La gloire du paradis – Hymne de saint Augustin

06/Sep/2010

Mon âme altérée soupire après la source de l'éternelle vie ; elle voudrait briser les murs de cette prison de chair qui la retient captive. Par tous ses vœux, toute son ambition et tous ses efforts, elle tend vers la patrie d'où elle est exilée… Oh ! qui dira la joie, la splendeur et la paix de ce séjour céleste ? Les maisons y sont en perles brillantes ; l'or étincelle à l'intérieur et sur les toits ; les murs sont composés de pierres précieuses, et les rues sont pavées d'un or plus pur que le cristal.

Les rigueurs de l'hiver et les chaleurs brillantes de l'été y sont inconnues. Un printemps éternel y entretient l'éclat des roses, la blancheur des lis, les fleurs aux couleurs éclatantes de pourpre et aux parfums les plus suaves. Les prairies y sont toujours verdoyantes, les moissons toujours dorées. Partout y coulent des ruisseaux de miel ; partout on y respire les parfums et les arômes les plus délicieux, et aux branches des arbres toujours en fleurs pendent des fruits qui ne s'en détachent jamais.

L'éclat de la lune n'y succède point à celui du soleil. ni l'éclat du soleil à celui de la lune et des autres astres. L'Agneau pur et sans tache est l'éternelle lumière de cet heureux séjour. On n'y connaît ni les ténèbres de la nuit, ni la variation des temps, et le jour le plus éclatant y brille sans cesse. Chacun des saints habitants de cette cité resplendit d'un éclat aussi vif que celui du soleil. Le front ceint de la couronne triomphale, ils énumèrent entre eux, dans une joie commune et dans une parfaite sécurité, les combats qu'ils ont livrés et les ennemis qu'ils ont vaincus.

Purifiés de toute souillure, ils n'ont plus à combattre contre les désirs de la chair ; car en eux cette chair est devenue spirituelle, et Dieu seul est l'unique objet de leurs pensées. Dans le sein d'une paix inaltérable, ils ne sont plus sujets aux scandales du péché ; et, dépouillés de ce qu'il y avait de changeant et de méprisable en eux, ils reprennent leur primitive nature. Leur bonheur est désormais de compter les beautés de la vérité immortelle, et de goûter à longs traits la douceur ineffable des eaux de l'éternelle vie.

Affranchis de tout changement, ils revêtent un nouveau mode d'existence. Brillants, vifs, joyeux, ils ne sont plus exposés ni aux accidents ni à la maladie. Dans leur vieillesse même, ils jouissent des forces et de la santé de la jeunesse. Leur être tout entier est devenu immortel, et tout changement en eux est désormais impossible. Ce qu'il y avait de corruptible a disparu et l'immortalité a triomphé de la mort.

Et que pourraient ignorer ceux à qui se révèle la Science infinie ? Lisant sans voile dans le cœur les uns des autres, ils sont toujours d’accord à vouloir ou à ne vouloir pas, et n'ont entre eux qu'un seul esprit et une seule âme. Quoique le mérite de chacun soit différent selon ce qu'il a fait sur la terre, la charité qui les anime tous porte l'un à faire ses délices de ce qu'il aime dans l'autre, et ce qui est particulier à chacun devient commun à tous.

Les aigles de ce séjour sont réunis la où est le corps de leur divin chef, objet unique des joies et des délices des anges, des saints et de l’assemblée des âmes. Il est le pain céleste des citoyens de l'une et l'autre patrie. Quoiqu'ils en soient toujours rassasiés, ils en sont toujours avides. Ils ont beau le posséder, ils le désirent encore, sans éprouver pourtant le besoin de la faim. Plus ils se nourrissent de ce céleste mets, moins ils s'en lassent, et nul dégoût ne se mêle à cette ineffable satiété.

Des harmonies toujours nouvelles, de délicieuses mélodies, des cantiques de joie charment sans cesse les oreilles des heureux habitants de cette patrie céleste, qui célèbrent sans fin la gloire de celui qui les a rendus vainqueurs. Oh ! heureuse, mille fois heureuse l’âme qui peut ainsi contempler les beautés de son divin Roi ! qui voit au dessous d'elle la masse de l'univers, et qui peut suivre les évolutions du soleil, de la lune et de tous les globes lumineux qui décorent le firmament !

Ouvrez-moi donc, ô Jésus, palme et couronne des saints triomphateurs, ouvrez-moi, lorsque j'aurai rempli ici-bas mon devoir dans votre sainte milice, l’entrée de celle glorieuse cité ! Laissez-moi partager l'heureux sort des citoyens qui l'habitent. Donnez-moi de nouvelles forces dans les combats que j’ai à soutenir, afin que, après avoir servi fidèlement sous vos divins étendards, je jouisse du repos dû aux soldats de mérite, et que je sois trouvé digne de vous posséder éternellement, comme ma glorieuse et sainte récompense. Amen.

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