes catholiques, à l'occasion des Congrès eucharistiques régionaux, nationaux, ou internationaux qui se multiplient chaque année au cours de la saison où nous sommes, ont pleuré d'attendrissement en entendant ces mêmes chants, vieux de plus de cinq siècles, modulés en chœur par des multitudes de voix qui ne s'étaient jamais rencontrées ailleurs, affirmant du cœur et de la voix leur fraternité spirituelle et célébrant sur les mêmes airs et avec les mêmes paroles l'objet commun de leurs adorations!

Aimons, nous aussi à répéter et à chanter, en union non seulement avec ces foules croyantes mais avec tous les fidèles de l'univers, les hymnes sublimes de saint Thomas et les autres chants liturgiques de la Sainte Eglise. S'il nous arrive de les bien comprendre et de les bien goûter, il nous sera donné de ressentir quelque chose de ce qu'éprouvait saint Augustin, cet autre puissant génie, qui a pu dire:

"Seigneur mon Dieu, que de larmes j'ai versées au chant de tes hymnes, sous la vive émotion dont pénétrait mon cœur la voix suave de ton Eglise! Ces voix arrivaient à flots à mes oreilles, ta vérité se déversant dans mon cœur y allumait la flamme de l'amour, de mes yeux les larmes coulaient à flots, et je me sentais heureux''.

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